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Avec Gilles Lellouche, acteur, scénariste et réalisateur, pour le film "Le Crime du 3ᵉ étage" de Rémi Bezançon, en salles le 11/03. L'occasion d'un retour sur sa carrière, de ses débuts à la réalisation de clips à ses rôles marquants au cinéma et sa perception de la nouvelle génération d'acteurs. Entretien à retrouver sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-02-mars-2026-3145690
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00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:08Après le succès ahurissant de l'amour ouf, 5 millions d'entrées, Gilles Lelouch, réalisateur, est redevenu acteur.
00:16Dans un polar dystopique, Chien 51, puis dans un futur, Jean Moulin.
00:22Entre les deux, le voici dans une comédie hommage à Alfred Hitchcock avec Laetitia Casta.
00:27Ensemble, il rejoue Fenêtre sur cours.
00:30Bon, Casta en Grasse Kelly, blonde Hitchcockienne, on voit.
00:35Mais Gilles Lelouch en James Stewart, qu'ont-ils en commun ces deux-là, sinon le pyjama ?
00:40Je vais vous le dire, la tête du bon gars poivré sel, naturel et un poil maladroit, séducteur malgré lui,
00:48capable de sortir un colt, mais aussi de se prendre les pieds dans le tapis.
00:52Le cinéma a besoin de mecs comme ça, dans lesquels se reconnaissent à la fois les forts et les faibles.
00:59Portrait numéro 98.
01:03Et bonjour Gilles Lelouch.
01:04Et bonjour.
01:05Le crime du troisième étage de Rémi Besançon, donc avec Laetitia Casta, en prof de cinéma,
01:13très très très excessive, qui regarde chez le voisin et qui ne peut pas s'en empêcher,
01:16avec Guillaume Gallienne, en hamlet machiavélique, complètement déglingo,
01:23qui a peut-être tué sa femme, ou pas.
01:26Absolument.
01:26L'avenir on le dira.
01:28Ça sort la semaine prochaine au cinéma.
01:30Quand je dis que vous avez un point commun avec James Stewart en pyjama,
01:34vous aviez déjà tourné au cinéma en pyjama ?
01:37J'avais déjà tourné au pyjama, oui, notamment le…
01:40Et voilà une question très inattendue, il fallait venir sur France Inter.
01:44Je suis content que vous me la posiez, je rêvais qu'on me la pose.
01:48Oui, dans le premier film de Rémi Besançon qui s'appelait Ma vie en l'air, justement,
01:51avec qui j'ai tourné il y a 20 ans, qui m'a offert mon premier rôle, on l'a
01:54dit,
01:55un de plus de trois jours, comme je l'ai dit tout à l'heure.
01:57Et je faisais un Ludo, un type qui passait vraiment ses journées sur le canapé
02:01à fumer des joints et à rester en pyjama.
02:03Donc chaque fois que Rémi Besançon cherche un acteur pour interpréter un mec
02:08qui passe beaucoup de temps sur le canapé, il pense à Gilles Léon.
02:12Oui, c'est ça que j'évoquais lui, oui.
02:14Et à l'époque, ça avait été une révélation.
02:16Vous vous étiez dit, c'est ça d'être acteur ?
02:17Absolument, je me suis dit, c'est pas mal d'être allongé toute la journée, finalement.
02:20Et d'être payé pour ça.
02:21Alors, le crime du troisième étage, bande annonce.
02:27Je suis sûre qu'il s'est passé quelque chose de grave.
02:29Je pense vraiment qu'il a tué sa femme.
02:31C'est un petit côté faillade sur court.
02:33Quand même, c'est immeuble.
02:34Il faut qu'on fasse éclater la vérité au grand jour.
02:39Oh putain !
02:40J'ai une mission pour toi.
02:43Je serais quoi, son mobile ?
02:45Mais j'en ai aucune idée.
02:46On va aller fouiller chez eux.
02:47Ça va pas l'entater tout.
02:49Je crée du suspense.
02:51Et le suspense génère l'émotion.
02:54Je crois que c'est le nombre le plus existant que j'avais toute ma vie.
02:58Sans émotion, pas de suspense.
03:03Pas du tout une parodie d'Hitchcock.
03:05Pas du tout un pastiche d'Hitchcock.
03:07Mais en réalité, un film pour les fous d'Hitchcock.
03:11Ce qui est très différent.
03:12C'est un film d'amoureux du cinéma, d'amoureux d'Hitchcock.
03:15Et pas une façon de refaire fenêtre sur cours.
03:19Oui, parce qu'en fait, c'est un film hommage qui est très...
03:22C'est une fantaisie autour d'Hitchcock.
03:24C'est un film qui se sert des références, des rebondissements hitchcockiens.
03:29Pour finalement, c'est un prétexte à la reconquête d'un couple.
03:34Et c'est ça que je trouve, moi, c'est ça que j'ai adoré dans ce film.
03:37C'est finalement passer par, périphériquement, Hitchcock, les films noirs, les films d'enquête,
03:43pour finalement arriver à...
03:45Pour séduire les petits chagas.
03:46Oui, exactement.
03:47Non, non, mais en fait, c'est un couple qui est un peu en perte de vitesse, en quête de
03:50sens.
03:51D'où le pyjama et du canapé.
03:53D'où le pyjama, ce type qui se laisse un peu aller.
03:55C'est une femme brillante qui a envie d'aventure et qui va la trouver.
04:00Et qui va, finalement, embarquer son mari dans cette aventure.
04:04Et au fur et à mesure de cette enquête, en fait, il y a un amour qui renaît.
04:08Il y a le cœur qui se remet à battre, je veux dire.
04:11Et alors, vous jouez un écrivain qui pond du polar historico loufoque,
04:16plein de lieux aussi de rebondissements.
04:18Oui, des romans de gare un peu à la compte.
04:19Et d'imagination.
04:20Oui.
04:20Ouais !
04:21Oui, mais c'est un peu cuculapraline.
04:23En fait, c'est un peu de cap et d'épée, mais mélangé avec des trucs un peu érotico.
04:27Enfin, bon, c'est un peu...
04:28Non, mais c'est ce qui est assez rigolo aussi que Besançon vienne vous rechercher,
04:32vous, parce que vous êtes un énorme bouffeur d'histoire.
04:35Vous, dans la vie, en réalité.
04:37Un énorme bouffeur d'histoire.
04:40Raconteur d'histoire.
04:41Parce que ça, c'est votre vie maintenant de scénariste et de cinéaste.
04:44Et aussi un énorme bouffeur d'histoire.
04:47Qu'est-ce que vous...
04:49Qu'est-ce que vous...
04:49Qu'est-ce que vous...
04:49Qu'est-ce que vous êtes animé par bouffeur d'histoire ?
04:51Ça veut dire quoi bouffeur d'histoire ?
04:52Ah, je ne sais pas.
04:54Bouffeur d'histoire, c'est-à-dire boulimique de cinéma, vous voulez dire ?
04:57Oui, par exemple.
04:58Oui, probablement.
04:59Probablement que la fiction est un appel...
05:04La fiction comme une soustraction au réel, oui, c'est certainement.
05:07Comme une soustraction au réel ?
05:08Oui.
05:09Oui, c'est marrant.
05:10Oui.
05:10Oui, c'est marrant.
05:12C'est venu comment ?
05:13C'est venu, je pense que c'est lié à mes premiers amours adolescents,
05:19où je dessinais beaucoup, où à la base je voulais me consacrer au dessin, à la peinture,
05:24je voulais faire les beaux-arts, bref, ça a été contrarié par les courflans, mais
05:27je pense que déjà...
05:28C'est-à-dire que l'image est venue par le dessin ?
05:30Oui, absolument.
05:32Et puis, encore une fois, quand je vous dis la soustraction au réel, c'est en fait,
05:34c'est une plongée dans votre imaginaire.
05:36C'est un pays qu'on s'imagine et le dessin, par exemple, on ne voit pas le temps passer
05:42quand on dessine, on est dans une autre réalité, ce qui est à peu près la même chose quand
05:46on joue ou quand on réalise.
05:49Parce que moi, je me suis demandé si la génération qui avait pris le pouvoir aujourd'hui, la vôtre,
05:55celle des darons du cinéma aujourd'hui, ne sont pas les anciens ados qui collectionnaient
06:01les VHS, si ce n'est pas la génération vidéoclueuse.
06:04Absolument, en tout cas, en ce qui me concerne, à 100%.
06:09C'est ça, parce que la génération d'avant, elle a fait sa culture cinéma en regardant
06:14l'ORTF et les ciné-clubs, et notre génération, parce qu'on a le même âge, notre génération,
06:19c'est la génération vidéoclub.
06:21Oui, avec tout ce que ça implique de mélange des genres, en fait.
06:25C'est-à-dire que moi, j'aime tous les genres de cinéma, comme j'aime tous les genres
06:28de musique, je ne m'arrête pas, j'aime les films d'horreur, j'aime les films...
06:34Donc le cinéma de genre, donc la série B au kilomètre.
06:36Exactement, la VHS.
06:38La culture VHS dans toute sa spondeur, oui.
06:41Et alors, question à laquelle chaque personnage du film dans le crime du troisième étage
06:44doit répondre, mais donc vous, Gilles Lelouch, quel est le film d'Hitchcock que vous préférez ?
06:50Votre favori ?
06:51Mon favori, parce que c'est un film d'aventure essentiellement, c'est La mort aux trousses.
06:58Je crois que c'est le premier que j'ai vu d'Hitchcock qui m'a marqué, parce que je
07:01trouve
07:01que c'est une mécanique qui est implacable, ce type ordinaire plongé dans cette aventure.
07:08Donc plus Carrie Grant que James Stewart ?
07:11A priori.
07:12A priori.
07:13Pour Hitchcock, parce que là, pour la référence, je suis très très loin.
07:18Parce que quand même, et quand Hitchcock dit qu'un film est réussi quand un méchant est réussi,
07:23d'abord vous dites la même chose ?
07:24Absolument.
07:25Oui.
07:26Là en l'occurrence avec Guillaume Gallien on est servi, parce que ce qui est génial dans
07:29le film avec Guillaume, c'est que ce grand acteur de théâtre qu'il est, il joue avec son
07:33image, il s'auto-référence, c'est très très drôle.
07:35Oui c'est ça.
07:36Et alors, le vrai méchant, le vrai bon méchant pour vous au cinéma, c'est qui, c'est quoi ?
07:40Je dirais Ravier Bardem dans No Country for All Men.
07:44Ah ouais ?
07:44Ah ouais.
07:45Ah ouais.
07:46Allez Hitchcock.
07:46Bonsoir.
07:47Je m'appelle Alfred Hitchcock.
07:49Quand les électrons traverseront votre écran, ils nous feront connaître une forme inédite
07:54de meurtre.
07:55J'entends par là le crime silencieux, perpétré uniquement par notre esprit, à la manière douce,
08:02une onde apaisante, sans balles qui sifflent aux oreilles, sans plaies béantes, sans tâches
08:09ni fumées.
08:10Nous entrons dans l'abstraction criminelle à l'état pur.
08:15Vous êtes fou monsieur.
08:16Bonsoir.
08:19Vous êtes fou monsieur.
08:20Vous êtes fou monsieur.
08:21Gilles Lelouch qui commence par dessiner, ensuite qui va prendre des cours de théâtre au cours
08:27Florent, ensuite qui va connaître quelques années de galère, on va en reparler.
08:31Et ce n'est pas venu instantanément.
08:33On ne peut pas dire ça non.
08:34Mais qu'est-ce qui fait que chez les Lelouches, on devient un saltimbanque ?
08:41Je crois que c'est des choses qui sont des influences qui sont très indirectes.
08:47Elles ne sont pas frontales.
08:48C'est-à-dire qu'on n'a jamais eu des parents.
08:50Vous avez un grand frère.
08:51J'ai un grand frère qui fait du théâtre, qui fait de la radio.
08:54Oui, on fait à peu près le même métier.
08:56Et c'est vrai que ni mon père ni ma mère nous ont influencés directement.
09:03Ma mère plus indirectement je pense.
09:05Parce que le monde des artistes l'a toujours un peu fasciné.
09:09Qu'elle était chanteuse quand elle était jeune.
09:12Elle était chanteuse ?
09:12Elle était chanteuse avant de rencontrer mon père.
09:14Oui, oui.
09:15Elle chantait où ?
09:16Elle faisait des galas à droite à gauche dans les années 60.
09:19Et quand elle a rencontré mon père...
09:20Donc vous ne l'avez jamais vu chanter ?
09:21Non, je l'ai entendu chanter souvent à la maison.
09:25Je ne l'ai jamais vu chanter sur scène, non.
09:27Mais je pense qu'il y avait une fascination de ma mère pour les artistes.
09:31Et mon père était très cinéphile.
09:33Donc il regardait beaucoup de films.
09:35Donc nous, de la même manière.
09:37Donc en fait, je crois que c'est des choses qui ne sont pas frontales,
09:41mais qui infusent comme ça.
09:43Et alors, vous avez réalisé des clips.
09:45Vous avez joué dans des pubs.
09:46Moi, je croyais que c'était une légende Wikipédia,
09:49comme il entraîne parfois dans les biographies d'acteurs.
09:52Le coup de la pub banco, on gratte et ça banquille l'icône.
09:56Oui, c'est vrai, c'est vrai.
09:57Donc j'ai vérifié, c'est vrai.
10:01Mon premier salaire, c'est une pub banco.
10:02C'est ça, c'est une pub banco.
10:03J'avais en revanche complètement omis cette expérience de cinéma
10:08avec Ophélie Winter et Jean-Marc Barr.
10:11Grande expérience de cinéma.
10:11Grande expérience de cinéma.
10:13Que vous m'avez racontée dans le couloir.
10:16Celle-là, elle a échappé à vos biographies officielles.
10:19C'est pas plus mal, des fois, Wikipédia fait bien des choses.
10:21C'est ça, c'est-à-dire que les annales du cinéma français,
10:24parfois, ont des trappes et des gouffres.
10:26Oui, qui nous arrangent.
10:28Je dois vous avouer.
10:29Donc vous avez mis du temps pour vous retrouver tout en haut de l'affiche.
10:33Oui, j'ai mis du temps.
10:35Mais comme j'étais nourri par le fait de réaliser des clips vidéo dans les années 90,
10:40qui était la grande période du clip vidéo.
10:42Donc une école formidable.
10:44Une école absolument géniale.
10:46J'étais en plus dans une production où j'ai côtoyé Michel Gondry, Quentin Dupieux, etc.
10:50Donc j'avais vraiment l'impression d'être dans le centre de ce que le monde faisait de plus créatif
10:55et de plus moderne.
10:57Et Gondry Dupieux, la voilà la génération Vidéoclub.
11:00Exactement.
11:00La génération de passionnés de référence du cinéma, qui en bouffait du cinéma de genre,
11:06et qui a rendu hommage au cinéma de genre comme Tarantino toute sa carrière.
11:10Exactement.
11:11Donc je n'ai pas eu le sentiment de galérer, d'aller frapper à la porte de toutes les productions
11:18pour essayer de tourner.
11:18En fait, je n'avais pas très envie de tourner, puisque je tournais moi-même des choses.
11:22Oui, c'est ça.
11:23Sauf que quand Rémi Besançon vous propose ma vie en l'air sur Roland Pyjama,
11:27c'est quand même le début de quelque chose.
11:29C'est vraiment le début de votre métier d'acteur et de votre envie d'être acteur.
11:33Oui, parce qu'en fait, tout d'un coup, je suis avec un metteur en scène, si enthousiaste, une équipe.
11:38Puis je restais un peu plus de trois jours, encore une fois.
11:40J'ai un rôle, j'ai un grand rôle, donc je suis pendant un mois sur le plateau.
11:44Je vois à quel point c'est joyeux, familial, collégial, collectif.
11:49Ça me bouleverse.
11:50Et en plus, le film est super.
11:52Et en plus, je suis nommé au César.
11:54Et en plus, c'est un succès.
11:55Et là, ma vie change du tout au tout.
11:57C'est-à-dire ?
11:58C'est-à-dire que je passe de 1, un scénario et demi par an à 10 par semaine.
12:02En termes de propositions.
12:03Ah oui, c'est fou.
12:04C'est affolant.
12:05Jusqu'au scénario envoyé par Jeannery qui est pupille.
12:08Et là, c'est quand même ça m'est 10 ans.
12:11Oui.
12:12Oui, parce qu'en fait, j'ai été, on va dire, brinque-ballé dans pas mal de genres de cinéma,
12:19notamment beaucoup le Polar, les films policiers, dans lesquels, au bout d'un moment, j'ai tout fait, réellement.
12:23Et c'est vrai que la venue de Jeanne dans ma vie était bienvenue.
12:29Et ce scénario, je m'en souviendrai toute ma vie parce que quand elle me l'a fait lire, ce
12:32qui était un délicieux hasard quand même,
12:35j'étais en train de préparer le grand bain et elle écrivait pupille au-dessus de moi.
12:40Comment ça ?
12:40En fait, on était dans les mêmes locaux.
12:42Elle avait le bureau juste au-dessus du mien.
12:44Donc, elle entendait ma voix toute la journée.
12:46Et elle m'a dit, indirectement, ta voix a dicté la voix du personnage.
12:51Et je ne voyais plus quelqu'un d'autre que toi pour l'incarner.
12:56Donc, elle est venue me proposer le film dans cette optique-là.
12:59Et c'est une histoire de voix.
13:00C'est une histoire de voix.
13:01Et c'est une histoire de voix.
13:02Parce que ça deviendra une bouleversante histoire de paternité.
13:06Absolument.
13:06Et puis, donc, on est très, très loin du colt, je disais.
13:09Oui, oui, oui.
13:10C'est quand même un acteur qui a fait du western et qui a fait Mr. Smith au Sénat.
13:15Et qui est ce grand gars maladroit qui se prend les pieds dans le tapis,
13:18mais qui est aussi un cow-boy redoutable.
13:20Donc, c'est à la voix qu'elle vous a fait changer de registre.
13:23Exactement.
13:23Ça, c'est très beau.
13:24C'est très beau.
13:25Et puis, c'est à la voix et c'est à la douceur de son regard.
13:28Et la pertinence de sa proposition.
13:30Parce qu'objectivement, elle a vu l'homme que je suis derrière le flingue des Guénées.
13:38Oui.
13:39Donc, j'ai eu beaucoup de chance de la rencontrer dans ma vie.
13:42Et alors, quand la semaine dernière, ou il y a 15 jours, mais je crois que c'était la semaine
13:45dernière,
13:46vous vous retrouvez en couvre de Télérama,
13:48avec une espèce de photomontage très sidérant, ou très saisissant, on va dire.
13:55Donc, on voit votre visage.
13:56C'est un peu le principe.
13:58On voit celui de Jean Dujardin, on voit celui de Virginie Fira ou de Pierre Ninet,
14:02d'Adèle Exercopoulos, reproduit à l'infini.
14:04C'est une foule d'acteurs reproduits à l'infini.
14:06Ils ont tous, tous, tous vos visages.
14:08Et en gros, c'est où sont les nouvelles têtes ?
14:10Pourquoi toujours les mêmes ?
14:12Le système est en train de crever.
14:13Il est en train de s'assécher complètement.
14:15On ne fait pas surgir de nouveaux talents.
14:17Vous, quand vous prenez cette couvre de Télérama,
14:20avec l'histoire que vous venez de nous raconter,
14:21vous la vivez comment ?
14:22Je la vis de façon un peu, pour être très honnête, un peu injuste.
14:27Parce qu'on est justement dans une époque où le cinéma français regorge de nouveaux talents.
14:33C'est vrai ?
14:33De nouvelles actrices, de nouveaux acteurs, absolument.
14:35Donc, vous n'avez pas du tout le même regard.
14:37Ce qui est intéressant, c'est que c'est l'acteur et le réalisateur qui parlent.
14:40Et puis, oui, surtout un réalisateur qui a fait un film à gros budget,
14:42avec deux ados en premier rôle.
14:44Donc, on ne peut pas dire que moi, j'éclipse...
14:46Qui occupe une bonne moitié du film.
14:47Une bonne moitié du film.
14:48Donc, on ne peut pas dire que moi, j'éclipse la nouvelle génération.
14:52D'ailleurs, vous, ne vous mettez jamais en scène dans...
14:54Je ne me mets jamais en scène dans mes films.
14:56Pourquoi ?
14:56Et puis, parce que j'ai la chance de faire mon métier d'acteur d'un côté,
15:01et que pour moi, le métier de réalisateur est totalement différent, autre.
15:04C'est un autre regard.
15:06J'ai un gros ego, mais pas de là à me diriger, non.
15:10Oui, pas de là à me diriger.
15:12Non, et puis encore une fois, pour revenir à cette coupe de Télérama,
15:14je pense que Télérama est un magazine pertinent,
15:18mais là, ils ont visé un peu à côté.
15:21C'est vrai.
15:22C'est comme ça que vous l'avez vécu.
15:23Oui.
15:23Et que vous le percevez.
15:25On vous verra bientôt incarner Jean Moulin,
15:27dans un biopic, comme disent les Américains,
15:30réalisé par le très grand Laszlo Nemes.
15:34D'abord, quand je dis que vous êtes à un moment de votre carrière,
15:39où non seulement vous en avez fini de sortir des coltes,
15:43quoique vous avez continué avec Jiménez à faire des flics,
15:46tous plus torturés et dark les uns que les autres,
15:50mais vous avez fait pupille, mais vous faites de la comédie,
15:52vous revenez à la comédie d'ailleurs avec Besançon.
15:55Et là, c'est un immense rôle de composition, Jean Moulin.
15:58C'est un immense rôle de composition.
15:59Ah, c'est un immense rôle de composition.
16:01La charge était lourde.
16:05Et je ne me suis jamais départi du trac
16:08qui m'a enseveli dès la première lecture du scénario.
16:13En fait, j'avais absolument pas...
16:15Du trac ?
16:15Ah oui, j'ai eu un trac fou.
16:18Un trac fou, tous les jours.
16:20Bien sûr, j'ai eu la peur viscérale de trahir ce personnage.
16:27Surtout, je ne voulais absolument pas qu'on voit l'acteur.
16:29Je ne voulais pas faire de performance d'acteur.
16:31Je ne voulais absolument pas...
16:33Voilà, je voulais juste rendre hommage à cet illustre personnage-là.
16:37Je crois que vous êtes le premier acteur de cinéma à ce micro,
16:40depuis on est presque à 100 portraits,
16:42à parler de trac sur un plateau de cinéma.
16:44Tous les acteurs qui sont passés à ce micro,
16:47de Pierre Ninet à Lafitte et tout ça,
16:48parlent du trac de monter sur une scène de théâtre,
16:50mais alors d'un trac à en vomir dans les coulisses.
16:53On a le trac aussi au cinéma,
16:55alors qu'on a le droit à 150 prises ?
16:57Oui, mais déjà, quand vous êtes avec la Sloan MS,
17:00vous n'avez pas franchement le droit à 150 prises.
17:02Oui, parce que c'est une autre manière de faire.
17:04C'est le cinéma comme une religion,
17:05de façon très concernée, concentrée.
17:09Vous répétez énormément, il tourne en 35 mm.
17:12Ah oui, il tourne en véhicule.
17:13Ce qui est un luxe qui n'existe plus,
17:16ou que très peu.
17:17Donc en fait, oui, les prises, elles sont comptées.
17:20Et donc, dans cette optique-là.
17:22Et puis, c'est le trac de la confrontation avec ce réalisateur,
17:26de la confrontation avec Lars Edinger,
17:29qui faisait Barbie.
17:31Et puis moi, ce personnage.
17:34C'est-à-dire essayer d'être toujours à la lisière
17:38de l'incarnation et de la désincarnation.
17:40Et là, il se passe quelque chose de très intéressant.
17:43C'est-à-dire qu'Antonin Baudry va bientôt sortir un De Gaulle,
17:47un immense De Gaulle, alors une fresque,
17:48en deux épisodes, fin juin, début juillet,
17:53avec le banc et l'arrière-bande du cinéma français.
17:55Donc un très grand De Gaulle.
17:57Ce qui est hyper intéressant.
17:58Ils ne sont pas sur la coupe de Télérama, le reste.
18:00Bah, on va voir.
18:02Mais c'est vrai, vous avez raison.
18:04Que pendant ce temps-là, Jean Dujardin
18:07vient de terminer avec Xavier Giannoli,
18:09un Jean Luchère.
18:10Donc Jean Luchère, c'est un personnage moins célèbre,
18:12évidemment, que Jean Moulin.
18:13Jean Moulin, c'est le grand résistant.
18:15Jean Luchère, c'est le patron de presse
18:17qui devient collabo
18:18et qui est exécuté à la fin de la guerre
18:20pour faire collaboration avec les nazis.
18:22Mais c'est comme si toute notre génération
18:25se concentrait sur ce passé-là,
18:27sur la guerre.
18:29Pourquoi, à votre avis ?
18:30J'ai bien peur que ça fasse écho avec notre époque.
18:34Une grande peur d'un...
18:37Une valeur...
18:37À la fois une valeur refuge
18:38et à la fois une valeur, on va dire, réelle.
18:41C'est-à-dire qu'il y a une espèce de passé
18:44qui se confronte au présent,
18:46qui est assez vertigineux.
18:47Et donc, j'ai l'impression qu'on a besoin
18:49de se remémorer l'histoire,
18:52d'être référent exact
18:55de ce qui nous est arrivé
18:56parce qu'on a peut-être tendance à l'oublier
18:58et que, probablement,
19:01l'histoire étant faite que de l'homme
19:03par l'homme ou pour l'homme,
19:05c'est-à-dire qu'on est les seuls
19:07à la traduire, cette histoire.
19:09Donc, on peut très vite la travestir,
19:10on peut très vite l'oublier.
19:12Donc, il est bon de s'en référer.
19:13Évidemment.
19:14Pile au moment où les derniers survivants,
19:15c'est-à-dire ceux qui ont vécu cette histoire,
19:17sont en train de disparaître.
19:18Alors, en attendant, bouffée d'air,
19:20bienvenue dans une actualité terrorisante
19:23et dans un climat très anxiogène.
19:25C'est le crime du troisième étage.
19:26C'est Rémi Besançon derrière la caméra
19:28et devant, c'est Laetitia Casta,
19:30Guillaume Gallienne, Gilles Lelouch.
19:32Merci d'être venu sur le présentaire ce matin.
19:34Donc, c'est votre tour à la comédie.
19:35Et si quelqu'un comprend à la fin de ce film
19:37ce que c'est qu'un McGuffin,
19:39il est le bienvenu à ce micro
19:40pour nous l'expliquer.
19:41Moi, j'ai toujours pas compris.
19:43Pour viendrir.
19:44Moi non plus.
19:45Moi non plus.
19:45C'est La Total.
19:46Allez The Temptation et on continue.
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