- il y a 12 heures
Bertrand Monnet, spécialiste de l’économie criminelle et Maya Collombon, maîtresse de conférences à Sciences Po Lyon et spécialiste du Mexique, sont les invités de France Inter, pour évoquer la situation au Mexique, après la mort du baron de la drogue surnommé El Mencho.
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00:00Et un grand entretien ce matin, quelques jours après la mort du narco-trafiquant El Mencho à la tête du
00:05cartel du Jalisco au Mexique.
00:08Nous voulions en comprendre les enjeux et l'économie du narco-business avec la chute d'El Mencho.
00:14C'est une situation que certains décrivent de quasi-guerre civile qui s'installe au Mexique.
00:20Et maintenant, qui remplacera le roi des narcos ?
00:24On va en parler avec celui qui a réalisé une série passionnante pour le journal Le Monde.
00:31L'un des grands spécialistes de la question.
00:33Il est professeur à l'EDEC, spécialiste de l'économie criminelle.
00:36Bonjour Bertrand Monnet.
00:38Bonjour.
00:38Et bienvenue sur France Inter avec nous en duplex depuis Lyon.
00:42Une spécialiste de la politique mexicaine.
00:45Elle est directrice du Centre d'études mexicaine et centraméricaine.
00:50Maîtresse de conférences en sciences politiques à Sciences Polio.
00:53Bonjour Maya Colombon.
00:55Bonjour.
00:56Les auditeurs d'Inter peuvent agir et réagir sur le standard 0145 24 7000 ou sur l'application de Radio
01:06France.
01:07Avant d'aller à la racine, essayer de comprendre les grands enjeux de cette économie du narcotrafic et l'état
01:14du pays.
01:15On va partir de cette opération militaire absolument sidérante de dimanche dernier avec vous Bertrand Monnet.
01:23Vous l'avez raconté, c'est une opération militaire d'une ampleur jamais vue depuis des décennies.
01:30Racontez-nous, non pas l'arrestation mais la mort d'El Mencho.
01:36Qui était-il ? Comment ça s'est passé ?
01:38Alors El Mencho c'était ce chef du cartel de Jalisco qui a créé ce cartel, qui avait créé ce
01:43cartel en 2010.
01:45Il était pourchassé par l'armée fédérale mexicaine, par toutes les polices du Mexique, la garde nationale, la DEA américaine.
01:52Et donc sa tête en plus était mise à prix par les américains à 15 millions de dollars.
01:55Donc il y avait vraiment en amont de cette opération une traque qui était très intense.
02:00Et finalement l'armée mexicaine a réussi à le localiser avec des renseignements américains dans la ville de Tapalpa
02:06où il était visiblement parti quelques jours avec une femme.
02:10Et en fait c'est un proche de cette femme qui était suivi par les renseignements américains
02:14et qui a mené l'armée mexicaine jusqu'à El Mencho.
02:17A ce moment-là il y a une opération qui a été déclenchée.
02:19Lors de l'opération il a laissé plusieurs dizaines de ses hommes essayer de ralentir les forces mexicaines qui arrivaient
02:25sur lui.
02:26Beaucoup de ses hommes ont été tués, on parle d'une trentaine de morts.
02:29Finalement lui-même a été rattrapé, il était gravement blessé avec deux de ses gardes du corps.
02:33Et les trois sont décédés dans l'hélicoptère qui les transportait jusqu'à Mexico
02:37où leurs corps sont restés plusieurs heures sous haute garde devant un bâtiment fédéral.
02:42Alors donc il faut juste prendre la mesure de El Mencho
02:46puisqu'il était à la tête d'une organisation criminelle
02:50devenu l'un des cartels les plus puissants et les plus violents de la planète.
02:53Il était considéré comme l'un des trafiquants les plus recherchés au monde.
02:58Il n'a pas été arrêté vivant.
03:01Vous avez décrit les forces engagées, vous avez décrit sa mort des suites de ses blessures.
03:07Il est tombé, on va le dire très rapidement, à cause d'une femme ?
03:11Oui, alors il serait sans doute tombé autrement en fait.
03:14Ce que font les services de renseignement américains, c'est comparable à ce qu'a fait également l'armée israélienne
03:19à Gaza.
03:20Ils utilisent aujourd'hui des moyens de renseignement qui sont très...
03:22Vous comparez les deux situations pour mesurer la violence de l'attaque ?
03:26Non pas pour mesurer la violence mais pour mesurer les tactiques de renseignement
03:29qui sont aujourd'hui déployées par les services de renseignement américains.
03:31Ils arrivent à mettre en oeuvre des stratégies prédictives en utilisant notamment des intelligences artificielles
03:36mais pas seulement, en cartographiant tout l'environnement humain de ce qu'ils appellent
03:40les high value targets, c'est-à-dire leurs cibles.
03:42Et là on voit bien que ce n'est pas El Mencho lui-même qui a été localisé
03:45parce que des chefs narcos, moi j'en rends compte pour mes recherches, aucun n'a un téléphone.
03:48El Mencho n'a sans doute jamais eu un téléphone depuis 20 ans.
03:51Donc en fait ils suivent, ils cartographient tout leur environnement
03:54et ils arrivent à prédire le comportement et les déplacements de toutes les personnes
03:57qui constituent leur environnement.
03:59Ils les suivent notamment avec des drones mais pas seulement avec des interceptions de téléphone.
04:02Et quand il y a un match, c'est-à-dire quand un proche est localisé dans une région
04:07où effectivement il pourrait se trouver avec le patron, à ce moment-là on lance une opération.
04:11Mais il y a beaucoup d'opérations de ce type-là qui font chou blanc.
04:14Et là en l'occurrence, ça a marché.
04:17Vous allez nous raconter d'ailleurs comment vous travaillez
04:19et comment vous entrez en contact avec les membres de ces cartels.
04:24On connaît le danger de s'en approcher.
04:27Maya Colombon, qu'on comprenne bien l'ampleur, l'importance du cartel du Jalisco,
04:32c'est aujourd'hui ou c'était il y a encore deux jours le plus grand cartel du Mexique
04:37devant celui du Sinaloa dont on connaît l'ancien chef El Chapo
04:42qui est aujourd'hui arrêté et détenu aux Etats-Unis ?
04:45Oui, on peut considérer que le cartel Jalisco Nova Generation
04:50était une entreprise criminelle avec des activités extrêmement diversifiées
04:54qui a à la fois commencé avec la vente de narcoïdes,
05:00donc fentanyl, méthartphétamines, mais qui s'est diversifiée très rapidement.
05:05On sait notamment que le vol de carburant, le watchicle,
05:09est une de ses activités importantes.
05:11Mais évidemment, il y a une multiplication au cours des décennies
05:18des activités de cette entreprise criminelle qui vont très très loin.
05:23On sait par exemple qu'une partie du territoire du Michoacán
05:27où se développe une agriculture de l'avocat
05:31est détenue par les cartels.
05:34On a des investissements importants aussi dans certaines zones touristiques,
05:39par exemple Puerto Vallarta,
05:41qui est une des stations balnéaires qui est proche de Guadalajara,
05:47donc dans le Jalisco.
05:48Et puis, toute une économie de l'extorsion qui est extrêmement importante
05:53et qui fait qu'aujourd'hui, le cartel a des activités
05:58qui sont autant dans l'économie illégale qu'illégale
06:01et avec une puissance de frappe et une puissance financière
06:05qui est assez gigantesque.
06:08Assez gigantesque, on peut même comparer,
06:09certains le comparent d'ailleurs à un État
06:11puisque la puissance de ce cartel réside
06:14notamment dans le nombre de ces hommes armés.
06:17L'an dernier, le journal La Jornada a expliqué
06:20en une que les cartels de Jalisco et de Sinaloa
06:23étaient le deuxième plus gros employeur du pays, du Mexique.
06:27Après, l'État s'est absolument sidérant.
06:30Bertrand Monet, comment est-ce qu'on a pu en arriver là
06:32puisque cet homme, El Mencho, a réussi,
06:36c'est un surnom évidemment,
06:36mais il a réussi à mettre en œuvre une organisation criminelle
06:40après avoir développé un système de recrutement forcé
06:43pour disposer d'une main d'œuvre innombrable,
06:46jeune voire juvénile,
06:47avec des meurtres, des règlements de comptes
06:51absolument sidérants
06:52et une montée en intensité dans la violence
06:55comme on n'en avait jamais connu.
06:57Oui, alors c'est vrai que ce cartel est particulièrement violent.
07:00Les autres cartels mexicains le sont aussi,
07:02notamment le cartel de Sinaloa.
07:03Il ne faut pas oublier qu'El Mencho, au départ,
07:04il était membre du cartel de Sinaloa.
07:06C'est là qu'il a appris finalement,
07:09même s'il a développé une violence encore plus forte.
07:11Il est passé par la prison,
07:12il est passé par la police également,
07:14où il a pu apprendre quelques-unes de leurs méthodes.
07:17Il a eu le parcours classique, j'allais dire,
07:19d'un chef narco,
07:19comme ceux qu'encore une fois, je rencontre régulièrement.
07:22Mais ce qu'il faut bien comprendre,
07:24la puissance dont vous parlez,
07:26de ce cartel, en fait,
07:27elle leur est conférée par le modèle économique
07:29qu'ont ces entreprises.
07:31D'un côté, c'est comme ça qu'il commence.
07:33Modèle économique, entreprise,
07:34c'est vrai que c'est assez surprenant d'employer ces termes-là.
07:36Moi, je suis professeur à l'EDEC,
07:37donc j'analyse ces organisations comme ça.
07:40Mais malheureusement,
07:41j'ai aucune admiration pour ces organisations loin de là.
07:43Malheureusement, je pense qu'il faut vraiment les considérer
07:45comme des multinationales criminels de la pire espèce.
07:48Leur premier business, c'est quoi ?
07:50C'est la vente de l'interdit.
07:51C'est-à-dire qu'ils vont vendre des drogues.
07:52En l'occurrence, Jalisco,
07:54ils vendent beaucoup de drogues de synthèse,
07:55de la cocaïne,
07:57enfin, tout ce qui est interdit.
07:59Ensuite, ils extortent.
08:00Ensuite, effectivement, ils font du trafic d'êtres humains,
08:01du trafic de pétrole.
08:02Ça, ça leur apporte des milliards de dollars.
08:04Mais de façon continue,
08:05ces milliards de dollars sont transformés en argent propre
08:07via des circuits de blanchiment
08:08qui peuvent transiter par des dizaines de pays.
08:12Et ensuite, ils sont réinvestis.
08:13Ils sont réinvestis en Amérique du Sud, aux Etats-Unis,
08:15parfois en Europe,
08:16mais beaucoup au Mexique.
08:17Et c'est ça qui confère au cartel leur puissance.
08:21Alors, quand on parle d'employés du cartel,
08:22bien sûr qu'il y a des dizaines de milliers de membres
08:24qui appartiennent directement à l'organisation strictement criminelle.
08:27Mais la question, c'est combien de personnes au Mexique
08:30vivent des bénéfices du cartel
08:32une fois blanchis dans des entreprises.
08:33Il y a combien de personnes au Mexique
08:35dont les salaires, finalement,
08:36des gens parfaitement honnêtes,
08:38mais dont les salaires sont payés par des entreprises
08:40au capital desquelles on trouve les narcos
08:43cachés derrière un trust au Panama, à Dubaï, etc.
08:46Et c'est ça la terrible emprise des cartels.
08:48Et c'est ça qui, je pense, malheureusement,
08:51relativise fortement ce succès.
08:52On a coupé une tête, c'est une opération militaire,
08:54mais ce n'est pas ça qui, je pense, va porter un coup définitif à ce cartel.
08:57Alors, justement, Maya Colombon,
09:00vous disiez qu'il était né dans le Michoacán.
09:02C'est l'un des états pivots du narcotrafic.
09:04C'est dans le sud-ouest du Mexique, El Mencho,
09:07où l'on vit principalement de la culture du pavot,
09:10de la marijuana.
09:11Il y a le journal El País, le journal espagnol,
09:14qui disait que l'histoire d'El Mencho
09:16reprenait tous les codes du trafic de drogue mexicain,
09:19qu'il avait été sicario
09:20avant de gravir absolument tous les échelons.
09:24Tué à 59 ans,
09:25c'était une cible.
09:27Est-ce qu'aujourd'hui, paradoxalement,
09:30avoir tranché la tête
09:31du serpent,
09:33ça crée une forme de désordre ?
09:35Et est-ce qu'on peut parler de situation
09:37de quasi-guerre civile,
09:38comme le font certains ?
09:40Alors, d'abord,
09:42comme le disait M. Monet,
09:44effectivement,
09:45l'entreprise criminelle
09:49est tellement ample
09:50qu'on peut imaginer
09:52qu'on a une répartition
09:55sur le territoire
09:56qui est extrêmement importante
09:58avec, en outre,
10:00des cellules armées
10:01dans différents états du pays.
10:04Certains considèrent
10:05que le cartel Jalisco
10:06par génération maintenant
10:07est complètement,
10:10enfin, contrôle des territoires
10:12sur l'ensemble
10:12de la République mexicaine.
10:14et le Michoacan
10:16fait partie de ces territoires,
10:18le Jalisco aussi,
10:19mais c'est des territoires
10:22qui sont aussi,
10:23oui, des cellules
10:24qui sont aussi en partie
10:25indépendantes de la tête
10:27qui est comme une multinationale
10:30avec un certain nombre
10:30de petites entreprises
10:32qui ont une forme d'autonomie.
10:34Donc, ce que l'on peut imaginer
10:35aujourd'hui,
10:36c'est qu'il y aura
10:39une guerre interne
10:42pour reprendre le contrôle
10:44de tout ou partie
10:45de ces différentes entreprises criminelles
10:49et donc,
10:52avec potentiellement
10:53des violences à venir.
10:54On se rappelle,
10:56au moment de l'arrestation
10:57du Chapo Guzman,
10:58il y avait eu
10:59un certain nombre
11:00d'affrontements
11:00et en particulier,
11:02une guerre interne
11:03qui avait été assez importante,
11:04mais plusieurs semaines
11:05après l'arrestation.
11:07Donc, ce n'est pas forcément
11:07quelque chose
11:08qui va se produire
11:09tout de suite.
11:10Et est-ce qu'on parle
11:12de guerre civile ?
11:12Non, parce que là,
11:13on n'est pas dans
11:15une situation de cet ordre.
11:17Par contre,
11:18une guerre interne
11:21au sein du cartel
11:22ou des différentes cellules
11:23et aussi un rapport
11:24de force extrêmement clair.
11:27On l'a vu dimanche et lundi,
11:29vis-à-vis de l'État,
11:30vis-à-vis de l'armée,
11:31pour montrer
11:33au gouvernement mexicain
11:35et à l'État mexicain
11:37l'importance,
11:38à travers les narco-blocages,
11:39l'importance
11:40de ces différentes cellules
11:42sur l'ensemble du territoire.
11:43Oui, parce qu'il ne recule
11:44devant rien,
11:45absolument rien.
11:46On a vu des semi-remords
11:48qui ont été brûlés
11:49pour bloquer la circulation,
11:50des chauffeurs de camions
11:52qui ont été assassinés
11:54par les cartels
11:54qui s'en sont pris
11:55directement aux forces de police.
11:57Quand je parlais
11:58de situation
11:58de quasi-guerre civile,
12:00c'est peut-être
12:00un excès de langage.
12:01Malgré tout,
12:02les cartels mexicains
12:03sont responsables,
12:04on dit aujourd'hui,
12:05de plus de 400 000 morts
12:06ces 20 dernières années,
12:08100 000 disparus.
12:09Ce sont des chiffres
12:10d'un pays en guerre.
12:13Et ce qui est assez impressionnant,
12:14c'est qu'il y a donc
12:15la figure d'El Mencho,
12:17on a parlé de sa maîtresse.
12:18Il y a une autre femme
12:19qui est extrêmement importante
12:20dans cette histoire-là,
12:22dans cette histoire
12:23en train de s'écrire.
12:24C'est la présidente mexicaine,
12:27Claudia Sheinbaum,
12:28qui a rompu
12:29avec la politique
12:29de son prédécesseur.
12:31il appliquait son prédécesseur
12:33la stratégie
12:33de ce qu'on appelait
12:34« abrazos no balasos »,
12:36des embrassades,
12:37pas des balles.
12:38C'était inefficace.
12:39Elle,
12:39elle n'a pas hésité
12:40à faire intervenir
12:41les forces armées.
12:42Oui, tout à fait.
12:43Claudia Sheinbaum,
12:44elle applique une stratégie
12:45qui est, je pense,
12:46à la fois efficace
12:47et surtout très courageuse.
12:48Les narcos la détestent
12:50parce qu'ils savent
12:51que la stratégie
12:52qu'elle met en œuvre,
12:53elle va leur faire mal.
12:54Pourquoi ?
12:55Parce que, certes,
12:56elle frappe.
12:56Et effectivement,
12:57on voit,
12:57on en a eu un exemple.
12:59Attention,
13:00là,
13:00on parle tous
13:01de cette opération.
13:02Moi, je rentre là
13:03du territoire
13:04du cartel de Sinaloa,
13:05le grand concurrent
13:06de Ralisco.
13:07À Culiacan,
13:08la capitale du Sinaloa
13:09est de fait
13:09la capitale du cartel.
13:10En ce moment,
13:11c'est 15 exécutions par jour.
13:12Vous entendez des tirs.
13:1315 exécutions par jour ?
13:15Par jour.
13:15Voilà, là,
13:16je suis resté 4 jours.
13:17J'ai dû partir un peu vite
13:18parce que les conditions
13:18de sécurité
13:19n'étaient pas garanties.
13:19J'entendais les tirs.
13:20Vous voyez les convois mortuaires,
13:22etc.
13:22Donc, ça tape partout.
13:24Alors, c'est entre les clans
13:26du cartel.
13:26Et effectivement,
13:27je pense,
13:27pour revenir rapidement
13:28sur ce qui vient d'être dit,
13:29il y a une évolution potentielle.
13:31C'est une guerre interne.
13:32Ça, on l'a vu,
13:32c'est ce qui se passe
13:33au sein du cartel de Sinaloa.
13:35L'autre solution,
13:36c'est que
13:37El Mencho,
13:38avant de...
13:40El Mencho,
13:41est prévu finalement
13:41sa succession
13:42au cas où il était arrêté,
13:43au cas où il était tué.
13:44C'est par exemple
13:45ce que font les mafias italiennes.
13:46Donc, il est possible
13:47que finalement
13:47cette succession se passe bien.
13:49C'est les semaines prochaines
13:49qui vont le dire.
13:50Mais dans tous les cas...
13:51Mais cette présidente
13:52est extrêmement courageuse.
13:54Il faut rendre hommage
13:55à Claudia Sheinbaum.
13:56Absolument.
13:57Parce qu'encore une fois,
13:58elle frappe.
13:58Alors, est-ce que cette frappe
14:00aura des effets ?
14:00Encore une fois, on le verra.
14:01Mais elle, elle sait que,
14:03comme on le disait,
14:03la frappe militaire
14:04n'est absolument pas suffisante.
14:05Elle ne suit pas
14:06les injonctions de Trump
14:07qui est dans le tout militaire,
14:09dans le tout répressif.
14:10Ce n'est pas ça
14:10qui marche contre les cartels.
14:11Elle, elle a mis en place
14:12une tactique
14:14qui consiste à faire
14:15regagner par l'État
14:16tous ces territoires
14:17qui ont été abandonnés
14:18ou dans lesquels
14:19l'État n'a jamais été présent.
14:21Et notamment de façon économique.
14:22Et ça, ça fait mal aux cartels
14:23parce que les cartels mexicains,
14:25en fait, ils tiennent
14:26ces centaines de milliers
14:27ou ces millions de personnes.
14:28Ils ne les tiennent pas
14:29par la tête.
14:30Quand vous passez du temps
14:31sur leur territoire,
14:31les gens détestent le cartel.
14:33Ils ne les tiennent pas
14:33par la tête,
14:34ils les tiennent par le ventre.
14:35Parce que les gens savent
14:36que c'est le cartel
14:37qui les nourrit.
14:37Soit parce qu'ils sont narcos
14:38et qu'ils sont payés directement.
14:40Soit, comme on le disait,
14:41parce qu'ils travaillent
14:42pour des entreprises
14:42qui appartiennent aux narcos,
14:43des entreprises agricoles
14:44ou des entreprises industrielles.
14:46Et Shane Baum,
14:47elle a mis ça en place.
14:48Elle a vraiment décidé
14:49de lutter contre
14:50le blanchiment d'argent
14:51en mettant des moyens
14:52qui permettent de casser
14:53ces flux d'argent sale
14:54vers l'argent propre.
14:55Et surtout,
14:56alors ça prendra des années...
14:57Et en limitant
14:57l'aide américaine
14:58puisque les Américains
14:59considéraient que
15:00ce qu'ils appellent
15:01la guerre contre la drogue
15:03et leur terrain de chasse
15:04réservé avec la DIA,
15:06la CIA
15:06et absolument
15:07toutes les forces militaires
15:08des trillions de dollars
15:09ont été dépensées
15:11en vain.
15:12Il y a Sylviane
15:13qui nous écrit
15:14sur l'application Radio France
15:16et je la suis
15:17quand elle salue
15:18votre travail
15:19et votre courage extraordinaire.
15:21Bertrand Monnet
15:21en lisant
15:22votre série de reportages
15:24pour le journal Le Monde.
15:25Sylviane qui dit
15:26qu'elle est restée
15:27marquée.
15:28Vous avez pénétré
15:29le cartel de Sinaloa.
15:31Elle en parle
15:31à tous ses proches depuis.
15:32Comment est-ce que vous
15:33vous arrivez
15:34à parler,
15:35à entamer
15:36un dialogue
15:37avec des personnes
15:38aussi dangereuses ?
15:41Il faut accepter
15:42d'avoir un taux d'échec
15:42extraordinaire.
15:43Moi je passe mon temps
15:44à rater à peu près
15:44tout ce que j'entreprends.
15:47Là pour faire
15:47l'entretien d'un boss
15:48que j'ai réussi à faire
15:49il y a dix jours,
15:50il a fallu quatre voyages
15:51et voilà
15:52c'est très très long
15:53donc il y a un taux
15:54d'échec très fort
15:55et ensuite
15:55il faut être très patient
15:57au début j'ai commencé
15:58à rencontrer des narcos
15:59de très très faible envergure
16:00et ça c'est pas très difficile
16:01à rencontrer au Mexique.
16:02Il faut leur expliquer
16:03ce qu'on fait.
16:04Moi je ne suis pas journaliste
16:05je suis professeur
16:06même si je fais des documentaires.
16:08Ça ça m'a permis
16:09de leur faire comprendre
16:10que ce qui m'intéressait
16:11c'était l'économie
16:12de leur activité
16:13de leurs organisations
16:14ce n'était pas les meurtres
16:15etc.
16:16Et c'est du temps
16:16du temps
16:17du temps
16:17et puis il faut vivre avec eux
16:19il faut passer du temps avec eux
16:20il faut ne pas juger
16:22même si encore une fois
16:22je n'ai aucune admiration
16:23pour eux.
16:24Bien sûr
16:24il y a pourtant
16:25une héroïsation
16:26des grands patrons narcos
16:29depuis Escobar
16:30jusqu'à El Chapo
16:31ça donne lieu
16:32systématiquement
16:32à des séries sur Netflix
16:33je ne sais pas
16:34ce que vous en pensez
16:35l'un et l'autre
16:35mais c'est absolument sidérant
16:37de voir comment on en fait
16:38des personnages positifs.
16:39C'est catastrophique
16:40parce qu'ils en profitent
16:41ils l'utilisent
16:43aujourd'hui
16:43ils utilisent
16:44ces figures
16:44même sur des réseaux sociaux
16:45dans l'industrie musicale
16:47il y a ce qu'on appelle
16:47les narcos corridos
16:48c'est des chants
16:49à la gloire des narcos
16:50ils jouent là-dessus
16:52ça favorise encore
16:53leur emprise
16:54sur la population
16:56une partie
16:57de la population mexicaine
16:58il ne faut pas oublier
16:59quand même
16:59qu'ils sont détestés
17:00par l'immense majorité
17:02de la population mexicaine
17:03Merci
17:03Mais Sheinbaum
17:04elle a ce mérite
17:06de lutter vraiment
17:07de façon globale
17:08holistique
17:08à la fois de façon militaire
17:09et de façon économique
17:10c'est ça qui marchera
17:11En tout cas
17:12c'est un circuit
17:12qui part des montagnes mexicaines
17:14pour aller jusqu'au
17:14gratte-ciel de Dubaï
17:15c'était le titre
17:16de votre enquête
17:17pour le journal Le Monde
17:18que je ne saurais
17:19recommander assez
17:20chaleureusement
17:21Merci infiniment
17:22d'avoir été notre invité
17:23Merci Maria Colombon
17:24d'avoir été en duplex
17:25avec nous depuis Lyon
17:26pour essayer de comprendre
17:27ce qui se joue au Mexique
17:29depuis la mort
17:31d'El Mencho
17:32pour...
17:32– Sous-titrage FR 2021
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