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  • il y a 5 minutes
Karam Hassan, cadre et chef de projet chez L’Oréal, est ambassadeur L’Oréal, président et fondateur de l’association "La Voix des Réfugiés". Auteur de "Un rêve plus loin" (Albin Michel). Portrait à retrouver sur https://statics.teams.cdn.office.net/evergreen-assets/safelinks/2/atp-safelinks.html

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:08Quand on a été kidnappé par la police de son pays
00:12et passé à tabac, terrorisé par des passeurs,
00:16entassé à fond de cale au milieu de la Méditerranée,
00:19pourchassé par une bande armée
00:21et qu'on a survécu à la jungle de Calais,
00:24à quoi on pense quand on arrive au bureau le matin ?
00:27À quoi on pense quand on pousse la porte de chez L'Oréal ?
00:31Quand on marche dans les rues de Paris ?
00:33Quand on traverse une frontière avec une simple valise à la main ?
00:37Quand on s'endort le soir et que parfois on se réveille la nuit ?
00:40À quoi on pense quand on va se baigner ?
00:43Quand on plonge dans l'eau fraîche et qu'on sent ses membres se déplier ?
00:47Ça peut vous paraître étrange,
00:49mais un homme qui nage n'est plus un migrant,
00:52c'est un homme qui nage.
00:54Ce matin, témoignage sidérant et portrait numéro 99.
01:02Bonjour Karamassane.
01:03Bonjour beaucoup.
01:04Bonjour beaucoup.
01:07C'est l'émotion.
01:08Tous les mots se sont catapiqués en expérience.
01:10Je veux dire vraiment merci beaucoup pour cette très belle invitation.
01:14Je suis sincèrement très touché.
01:16C'est nous qui sommes très touchés par votre récit,
01:18Un rêve plus loin,
01:19qui vient de paraître aux éditions Albain Michel.
01:23Je l'ai dit tout à l'heure à mes petits camarades,
01:25vous êtes chef de projet chez L'Oréal.
01:27Vous avez aussi fondé une association qui s'appelle La Voix des Réfugiés.
01:32Et c'est évidemment ce qui paraît être une adegnote
01:37dans un parcours aussi fou que le vôtre,
01:40entre le Soudan où vous êtes né en 1993-87
01:45et Arras où vous êtes né une deuxième fois.
01:48Entre les deux, il y a eu la peur de l'eau
01:50et entre les deux, il y a eu apprendre à nager.
01:53Oui, vous avez appris à nager.
01:56Oui, j'ai appris à nager, pas parfaitement,
01:59mais en tout cas, oui.
02:00Mais en fait, je n'aime pas l'eau.
02:03Sincèrement, j'aime l'eau que pour deux choses,
02:05boire et me laver.
02:08Mais en fait, j'ai appris à nager parce que c'était important
02:10et je me suis rendu compte qu'en fait,
02:12quand j'ai pris le bateau,
02:14pendant dix jours sur le bateau,
02:16sans nager,
02:18pour moi, c'était quand même normal.
02:21Et je me suis rendu compte qu'en fait,
02:22c'était dangereux.
02:24C'était dangereux.
02:25Oui.
02:26On va raconter ce départ.
02:28C'est votre père
02:29qui vous pousse à quitter le Soudan,
02:32qui est devenu beaucoup,
02:33beaucoup trop dangereux pour vous.
02:36Vos parents vous ont donné
02:38toutes leurs économies pour partir.
02:40Toutes leurs économies,
02:41c'est-à-dire 3000 dollars.
02:43Vous avez un père boulanger
02:44et une mère au foyer.
02:46Ils ont sept enfants.
02:48Ils vous donnent tout pour partir.
02:50D'abord, c'est l'Égypte, c'est ça ?
02:52Tout à fait.
02:52Oui, j'ai quitté le Soudan
02:55pour aller en Égypte en voiture.
02:57Et quand je suis arrivé en Égypte,
02:58j'ai rencontré des passeurs.
02:59Et après, j'ai pris le bateau.
03:01Je suis arrivé en Italie
03:03après neuf jours sur la mer.
03:06Ces neuf jours sur la mer,
03:07il faut les raconter.
03:08Voilà.
03:08Il faut les raconter
03:09parce que d'abord,
03:11quand vous vous retrouvez
03:12entre les mains des passeurs,
03:14c'est terrifiant.
03:15C'est-à-dire que vous êtes
03:16totalement à leur merci,
03:18vous êtes lâchés dans des camps,
03:19vous êtes complètement affamés,
03:21vous êtes battus
03:23pour le moindre mot de travers.
03:26Alors, en fait,
03:27on leur donne notre vie,
03:29parce qu'on n'a pas le choix.
03:31Et moi, quand j'ai quitté le Sousan,
03:32je n'avais pas le choix.
03:33Et le seul choix,
03:35c'était de partir,
03:36de quitter,
03:37d'arriver ici en Europe.
03:40Cela, en fait,
03:41quand je suis arrivé en Égypte.
03:42Et quand j'ai rencontré
03:44le passeur en Égypte,
03:46il m'a dit un discours
03:47que tu vas être
03:48dans un grand bateau.
03:51Un paquebot.
03:52C'est ça.
03:53Et j'arrive,
03:54c'était des petits bateaux,
03:55et ça, c'était le premier choc.
03:57J'ai tombé...
03:58Des barques.
03:59Exactement.
03:59Des barques pour traverser
04:00la Méditerranée.
04:00Exactement.
04:01Et après,
04:02ça a pris neuf jours sur la mer.
04:04Et pendant ces neuf jours
04:06de la mer,
04:07il y avait des tensions,
04:09il y a des angoisses
04:10à la fois individuelles
04:12et collectives.
04:14On bovait une fois par jour,
04:16on mangeait une fois par jour.
04:17Les situations hygiènes,
04:20inexistantes.
04:21Et c'était quand même
04:22des moments incroyables.
04:24En fait,
04:24moi, mon rêve,
04:25c'était de toucher la terre.
04:27Ça, c'était vraiment mon rêve.
04:28Et je n'aurais jamais imaginé
04:30être vivant,
04:31en fait,
04:32traverser ça.
04:32Parce que moi,
04:34je suis quelqu'un
04:34qui a vécu toute sa vie
04:35dans la peur.
04:36En fait,
04:37quand j'étais petit...
04:38Dans la peur.
04:39Quand j'étais petit,
04:40j'ai vécu dans la peur
04:41parce que j'avais peur
04:42de mourir jeune.
04:44Je ne sais pas.
04:45Et après,
04:45quand je suis parti en Inde,
04:47aussi,
04:47il y avait des peurs.
04:48Vous avez fait vos études.
04:49Exactement.
04:49Et quand je suis rentré
04:52au Soudan,
04:53aussi,
04:53la peur.
04:54Et quand j'ai pris le bateau,
04:56la peur.
04:56Quand je suis arrivé en France,
04:57aussi,
04:57la peur.
04:57Et en fait,
04:58tout le temps,
04:59j'ai vécu,
05:00en fait,
05:00toute ma vie
05:00dans cette peur.
05:03Vous avez moins peur,
05:04aujourd'hui ?
05:05Oui,
05:05je me sens très bien,
05:06aujourd'hui.
05:22Pourquoi il a fallu quitter
05:23le Soudan ?
05:24Alors,
05:25le Soudan,
05:27fin décembre 2013,
05:29j'arrive au Soudan.
05:31J'étais arrêté
05:32à l'aéroport.
05:33Pourquoi ?
05:34Parce qu'ils me posent
05:35des questions.
05:35Pourquoi tu es parti en Inde ?
05:36Je leur ai dit,
05:37en fait,
05:37je suis parti
05:37pour faire mes études.
05:39Ils m'ont dit,
05:40ben non,
05:40en fait,
05:41tu es partie
05:42d'un groupe opposant.
05:45J'étais mis
05:45dans un prison
05:46pendant quelque temps.
05:47J'étais libéré
05:48sur des conditions.
05:50Donné des informations
05:51sur des personnes
05:51dans mon quartier.
05:53C'était dur.
05:54C'était insupportable,
05:56invivable.
05:56Et c'est pour ça
05:57qu'en fait,
05:57j'ai décidé de partir.
05:59C'est ça.
06:00Vous deveniez
06:00un informateur
06:01du régime,
06:02un indique,
06:03un délateur.
06:04Exactement.
06:05Il faut quand même
06:06que vous racontiez
06:08la terreur exercée
06:10au Soudan
06:11à l'époque
06:12où il y a
06:13des exécutions sommaires,
06:15des arrestations.
06:16Alors,
06:17en fait...
06:18où l'un de vos cousins
06:20est interrogé...
06:21Est arrêté,
06:22en fait,
06:23depuis des années,
06:25depuis plus de 20 ans,
06:26le Soudan,
06:27tous les jeunes,
06:28en fait,
06:29qui sont de Darfour
06:30ou qui sont
06:30du sud de Soudan
06:31sont arrêtés,
06:33toutes les personnes,
06:34surtout,
06:34en fait,
06:34qui sont étudiants.
06:36Et par exemple,
06:37en fait,
06:37parfois,
06:38quelqu'un qui est juste
06:39à l'université,
06:40il peut être confronté
06:41à la violence
06:42et arrêté
06:43parce qu'en fait,
06:44ils ont peur
06:44que cette personne
06:45va fonder un groupe
06:47opposant du gouvernement
06:48en disant
06:49qu'on voulait
06:51notre droit,
06:52etc.
06:54Quand vous arrivez,
06:55quand vous touchez
06:56la terre,
06:57après cette traversée
06:58en bateau,
06:59vous avez changé
07:00quatre fois de bateau,
07:01quand vous touchez
07:02la terre
07:02et que vous êtes
07:03bien vivant,
07:05vous êtes,
07:06à ce moment-là,
07:07dans un centre
07:09pour réfugiés
07:09en Sicile
07:10et avec
07:11deux autres migrants
07:13vous faites le choix
07:14de fuir,
07:15de fuir le plus vite possible
07:16pour ne pas tomber
07:17sur la police.
07:18C'est ça.
07:19Et là commence
07:19un long périple
07:21à travers l'Europe.
07:22Tout à fait.
07:22Depuis là-bas,
07:23en fait,
07:24la destination,
07:25l'objectif,
07:26c'était d'aller
07:27en Angleterre
07:27et se cacher
07:29parce que,
07:30personnellement,
07:31j'ai un rapport
07:33très, très,
07:33un rapport
07:34très mauvais
07:35avec la police.
07:36J'avais toujours peur
07:37d'être arrêté
07:38parce que j'étais
07:38sans papier
07:39et je passe
07:41depuis
07:42la Sicile
07:43jusqu'à
07:4320h30.
07:44Après,
07:45je rentre en France
07:46par Lyon,
07:48Nice,
07:49Paris
07:51et après Calais.
07:52Vous dormez dans la rue.
07:52C'est ça,
07:53dans la rue
07:53pendant
07:55tous les jours,
07:57pendant
07:58tout le temps.
07:59J'étais dans la rue
07:59parce que je ne connaissais
08:00personne en France.
08:01Je ne parlais pas la langue,
08:03je ne connaissais pas
08:03la culture
08:04et pour moi,
08:05c'était plus facile
08:06en fait
08:07d'aller en Angleterre
08:09et c'est pour ça
08:09que je suis parti
08:10à Calais.
08:12Je me retrouve
08:13dans une ville
08:15avec beaucoup de choc
08:16parce qu'en fait
08:17c'est
08:19le jungle,
08:20la jungle de Calais.
08:21La jungle de Calais
08:21à l'époque.
08:22Exactement.
08:23Mais vous n'imaginiez pas
08:24que ça pouvait ressembler
08:25à ça ?
08:25Pas du tout.
08:26Pas du tout.
08:27Un gigantesque bidonville
08:29écrivez-vous
08:29aujourd'hui.
08:30Un gigantesque bidonville
08:32où vous avez connu
08:33une forme de fraternité
08:35très forte.
08:36Très très forte.
08:37Très très forte.
08:38Et en même temps
08:38une espèce de violence
08:41féroce,
08:42permanente,
08:43quotidienne,
08:43usante,
08:44très dure à vivre.
08:45Et en fait,
08:47ces moments-là
08:47pour moi,
08:48c'était des moments
08:50inoubliables
08:50parce qu'aujourd'hui,
08:52c'était des moments
08:53durs,
08:53mais ça m'a donné
08:54la force que j'ai
08:55aujourd'hui.
08:55C'est-à-dire qu'en fait,
08:57certes,
08:57c'était des violences,
08:58c'était des difficultés,
08:59c'était...
09:01En fait,
09:01j'ai vivé
09:02sans vivre.
09:05Alors ?
09:06C'est très fort en fait.
09:08Il y a eu
09:08plusieurs tentatives
09:10pour partir en Angleterre.
09:11Oui.
09:12La première,
09:14pourquoi elle échoue ?
09:15En fait,
09:16j'ai essayé
09:16de monter
09:17dans un camion,
09:19traverser,
09:20j'arrive
09:22à la douane
09:23et ça,
09:24j'étais arrêté.
09:24Les chiens
09:25me détectent
09:26que je suis un être humain
09:27qui est là-bas.
09:28J'étais arrêté
09:29et après,
09:30la police m'a dit
09:31« Allez, allez, allez ».
09:32Deuxième tentative ?
09:33Pareil en fait.
09:34Et après,
09:36à un moment donné,
09:37j'ai eu cet ami
09:39qui est décédé un jour
09:41en passant
09:42de la jambe
09:43en disant
09:43« Mozaab »
09:44en disant
09:44« Au revoir ».
09:46Il est parti.
09:48Vers 19h,
09:49il est décédé.
09:50Je reçois
09:51cette information
09:52comme un choc.
09:53En fait,
09:54il s'est fait écraser.
09:55Tout à fait.
09:56En fait,
09:56c'est le risque immense
09:57que de partir seul
09:58accroché à l'essieu
09:59d'un camion.
10:00C'est exactement ça.
10:01Et je me disais
10:03« Je n'ai pas fait tout ça
10:05pour me retrouver
10:06et peut-être
10:07je vais avoir
10:09le même destin
10:10que lui. »
10:12Et là,
10:12c'est le déclic.
10:14Et là…
10:27Je vous ai mis du brel
10:29parce que c'est avec brel
10:30que vous apprenez le français.
10:32Mon cher Karam.
10:34J'ai écouté.
10:35C'était peut-être
10:35pas la façon
10:38la plus facile
10:39d'apprendre une langue.
10:41Exactement.
10:42Le français,
10:43c'est une langue
10:43très, très, très compliquée.
10:44mais très, très, très belle langue.
10:46Oui.
10:46Vous avez une passion
10:47pour le français.
10:48J'ai vraiment une passion
10:49et en fait,
10:50j'ai écouté la radio
10:52France Inter,
10:53France Culture
10:54et France Info.
10:55C'est vrai.
10:56Et depuis 2016,
10:57je ne comprenais pas tout
10:59mais j'ai quand même…
11:00J'adore les journalistes,
11:01j'adore leur voix
11:02et moi,
11:03j'ai rêvé tout…
11:04Depuis que j'étais petit
11:05d'être journaliste.
11:06Ça, c'était vraiment…
11:08Vraiment.
11:08Et aussi la musique.
11:11J'écoutais beaucoup
11:11de la musique
11:12mais surtout
11:14des personnes
11:14qui m'ont accompagnée,
11:16qui m'ont donnée
11:17Françoise…
11:18Je suis super émue.
11:21Alors,
11:22il faut raconter
11:23que dans la jungle
11:24de Calais,
11:25d'abord,
11:25comme vous parlez anglais,
11:26vous avez appris l'anglais
11:27en Inde,
11:28vous avez beaucoup servi
11:29de traducteur aux autres.
11:30Et puis aussi,
11:31vous êtes beaucoup passée
11:32à la télé
11:32parce que les journalistes
11:34cherchaient des témoins
11:36pour raconter aussi
11:37ce qui se passait au Soudan.
11:39C'est ça ?
11:40Tout à fait, oui.
11:41Donc voilà,
11:42Karamazan à la télé.
11:43Oui.
11:44Alors,
11:45je le faisais
11:46parce que pour moi,
11:48c'était important
11:48de le faire
11:49parce que beaucoup de gens
11:51souffraient au Soudan
11:52et beaucoup de gens aussi
11:53souffrent
11:54quand j'étais
11:54à la jungle de Calais.
11:56Même s'il y avait
11:56cette solidarité,
11:57mais quand même,
11:57il y avait l'angoisse,
11:59le peur aussi,
12:00en quelque sorte,
12:01en fait,
12:02comment,
12:02enfin,
12:03quand ça va durer,
12:04en fait,
12:04tout ça.
12:05Et du coup,
12:05je racontais
12:05la situation à Calais
12:06et je fais aussi
12:09la traduction
12:10pour ceux
12:11et celles
12:11qui veulent rester en France.
12:13Il faut que vous nous racontiez
12:14qui est Françoise.
12:15Alors,
12:16Françoise,
12:16c'est ma maman de France.
12:17C'est une dame
12:18que j'adore,
12:19qui a 83 ans.
12:21Cette dame,
12:22c'est elle
12:22qui m'a tout donné,
12:24sincèrement.
12:24Elle m'a accompagné
12:25pour apprendre le français,
12:27elle m'a accompagné
12:27pour créer
12:28notre belle association
12:29que je vais en parler,
12:31La Voix de Réfugiés.
12:32Et aussi,
12:32elle m'a accompagné
12:35de comprendre
12:35la culture française,
12:37de comprendre aussi...
12:38Alors,
12:38elle était enseignante.
12:39Oui,
12:40elle était enseignante
12:40exactement
12:42à Arras
12:43pendant quelques années
12:44et depuis 2016,
12:46en fait,
12:47elle a décidé
12:48de donner
12:49de cours de français
12:50aux réfugiés.
12:52Donc,
12:52c'est pour ça
12:52qu'en fait,
12:53elle est arrivée
12:53à Okada,
12:55au centre d'accueil
12:55de demandeurs d'asile
12:56à Arras,
12:57où elle a donné
12:58de cours de français
12:59et c'est là-bas
13:00qu'on s'est retrouvée.
13:01Oui,
13:01la ville de la Renaissance.
13:02C'est ça.
13:03C'est ma ville de cœur.
13:05C'est ma ville de cœur
13:06et je salue
13:08toutes les personnes
13:09qui m'ont accompagné.
13:09Cette ville,
13:10je n'oublierai jamais
13:11parce que
13:12je suis né
13:14une deuxième fois
13:15en France,
13:17notamment à Calais
13:18et à Arras.
13:20Et cette ville,
13:21j'adore
13:22et je remercie
13:23vraiment toutes les personnes
13:24qui m'ont accompagné.
13:26Je salue aussi
13:27le maire d'Arras
13:28qui m'a accompagné
13:28et toutes ces personnes.
13:30Qui a pris en charge
13:31les frais
13:31de votre scolarité.
13:32Tout à fait.
13:33Bon,
13:33Jean-Jacques Goldman,
13:33parce que vous avez aussi
13:34appris le français.
13:36Encore un matin !
13:37Encore un matin !
13:39Un matin pour rien
13:40Une arginocre de tes mains
13:44Un c'est plus loin.
13:45Ça,
13:45c'est votre hymne.
13:46Ouais.
13:46Vraiment ?
13:47c'est mon...
13:59Maintenant ce qu'il faut
13:59c'est vous faire rencontrer
14:00Jean-Jacques Goldman.
14:01Exactement.
14:02Et peut-être aussi...
14:03On va s'en occuper.
14:04Et peut-être aussi chanter.
14:06En fait,
14:06peut-être que je vais changer
14:07la prévision
14:08et de venir chanter.
14:09C'est vrai ?
14:09Et de venir en changer.
14:10Je rigole.
14:12Parce que quand même
14:13vous êtes quand même
14:14capable de beaucoup.
14:15D'abord,
14:16vous obtenez un vrai diplôme
14:18de français langue étrangère.
14:21Et puis,
14:22direction l'université
14:23pour faire du management.
14:25Pour étudier management.
14:26Direction Sciences Po.
14:27Non mais c'est...
14:27L'histoire est folle.
14:29Je suis en face
14:29de quelqu'un aujourd'hui
14:31qui est en chemise
14:32costard absolument impeccable
14:33et qui retourne travailler
14:35chez L'Oréal
14:35tout à l'heure.
14:37Alors que vous avez traversé
14:38la Méditerranée
14:39à fond de cale
14:41au milieu du vomi
14:43et des excréments.
14:44C'est très bien raconté
14:45dans le livre.
14:46C'est un cauchemar absolu
14:47ce que vous avez vécu.
14:53Alors,
14:54la situation ne fait que
14:56s'empirer au Soudan
14:57pendant ce temps-là.
15:00Que sont devenus...
15:01Qu'est devenue la famille ?
15:02En fait,
15:04ma famille aujourd'hui
15:05habite en Égypte
15:07depuis presque deux ans.
15:09À cause de la guerre,
15:10en fait,
15:11elle s'était obligée
15:12de quitter le Soudan.
15:13Donc, eux non plus,
15:14ils n'ont pas eu le choix.
15:14Ils n'ont pas eu le choix.
15:16Donc,
15:16quitter le Soudan
15:17est une situation aussi
15:18très, très, très compliquée.
15:20Et moi,
15:21j'ai retrouvé ma famille
15:22après neuf ans.
15:23C'était un moment
15:24très fort de retrouvaille.
15:26C'est la première fois
15:27que je voyais mon père
15:29pleurer
15:30et ma mère aussi.
15:32Et pendant trois jours,
15:34je dormais peu.
15:35j'ai dormi
15:35pour profiter d'eux.
15:37Pour profiter d'eux.
15:38Et j'avais pas envie
15:39de dormir
15:40parce que je me disais
15:40peut-être le temps
15:41va passer très vite
15:42et je suis resté...
15:43Neuf ans sans les voir.
15:45Et c'est là
15:46où je me suis rendu compte
15:47qu'en fait,
15:48en France,
15:48j'ai retrouvé des personnes
15:49qui étaient
15:50aussi ma famille.
15:52Des personnes
15:52que j'ai rencontrées
15:54au secours catholiques,
15:55des personnes
15:56que j'ai rencontrées
15:56à Arras,
15:57des personnes
15:57que j'ai rencontrées
15:59chez L'Oréal.
16:01Et en fait,
16:01ces personnes-là,
16:02elles étaient là.
16:03elles étaient comme ma famille.
16:05Et après neuf ans,
16:06quand je suis allé
16:07voir cette famille,
16:08ma famille,
16:09je me disais,
16:09oui, au clair,
16:10je me disais,
16:10mais comment je peux tenir
16:12neuf ans
16:13sans voir ma famille ?
16:17C'est énorme en fait.
16:18Avoir une famille,
16:19c'est peut-être
16:20quelque chose de banal
16:21parfois.
16:22On ne peut peut-être
16:23même pas réfléchir,
16:24mais avoir une famille,
16:25c'est quand même énorme.
16:27C'est quand même énorme.
16:28Et aujourd'hui,
16:28je suis retourné
16:29une deuxième fois
16:30et là,
16:30je vais retourner
16:32aussi cette année.
16:33Et voilà,
16:34j'ai soif
16:34de voir vraiment
16:36ma famille
16:36tout le temps,
16:37tout le temps,
16:37tous les jours,
16:38tous les jours.
16:39Il y a quelque chose
16:39qui traverse ce livre,
16:42c'est l'expérience
16:43du racisme
16:44et ce n'est pas du tout
16:45l'expérience
16:46du racisme
16:47en France.
16:48C'est l'expérience
16:49du racisme
16:49dès le Soudan.
16:51C'est-à-dire que
16:52vous êtes noirs
16:53et au Soudan,
16:54vous êtes trop noirs.
16:56Pourquoi vous êtes
16:57trop noirs
16:57pour le Soudan ?
16:58Parce qu'en fait,
16:59le Soudan,
16:59c'est un pays très particulier,
17:00c'est un pays africain,
17:02mais avec une violence arabe
17:03et du coup,
17:04il y a une minorité
17:06qui gouverne le pays
17:07depuis l'indépendance
17:08et en fait,
17:10toutes les personnes
17:11qui viennent de Darfour
17:12ou qui viennent
17:13du Soudan,
17:14ils ne sont pas clairs de peu
17:17et puis,
17:18ils n'ont vu
17:19comme pas
17:19des vrais Soudanais.
17:21Et c'est pour ça
17:21qu'en fait,
17:22par exemple...
17:22En fait,
17:22vous avez la couleur
17:23de peau des esclaves.
17:24C'est ça,
17:24exactement.
17:25Et d'ailleurs,
17:26il y a une phrase
17:27que j'ai dit dans le livre
17:27qu'un jour,
17:29un ami m'envoyait
17:30avec un costume blanc
17:32et il m'a dit
17:33« Ah, c'est nickel,
17:35mais le problème,
17:36c'est noir. »
17:38C'est violent.
17:39Mais pour moi,
17:39c'était normal
17:40parce que la société,
17:41rend ça normal.
17:43Et en Égypte,
17:44vous êtes aussi
17:45ce qu'on appelle
17:45les Samaras.
17:47C'est-à-dire...
17:47Les Samaras.
17:48Les noirs de peau.
17:49C'est ça,
17:49exactement.
17:50C'est-à-dire ceux
17:51qui ont les pires métiers.
17:52C'est ça.
17:52C'est ça.
17:53Donc en fait,
17:54être noir de peau,
17:55c'est un fardeau
17:56au Soudan,
17:57en Égypte,
17:58bien avant d'arriver
17:59en France.
18:00Exactement.
18:00Mais aujourd'hui,
18:02en fait,
18:02être noir,
18:03pour moi,
18:03c'est...
18:04J'adore d'être noir.
18:06J'adore ma couleur de peau.
18:08Et c'est fou
18:09parce que vraiment,
18:10arriver en France
18:11sans parler la langue
18:12il y a deux ans,
18:14il y a douze ans,
18:14et se retrouver aujourd'hui
18:17à la radio,
18:18à France Inter,
18:19à cette émission,
18:20l'émission la plus écoutée
18:22en France,
18:23être accueilli
18:23et parler en français,
18:26pour moi,
18:26c'est fou.
18:27C'est incroyable.
18:27Je travaillais chez L'Oréal,
18:29des personnes
18:29qui m'ont accompagné,
18:30qui m'ont tout donné.
18:31Et je citerai,
18:32en fait,
18:33je vais citer quelques personnes
18:34que je dois les remercier.
18:36Allez-y.
18:36Jean-Claude Legrand.
18:38Allez-y.
18:39C'est une personne incroyable
18:40qui m'a vraiment accompagné.
18:42Alexandra Palte,
18:44Linda Bergeron,
18:45Selima,
18:46Pauline Avnella,
18:47énormément de personnes.
18:49Énormément de personnes.
18:50Voilà.
18:50Et cette Françoise
18:51qui est votre deuxième maman.
18:53Karamasa,
18:54merci d'être venue
18:55raconter cette histoire.
18:56Un rêve plus loin,
18:57c'est donc
18:57paru aux éditions
18:58Albin Michel.
18:59La prochaine fois,
19:00on essaiera d'organiser
19:01nos rencontres
19:02avec Jean-Jacques Goldman.
19:05Très bien.
19:06Mais franchement,
19:06merci à la France,
19:07ce pays qui m'a tout donné.
19:09Et merci à toutes les personnes
19:10qui m'ont vraiment accompagné.
19:11J'ai oublié
19:13quelques noms.
19:15C'est pas grave.
19:15Voilà.
19:16Lauren Tara,
19:17Julie,
19:18et la maison Albin Michel
19:19et toutes les personnes
19:20qui m'ont accompagné.
19:21Donnie,
19:21Maëlle.
19:22Franchement,
19:22la liste est longue.
19:23La liste est longue.
19:24Mais merci
19:24à toutes les personnes
19:25qui m'ont accompagné.
19:26Merci.
19:26Merci.
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