- il y a 5 jours
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Gilles Bornstein revient sur les questions qui font l’actualité avec Gérald Darmanin, Garde des sceaux et Ministre de la Justice.
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00:02Bonjour à tous, bonjour monsieur le garde des Sceaux.
00:04Vous avez publié hier une circulaire pénale et éducative relative à la justice des mineurs.
00:10Que voilà ? Elle est davantage pénale ou davantage éducative ?
00:13Elle est les deux, puisque la sanction fait partie de l'éducation.
00:17On a peut-être beaucoup d'entre nous des enfants.
00:19Quand on les élève, on voit que l'éducation, c'est évidemment extrêmement important.
00:22Mais de temps en temps, il faut mettre des interdits.
00:24Il faut dire qu'on ne peut pas faire certaines choses.
00:26Quand ces interdits sont violés, il faut faire des sanctions.
00:30Ça s'appelle la sanction.
00:31La sanction fait partie de l'éducation, elle ne s'oppose pas à l'éducation.
00:34Alors vous créez des UJPE, des unités judiciaires à priorité éducative.
00:40Là aussi, même question, c'est davantage des écoles ou plutôt des prisons ?
00:44Ce sont des écoles, davantage.
00:46Des écoles.
00:47Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, dans les centres éducatifs fermés ou dans les foyers classiques,
00:51un jeune qui est confié à la protection de la jeunesse par la justice,
00:54quand il a fait des bêtises, il a commis des délits, parfois des crimes,
00:58il n'a que 5 heures de cours par semaine.
01:00Alors que dans le monde normal, s'il était à l'école classiquement,
01:03ce qu'il devrait normalement faire, il a 26 heures de cours par semaine.
01:07Donc comment on peut créer des foyers éducatifs
01:09où il y a 5 fois, 6 fois, 7 fois moins d'heures de cours
01:12que dans le collège ou dans le lycée classique ?
01:14Donc il y en aura plus ?
01:15Oui, parce que nous recrutons nous-mêmes d'ailleurs des professeurs.
01:17Vous-même, c'est-à-dire le ministère de la justice recrut des professeurs ?
01:20C'est un concours de plus de 50 places de professeurs techniques
01:25qui dépendront du ministère de la justice
01:27et qui ne seront là pendant les vacances scolaires
01:30puisqu'aujourd'hui, les professeurs d'éducation nationale,
01:32et c'est tout à fait évidemment leur droit et leur statut,
01:35ne sont pas là dans nos foyers lors des vacances scolaires.
01:38Donc un gamin qui arrive en centre éducatif fermé,
01:40placé par la justice parce qu'il a commis un délit au mois de mai,
01:44il ne voit pas de prof avant le mois de septembre.
01:45C'est ce que j'arrête.
01:46On mettra des profs tout au long de l'année.
01:48J'ai lu qu'il n'y aurait pas de téléphone portable dans ces unités judiciaires.
01:53Oui, désormais, tous les enfants, tous les adolescents
01:55qui seront à la PJJ confiés au centre éducatif fermé,
01:59confiés aux nouvelles unités que j'ai créées,
02:01il n'y aura plus de téléphone portable dans les chambres.
02:03Il y aura des moments collectifs où les adolescents
02:06pourront regarder leur téléphone sous le regard de leur éducateur,
02:10mais au moment où ils vont rentrer dans leur chambre,
02:12il y aura interdiction de téléphone portable, c'est la première fois.
02:14Alors, vous écrivez, il incombe dès lors à l'autorité judiciaire
02:19d'adapter la réponse pénale, comprenant une mesure de placement.
02:23Et pour les primo-délinquants, ceux qui n'ont pas d'antécédent judiciaire,
02:26vous demandez un couvre-feu quasiment systématique.
02:29Exactement, j'ai fait voter dans la loi, comme en Espagne,
02:31le fait que le procureur de la République peut,
02:34lorsqu'il voit un acte de délinquance se dérouler,
02:37et que cet enfant, cet adolescent n'a pas eu d'antécédent judiciaire,
02:40de lui donner comme interdiction de sortir de chez lui,
02:42en dehors des heures de cours, en dehors des heures de sport,
02:44en dehors des heures d'apprentissage.
02:46C'est le cas le week-end, c'est le cas le matin, c'est le cas l'après-midi,
02:49pour éviter des répétitions d'actes, de récidives,
02:53et pour dire qu'une sanction existe immédiatement.
02:55Donc là, ça sera aux parents de s'assurer de l'effectivité du couvre-feu,
02:58ils devront interdire à leur enfant de sortir ?
03:00Exactement, et si ce couvre-feu est violé,
03:02dans ces cas-là, on confie cet enfant à une structure
03:05comme la protection de la jeunesse.
03:08Alors, pour les mineurs nécessitant un encadrement plus strict,
03:12que demandez-vous ?
03:14Alors, aujourd'hui, nous avons une difficulté,
03:16c'est que les enfants, les adolescents qui sont confiés dans des centres fermés,
03:20ce n'est, entre guillemets, que 600 jeunes.
03:22Alors, il faut évidemment beaucoup s'intéresser à eux,
03:24c'est sans doute ceux qui ont commis des crimes et des délits les plus graves,
03:26mais il y a tous les autres, des milliers d'autres enfants
03:29qui sont dans ce qu'on appelle le milieu ouvert,
03:31qui doivent aller voir leurs éducateurs,
03:33tout en étant dans leur famille.
03:35Donc, on doit beaucoup renforcer,
03:36puisqu'aujourd'hui, un agent de la PJJ,
03:38il a 30-40 gamins à suivre, c'est beaucoup trop.
03:40Donc, nous renforçons de 150 éducateurs,
03:42grâce au budget et aux réformes que j'ai portées,
03:45parce qu'aujourd'hui, il y aura un agent de la PJJ
03:46pour à peu près 23-25 gamins.
03:49Ça aidera à encadrer judiciairement
03:51ceux qui commettent des méfaits et qui attendent de passer devant la justice.
03:54Bien.
03:56On saura le 7 juillet si Marine Le Pen
03:58peut ou non se présenter à l'élection présidentielle.
04:02Et vous aviez écrit,
04:03il serait profondément choquant
04:04que Marine Le Pen soit jugée inéligible
04:06et ainsi ne puisse pas se présenter
04:08devant le suffrage des Français.
04:11Est-ce que vous maintenez cette phrase aujourd'hui ?
04:12Est-ce que ça vous choquerait
04:13que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter ?
04:15Alors, c'est une phrase que j'ai prononcée lorsque j'étais député,
04:18donc libre de ma parole.
04:19Je suis garde des Sceaux.
04:20Je suis en charge de l'institution judiciaire.
04:22Je n'ai pas, évidemment, la même fonction.
04:24Et donc, je laisse la justice faire son travail.
04:26Ce que je constate, c'est qu'il y a eu les deux procès,
04:28y compris l'appel,
04:28qui se sont déroulés avant cette élection présidentielle
04:30et que nous connaîtrons la décision de la justice
04:33en toute indépendance avant cette élection présidentielle.
04:35Et comme bien même Mme Le Pen serait condamnée
04:37et comme bien même elle fera un pourvoi à la Cour de cassation,
04:39je me suis assuré que ce pourvoi soit rendu
04:41avant l'élection présidentielle.
04:43– La décision sera rendue mi-juillet, début juillet.
04:47Est-ce que vous trouvez que vous aviez fait accélérer le processus ?
04:50Vous vous étiez assuré, comme vous le dites,
04:51que tout puisse se faire avant l'élection présidentielle ?
04:54Là, ça fait un long, il y a quoi ?
04:56Il y a cinq mois d'ici la décision d'appel.
04:58Est-ce que c'est trop long ?
04:59– La justice, c'est son travail.
05:00Le procès Mme Le Pen a été assez long.
05:02La justice était de qualité en ce qui la concerne,
05:04puisqu'on a passé de longs mois
05:06à s'intéresser au Rassemblement national,
05:08aux très nombreux prévenus.
05:10Et après de longues années d'instruction,
05:12ce n'est pas le cas de tous les justiciables.
05:14Moi, je constate, quelqu'un qui s'est fait violer
05:16attend six ans la condamnation de son auteur.
05:19Quelqu'un qui a connu un meurtre dans sa famille
05:21attend huit ans la condamnation de l'auteur.
05:23Et donc là, je pense que ce qu'on peut dire,
05:25c'est que la justice a été à l'écoute
05:27de l'enjeu démocratique qui était très important.
05:29Et donc, je ne pense pas que ce soit trop long.
05:32La justice fait son travail et elle le fait
05:33dans un dossier très complexe, avec beaucoup d'enjeux.
05:36Bruno Retailleau devrait annoncer sa candidature
05:38à la présidentielle aujourd'hui.
05:40C'est ce qu'on dit.
05:42Ça vous paraît une bonne idée ?
05:44Ça ferait beaucoup de candidats ?
05:45Qu'est-ce que vous en pensez ?
05:46Que chacun montre son ambition et dise
05:48ce qu'il a envie de dire aux Français,
05:49je trouve ça tout à fait normal.
05:51Bruno Retailleau, comme d'autres, évidemment,
05:53comme Édouard Philippe, comme Gabriel Attal,
05:55comme Xavier Bertrand, comme David Disnard.
05:57Comme Gérald Darmanin.
05:58On peut en citer beaucoup.
05:59Moi, j'ai fait le choix de me concentrer
06:00pour le bien public, pour les affaires de l'État.
06:02Le jour où j'ai envie d'avoir de l'ambition
06:04et de me présenter, de présenter un projet,
06:06je quitterai évidemment le gouvernement.
06:08Mais ce que je veux dire à Bruno Retailleau,
06:10comme à Édouard Philippe, comme à Gabriel Attal,
06:11comme à tous les autres,
06:13c'est qu'il faudra que nous entendions.
06:15Il faudra que nous ayons un seul candidat
06:17à l'élection présidentielle.
06:18On est à 15 mois d'élection présidentielle.
06:21On a encore un petit peu le temps.
06:22Mais je l'ai déjà dit à plusieurs reprises
06:24qu'il nous faut un moyen de nous sélectionner
06:26entre nous pour que nous ayons un seul candidat.
06:28J'appelle ça la primaire.
06:29Il faut qu'on ait une primaire de la droite et du centre.
06:31Une primaire.
06:32Sinon, je ne vois pas très bien
06:33comment on sélectionne notre candidat.
06:35Une primaire de la droite et du centre
06:36qui doit se dérouler, je l'espère,
06:38avant Noël de cette année,
06:40c'est-à-dire dans 11 mois.
06:41On a quand même le temps pour qu'on ait un candidat.
06:43Parce que si on n'a pas un seul candidat,
06:45non seulement on va perdre la présidentielle,
06:46mais en plus on ne sera même pas
06:47au second tour de l'élection présidentielle.
06:49C'est-à-dire que nous laisserons nos électeurs
06:51choisir entre le Rassemblement national
06:52et la France insoumise.
06:54Et j'aurais donc été pour l'instant le seul
06:56à dire attention, attention, danger.
06:57– Alors, vous venez de dire que manifestement,
07:00enfin que pour l'instant,
07:01il n'est pas question de présidentielle.
07:03En revanche, il y a un remaniement
07:04qui est imminent, rendu encore plus imminent
07:06par le départ d'Amélie de Montchalin.
07:08Est-ce que vous souhaitez rester au gouvernement ?
07:10– C'est au président de la République
07:11d'en décider.
07:12Moi, je travaille.
07:12– Non, mais c'est au président de la République
07:14de décider si vous nommez pas.
07:15Mais vous, vous avez envie ou pas ?
07:16– Moi, je ne suis pas propriétaire de mon poste.
07:17Ça fait deux ans que je suis ministre
07:18du président de la République.
07:19– Est-ce que vous avez envie de rester ?
07:20– Je fais beaucoup de choses pour la justice.
07:23Encore ce matin, j'envoie une circulaire
07:24aux agents de la PJJ.
07:26Je transforme les prisons en prisons,
07:28de vraies prisons qui luttent
07:29contre les narcotrafiquants.
07:30J'ai un projet de loi qui arrive au mois d'avril.
07:32Mais ce n'est pas une question d'envie
07:33d'être ministre.
07:33– Un peu quand même.
07:34– Voilà, ce président de la République
07:35décidera si je suis un bon ministre
07:36et si je dois rester.
07:37– Dernier point, 4500 djihadistes
07:40ont été transférés de Syrie en Irak.
07:43Est-ce qu'on a l'assurance
07:44qu'aucun ne s'est évadé ?
07:46– Nous avons l'assurance
07:48grâce au président de la République,
07:50à nos amis kurdes, à nos amis américains.
07:53Et désormais, nous travaillons
07:54avec le nouveau gouvernement syrien,
07:56avec tous les doutes qu'on peut avoir, évidemment,
07:58que pour l'instant, en effet,
08:00personne qui a été dans les prisons de Daesh,
08:03les prisons du nord-syrien, ne s'est évadé.
08:06– Mais il y aurait trois Français
08:07parmi ces prisonniers transférés.
08:10L'Irak, les États-Unis aussi demandent
08:13au pays de les rapatrier.
08:15Est-il question que la France
08:16rapatrie ces trois djihadistes ?
08:18– Alors, il y a beaucoup de binationaux.
08:19Il n'y a pas que des Français.
08:20Les personnes que vous évoquez
08:21sont aussi binationales.
08:23Donc, venant de personnes extrêmement dangereuses,
08:26le mieux n'est pas de ramener
08:27ces personnes sur le sol national,
08:29mais en même temps de garantir
08:30la sécurité de nos concitoyens.
08:31Les attentats qui se sont déroulés
08:33sur le sol français, type Bataclan,
08:34c'était des gens qui étaient libres
08:36de leur mouvement
08:37dans cette zone particulièrement difficile.
08:39Tant qu'ils sont emprisonnés sur place,
08:41je pense qu'il n'est pas nécessaire
08:42évidemment de les rapatrier.
08:44– Merci beaucoup,
08:44monsieur le garde des Sceaux.
08:46Gérald Darmanin, invité des 4V.
08:47Bonne journée à tous.
08:48– Merci.
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