- il y a 1 heure
En France, la majorité des personnes incarcérées sont des hommes, la majorité des violences sexuelles sont commises par des hommes… Alors pourquoi autant de violence masculine ? Où cette violence prend-elle racine ? Et si c’était une question d’éducation ?... Quels sont les messages envoyés aux garçons dès le plus jeune âge ? Et par qui ? Les parents, le cinéma, la pub, l’école, les réseaux sociaux ? Comment stopper cet engrenage ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat. Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Éducons nos fils, signé Marie-Christine Gambard.
00:04Et je le redis, il n'est aucunement question d'affirmer ici que tous les hommes sont violents, évidemment.
00:11Mais force est de constater qu'il y a un vrai sujet de violence masculine.
00:16Les chiffres sont là, ils sont nets, clairs.
00:18Pourquoi ? D'où cela vient-il ? Et que faire ?
00:21Le film apporte des réponses dont on va débattre avec nos invités.
00:25Olivia Richard, bienvenue.
00:26Vous êtes sénatrice centriste, représentant les Français établis hors de France,
00:30membre de la Commission des lois et membre de la délégation aux droits des femmes
00:34et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.
00:37Isabelle Rome, bienvenue à vous également.
00:38Ancienne magistrate, ancienne ministre déléguée à l'égalité entre les femmes et les hommes.
00:41Vous avez publié aux éditions Michelon, Jouer ou Tuer, la fabrique d'un féminicide.
00:46Je précise enfin qu'aujourd'hui, vous êtes ambassadrice pour les droits humains.
00:49Vincent Coquebert, bienvenue à vous également.
00:51Vous êtes journaliste, essayiste.
00:53Vous avez récemment publié La guerre de sexcession.
00:56Aux éditions Arquet, livre dans lequel vous vous inquiétez de la mésentente grandissante
01:01entre les hommes et les femmes.
01:03Christine Castelin-Benier, bienvenue.
01:04Vous êtes sociologue au CNRS à l'École des hautes études en sciences sociales.
01:07Vous travaillez depuis de nombreuses années sur le masculin et le féminin.
01:10Je vais citer plusieurs de vos ouvrages.
01:12Et si on réinventait l'éducation des garçons ?
01:14Petit manuel pour éduquer les garçons libres et heureux chez Nathan.
01:17Les hommes aussi viennent de Vénus.
01:18Fort et sensible, les nouveaux visages de la virilité chez Larousse.
01:21Ou encore, l'instinct paternel plaidoyé en faveur des nouveaux pères chez Larousse également.
01:26Peut-être d'abord une question sur le constat.
01:28Le film donne des chiffres édifiants.
01:3196% des personnes incarcérées sont des hommes.
01:3597% des auteurs de violences sexuelles sont des hommes.
01:39La violence est-elle une question d'hommes, une histoire d'hommes, Olivia Richard ?
01:45Je pense que c'est avant tout une question d'éducation.
01:48Et le documentaire le démontre, à mon avis, amplement.
01:52Lorsqu'on apprend à des petits garçons à adapter un certain comportement,
01:59lorsqu'ils sont témoins au sein de leur famille de violences conjugales,
02:05lorsqu'ils doivent désapprendre ce en quoi ils sont parfaitement capables,
02:10c'est-à-dire des compétences relationnelles.
02:12Mais ce n'est pas ça qu'on attend d'eux.
02:14On attend qu'ils entrent dans un moule où on ne peut pas exprimer de sentiments.
02:20Je pense qu'inévitablement, on finit par reproduire un système qui a du mal à évoluer.
02:27Isabelle Rob, c'est vrai que le film est un peu perturbant
02:29parce qu'il nous donne des chiffres qu'on n'avait pas forcément en tête.
02:32On ne constate pas forcément autour de soi que les hommes sont violents.
02:35Mais il se trouve que dans les prisons, ce sont essentiellement des hommes.
02:38Les violences sont commises essentiellement par des hommes.
02:40Évidemment, il ne s'agit pas encore une fois de stigmatiser tous les hommes.
02:42Mais il y a une violence masculine, on peut le dire comme ça ?
02:46Moi, je n'emploie pas ce terme.
02:49Je réfute un peu le fait de dire que la violence est essentiellement masculine.
02:55Je ne pense pas que les hommes soient violents par essence.
02:59De même que je ne pense pas que les femmes soient non-violentes par essence.
03:03Ma longue carrière de magistrate montre aussi que j'ai connu des femmes
03:07qui étaient parfois extrêmement violentes.
03:10Et je rejoins un peu ce qu'a dit Madame la Sénatrice.
03:13Je pense qu'en fait, c'est notre société qui, depuis des millénaires,
03:17mais pas que notre société, l'ensemble des sociétés,
03:21reproduisent finalement un système qui est sur ce mode un peu de domination
03:26du masculin sur le féminin, ce qui produit le patriarcat.
03:30Et en fait, finalement, en ayant toujours ce modèle-là en tête
03:35et en le transmettant de génération en génération,
03:38on y reviendra ensuite aux garçons, mais aussi aux filles,
03:41eh bien, forcément, ce modèle de nomination peut générer ensuite de la violence.
03:47Voilà. Donc moi, je suis vraiment à dire que c'est une construction sociétale
03:52et que, finalement, si nous prenons à bras-le-corps cette question,
03:56eh bien, nous pouvons peut-être, finalement, un jour,
03:58parvenir à faire diminuer cette violence,
04:00parce qu'elle n'est pas essentielle, elle n'est pas existentielle,
04:04elle n'est pas intrinsèquement liée au masculin.
04:07– Vincent Cogbert, vous réfutez, vous aussi, l'expression de violence masculine,
04:10même si les chiffres montrent que c'est à une écrasante majorité des hommes
04:14que la violence provient ?
04:15– Alors, je ne vais pas non plus l'essentialiser,
04:17mais souvent, la violence, en fait, elle vient de sentiments,
04:19en fait, elle vient de colère, elle vient de la frustration,
04:22elle vient, en fait, de sentiments qu'on n'arrive pas, finalement, à articuler.
04:26Donc c'est souvent, en fait, la violence, avec tout ce que ça crée comme effet négatif,
04:31c'est aussi une sorte de protodiscours, en fait,
04:33qui montre, en fait, qu'un défaut d'articulation du langage
04:35et qu'on n'a plus les mots, on se bat.
04:37Donc je pense aussi qu'il y a une, peut-être chez certains hommes,
04:43dans la socialisation, on va dire, secondaire,
04:45qui est celle aussi de la société,
04:46pas que la socialisation primaire de la famille,
04:48il y a un modèle, en fait, d'homme émotionnellement refoulé,
04:52il y a un modèle aussi d'homme aliéné,
04:55qui a aussi beaucoup à voir, finalement,
04:56avec le développement de la masculinité telle qu'elle s'est faite,
05:00aussi, qui est à la fin du 19e siècle, en fait,
05:01qui a accompagné le développement du capitalisme.
05:03On avait besoin aussi de ce mode de masculinité-là,
05:06où, on le voit bien, il y a toute une histoire culturelle des larmes,
05:09par exemple, au 18e, au début du 19e,
05:12on pouvait encore pleurer quand on était un homme,
05:14beaucoup moins au 20e,
05:15c'est quelque chose aussi qui est historiquement daté.
05:17Donc je pense qu'il y a, voilà, cette socialisation secondaire,
05:20c'est pour ça que dans Edu Connoffi,
05:22j'ai trouvé le documentaire très intéressant,
05:23mais je trouvais qu'il s'intéressait peut-être un peu trop
05:25à la socialisation primaire,
05:26peut-être pas à la faible de la société,
05:28et à ce qu'on...
05:30Parce qu'il y a les messages qu'on transmet
05:32sur ce qu'on voudrait que ne soient pas les hommes,
05:34mais il y a aussi la réalité de la société telle qu'elle est faite aujourd'hui,
05:37et ce qu'elle attend, en fait, finalement, des hommes.
05:39– Christine Castellan-Meunier ?
05:40– Oui, bien sûr.
05:43C'est très intéressant de mettre en évidence
05:46l'importance de la violence dans l'éducation des garçons
05:50et la façon dont ils prennent du recul
05:52et ils se subjectivent pour avancer autrement.
05:56Ça, c'est fondamental.
05:58Et c'est la richesse de ce documentaire.
06:00Alors, ce qui est, par contre, peut-être un petit peu déboussolant
06:05par rapport à la réalité actuelle,
06:08parce qu'il y a un malaise du masculin aujourd'hui.
06:12Et donc, je pense que c'est important de faire en sorte
06:16qu'il y ait des modèles d'identification positifs
06:20qui soient proposés aux garçons.
06:23Et avec cette idée que le regard qu'on pose sur un garçon
06:27et sur une fille, dès la naissance,
06:28et Judith Butler l'a très bien dit,
06:31eh bien, est très différent.
06:32Et donc, on attend des choses d'un garçon,
06:34on attend des choses d'une fille
06:36et tout ça accompagne l'éducation.
06:38Donc, faire en sorte de lutter contre les stéréotypes, bien sûr.
06:41Et puis, il y a énormément de choses à faire.
06:44– Alors, cette violence, où prend-elle racine ?
06:46Vous avez déjà un petit peu abordé le sujet.
06:49Le film explore plein de niveaux.
06:51Il y a les stéréotypes véhiculés dans les pubs,
06:53dans le cinéma, la télévision, le sport.
06:55Il y a les jeux vidéo, les réseaux sociaux, l'éducation,
06:59l'éducation des parents, les cours d'école aussi,
07:01c'est abordé dans le film.
07:02Et il semblerait que même les nouvelles générations
07:06reproduisent le schéma.
07:07Revoyons ensemble cette séquence avec les ados.
07:10Elle est assez surprenante dans le film.
07:12– Je ne vois pas un garçon faire de la danse classique.
07:15Par exemple, si mon fils me vient, il me dit
07:17« Papa, je veux faire de la danse classique ? »
07:19Je dis « Non, tout de suite. »
07:21Il n'y a pas de discussion possible, non.
07:23Je veux faire un autre sport.
07:24Tu me dis, si tu es un garçon, tu ne voudrais pas
07:25qu'il fasse de la danse.
07:26Tu voudrais qu'il fasse quoi, alors ?
07:28– Ben, la boxe.
07:30Parce que déjà, il faut avoir un certain physique.
07:32– Alors, boxe ?
07:33– Il y en a d'autres ?
07:34– Le foot.
07:36– Le basket.
07:37– Il faut te lever la main
07:38si tu penses que le foot, c'est plus pour les garçons.
07:40– Ah, non.
07:41– Richard, ça fait partie des séquences un peu surprenantes.
07:44On sent que le discours continue.
07:45Ils sont jeunes, c'est très récent,
07:47ça a été tourné récemment.
07:48– Bon, mais je n'ai pas trouvé ça si surprenant que ça.
07:51– Enfin, ce qui m'a frappée dans ce…
07:54Alors déjà, on a envie de leur conseiller
07:55de regarder Billy Elliot.
07:57C'est quand même un film.
07:58– Un très beau film sur un jeune homme qui danse,
08:00qui aime la danse et qui l'assume.
08:02– Et qui va contre les stéréotypes
08:04de son père et de sa communauté.
08:07En fait, non, je ne trouve pas ça très surprenant.
08:11Ils ont l'air d'être au collège.
08:13Le collège est vraiment une fabrique
08:15d'une normalisation des jeunes.
08:17Il ne faut pas dépasser d'un iota.
08:19Ils se mettent à tous s'abri, de certaines façons.
08:20– Et ça, c'est dû à quoi, d'après vous ?
08:21Vous dites le collège, mais c'est qui ?
08:23Ce n'est pas le discours des profs,
08:24c'est le discours entre eux ?
08:25– Entre eux, bien sûr, c'est entre eux.
08:27Il faut rentrer dans une norme.
08:28C'est un âge de fragilité
08:30dans lequel on est à la recherche d'une identité
08:33et on essaie d'appartenir au groupe.
08:36Ce qui m'a frappée dans le documentaire aussi,
08:38c'est ce témoignage de cet homme
08:40qui raconte se sentir obligé
08:42de prendre part aux bagarres
08:43parce qu'un de ses amis est agressé
08:45et que s'il ne prend pas part
08:47et s'il ne le défend pas,
08:48le lendemain, il n'aura plus d'amis.
08:50Donc oui, il y a des injonctions sociales très fortes,
08:53vous l'avez dit,
08:54que ce soit familial, sociétal,
08:55je suis d'accord avec vous,
08:57totalement sur les attentes
08:59de la société envers les hommes.
09:00– Et l'éducation nationale travaille sur la question.
09:02J'ai trouvé le programme Evars,
09:04à titre personnel, j'ai découvert.
09:06L'éducation à la vie affective et relationnelle
09:09à l'école maternelle, à l'école élémentaire
09:11et à l'éducation à la vie affective et relationnelle
09:13et à la sexualité au collège et au lycée.
09:16Ça fait partie des solutions ?
09:17– Ça en fait partie,
09:18c'est une mesure que j'ai portée particulièrement
09:22lorsque j'étais ministre
09:24puisqu'elle fait partie du plan
09:26Toutes et tous égaux
09:27qui a été lancé le 8 mars 2023.
09:31Oui, ça fait partie des solutions,
09:34ce n'est pas une solution miracle,
09:35mais il est important à un moment donné
09:37justement que ces enfants soient informés,
09:41et qu'ils le soient aussi dans une sphère qui est neutre,
09:45enfin, qui est celle de l'école,
09:47donc qui n'est pas, j'allais dire,
09:49imprégnée de discours parentaux
09:53qui peuvent être imprégnés par d'autres considérations.
09:56Donc là, on est dans un discours, j'allais dire,
09:59impartial et neutre.
10:01Et je pense que c'est très important justement
10:03de savoir d'un genre qui on est soi-même,
10:06de savoir qui est l'autre.
10:09Cela rejoint aussi, je trouve,
10:11toute la question du consentement.
10:13C'est une modification législative récente
10:17qui a été apportée d'introduire cette notion
10:19de non-consentement.
10:20Eh bien, dans cette éducation à la vie sexuelle
10:23et affective, il y a aussi
10:24cette éducation au consentement.
10:26Je pense que c'est une des solutions,
10:28et c'est pourquoi, à l'époque,
10:30avec le ministre de l'Éducation,
10:32nous avions porté avec vigueur
10:34cette mesure qui ne va pas de soi,
10:37parce que justement, parfois,
10:39les familles se disent
10:39« mais ça n'est pas du domaine de l'école
10:42que de s'intéresser à cela ».
10:43C'est juste le problème de la société.
10:45De quand ont-elles peur, les familles ?
10:46Est-ce qu'elles ont peur aussi
10:47qu'on contrecare leur éducation
10:49et leur discours ?
10:49Justement, je pense qu'elles considèrent peut-être
10:53que comme on emploie ce terme d'éducation
10:55à la vie sexuelle et à l'effectif,
10:57on parle de l'intimité
10:59et que l'intimité n'a pas à être traitée
11:02entre guillemets à l'école.
11:03Sauf qu'en fait,
11:05ce que toutes les études,
11:06tout ce qui a été fait
11:08sur les violences conjugales,
11:10les violences intrafamiliales,
11:11démontrent,
11:12c'est que justement,
11:13il faut arrêter avec ça.
11:15Et oui, l'intime concerne la société
11:17quand l'intime est source de violence.
11:19Donc il y a les collèges, les lycées,
11:21où la violence prend-elle racine ?
11:23Cette violence des garçons, des hommes ?
11:25C'est sûr qu'entre eux,
11:28il y a véritablement une surenchère.
11:30Et moi, ce qui m'impressionne,
11:33c'est à quel point, aujourd'hui,
11:34il y a un paradoxe pour l'affirmation masculine,
11:41à savoir qu'à la fois,
11:43il faut adhérer encore, en partie,
11:47à cet idéal viril,
11:48et en même temps,
11:50il faut tenir compte de la culture égalitaire,
11:53qui est fondamentale.
11:54Et donc, il y a véritablement
11:56des contradictions
11:58qui sont ressenties
11:59au niveau identitaire
12:01par les jeunes,
12:02par les enfants,
12:03autour de ça.
12:04Oui, mais qui leur demande ça ?
12:05D'où vient cet idéal viril ?
12:07C'est quoi ?
12:08C'est les réseaux sociaux ?
12:09Les jeux vidéo ?
12:10Le sport ?
12:10On est encore dans une société patriarcale,
12:12on est en train d'en sortir,
12:13mais de manière balbutinante.
12:17Donc, on sent bien que là,
12:19il y a des nouvelles possibilités,
12:21mais en même temps,
12:22il y a ce que moi j'appelle
12:24la juxtaposition des modèles
12:26qui sont encore très présents,
12:28les modèles hérités du passé
12:29qui sont encore très présents.
12:31Et pourtant,
12:32on a des alternatives.
12:34Moi, j'adore avoir en tête
12:36ce qu'on dit
12:38à une période de l'Antiquité,
12:40que l'adjectif viril
12:41concernait le masculin
12:43et le féminin,
12:44et que ça renvoyait
12:46à la notion de vertu,
12:48vertu morale.
12:49Et c'est au bout d'un certain temps,
12:53dans une période de l'Antiquité,
12:55que c'est devenu
12:56l'apanage du masculin,
12:57mais dans le sens
12:58de la supériorité,
12:59de la violence
13:00et de la guerre.
13:02Et donc, c'est très important
13:04de revenir à cette idée que...
13:06À la source, en fait.
13:07À la source,
13:07et de favoriser
13:11l'éducation
13:12en donnant des ressources
13:14aux enfants
13:14pour aller vers
13:15ce qu'on appelle
13:18vénéreur,
13:19désir ardent de vivre.
13:20Mais l'éducation,
13:21on voit bien
13:22qu'elle vient de partout aussi.
13:23Les enfants s'éduquent
13:24sur les réseaux sociaux,
13:25ils s'éduquent évidemment
13:25par les parents,
13:26ils s'éduquent au collège,
13:27ils s'éduquent entre eux,
13:29c'est compliqué.
13:30Oui, et puis ils sont aussi
13:31dans un plan culturel.
13:32C'est pour ça qu'on a beaucoup,
13:33en fait, je trouve,
13:33envers les hommes,
13:35un peu cette injonction paradoxale
13:36à la vulnérabilité,
13:37qu'on leur demanderait,
13:39en fait,
13:39d'explorer leurs émotions,
13:40d'être plus sensibles,
13:41d'être plus tendres.
13:43Mais la société,
13:44en fait,
13:45quelque part,
13:45que ce soit dans les regards
13:47entre les garçons
13:47et aussi dans les entreprises,
13:49aussi dans certaines logiques sociales,
13:52en fait,
13:52finalement,
13:52cette vulnérabilité-là,
13:53elle n'est pas tout le temps,
13:54on va dire,
13:56récompensée.
13:57Ce n'est pas forcément
13:58de la vulnérabilité
13:59dont on attend
13:59des individus aujourd'hui.
14:01Donc les hommes
14:02sont des individus,
14:02donc ils ne sont pas
14:03simplement un genre.
14:04Après, je trouve
14:05que ça s'articule aussi,
14:06vous étiez étonnés,
14:07des stéréotypes
14:08qui pouvaient sembler
14:09un peu archaïques
14:10auxquels les jeunes garçons
14:12continuent d'adhérer.
14:14Mais je crois aussi
14:14qu'on est dans une société,
14:15moi,
14:16que j'avais appelée
14:16la civilisation du cocon,
14:17où aujourd'hui,
14:17on est de plus en plus
14:18sur le repli,
14:19en fait,
14:19avec le sentiment
14:20d'avoir de moins en moins
14:21de prise sur son existence,
14:23de prise sur sa vie,
14:24de prise aussi
14:24un petit peu
14:25sur sa destinée.
14:26On est plutôt
14:27sur un repli,
14:28donc un repli
14:28qui est aussi identitaire
14:29et une identité
14:30qui va être de moins en moins
14:30positive,
14:31à mon sens,
14:32mais de plus en plus défensive,
14:33donc qui va souvent,
14:34en fait,
14:35nourrir,
14:36se nourrir en tout cas
14:37de modèles
14:39qui sont peut-être
14:39des modèles parfois archaïques
14:41ou du moins
14:41qu'on aimerait être anachroniques,
14:42mais qui sont des modèles stables.
14:44J'en veux pour preuve
14:44qu'il y a eu une étude
14:46très intéressante
14:47aux Etats-Unis
14:47qui s'appelle
14:48State of American Men,
14:50où ils essaient vraiment
14:50de faire une grande cartographie
14:52des jeunes garçons d'aujourd'hui
14:53et ils se rendaient compte
14:54que les plus épanouis
14:55étaient ceux qui adhéraient
14:56aux stéréotypes
14:57qu'on appelle
14:57les stéréotypes de genre.
14:58C'est presque un repère.
14:59Ça les aide à se construire.
15:01Voilà,
15:01parce que finalement,
15:02on est dans un monde aussi
15:03où, comme je disais tout à l'heure,
15:04on a beaucoup défini
15:05ce qu'on ne voulait plus
15:05que ce soit la masculinité,
15:06mais on a du mal en fait
15:07à, je suis tout à fait d'accord
15:09avec Mme Castellan-Meunier,
15:10à créer des nouveaux récits,
15:11à créer des nouveaux modèles
15:12et à donner envie
15:13au fait finalement
15:14de se dire
15:14oui, c'est vrai
15:14qu'il y a toute une palette
15:16en fait de manière
15:17d'être garçon,
15:18mais pour l'instant,
15:19ça reste de l'ordre du discours.
15:20Ça reste parce que la société
15:22n'est pas encore construite
15:23de cette manière-là, je crois.
15:24Et puis, il y a cette expression
15:25qui circule beaucoup
15:25de l'homme déconstruit.
15:27Je pense aux garçons
15:33déconstruits,
15:34c'est une expression
15:34qui vous parle, Isabelle ?
15:36Moi, je n'aime pas trop
15:36cette expression,
15:38je veux dire, je ne vois pas,
15:39je veux dire,
15:40je pense qu'on peut
15:40tout à fait s'édifier,
15:43tout simplement,
15:44je veux dire,
15:44avec certaines valeurs
15:46qui sont les valeurs
15:46de respect de l'autre,
15:47d'égalité,
15:48et je ne vois pas,
15:49c'est pour ça que j'ai quand même
15:50du mal un peu,
15:52je veux dire,
15:52dans cette victimisation
15:53un peu quand même,
15:54là, qu'on est en train
15:55de voir des hommes
15:56à qui on demanderait
15:58tout le temps,
15:59j'allais dire,
16:00d'être viril,
16:01oui, bien sûr,
16:01mais aussi,
16:02on demande parfois
16:03aux filles
16:03de ressembler
16:04à des princesses
16:05de Disney,
16:06voilà,
16:06donc en fait,
16:07j'allais dire,
16:08filles et garçons
16:09sont assignés
16:10à un certain nombre
16:11de stéréotypes
16:12qui les enferment
16:12les uns comme les autres
16:14et les privent,
16:15j'allais dire,
16:16dans leur chemin
16:17de leur émancipation personnelle,
16:19les filles comme les garçons,
16:20donc en fait,
16:21je ne vois pas,
16:22c'est pour ça que parfois
16:24je suis un peu agacée
16:24par certains discours,
16:26je ne vois pas pourquoi
16:28les lois qui ont été prises,
16:30les politiques qui sont menées,
16:32justement pour favoriser
16:34l'égalité entre les femmes
16:35et les hommes,
16:35pour lutter contre
16:36les violences faites aux femmes
16:37qui, comme vous le dites,
16:38sont quand même
16:39un phénomène massif
16:40et ces violences,
16:41elles concernent les femmes,
16:43pourquoi ça crée
16:44un tel déséquilibre,
16:46justement,
16:47dans l'identité,
16:48enfin on dit,
16:49ça crée un tel déséquilibre
16:50dans l'identité des garçons.
16:53On parle de virilité obligatoire
16:55des garçons
16:55sous un mauvais sens du terme,
16:57voilà,
16:57mais qu'est-ce qu'on voit
16:59sur les réseaux sociaux aussi ?
17:00Ce n'est pas de l'hyperféminisation,
17:02ce n'est pas ça,
17:03c'est de la sexualisation,
17:04de l'hypersexualisation
17:06qui est demandée aux filles.
17:08Donc en fait,
17:09j'allais dire,
17:11ce culte des stéréotypes
17:12et cette transmission
17:13de stéréotypes exacerbés
17:15sont mauvais pour les filles
17:17comme pour les garçons,
17:18mais ne disons pas
17:19que c'est uniquement
17:20les garçons
17:21qui aujourd'hui
17:21sont déboussolés.
17:23J'allais dire que
17:24ce sont toutes ces injonctions
17:26qui sont faites
17:26à nos enfants
17:27qui leur demandent,
17:29eh bien,
17:30oui,
17:31certainement plus d'efforts
17:32et en tout cas
17:32qui nous demandent
17:33en tant que parents,
17:35en tant qu'adultes,
17:36en tant que responsables politiques,
17:38justement,
17:38aussi d'adapter nos politiques
17:40et de les transformer
17:41parce que cette haine en ligne
17:42qui déferme,
17:43eh bien,
17:44il faut aussi la traiter.
17:45– Olivier Richard ?
17:45– Oui,
17:46j'aimerais réagir
17:48à cette étude
17:49que vous évoquez.
17:50Déjà,
17:50c'est aux Etats-Unis.
17:51En ce moment,
17:51ça n'est pas neutre.
17:53Et évidemment,
17:55que s'accrocher
17:56à des repères préexistants
17:58dont on nous biberonne
18:01depuis l'enfance
18:02rassure,
18:03les discours masculinistes
18:06dont il est question
18:07dans le documentaire
18:08fonctionnent
18:09comme un exosquelette
18:11qui permet
18:11de se stabiliser
18:14et néanmoins,
18:15ça transpire
18:15la haine de soi
18:16parce que
18:17tout ce qu'on constate,
18:19c'est que
18:20des jeunes
18:21à cet âge-là,
18:22en quête de repères,
18:24se voient proposer
18:25des solutions simplistes,
18:28caricaturales,
18:29qui leur permettent
18:30de répondre
18:30à une angoisse,
18:31mais ça leur propose
18:32un modèle
18:33qu'ils n'atteindront jamais.
18:35On ne peut pas
18:36devenir
18:36cet homme
18:38invincible,
18:40énorme
18:41et sec,
18:41c'est les discours
18:42qui circulent en ligne,
18:45avec certains mouvements
18:46qui proposent
18:47l'abstinence totale,
18:48il ne faut pas toucher
18:49aux femmes,
18:50et d'autres,
18:51où au contraire,
18:51les femmes sont un produit,
18:53un objet
18:54qu'il faut posséder
18:55et dont il faut se servir
18:56pour se rassurer.
18:57Il y a quelque chose
18:58de la quête
18:59d'une identité impossible
19:01qui fait partie,
19:02à mon sens,
19:03d'un continuum
19:03de violence.
19:04Quand on interdit
19:05aux garçons de pleurer
19:06et qu'on les fait jouer
19:07à la guerre
19:08depuis l'enfance,
19:09il n'est quand même
19:09pas très étonnant
19:10qu'à cet âge fragile
19:12de l'adolescence,
19:14certains qui traînent
19:15trop sur les réseaux sociaux,
19:16on parle d'abandonner
19:17l'éducation
19:18de nos enfants
19:19au téléphone,
19:21se retrouvent
19:21dans un discours
19:23simple,
19:24simpliste,
19:25qui répond
19:25à des interrogations.
19:26Après,
19:27ils en reviennent,
19:27mais encore une fois,
19:28le fait que votre étude
19:29soit aux Etats-Unis,
19:30je ne dis pas
19:30que le mouvement
19:31n'est pas également en France,
19:32nous travaillons
19:33sur les masculinistes
19:33au sein de la délégation
19:35en droit des femmes
19:36et j'en suis co-rapporteur,
19:37ça existe aussi en France
19:39et néanmoins,
19:41c'est un axe international
19:43qui est en train
19:44de se développer,
19:45c'est un discours politique,
19:47les stéréotypes
19:48et le masculinisme,
19:49ce n'est pas des opinions,
19:51c'est une idéologie.
19:52– Mais on va en parler
19:52parce qu'il y a un extrait
19:53très fort
19:53que je voudrais vous remontrer.
19:54Vincent Coquebert ?
19:55– Non, déjà,
19:56j'espère que vous aviez bien compris
19:56que je n'étais pas en train
19:57de valoriser ce modèle-là
19:59et de le défendre.
20:00– Non, du tout, bien sûr.
20:02– Je pense en fait
20:02que si on veut parler
20:04des masculinistes,
20:05évidemment,
20:05il y a du masculinisme
20:06aussi en France,
20:06c'est qu'ils viennent aussi
20:07remplir un vide du discours
20:10parce que quand on est
20:11un jeune garçon aujourd'hui
20:12et à qui on parle
20:15finalement depuis
20:15une vingtaine d'années
20:16à travers le prisme
20:17de la toxicité,
20:18de la domination
20:19et du privilège,
20:19c'est un petit peu compliqué
20:20de se construire
20:21par une identité négative
20:22et eux, finalement,
20:23ils viennent remplir
20:24ce discours-là,
20:25ce vide du discours
20:26en leur donnant évidemment
20:27des solutions toutes faites,
20:28des solutions toxiques
20:30pour le coup,
20:31mais qui va finalement
20:33être très rassurant
20:34sur le moment
20:35et même si évidemment,
20:36in fine,
20:36c'est très aliénant
20:37et ça les emmène
20:39évidemment
20:39et pour les altérités
20:40pour les femmes notamment
20:41parce qu'effectivement
20:42pendant que nous parlons,
20:42certains sont peut-être
20:43exaspérés
20:44de ce que nous sommes
20:45en train de dire,
20:46ils pourraient parler
20:47de propos contre nature,
20:48que nous enlèverions
20:49aux hommes
20:50leur masculinité
20:51et leur virilité.
20:52Dans un rapport
20:53publié début 2024,
20:55le Haut Conseil
20:56à l'égalité
20:56entre les femmes
20:57et les hommes
20:57alertait sur un ancrage
20:58des réflexes masculinistes
21:00et des comportements
21:02machistes,
21:02notamment chez les jeunes hommes
21:03adultes.
21:04D'après ces chiffres,
21:0552% des 25-34 ans
21:07estiment qu'on s'acharne
21:09sur les hommes,
21:1059% qu'il n'est plus possible
21:12de séduire une fille
21:13sans être vue
21:14comme sexiste.
21:15Le retour en force
21:16des mouvements masculinistes
21:18et virilistes,
21:18c'est un vrai sujet.
21:19On va y venir,
21:20le film l'évoque,
21:21c'est assez choquant.
21:22Écoutez.
21:25Non,
21:25toutes les femmes
21:25ne sont pas des putes.
21:26Il y a des filles,
21:27Et du coup,
21:28lorsque tu vas rencontrer
21:28une fille,
21:29tu vas te dire quoi ?
21:29Ah, c'est peut-être
21:30l'exception.
21:31Et là,
21:31c'est normalement
21:32où tu as perdu.
21:33Tous les hommes
21:33font cette erreur.
21:34C'est pour ça que moi,
21:35j'ai pris une décision,
21:35c'est que toutes les femmes
21:36sont des putes.
21:36C'est bizarre comme courant,
21:38je sais,
21:38mais c'est très,
21:39très, très, très,
21:40très important
21:40lorsque vous rencontrez
21:41une femme de maintenant.
21:42Arrêtez de penser
21:43que c'est une exception,
21:44arrêtez de penser
21:45qu'elle est spéciale.
21:45Elle n'est pas spéciale,
21:46elle est basique,
21:47c'est juste une pute.
21:48Ça, ça n'arrête pas.
21:49Ça, c'est le genre
21:49de vidéo que j'ai croisée
21:50sur TikTok
21:51en baladant sous
21:53un faux profil
21:53de jeune homme.
21:55C'est une vidéo
21:56qui a au moins
21:5626 000 likes
21:57sur TikTok,
21:59qui est un chiffre
22:00assez imposant
22:01quand même
22:01pour la plateforme.
22:03La misogynie,
22:04elle existait bien avant
22:05Internet,
22:06mais Internet
22:06a donné un lieu,
22:08un espace
22:09pour ces idées,
22:10pour ces communautés
22:11où se rassembler
22:12et s'organiser surtout.
22:14Christine Castelin,
22:15Meunier,
22:15on est face
22:15à un vrai problème, là.
22:17Bien sûr.
22:18Moi, ce que je trouve
22:19intéressant,
22:20c'est en revenant
22:20aussi à l'histoire,
22:22de voir à quel point,
22:23voilà,
22:25la paternité,
22:26la preuve
22:27de paternité
22:29n'existait pas
22:30autrefois.
22:31D'accord ?
22:31Donc, du coup,
22:32on imposait à la fille
22:33d'être vierge,
22:35fidèle pendant le mariage,
22:36etc.,
22:37pour que l'enfant
22:38qu'elle porte de l'homme
22:39soit bien de l'homme
22:40avec lequel...
22:41Son enfant.
22:41Exactement.
22:43Et donc,
22:44en 1963,
22:46c'est la preuve
22:49sérologique possible
22:49de paternité.
22:51Et là,
22:51on sent bien
22:52qu'au niveau
22:53de la sexualité,
22:54au niveau des représentations
22:55et tout ça,
22:55ça bouge.
22:56Mais par contre,
22:58dans les mentalités,
22:59dans les représentations
23:00et dans les postures
23:01très défensives
23:02des mecs,
23:03eh bien,
23:04il y a cette idée
23:05très ancrée
23:05que la femme
23:06est une pute
23:07et, comme le dit
23:08Michel Perrault,
23:09le corps de la femme
23:10appartient à l'homme.
23:12Donc, là,
23:12il faut sortir de tout ça.
23:14Michel Perrault,
23:15grande historienne.
23:16En attendant,
23:16le sujet est à prendre
23:17très au sérieux.
23:18Je voudrais juste vous lire
23:19un extrait du billet
23:20de Tristan Banon
23:20paru dans le journal
23:21Front Tireur.
23:22En France,
23:23la menace est déjà
23:24bien installée
23:24au point d'alerter
23:25jusqu'au parquet national
23:26antiterroriste.
23:26En juillet dernier,
23:27il a mis en examen
23:28un jeune homme
23:28qui fomentait un attentat
23:29inspiré de cette idéologie
23:32misogyne.
23:32Elle évoque
23:33une opération méthodique
23:34d'influence
23:35des milliers de comptes
23:36qui propagent
23:36des idées misogynes
23:38jusqu'à l'extrême violence
23:39et des campagnes
23:40par centaines
23:40financées par des états
23:41autoritaires
23:42qui veulent apprendre
23:43aux hommes
23:43à être des dominants.
23:45Moi, je trouve
23:46qu'on a beaucoup
23:46de complaisance
23:47justement
23:47quand on examine
23:48tous ces mouvements.
23:50Je veux dire,
23:50moi, ce que je vois surtout,
23:51c'est que c'est une déferlante
23:53de haine
23:56protéiforme
23:56que souvent, d'ailleurs,
23:58dans cette déferlante,
23:59il y a évidemment
24:00de la haine
24:01exacerbée
24:02contre les femmes
24:02mais aussi
24:03contre les politiques
24:04publiques menées
24:05en faveur de l'égalité
24:07mais aussi
24:08contre les associations
24:09qui aident,
24:11par exemple,
24:11les femmes victimes.
24:12Par exemple,
24:13le 3919
24:13que vous connaissez
24:14qui est ce numéro
24:15qui permet à des femmes
24:16victimes de violences
24:17d'appeler
24:18et d'être orientées,
24:19il est actuellement
24:21saturé
24:21d'appels malveillants
24:23de type masculiniste.
24:24Voilà.
24:24C'est pourquoi,
24:25oui, moi,
24:26je veux bien que les hommes
24:27aient un peu de mal
24:28avec leur identité
24:29mais je veux dire
24:29comme les femmes.
24:30Attention, par contre,
24:31ce qui est en train
24:32de se passer,
24:32c'est qu'il y a des gamins
24:33de 12 ans,
24:34de 14 ans
24:35qui sont en train
24:36de s'imprégner
24:37de tous ces messages
24:38et à qui on dit
24:42pardon,
24:42les femmes sont des putes.
24:44Vincent Convert,
24:46loin de progresser,
24:47en fait,
24:47on régresse.
24:47cette haine,
24:48il faut la combattre
24:49et donc je pense
24:49qu'on a,
24:50effectivement,
24:51on a parlé de l'éducation
24:52mais on a aussi,
24:53j'allais dire,
24:54de la répression
24:54et de la régulation,
24:56régulation de l'espace numérique.
24:57La France, d'ailleurs,
24:58est plutôt bien placée
25:00puisque il y a
25:01le règlement européen,
25:03bien sûr,
25:03le DSA,
25:04mais nous avons pris
25:05en plus une loi
25:07qui régule
25:08l'espace numérique.
25:09Il y a la proposition
25:10aussi qui est faite
25:10d'interdire
25:11les réseaux sociaux
25:13avant 15 ans.
25:13Tout ça,
25:14ça me semble nécessaire.
25:15Et puis aussi,
25:16le ministre de l'Intérieur
25:18lui-même,
25:19dernièrement,
25:20indiquait qu'il fallait
25:22aussi se référer,
25:23justement,
25:25en matière de référencement
25:27des sites,
25:28de référencer ces sites
25:29de haine
25:32comme des sites terroristes.
25:33La haine,
25:34et moi,
25:34je ne le répéterai jamais assez,
25:36la haine produit la violence.
25:37La haine véhiculée,
25:38c'est l'antichambre
25:39de la violence.
25:40Donc,
25:40c'est à ça
25:41qu'on est confrontés.
25:42Vincent Coquebert ?
25:43Oui,
25:43je crois en fait
25:44que le masculinisme,
25:44en fait,
25:44il transforme en récit politique
25:46un mal-être
25:47et avec les réseaux,
25:49en fait,
25:49il y a une sorte
25:49d'industrialisation
25:50un peu de cette colère-là.
25:52Donc,
25:52évidemment,
25:53c'est à prendre au sérieux.
25:54Après,
25:54je voudrais aussi,
25:55quand même,
25:55malgré tout,
25:56non pas faire le rassuriste,
25:58mais,
25:58par exemple,
25:58on a beaucoup parlé
25:59d'Andrew Tate,
26:00qui est un grand masculiniste
26:01très connu,
26:01très suivi sur les réseaux.
26:03Il y a eu une étude
26:05de YouGov en Angleterre
26:06sur les jeunes anglais,
26:07en fait,
26:08pour savoir concrètement
26:09qu'est-ce qu'ils en pensaient
26:10de cet homme.
26:12Et parmi ce qu'on appelle
26:14des années 90 jusqu'à 2010,
26:17il n'était que 13%
26:19à adhérer à son discours.
26:22Ils étaient 59%
26:23à dire qu'il trouvait
26:26son discours haineux,
26:27dégoûtant.
26:27Mais il le regarde quand même.
26:29Mais c'est qu'en fait,
26:30il y a aussi,
26:30voilà,
26:31c'est qu'il y a quelque chose
26:32qui est de l'ordre de l'audience
26:33sur les réseaux,
26:34mais derrière aussi,
26:35ce n'est pas pour autant
26:35qu'il y a une adhésion aux valeurs.
26:37Donc,
26:37je ne suis pas en train de dire
26:38que ça n'existe pas.
26:39Mais en tout cas,
26:39il garde un esprit critique.
26:40Voilà,
26:41je dis simplement
26:41qu'en fait,
26:42il ne faut pas non plus
26:42peut-être tomber
26:43dans la panique morale
26:44au sens de comment
26:45la définissait Stanley Cohen.
26:46C'est vrai qu'on entend ça
26:46en panique.
26:47Voilà,
26:48quand je parle de panique morale,
26:49c'est vraiment au sens
26:50dont on l'avait définie
26:51Stanley Cohen.
26:51En fait,
26:52le renforcement d'un groupe
26:53à force d'être polarisé dessus
26:55en pensant
26:56que derrière chaque adolescent
26:58aujourd'hui,
26:58il y a potentiellement
26:59un proto-masculiniste.
27:00Voilà,
27:00c'est tout.
27:01Libia Richard ?
27:02Oui,
27:02je ne partage pas
27:03votre optimisme malheureusement
27:06parce que l'IFOP
27:07a fait pour s'y d'action
27:08un sondage
27:10qui est très inquiétant.
27:13Ça montre que
27:15la tranche d'âge
27:1625-34 ans
27:18adhère bien plus
27:21au discours masculiniste
27:23et remet en cause
27:25toutes les avancées
27:25qu'on a pu obtenir
27:27parce que c'est ça
27:27le masculinisme en fait.
27:29On ne l'a pas tellement défini.
27:30Mais qu'est-ce que c'est ?
27:31C'est la victimisation
27:33des hommes
27:34qui estiment que
27:35les droits des femmes
27:36sont allés trop loin
27:37et ont détrôné,
27:41bouleversé le patriarcat
27:42et qu'aujourd'hui,
27:43les hommes sont victimes
27:44des institutions,
27:45les pères sont déchus
27:47de leurs droits
27:48lors des séparations.
27:51Il y a tout un...
27:52Oui, ce serait la revanche
27:53des hommes.
27:54Les féministes
27:55sont allés trop loin.
27:57Les féministes
27:57sont allés trop loin.
27:59Il faut arrêter ça
28:00et retrouver des vraies valeurs,
28:01la famille traditionnelle,
28:02etc.
28:02Encore une fois,
28:03on parle de Manosphère,
28:04Pauline Ferrari
28:05qu'on a auditionné,
28:06le fait parce qu'il y a
28:08plein de mouvements masculinistes.
28:09Ce n'est pas quelque chose...
28:11Repris par des partis politiques
28:13aussi, vous diriez ?
28:13Mais il y a évidemment
28:14un lien politique
28:15et Isabelle Rome
28:16l'a très bien dit.
28:17Ce n'est pas que la haine
28:18des femmes,
28:19c'est la haine des femmes,
28:20mais c'est aussi le racisme,
28:22l'antisémitisme,
28:24l'anti-LGBT,
28:25anti-woke
28:27et ça, évidemment,
28:28a été totalement décomplexé
28:30depuis l'élection de Trump.
28:32On a des données
28:33sur les flux financiers
28:35des mouvements anti-droit
28:36vers l'Europe
28:39et on a...
28:40C'est Neil Data
28:41qui chiffre ça très bien
28:42et on a en France
28:44des mouvements politiques,
28:46le premier d'entre eux
28:47étant Zemmour
28:48qui a écrit le premier livre
28:49masculiniste politique
28:51et c'est repris par d'autres,
28:55par exemple Sterrin
28:56qui finance, par exemple,
28:58une école uniquement
28:59pour les garçons
29:00pour leur apprendre
29:00à être des vrais hommes.
29:01Je précise que la loi punit
29:03l'outrage sexiste ou sexuel.
29:04C'est un délit.
29:06On a les outils
29:07et au cours de nos travaux...
29:08Mais est-ce que c'est fait ?
29:09Est-ce qu'il y a des plaintes ?
29:10Est-ce que quand un homme
29:10dit à des femmes
29:11« Retourne à la maison,
29:12t'es faite pour ça »,
29:13est-ce qu'ils sont vraiment punis ?
29:14Est-ce que les femmes
29:14vont porter plainte ?
29:15Oui, et est-ce que ces hommes
29:16finissent par être punis
29:17ou sanctionnés ?
29:18Ça, je ne sais pas vous dire.
29:19Dans la réalité.
29:20Je pense qu'elles ont déjà
29:21du mal à aller porter plainte
29:22pour viol
29:23et on connaît les chiffres
29:24des classements sans suite.
29:26Donc, ça m'étonnerait.
29:27Il y a évidemment
29:28des plaintes
29:28pour sexisme
29:30et pour agression,
29:32bien sûr,
29:32qu'il y en a.
29:33Mais le réflexe n'est pas...
29:34Le lien avec la justice
29:36mérite d'être rebâti
29:37et ça fera l'objet
29:38de travaux cette année.
29:39On arrive à la fin
29:40de ce débat.
29:40Je voudrais peut-être
29:41vous amener à conclure,
29:43peut-être à nous faire part
29:43d'un optimisme
29:45ou d'un pessimisme
29:46ou d'un message
29:46à faire passer peut-être
29:47aux garçons,
29:48aux filles,
29:49aux hommes et aux femmes
29:49qui nous écoutent.
29:50Christine Castelin-Meunier ?
29:52Mais oui.
29:53Moi, je pense
29:54que plus on leur donne
29:57du pouvoir,
29:58plus on s'écrase.
30:00Donc, je pense
30:02qu'il faut aller faire
30:02quelque chose
30:03de très positif
30:04à travers l'éducation.
30:07Donc, l'apprentissage
30:09de l'estime de soi,
30:10respect d'autrui,
30:12la théorie des émotions,
30:15l'intelligence émotionnelle,
30:18le dialogue.
30:20Et que dans les écoles
30:21et dans les familles
30:22et tout ça,
30:23on parle de la question
30:25des filles,
30:26des garçons
30:27et comment s'entendre
30:28entre filles
30:28et entre garçons.
30:29Donc, aller vraiment
30:30vers quelque chose
30:31de très, très positif.
30:33Et avant de vous laisser conclure,
30:34je voudrais quand même
30:34vous dire qu'avant cette émission,
30:35on a eu vraiment
30:36beaucoup, beaucoup
30:37de réactions
30:38des téléspectateurs
30:39et des téléspectatrices
30:40qui s'interrogent vraiment
30:41sur cette idée
30:41de violence masculine.
30:44Et on a eu des réactions
30:45que j'ai trouvées
30:46à la fois naïves
30:47mais intéressantes.
30:48Je pense à Laurence
30:50Duplessis-Robinson
30:50qui nous dit
30:51« Bonjour, je me demandais
30:52si la testostérone
30:53pouvait expliquer
30:54une grande partie
30:55de ses comportements violents.
30:56Crise de Nice,
30:57la testostérone est-elle en cause ? »
30:59Ou encore Hélène D'Antoni,
31:00« Y a-t-il un lien
31:00entre un niveau élevé
31:01de testostérone
31:02et le niveau de violence
31:03et de contrôle des pulsions ? »
31:05Les femmes s'interrogent beaucoup ?
31:07Je peux juste répondre ?
31:08Oui ?
31:0890% des cellules
31:10à la naissance
31:10chez l'enfant
31:11ne sont pas formées.
31:13Elles vont se développer
31:15en fonction de l'environnement
31:16et du contexte.
31:17Et plus on aura
31:18un contexte respectueux
31:21de l'identité
31:22de chaque personne,
31:23de chaque individu,
31:25en vraiment en balayant,
31:28en s'éloignant
31:29de cet idéal viril
31:32qui vraiment
31:34rend malheureux.
31:35Eh bien,
31:36plus on avance...
31:37Ça dit à quel point
31:38les Français et les Français
31:39s'interrogent.
31:40Enfin, son père ?
31:41Oui, oui.
31:42Je réagis aussi,
31:43par exemple,
31:43vous vous rappeliez tout à l'heure
31:44que les jeunes filles
31:45étaient victimes aussi,
31:46évidemment,
31:46des stéréotypes féminins.
31:47Je suis complètement d'accord.
31:48Et en fait,
31:49si on veut être
31:49un peu plus généraliste,
31:50ces temps-ci,
31:51et ce n'est pas vrai qu'en France,
31:52c'est vrai en Europe,
31:53c'est vrai aux États-Unis,
31:54c'est plutôt la jeunesse,
31:55en fait, en règle générale,
31:56qui ne va pas bien.
31:56C'est la fin de la courbe en U,
31:58celle où on était très heureux
31:59quand on était jeunes,
31:59un peu moins,
32:00entre 45 et 50 ans,
32:01et un peu plus heureux
32:03à la fin de notre vie.
32:03Aujourd'hui,
32:04cette courbe en U,
32:04elle existe de moins en moins,
32:06et la jeunesse devient
32:07un peu le point zéro
32:08du bien-être social.
32:09Donc, en fait,
32:10moi, je pense qu'il faudrait
32:11quand même peut-être aussi
32:12sortir de cette idée
32:13de jeu à somme nulle
32:14entre les jeunes hommes
32:16et les jeunes femmes,
32:16entre les hommes
32:16et les femmes en règle générale,
32:18et comprendre que les souffrances
32:19des uns et des autres
32:20ne s'annulent pas
32:21et peuvent se parler.
32:22Isabelle Rome ?
32:23Oui, je partage assez,
32:25bien sûr, l'éducation,
32:26mais aussi, je pense,
32:27le mal-être adolescent,
32:28et je crois que,
32:30je veux dire,
32:30on a aussi des questions
32:32sur la santé mentale
32:33de nos adolescents.
32:34Pour moi,
32:35je pense qu'un des chantiers
32:38prioritaires d'un futur quinquennat
32:40devrait être, je pense,
32:42la protection de l'enfance
32:43et, je veux dire,
32:44d'avoir une politique,
32:46justement,
32:46en direction de l'enfance
32:47et de la jeunesse,
32:48parce que c'est la société
32:50de demain,
32:50puis c'est nos enfants
32:51d'aujourd'hui,
32:53et je pense qu'ils sont
32:55en souffrance,
32:56donc, effectivement,
32:57ce n'est qu'un des exemples
32:59de cette souffrance
33:00qui est là,
33:01mise en exergue,
33:02mais je pense que ça,
33:02c'est extrêmement important.
33:03Après, pour terminer
33:05sur une note aussi
33:05un peu plus positive,
33:06quand on regarde aussi,
33:07justement,
33:08ce fameux rapport
33:09sur le sexisme
33:10du Haut Conseil à l'égalité,
33:11on se rend compte aussi
33:12que trois quarts
33:13des jeunes
33:14entre 18 et 25 ans
33:16ont conscience
33:17du fait
33:18que les femmes
33:19sont quand même
33:20encore moins bien traitées
33:21dans notre société
33:23que les hommes.
33:24Donc, en fait,
33:25on va dire qu'il y a quand même
33:26une prise de conscience
33:28qui ne veut pas dire
33:29que pour autant
33:29on considère
33:30que les hommes
33:30sont mauvais,
33:32évidemment,
33:33mais c'est simplement
33:34cet idéal
33:35d'égalité
33:36et je pense aussi,
33:37pour moi,
33:37c'est un mot important
33:38de respect de l'autre
33:40simplement
33:40comme son prochain.
33:43Votre conclusion,
33:44Olivia Richard ?
33:45J'ai envie
33:46de dire
33:47trois choses.
33:48La première,
33:49c'est que,
33:49bien évidemment,
33:50et ce documentaire
33:51le démontre à mon sens,
33:53il y a un lien
33:54évident
33:55entre
33:56violence des hommes
33:57et violence
33:59faite sur les enfants.
34:01Les violences éducatives
34:02ordinaires,
34:04la quête
34:04de l'assentiment
34:06du père,
34:07c'est évidemment
34:08dans les foyers
34:09que ça se passe
34:10et que ça commence
34:11et donc,
34:11je vous rejoins
34:12complètement,
34:13Madame l'ambassadrice,
34:14sur la nécessité
34:15de se pencher
34:16sur la protection
34:17de l'enfance.
34:18Premier point.
34:20Deuxième point,
34:22en effet,
34:23il y a un chantier
34:23énorme à venir
34:25sur la régulation
34:27des espaces numériques
34:29et on n'a pas abordé
34:29la question du porno.
34:31C'est pourtant
34:33une question
34:33absolument centrale
34:35puisqu'on sait
34:35que l'entrée
34:36dans le porno
34:37des enfants
34:37se fait à 10 ans
34:39en Ile-de-France,
34:39à 11 ans
34:40dans le reste de la France
34:41et ça,
34:42c'est l'éducation sexuelle
34:43à laquelle ils ont accès
34:44aujourd'hui
34:44et je me module
34:46un peu
34:46sur les évars,
34:47c'est censé être
34:483 heures par an.
34:49Je ne suis pas sûre
34:50qu'on arrive
34:51à casser
34:51les stéréotypes
34:52éducatifs
34:53en 3 heures par an
34:54quand elles auront réussi
34:55à être déployées
34:56sur tout le territoire.
34:57Dernier point
34:58pour essayer
34:58d'être optimiste
34:59parce que moi,
35:00je suis très inquiète,
35:02la libération
35:03des femmes,
35:04c'est aussi
35:04la libération
35:05des hommes
35:06en réalité.
35:07C'est leur donner
35:08accès à autre chose
35:09que ces injonctions
35:11qui les étouffent
35:12et qui conduisent
35:13à la répétition
35:14des schémas
35:14qui ne rend
35:16personne heureux.
35:17On s'arrêtera là-dessus.
35:19Merci infiniment
35:20à tous les quatre
35:21d'avoir participé
35:21à cet échange.
35:22Merci à vous
35:23de nous avoir suivis
35:24comme chaque semaine.
35:25Émissions et documentaires
35:26à retrouver en replay
35:27sur notre plateforme
35:28publicsena.fr.
35:29À très vite.
35:29Merci beaucoup.
35:30Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires