00:00Il est 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko vous recevez ce matin Antoine.
00:04Bonjour Antoine.
00:06Bonjour.
00:07Bienvenue sur Europe 1, on va garder secret votre nom de famille pour des raisons évidentes de sécurité que les
00:12auditeurs d'Europe 1 vont rapidement comprendre.
00:14Vous avez 21 ans, vous prenez la parole ce matin sur Europe 1 pour raconter votre histoire, c'est celle
00:19d'une agression sauvage, d'une extrême violence qui a duré de longues minutes,
00:23dont vous gardez aujourd'hui des séquelles.
00:25Merci d'abord à vous Antoine de témoigner car c'est important de libérer la parole sur ce sujet des
00:31violences.
00:31Je vous propose d'abord de remonter le fil de cette journée fatidique pour vous du 6 mai 2025, c
00:37'était donc il y a 8 mois.
00:38Votre vie bascule ce jour-là, racontez-nous ce qui vous est arrivé.
00:43Alors justement on est le 6 mai, j'ai un ami de Nice qui descend pour faire un photoshoot avec
00:51une marque de golf avec laquelle j'ai eu un partenariat.
00:55Donc cette amie de Nice ne connaissait pas Toulouse et étant un peu jeune, on a voulu lui montrer un
01:03peu les alentours de Toulouse le soir,
01:06cette ville qui semblait être belle et étudiante.
01:10Et justement on se rend le soir sur la place Saint-Pierre, on boit quelques coups et à la sortie
01:18du bar on décide de prendre du coup un taxi.
01:23Et en réservant le taxi, le taxi nous avait donné rendez-vous dans une des petites rues de Toulouse,
01:29mais pour s'y rendre il fallait faire quelques mètres de marche.
01:34Donc on se rend à pied et justement sur un des ponts les plus célèbres de Toulouse,
01:42je me fais alterquer par un SDF alors qu'on chantait des chansons de supporters toulousains.
01:48Il y a un SDF qui commence directement à être agressif, qui m'insulte, qui commence à être violent.
01:57Et il s'approche de moi avec sa laisse du coup en fer et il commence à me donner quelques
02:03coups de laisse en fer.
02:06Et derrière il me sort une bouteille qui m'explose sur la tête.
02:10Et à ce moment-là vous perdez connaissance.
02:12Donc c'est au commissariat où on me racontera les faits le lendemain quand j'irai déposer plainte.
02:19Et sur les caméras de vidéosurveillance on voit du coup qu'après ce coup de bouteille,
02:25il y a deux jeunes qui arrivent, qui me ruent de coup au sol pendant cinq minutes.
02:33J'essaie de prendre la fuite, mais impossible.
02:37Il y a le jeune mineur qui me poursuit, qui me fait tomber une première fois,
02:42qui me redonne des coups situés au niveau de la tête, derrière la tête.
02:50Donc assez violent pour le coup.
02:53On voit que j'essaie de me relever sans mes chaussures,
02:57vraiment en cas désespéré, vraiment d'essayer de fuir justement ce chaos.
03:04Et en fait on voit encore ce jeune qui me repoursuit,
03:07qui saute, qui plonge, qui me met un grand coup de pied dans le dos pour me faire tomber.
03:12Et je retombe par terre et là derrière je reprends une autre vague de violence
03:17jusqu'à ce que le SDF me fasse les poches,
03:19que son ami lui m'empêche de partir.
03:22Et justement c'est les gyrophares de la police qui m'ont sauvé la vie
03:27parce que je pense qu'à l'heure actuelle je ne serai pas là pour témoigner avec une telle violence.
03:33Honnêtement moi ce soir-là je me suis vu mourir.
03:37S'il n'y avait pas eu la police qui était connectée sur les caméras de vidéosurveillance,
03:41je pense que je ne serai pas là à l'heure actuelle pour pouvoir témoigner.
03:44Ça aurait pu être bien plus grave.
03:46Alors vous dites que ça aurait pu être bien plus grave pour vous.
03:49Vous avez quand même conservé des séquelles importantes de votre agression.
03:52Vous nous avez dit que votre passion c'était le golf.
03:54Vous êtes d'ailleurs triple champion de France ce 6 mai.
03:56Vous veniez de signer un contrat avec une marque.
03:59Désormais vous ne pouvez plus pratiquer votre passion Antoine.
04:03C'est ça.
04:04Aujourd'hui depuis cette agression malheureusement,
04:07physiquement le golf c'est un sport qui demande beaucoup de mouvements au niveau du dos.
04:13Et à l'heure actuelle il faut savoir que les grandes compétitions de golf
04:16que je peux avoir chaque week-end où justement ça sollicite le dos c'est sur trois jours.
04:22Et à la fin déjà d'un jour de compétition, j'ai déjà du mal à le terminer.
04:28Et sur les compétitions de trois jours, je ne peux pas les finaliser.
04:33Et justement ce week-end-là, le week-end de la semaine du 6 mai,
04:39j'étais à ma première compétition pour la reprise de la saison.
04:43Et j'ai dû m'arrêter à la moitié de la compétition parce que je ne pouvais pas physiquement la
04:49continuer à cause des séquelles.
04:53C'est malheureux mais j'avais déjà des soucis de dos.
04:55Et le fait d'avoir pris des coups encore plus violents dans le dos, ça n'a pas favorisé les
05:00choses.
05:01Et ce qui fait qu'à l'heure actuelle, j'ai beau avoir une préparation avec un kiné, avec un
05:06ostéopathe,
05:07mais j'ai juste entre guillemets à serrer les dents, à prendre des antidouleurs à chaque fois
05:13et à espérer que ça passe jour par jour.
05:16Je ne me projette pas, je ne peux plus me projeter à l'heure actuelle dans le futur par rapport
05:21à ça.
05:22Alors il y a eu l'agression et puis après la réponse pénale.
05:26De quoi vos agresseurs ont-ils écopé Antoine ?
05:29Ils étaient trois sur les lieux. Il y avait un sans domicile fixe qui, lui, a été condamné à deux
05:36ans de prison ferme
05:38avec un an d'interdiction au territoire toulousain.
05:41Donc pour moi, jusqu'à ce moment-là, justice était presque faite.
05:46Et ensuite, justement, il y a ce mineur qui, lui, est passé en justice.
05:53Et avec la décision du procureur de la République, n'a eu qu'un stage de citoyenneté.
06:01D'une durée de trois jours, il me semble.
06:03Et sans peine derrière, s'il ne se présente pas.
06:07Et sans indemnisation à la victime.
06:10Simple stage de citoyenneté, parce qu'excuse de minorité,
06:13parce qu'il n'avait pas non plus d'antécédent judiciaire.
06:15Le savoir aujourd'hui, à nouveau dans la rue, quand vous, vous souffrez au quotidien,
06:19qu'est-ce que vous ressentez ?
06:21Alors, face à cette décision de justice, justement, je ressens de l'insécurité dans mon pays, dans ma ville.
06:27Je ressens le fait de ne plus pouvoir sortir avec mes amis,
06:32parce qu'à l'heure actuelle, on ne veut pas se mentir,
06:33depuis mai, ça a presque fait un an, je ne suis toujours pas sorti le soir.
06:39Et en fait, je parle, à l'heure actuelle, je ne parle pas au nom d'Antoine.
06:44Je parle au nom de toutes les victimes qui sont coupables par la victime, par le système judiciaire,
06:55et qui, elles, n'ont pas eu peut-être la force de s'exprimer face aux médias.
07:00Moi, je compte les représenter, parce que c'est quelque chose de grave,
07:06et il faut en parler, il faut qu'il y ait quelqu'un qui soit là pour les encourager et
07:11pour faire porter la voix,
07:13car le système judiciaire, à l'heure actuelle, au niveau des mineurs, est quand même un peu souple.
07:20Si on continue comme ça, malheureusement, on aura des histoires comme ça,
07:25mais toutes les secondes, ce n'est pas possible de faire durer ça.
07:32Pour les victimes, ça crée des traumatismes.
07:35Moi, j'ai dû voir, par exemple, un psychologue spécialisé dans les attentats,
07:38qui m'a hypnotisé, qui m'a fait de l'hypnose, pour justement essayer de passer à travers cette histoire
07:43-là.
07:43Et à l'heure actuelle, où je fais l'interview, je ne dis pas que tout va bien,
07:46parce que justement, ça ne va pas bien, mais je me dis qu'il faut que je prenne mon courage
07:53à deux mains,
07:53que je puisse m'exprimer, pour que ma voix soit entendue.
07:57Et encore, si elle est entendue, je ne sais pas.
08:02Dans tous les cas, les auditeurs d'Europe 1 vous ont entendu ce matin, Antoine, sur la Radio Libre, on
08:06peut tout dire.
08:07Merci en tout cas de votre témoignage, bravo pour votre courage aussi à raconter votre histoire.
08:12On vous souhaite évidemment le meilleur, Antoine. Bonne journée à vous.
08:15Merci à vous.
08:16Il est 7h20 sur Europe 1.
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