00:00On va continuer de démêler les fils de l'affaire Epstein,
00:03ces ramifications diverses et variées,
00:07voir s'il y a toujours possibilité d'avoir des suites judiciaires.
00:10Donc ça, on va en parler dans un instant avec Maître Massia,
00:14qui est avec nous, avocate pénaliste au barreau de Paris spécialisé des violences sexuelles.
00:18Regardez comment tout continue aussi aux États-Unis avec Thierry Arnaud,
00:21notre éditorialiste politique internationale.
00:22On a un témoignage ce soir.
00:24Celui d'une ancienne journaliste de la BBC est en direct avec nous.
00:27Elle s'appelle Lisa Brinkworth.
00:29Elle est avec nous parce que, Lisa, bonsoir, merci d'être avec nous.
00:32Vous avez tourné un documentaire sur l'agence de mannequins élite.
00:35Vous aviez infiltré cette agence.
00:37Vous aviez rencontré son patron, Gérald Marie.
00:40Et via ce travail, vous avez mis en lumière aussi les liens avec Jean-Luc Brunel,
00:43l'agent recruteur pour Jeffrey Epstein.
00:46Alors, est-ce que l'agence de mannequins, Jean-Luc Brunel et l'affaire Epstein,
00:51tout ceci est lié ?
01:00Ce que l'on a découvert dans le cadre de ce documentaire de la BBC,
01:04c'était en 2000 et quelques,
01:07c'est que oui, c'était très lié.
01:10J'ai interviewé Jean-Luc Brunel à cette époque
01:13et c'était tout à fait atroce de lui parler,
01:17sachant déjà ce qu'il avait fait.
01:20Et même dans le cadre de cette interview,
01:22il a parlé de Gérald Marie,
01:24il m'en a parlé et c'était très très clair
01:27qu'ils se connaissaient.
01:32Sur la base de mes observations
01:34et des documents,
01:36bon, leurs noms apparaissent dans les mêmes contextes,
01:38et donc je n'aimerais pas dire qu'il y a un lien, personnellement,
01:42mais une chose est sûre,
01:45c'est qu'il y avait un système,
01:46un système d'hommes prédateurs
01:50dans le domaine du mannequinat
01:51qui ciblaient des très jeunes femmes à cette époque
01:54et ces deux hommes travaillaient en tant qu'agents de mannequinat.
01:58Vous-même, Lisa, vous avez porté plainte contre Gérald Marie,
02:01qui était le directeur Europe de l'agence Élite.
02:05vous dénoncez une agression sexuelle
02:07qui se serait produite dans un club milanais
02:10dans les années 90, c'est ça ?
02:15Oui, j'ai porté plainte en 2020, en France.
02:22Je n'ai pas été en mesure de porter plainte à l'époque des faits
02:26en raison d'un accord avec la BBC.
02:31Ils m'ont demandé formellement
02:33de ne pas porter plainte à l'époque
02:35et il y a eu ensuite un accord juridique
02:38entre la BBC et l'agence de mannequin Élite
02:41qui m'a empêché de parler de l'enquête
02:45ou de l'agression dont j'avais été victime.
02:48Donc ce n'est qu'en 2020
02:50que je me suis rendu compte
02:53que j'avais échangé avec beaucoup d'autres victimes
02:56de Gérald de Marie qui venait des quatre coins du monde
02:58et je me suis rendu compte que je devais
03:03rendre justice.
03:04Il fallait que justice soit faite pour toutes ces femmes
03:07et j'ai donc décidé de me rapprocher
03:08des autorités françaises
03:09et j'ai à ce moment-là porté plainte.
03:12Et les autres femmes ont suivi mon exemple.
03:17Nous étions quatre pour commencer
03:21y compris Ebba Carlson
03:23et c'était nécessaire pour que les femmes
03:29puissent voir justice rendue.
03:31Pourquoi la BBC, votre employeur,
03:34n'a pas voulu porter plainte
03:35et a passé cet accord ?
03:41Je l'ignore mais j'ai été effondré à l'époque
03:45et aujourd'hui je me rends bien compte
03:49des dégâts qui ont été causés à cause de cela.
03:53Cet accord, je n'étais pas d'accord personnellement.
03:56Nous avions toutes les preuves nécessaires.
03:59J'avais énormément d'éléments tangibles,
04:01énormément d'éléments de preuves
04:03et mon collègue et moi
04:07avions une défense irréprochable.
04:09Nous étions prêts à aller devant les tribunaux
04:11et la BBC, avant le début du procès,
04:13nous avons donné cette information,
04:15nous avons donné la nouvelle
04:16et nous avons été dévastés.
04:19J'étais fermement opposé à cet accord
04:21et fermement opposé à cet accord amiable
04:25qui a permis en définitive
04:27de protéger un criminel.
04:29Cela n'a pas été à la hauteur
04:32des victimes, disons,
04:33et les victimes ont dit
04:35qu'elles étaient soulagées
04:36de se voir vengées.
04:38Enfin, l'histoire a éclaté au grand jour
04:40et cela a changé tout pour elles.
04:45Et Gérald Marie,
04:47grâce à cet accord,
04:48a pu retrouver son poste
04:51et toutes les mesures
04:54qui avaient été mises en œuvre
04:55pour protéger les mineurs
04:56ont été ignorées.
04:57Il a continué pendant 20 ans
04:58à travailler avec de jeunes femmes mineures
05:00à cause de cet accord.
05:01Et pendant cette période,
05:03nous avons entendu de la part de femmes
05:06qu'elles avaient été agressées,
05:08qu'il leur avait été fait du mal.
05:10Et cet accord n'aurait jamais dû être conclu.
05:14Il ne devrait pas exister encore aujourd'hui.
05:16Et malheureusement, encore aujourd'hui,
05:18la BBC utilise cet accord
05:20comme une excuse, un prétexte
05:22pour ne pas fournir des preuves,
05:26des éléments pour renforcer
05:28notre affaire en France,
05:29notre défense en France.
05:30Ce qu'on comprend,
05:31c'est que la BBC a organisé
05:33une sorte d'impunité
05:34pour Gérald Marie
05:36qui a continué à agir.
05:39Mais quel était le mode opératoire
05:41de ce directeur d'agence de mannequins ?
05:52Alors, vous savez,
05:54bon, rien n'est prouvé.
05:56On ne sait pas s'il a réellement
05:58continué à agresser des femmes
06:00pendant cette période.
06:00Mais tout ce que je peux dire,
06:01c'est que nous avons été contactés
06:04par au moins une personne
06:06qui a fait ces allégations.
06:10Mais le fait est qu'il a été autorisé
06:12à travailler avec de jeunes mineurs
06:14pendant encore 20 ans.
06:16Et nous savions à cette époque
06:19de quoi il était capable,
06:21ce qu'il avait déjà fait par le passé.
06:26J'ai consulté mon associé,
06:28Eva Carlson,
06:28et nous avons créé un collectif
06:31qui s'appelle Victorious Angels
06:32qui aide les victimes
06:34de Jean-Luc Brunel
06:35et de Gérald Marie.
06:39Ça nous brise le cœur
06:40d'entendre leurs témoignages, d'ailleurs.
06:44Et vraiment, cet accord l'a protégé.
06:47Il n'aurait pas dû exister,
06:49il ne devrait pas exister aujourd'hui.
06:51Il n'est pas valide.
06:52C'est dangereux même.
06:54Mais juste un tout dernier mot.
06:56Est-ce qu'aujourd'hui,
06:56on peut vraiment relier
06:57ce que vous avez vu
06:59à l'agence Élite,
07:00ce qui vous est arrivé
07:00parce que vous avez été victime
07:01d'agressions sexuelles,
07:02avec Jean-Luc Brunel
07:04et avec l'affaire Epstein ?
07:05Est-ce que tout ça,
07:06ça faisait partie du même réseau
07:08aujourd'hui d'abus sexuels
07:10et de rabattage de jeunes filles ?
07:20Alors, évidemment,
07:21le rabattage de jeunes femmes,
07:23c'est une chose.
07:24Il y a une femme de notre groupe
07:26à qui vous avez parlé,
07:27Eva Carlson,
07:28qui a cofondé Victorious Angels.
07:32Elle vient de découvrir
07:35le rabatteur,
07:36le recruteur
07:36qui l'a mené
07:38jusqu'à Gérald-Marie.
07:40Il était très lié
07:41à Jeffrey Epstein.
07:43Cela a été mis en lumière
07:45aujourd'hui.
07:46Il y avait également
07:47deux autres femmes
07:49dans notre groupe,
07:50dans notre collectif,
07:52au moins une femme,
07:53mais en tout cas,
07:53deux femmes
07:54qui se sont exprimées
07:56et qui m'ont dit
07:57qu'elles avaient été
07:59dans la même pièce
08:01que Gérald-Marie
08:02et Jean-Luc Brunel.
08:03Donc, une fois de plus,
08:04une de ces femmes
08:07a été emmenée
08:09dans un château français
08:10par Gérald-Marie
08:12et Jean-Luc Brunel
08:13était là
08:14et Jean-Luc Brunel
08:14l'a violée
08:15et ces deux hommes
08:16étaient présents
08:16donc au même endroit.
08:19Alors, très clairement,
08:20ils se connaissaient
08:23et leurs noms, d'ailleurs,
08:24apparaissent
08:25dans le même contexte,
08:28toujours liés
08:29à l'agence de mannequins
08:33dans les dossiers.
08:35Je n'aimerais pas
08:35en dire plus,
08:36je ne peux pas faire
08:37plus de commentaires,
08:38mais en tout cas,
08:38il y avait bel et bien
08:39un système.
08:40En tant que victime
08:41de Gérald-Marie,
08:42moi-même,
08:45eh bien,
08:48évidemment,
08:49on voit
08:50qu'il y a
08:51des hommes prédateurs
08:52qui ciblent des jeunes femmes
08:52et je suis prête
08:53à contribuer
08:54à la vérité
08:55en tant que témoin.
08:57Merci, Lisa Brickworth.
08:58Merci d'avoir été
08:59en direct avec nous
09:00sur BFM TV.
09:01Merci de ce témoignage.
09:02Bonsoir, Maître.
09:03Intéressant ce témoignage.
09:05À travers cette affaire Epstein,
09:07on découvre
09:08certaines pratiques
09:09dans des agences
09:10de mannequins
09:10ou comment, finalement,
09:12des hommes
09:12profitaient
09:13de leur pouvoir
09:14sur des jeunes femmes,
09:15des jeunes filles,
09:16parce que certaines
09:16étaient mineures,
09:17pour abuser d'elles.
09:18C'est aussi l'un des volets
09:20de cette affaire.
09:22Je pense que le dossier
09:24Epstein,
09:24qui a des ramifications
09:25énormes,
09:26tant au plan national
09:27qu'international,
09:28va être, en effet,
09:29un catalyseur
09:30et va être
09:31l'un des éléments
09:32déclencheurs
09:32de faits,
09:35finalement,
09:35qui sont connus,
09:36méconnus,
09:37mal connus,
09:38mais qui existent.
09:39Et d'impunité,
09:40parce que ce que nous dit Lisa,
09:42c'est que, finalement,
09:42ce Gérald Marry,
09:43il y a eu la BBC,
09:44incroyable,
09:45qui, en gros,
09:46passe un accord
09:46pour qu'il ne se passe rien,
09:48et donc,
09:48cette journaliste
09:49est obligée
09:50de respecter cet accord,
09:51et pendant des années,
09:52Gérald Marry
09:53va continuer son activité
09:55de directeur d'agence.
09:56On ne sait pas
09:57ce qu'il a fait,
09:57mais enfin,
09:58bon,
09:58on imagine que s'il l'a fait
09:59une fois,
09:59il a peut-être recommencé.
10:00En tout cas,
10:01il y avait une impunité.
10:03C'est bien ce que je vous dis.
10:04En fait,
10:04il y a une espèce
10:05d'atmosphère nauséabonde
10:07qui rôde autour
10:08de ce dossier,
10:09où,
10:10après l'avoir vraiment
10:11monté aux cieux,
10:14Jeffrey Epstein,
10:15aujourd'hui,
10:16est l'ennemi public
10:17numéro un.
10:17On l'a mal connu,
10:19et on fait,
10:20en plus,
10:20un procès post-mortem.
10:22Comme il est mort,
10:23c'est facile d'accabler.
10:25Il ne peut pas y avoir
10:25d'action judiciaire.
10:26Évidemment.
10:26C'est facile aussi de dire,
10:27finalement,
10:28je ne connaissais pas
10:28si bien que ça,
10:30je ne savais pas,
10:31je suis tombé des nus.
10:32On s'était fâchés.
10:33Voilà.
10:34Donc,
10:35je pense qu'il faut
10:36prendre les choses
10:37une par une.
10:38Je pense qu'il faudrait
10:39déjà vérifier
10:40l'intégralité des documents,
10:42parce qu'ils n'ont pas
10:42été versés au débat
10:45par les États-Unis.
10:47Voir quels sont les noms.
10:48Ce n'est pas parce que
10:49votre nom apparaît
10:50dans des échanges de mails
10:51que vous devez être soupçonné
10:53d'être un prédateur sexuel.
10:55Donc, être prudent aussi
10:56dans les accusations ?
10:57Il faut être prudent.
10:58En même temps,
10:58il faut être lucide.
10:59En sachant que ce sont
11:00des pratiques,
11:01c'est un peu l'entre-soi.
11:02C'est un échange
11:03de bons procédés.
11:04Et c'est aussi
11:07dénier le droit
11:09et même la qualification
11:10de victime.
11:11En fait,
11:12c'est presque un privilège
11:13pour ces jeunes femmes
11:15d'avoir pu croiser
11:16le chemin de ces prédateurs.
11:18Donc, je crois
11:19qu'il faut être prudent,
11:20lucide,
11:21avancer pas à pas
11:22dans ce dossier
11:24et qu'il y a une partie
11:26de la vérité
11:26qui devrait un jour émerger.
11:28Alors, Thierry Arnaud
11:28est avec nous
11:29parce que justement,
11:30on est aussi beaucoup
11:31sur le volet
11:32Quai d'Orsay,
11:33diplomatie,
11:34ONU,
11:34avec le nom
11:34de ce Fabrice Edan
11:35qui est sorti,
11:36qui avait été sorti
11:37de l'ONU
11:38parce qu'il avait consulté
11:39des fichiers
11:40pédopornographiques
11:41revenus en France,
11:42passés par le Quai d'Orsay.
11:43C'est l'ancien ministre
11:43des Affaires étrangères
11:44de l'époque
11:44qui réagit,
11:45M. Fabius.
11:46Oui, Laurent Fabius,
11:47selon des informations
11:48qui nous sont communiquées
11:49par notre confrère
11:50Ulysse Gosset,
11:51il est donc à l'époque
11:51le ministre des Affaires étrangères,
11:53c'est-à-dire le ministre
11:53de tutelle de ce diplomate
11:54qui doit quitter
11:56le Quai d'Orsay
11:57parce qu'effectivement,
11:59on apprend qu'une enquête
12:00du FBI a été lancée
12:01sur ses liens
12:02avec Jeffrey Epstein
12:03et sur la possible
12:04consultation de sites
12:05pédopornographiques.
12:06Ce que dit
12:07Laurent Fabius
12:08à BFM TV,
12:09c'est qu'il n'a aucun souvenir
12:10de cette affaire Fabrice Hédan.
12:11Ce genre d'affaires,
12:12dit-il,
12:13ne remonte pas
12:13au niveau du ministre.
12:15En revanche,
12:15il salue l'initiative
12:16prise par Jean-Noël Barraud
12:17de saisir la justice
12:18et dit en saisissant
12:20le procureur de la République
12:22ce qu'il a fait
12:23est tout à fait pertinent.
12:25On verra ce que cela donne.
12:26Laurent Fabius
12:27qui précise par ailleurs
12:28d'autres déclarations,
12:29citations qui sont faites
12:30par nos confrères
12:30de Mediapart.
12:32On dit en répétant
12:32ce qui va dans le sens
12:33de la déclaration
12:34qu'il n'avait pas connaissance
12:36de l'enquête du FBI
12:36au moment où elle intervient,
12:38c'est-à-dire en 2013
12:39qu'il a simplement appris
12:40ces derniers jours.
12:41Merci Thierry Arnaud,
12:43merci Maître Messia
12:44d'avoir été avec nous.
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