00:01Europe 1
00:0316h, 18h, Pascal Praud et vous
00:05Nous aimerions être légers du début de cette émission jusqu'à la fin
00:09Hélas, notre émission est d'actualité et l'actualité est parfois dramatique
00:14Vous avez tué nos enfants, il est où mon fils, vous avez tué mon fils
00:18Vous avez peut-être vu cette vidéo déchirante des proches, des victimes de Grand Montana
00:23Des familles qui ont pris à partie le couple Moretti
00:26Un couple, un groupe de proches attendait les propriétaires du Constellation ce matin
00:31Alors que Jessica Moretti devait être questionnée par les avocats des partis civils
00:35Au ministère public de Sion
00:37Je m'étonne d'ailleurs qu'il n'y ait pas eu un peu de sécurité
00:41Vous voyez, ça c'est quelque chose, je pense, qui ne se passerait pas en France
00:45Il me semble qu'on prévoit les choses, on anticipe les choses différemment
00:49Il y a une forme de naïveté parfois dans l'organisation que j'ai vu à plusieurs reprises d'ailleurs
00:55Sur la Suisse ?
00:56Oui
00:56De légèreté même
00:57Même sur la communication au début, ils étaient à côté de la plaque
01:00Je suis d'accord avec vous
01:01On dirait qu'ils découvraient qu'ils pouvaient avoir des problèmes en Suisse
01:04Oui, il y a quelque chose qui rappelle presque la France d'il y a 30 ans
01:09Ou une forme d'amateurisme qui est perçue à travers cela
01:14Donc des cris, des pleurs ont résonné
01:16Des avocats et des prévenus se sont interposés entre leurs clients, les familles, les journalistes
01:20Aidé par des agents de sécurité
01:21Écoutez cette atmosphère
01:24Mon fils est mort ! Mon fils est mort ! Mon fils est mort ! Mon fils est mort !
01:29Mon fils est mort ! Vous êtes brûlé !
01:29Comment tu m'en fais ? Comment tu m'en fais ?
01:32Non, il a des mots, il a tué !
01:34Il a tué mon frère !
01:37Regarde des mots, c'est mon frère !
01:38On crée pas, il a tué mon frère !
01:40Vraiment, c'est fou !
01:43Arrête de faire peur ! Arrête de faire peur !
01:45Regarde-moi, putain ! Regarde-moi !
01:49Il a tué mon frère !
01:52Il est où ?
01:53Il est où ?
01:55Il faut rassurer !
01:56Il faut rassurer !
01:58Vous, c'est la faute !
01:59C'est la faute de Sian !
02:01Vous avez dit que c'était la faute de Sian !
02:03Vous n'avez pas dit ça encore !
02:04Dites-le !
02:05Dites-le au tribunal !
02:0816h40, évidemment, on peut aller au bout de la séquence, mais vous avez compris l'essentiel, j'ai envie de
02:14dire, de cette séquence qui met si mal à l'aise, qui met si mal à l'aise, parce que
02:18que dire devant la douleur des parents, devant la colère des parents, qui est si compréhensible, que dire ?
02:27Et j'ai envie de dire rien. Moi, je n'ai pas envie de commenter, parce que je pourrais dire
02:34des choses qui seraient peut-être d'ailleurs mal interprétées, forcément, mais ces images, ce qu'on vient d'entendre,
02:45effectivement, et la douleur qu'on perçoit.
02:51Moi, je suis de très très près cette histoire et cet affreux accident de Crans-Montana, parce que mon filleul,
02:59qui est quelqu'un de très très proche de moi, qui a 17 ans, qui est un des meilleurs amis
03:02de mon fils, était dans l'incendie de Crans-Montana, et il vient de sortir de l'hôpital il y
03:09a une semaine.
03:09Il était hospitalisé à Persy, à Clamart, qui est donc l'hôpital des Grands Brûlés. Et deux de ses meilleurs
03:15copains avec qui il était sont encore à l'hôpital, l'un à Lyon, et l'autre dans la chambre
03:21qui était à côté de la sienne.
03:22Donc toujours à Persy, et dans un coma artificiel depuis un mois et demi, tellement les brûlures sont fortes.
03:31Donc c'est vrai que je me sens... J'ai vraiment regardé de près tout ce qui s'est passé,
03:37j'ai tout vu, j'ai tout lu, j'ai passé des nuits entières aussi à discuter avec ce petit
03:42Edgar,
03:42qui a 17 ans, qui est hyper courageux, qui a dû être greffé des mains, qui a été rasé à
03:48la tête, les flammes lui tombaient sur le crâne, son pull s'est enflammé, ses chaussures, enfin voilà.
03:54Il a réussi à s'en sortir, il ne se souvient même plus comment, mais aujourd'hui c'est quand
03:57même des enfants à qui on demande d'aller voir la police pour faire des auditions,
04:01donc de se rappeler en fait de cette nuit horrible, alors qu'ils ont juste envie, eux, de l'oublier.
04:06C'est des enfants qui doivent faire de l'EMDR, vous savez, cette technique avec les yeux pour essayer d
04:12'enlever le traumatisme qui les hante jour et nuit.
04:17Et c'est vrai que je peux comprendre l'émotion qu'on a entendue là dans le Magneto, avec des
04:23gens qui se disent, mais que font-ils encore dehors,
04:25alors qu'on sait qu'il y a plein de choses qui n'ont pas été respectées au niveau de
04:29la sécurité, et qu'on serait peut-être plus soulagés de les savoir en prison,
04:33ce fameux couple Moretti, et pas finalement comme ça, dans une sorte de légèreté, je trouve que la Suisse s
04:41'est autorisée,
04:44face à ce drame qui nous a quand même vraiment tous bouleversés, parce que ça concerne des jeunes.
04:49J'entends ce que vous dites, mais je pense que ce n'est pas, c'est pas utile de mettre
04:55le couple Moretti, évidemment, au milieu de ses parents,
05:00tel que ça s'est passé là. Il me semble que le couple Moretti doit répondre, évidemment, à ses actes,
05:07doit répondre devant la justice, à ses actes,
05:09dans un cadre, dans un autre cadre, peut-être que celui-là, qui est d'une violence extrême et d
05:15'une douleur extrême.
05:16Il me semble, il me semble...
05:18Bah moi, je ne trouve pas, ouais, je trouve qu'il y aurait eu un véhicule qui serait arrivé juste
05:22devant le palais de justice,
05:23il serait sorti immédiatement, sans être exposé, à la foule qui était là.
05:28Je suis très étonné des Suisses, là, vraiment, ça manque de rigueur.
05:32Mais en même temps, on peut considérer qu'il y a une forme de catharsis dans cette séquence,
05:40et une purgation des...
05:40Et puis à eux d'affronter, voilà, probablement que c'est très désagréable, mais c'est moins douloureux que les
05:46parents enfants.
05:47Mais je suis d'accord, c'est pour ça qu'en fait, ce sont des sujets, et je vous disais
05:51que c'est très difficile à les commenter, et peut-être...
05:54Et que M. Moretti soit ressorti aussi vite de détention provisoire, ce qui a choqué à travers toute l'Europe,
06:00la présidente du conseil italien de Georges Méloni avait réagi, ça choque au-delà de la Suisse,
06:04puisqu'il y a évidemment beaucoup d'Européens qui ont perdu la vie.
06:06Et c'est pour ça, je vous dis, il y a une forme de naïveté en Suisse.
06:10Je pense qu'en France, cet homme serait resté, effectivement, en prison.
06:14Parce qu'il y a une gestion aussi politique, me semble-t-il, des sujets en France.
06:19Il faut bien 15 jours, 3 semaines ?
06:21Vos 3 semaines, ils l'ont ressorti, on se demande pourquoi, d'ailleurs.
06:24Mais paraît-il que le couple a rencontré aujourd'hui les parents de deux jeunes femmes qui ont été gravement
06:31brûlées,
06:31et quand on lit ce que disent les avocats, ils ont dit que c'était une rencontre d'une intensité
06:35rare, très humaine.
06:36On va en savoir plus d'ici quelques heures, j'imagine.
06:39Mais il se passe quand même des choses hors caméra, où il y a un rapprochement entre...
06:45Enfin, ils essayent de discuter.
06:47Mais tout le monde attend à ce que justice soit rendue.
06:50Ce que dit Pascal, c'est simplement...
06:52C'est la scène, la séquence.
06:54C'est cette scène-là.
06:54Oui, ça ne peut pas se produire.
06:56Le problème, c'est les autorités suissimes.
06:58C'est de voir ce qu'eux considèrent être comme les responsables de la mort de leurs enfants ce soir
07:06-là.
07:06Il y a quelque chose d'encore plus traumatisant.
07:09Et dans cette séquence, c'est insoutenable d'entendre la peine des familles et la douleur.
07:14La douleur, la douleur.
07:16Mais à Persy, alors, je ne sais pas si vous êtes allé parfois à Persy.
07:19Moi, j'y suis allé très peu de fois, d'ailleurs.
07:21J'ai dû aller deux fois.
07:22C'est un hôpital assez extraordinaire.
07:25C'est un hôpital militaire qui est immense.
07:27D'ailleurs, il y a peut-être une quinzaine...
07:29Oui, c'est un énorme bâtiment.
07:30Un énorme bâtiment.
07:31Et c'est vrai que, sans doute tous, vous avez parfois vu quelqu'un qui a été brûlé.
07:38Et parmi les blessures les plus rudes...
07:40C'est la pierre.
07:41Effectivement, celle-là est particulièrement...
07:42Alors, je ne sais pas, ce jeune Edgar, lorsque vous avez parlé de lui, qu'il a été rasé,
07:48je ne sais pas à quel niveau il est brûlé, et s'il va pouvoir refaire une vie quasiment normale,
07:55s'il va récupérer ses mains, s'il va récupérer son visage.
07:57Je ne sais pas si son visage est brûlé ou pas.
07:59Oui, alors, Edgar, vraiment, il faisait partie d'une bande...
08:01On en a beaucoup parlé, d'ailleurs, dans la presse.
08:03C'était les trois petits Versaillais, très, très, très copains, tous.
08:08Donc, ils étaient tous dans la même école, à Saint-Jean, je crois, à Versailles.
08:12Ust, je crois.
08:13On en parle tout de suite après la pause, parce qu'il est 16h46,
08:16et vraiment, vous allez continuer ce témoignage qui est bouleversant.
08:20A tout de suite.
08:23Il est 16h48, et nous sommes avec Elisabeth Assayag,
08:26Eliott Deval, Gauthier Lebrecht, Olivier Guenek,
08:29et Caroline Iturbide nous racontait à l'instant que...
08:32Et Georges Chenech.
08:32Et Georges Chenech, je ne sais pas...
08:35Mais pardonnez-moi, cher Georges.
08:37Excusez-moi, c'est vrai que votre nom...
08:39C'est toujours là.
08:39Mais oui, Georges Chenech.
08:41Mais non, je suis là.
08:43Mais parce que Georges, pardonnez-moi, je ne le ferai plus.
08:46Caroline Iturbide connaissait Edgar,
08:50qui est un des jeunes qui a été blessé,
08:53fortement blessé, dans la nuit du 31 décembre,
08:55en Suisse, à Cran-Montana.
08:57Et elle nous racontait, il y a quelques instants,
08:59comment Edgar, qui est sorti il y a quelques heures de Percy,
09:02comment va-t-il retrouver une vie, on l'espère, normale.
09:06Et vous parliez surtout d'un de ses amis,
09:07c'est ça que je trouve effrayant,
09:08qui a un coma artificiel,
09:11depuis donc, sans doute, le début du mois de janvier.
09:14Donc, vous imaginez les parents,
09:16vous imaginez cet enfant,
09:18c'est-à-dire qu'on ne peut même pas le réveiller,
09:19tellement il souffrirait si on le réveille.
09:21C'est ça un coma artificiel.
09:22Et je parle d'eux, pas pour le côté sensationnel,
09:24mais parce que vraiment,
09:26c'est des petits soldats courageux, quoi.
09:30Ils ont 17 ans, ils sont partis faire la fête,
09:32ils étaient une bande de 6-7 copains,
09:34et il y en a 4 sur les 7,
09:35qui ont été très très gravement blessés.
09:38Donc, Edgar, qui est mon filleul,
09:40alors il a eu quand même beaucoup de chance,
09:42parce que c'était certaines brûlures au 3ème degré,
09:45d'autres au second degré,
09:47mais il a passé plus d'un mois à l'hôpital,
09:49au départ à Lausanne,
09:50où il ne pouvait même pas être rapatrié en France,
09:52tellement la douleur était vive
09:54et les brûlures étaient intenses.
09:56Et puis, il apprenait, heure par heure,
09:59que ses autres copains aussi étaient dans le même cas,
10:02parce qu'en fait, il y a un moment où,
10:03aussi, chacun essaye de sauver sa peau,
10:05donc ils ne savent plus où se retrouve Arthus,
10:07où est Valentin,
10:08où est l'un, où est l'autre, etc.
10:09Donc, ils étaient tous, en fait, séparés,
10:13pris en charge extrêmement bien
10:15par tous les services hospitaliers,
10:17que ce soit en Suisse ou en France.
10:19Et ensuite, Edgar, effectivement,
10:21lui, il a pu être rapatrié à Persy,
10:23qui est un hôpital militaire à Clamart,
10:26et qui est spécialisé dans les grands brûlés.
10:28Et là, il a reçu les soins nécessaires.
10:31Mais ça veut dire qu'à chaque fois qu'on lui changeait ses bandages,
10:34c'était sous anesthésie générale,
10:37parfois, pour ses copains, dans un coma artificiel,
10:39tellement la douleur est affreuse.
10:42Et il vient de sortir de l'hôpital,
10:44et donc j'ai pu le voir ce week-end,
10:46et c'est très émouvant.
10:48Parce qu'il a 17 ans,
10:49et qu'on voit bien que,
10:51peut-être que, vu de l'extérieur,
10:52il y a un petit côté héroïque,
10:54pour nous,
10:55de ces enfants qui s'en sont sortis.
10:57Mais eux, ils ne voient pas du tout ça comme ça.
10:58Pour eux, ça n'est qu'un traumatisme.
11:00Et ils ont juste envie de retrouver leur vie normale,
11:03ils ont juste envie de retourner à l'école.
11:04Et il ne peut pas retourner à l'école,
11:05parce que l'école, pour lui, ça veut dire
11:07son copain Arthus,
11:08qui n'est pas là,
11:09qui est encore à l'hôpital,
11:11dans le coma artificiel,
11:13et donc il ne peut pas retourner en cours,
11:14parce que c'est trop douloureux pour lui.
11:16Il est 16h51,
11:18l'hôpital Persy,
11:19c'est là où sont les militaires,
11:20les militaires qui,
11:21lorsqu'ils ont été blessés en mission,
11:23et parfois très grièvement blessés,
11:25et parfois ont-ils perdu des membres.
11:28C'est un des militaires,
11:30c'est un des hôpitaux vraiment
11:32de pointe, d'exception,
11:33de ce que la France produit de mieux,
11:36finalement,
11:36et l'excellence française,
11:38elle était jadis au Val-de-Grâce,
11:40et elle est, évidemment,
11:41aujourd'hui à l'hôpital Persy.
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