00:00On est tout de suite dans la bande originale, c'est Julien Santini !
00:15La semaine dernière, je pars faire une date de ma tournée triomphale à Toulouse, ville à l'histoire contrastée
00:20qui a vu naître Saint-Thomas d'Aquin et Claude Nougaro, mais aussi Jean-Pierre Madère et Tom Baldetti.
00:24Et pour me rendre à Toulouse, je suis obligé de prendre l'avion.
00:27A peine le mot avion prononcé, que déjà un sentiment insidieux de malaise commence à se répandre autour de la
00:32table de la bande originale.
00:34Et c'est normal, car l'avion, c'est pas bien !
00:37Donc, je vais me justifier.
00:39Notre train avait été supprimé parce qu'il y avait la tempête Nils qui avait fait des ravages dans la
00:43région de Toulouse.
00:44J'imagine que dans ton journal, tu as dû dire « Et la tempête, Nils ? Ce n'est pas
00:48prévu ! »
00:49Et puis je me suis dit « Ça ne sert à rien ! »
00:50Et donc l'avion, lui, apparemment, est maintenu.
00:55Et je ne sais pas si ça, c'est une bonne nouvelle.
00:57Je rentre dans l'avion accompagné de mes acolytes, Marcouch et Anthony.
01:00Je demande au steward qui s'appelait Alex.
01:02Alex, est-ce que vous pensez que ça va aller au niveau des turbulences ?
01:04J'ai peur.
01:05J'adore faire ce petit jeu dans un avion en appelant la personne par le prénom que je lis sur
01:08son pull.
01:09Ou avec le caissier au supermarché avec son insigne.
01:11Je trouve que c'est rigolo parce qu'on fait comme si on se connaissait.
01:14Alors qu'on se connaissait, on dit « Bonjour, Beatrice ! »
01:18Moi, je trouve vraiment que c'est rigolo.
01:21Ce à quoi Alex me répond que ça va aller, je le trouve tellement rassurant que je lui demande
01:25« Est-ce que vous accepteriez de me donner la main si jamais ça ne va pas ? »
01:29Et il a dû trouver ça un tantinet chelou parce qu'il m'a répondu « Oui, mais attention, je
01:33suis marié. »
01:34Je ne comprends pas pourquoi il dit ça parce qu'il se trouve que moi aussi, je suis marié.
01:39Mais je peux vous dire que si j'ai le sentiment que le vol est mon dernier vol, ciao les
01:42conventions !
01:44En attendant de mourir, je décide de lui acheter un café parce que c'est un vol low cost et
01:48que tout est payant.
01:49Et mon père m'avait toujours prévenu « Le pas cher revient cher. »
01:53Il me le disait dans sa langue.
01:54Julien, écoute-moi, écoute-moi au viol.
01:56Le pas cher revient cher.
01:58Je demande alors à Alex, c'est possible de me l'offrir ce café ?
02:04Parce que voilà, depuis que je suis petit, je tire toujours une jouissance énorme de ne pas payer le prix
02:08initial.
02:09Là, ce n'est pas le côté co...
02:11Et Alex, de répondre « Je vous propose que l'on joue ça au chifoumi. »
02:16C'est drôle parce que je voyais tous les voyageurs dans l'avion qui attendaient de pouvoir faire leur commande
02:21et je me mets à leur place.
02:21Eux, ils entendaient juste un teamwork et un passager faire « Papier, cailloux, ciseaux ! »
02:26En plus, ils se la pètent trop, Alex, parce qu'il me disait « Aucun passager ne m'a jamais
02:30battu à ce jeu. »
02:31La première information, c'est quand même la confiance du gars.
02:33Et la deuxième, c'est au lieu de mettre en avant qu'il prend soin des passagers,
02:36il nous raconte qu'il les massacre au chifoumi.
02:38Et je vais vous dire, il avait raison d'être confiant, puisqu'effectivement, il m'a massacré.
02:42Mais je ne me suis pas laissé faire parce que je lui ai répondu « Écoute-moi bien, Alex Santelli
02:47du village de Calagoucha.
02:48Tu viens de manquer de respect à Antoine Campana, originaire de Sangavino de Fiumor,
02:52où mes ancêtres avaient aidé Pasquale Baulubab Diabhadria
02:57à rédiger la première constitution démocratique qui a inspiré plus tard, celle des États-Unis d'Amérique.
03:03C'est lui que tu viens d'offenser en jouant au chifoumi. »
03:07Alors, je suis désolé, mais en ce moment, je suis à fond dans Pleine-Orientale, saison 1 sur Canal+,
03:11et c'est chambé.
03:12C'est aussi important d'ajouter que si je suis prêt à remettre mon personnage de Corse dans une chronique,
03:16c'est que vraiment, quand je l'écris, je me dis « Cette histoire de chifoumi, est-ce que c
03:20'est pas un peu fragile, fragile ? »
03:22Bref, le vol se passe et Alex revient vers moi, il me fait une confidence.
03:26Je vous informe que l'atterrissage va vraiment être mouvementé.
03:29Quand il a dit ça, j'ai entendu « Ta peur est légitime, il va te chier dessus. »
03:33Et vous savez quoi ? Il avait raison, t'es mouvementé.
03:36L'avion bouge très fort.
03:37Anthony, mon frérot à ma droite, il faut savoir que c'est mon roc.
03:39Et quand je le vois regarder la photo de sa femme, les yeux humides,
03:42comme un poilu l'aurait fait pendant la Grande Guerre,
03:44en commençant une lettre par « Ma chère Betty, si tu lis ces mots,
03:49Anthony, par son body language, ne me rassure pas.
03:52Marcouche ne me rassure pas plus à ma gauche.
03:53Il voulait absolument être à côté du hublot.
03:55Et c'est totalement con parce qu'il n'en profitait absolument pas.
03:57Il avait juste les mains sur ses tympans, car tu comprends, Julien, un jour, je me l'ai su crever,
04:00donc depuis, je fais attention.
04:02Il bougeait, comme ça, un petit peu à la façon de Renman, en disant « Maman, maman me disait. »
04:08Je vois autour de la table et je sais que les auditrices et auditeurs
04:11trouvent le suspense insoutenable et ne connaissent pas l'issue de ce vol.
04:14« Alors oui, je vais vous le dire, nous avons réussi à atterrir, finalement. »
04:18J'ai applaudi très fort, mais j'étais le seul dans l'avion à avoir cette générosité.
04:21J'ai même voulu remercier le commandant de bord en personne.
04:24J'ai donc demandé à Alex qu'il me le présente.
04:26Et ce dernier m'a répondu « Uniquement si tu gagnes à Shifumi. »
04:30Je lui ai dit « Impossible, Alex, je suis marié. »
04:32Je rencontre le capitaine.
04:35Je lui ai dit « Thank you so much, Captain. »
04:37« The atterrissage was unbelievable. »
04:40Parce que oui, je commence à prendre des cours d'anglais et que ça paye.
04:43Il a dû me trouver plutôt chaud en anglais parce qu'il m'a fait une tirade de deux minutes
04:46que je n'ai absolument pas comprise.
04:48Mais comme j'ai énormément de fierté, j'ai répondu
04:51« Please, mind the gap between the train and the platform. »
04:55Vous voyez, parfois, dans la vie, l'essentiel, ce n'est pas de se comprendre,
05:01c'est d'aller dans la même direction et de savoir atterrir,
05:04comme j'essaye de le faire, tant bien que mal, avec cette fin de chronique,
05:07peut-être un peu fragile, fragile.
05:09Applaudissez-moi, je m'appelle Julien Santini et je vous remercie de m'avoir écouté.
05:16Julien Santini sur scène, il sera le 6 mars à Marseille,
05:20il sera à Bourg-les-Valences le lendemain, le 7 mars,
05:22et à Nancy, ce sera le 12 mars toujours.
05:24Sous-titrage Société Radio-Canada