00:00Quand ça envoie 2500 personnes potentiellement au chômage, c'est très lourd et c'est un fonctionnement assez français en fait avec plusieurs étapes qui sont assez importantes.
00:13Donc vous avez le tribunal de commerce et in fine le régime des AGS qui est assez important parce que c'est des cotisations patronales.
00:24Donc d'une certaine manière, c'est une mutualisation du risque des entreprises de leur licenciement qu'ils ne veulent pas payer.
00:31Par exemple, une grosse entreprise qui veut délocaliser ou qui estime que cette filiale-là n'est plus suffisamment rentable et qu'elle a le concurrent en stock aussi.
00:43Donc ils ont tout intérêt à céder à ce type de fonds. Mutares est un de ces fonds qui en fait va arriver, comment dire, dont la mission sera d'amener lentement mais sûrement l'entreprise plutôt d'une certaine manière au dépôt de bilan.
00:59Est-ce que vous avez connaissance d'élus ou anciens élus, responsables politiques ou hauts dirigeants administratifs français qui travaillent désormais dans ces fonds ?
01:20Et je pense en particulier à ceux qui pratiquent le LBO et qui donc peuvent avoir aujourd'hui une activité de prédation du tissu productif français.
01:29Donc est-ce que vous avez connaissance de ces élus, responsables politiques, aux dirigeants administratifs français qui ont été en fonction, en tout cas à un moment donné,
01:37qui donc travaillent dans ces fonds et évidemment en retirent un certain nombre de revenus ? Et quels problèmes ça peut poser pour les intérêts de la nation selon vous ?
01:48Vous voulez que je vous donne des noms ? Un politique très connu qui vient d'en partir, d'ailleurs c'est Nathalie Kosciko-Morizet, qui était chez Antin,
01:56qui vient de partir de chez Antin et qui était donc, je pense, responsable de l'activité de transport, si j'ai bien compris,
02:02enfin notamment d'un fonds sur les transports, donc vous pouvez l'interroger.
02:10Côté Bercy, il y a Bruno Bézard, qui était l'ancien directeur de l'APE et de la DGFIP, qui est parti dans un fonds franco-chinois.
02:19Ça avait fait polémique d'ailleurs à l'époque. Je pense que David Azema aussi est dans un fonds. Il est chez Perella, je crois.
02:27Voilà, c'est l'ancien patron, l'autre ancien patron de l'APE, donc vous interrogez-les.
02:34Évidemment, il n'y a pas que ça, il y a beaucoup de politiques, pas beaucoup, mais il y a un phénomène de revolving doors, de pantouflage,
02:45je ne sais pas comment on dit, mais c'est un peu ça. Entre la finance et le monde de l'administration, le monde politique, ça c'est un peu historique.
02:55Ce qu'on peut dire, c'est que... Ah si, un autre exemple très intéressant, c'est que, excusez-moi, mais d'ailleurs, en lien avec ce que j'allais vous dire,
03:05c'est qu'historiquement, Xavier Muscat, par exemple, qui était le secrétaire général de l'Élysée sous Nicolas Sarkozy,
03:10est ensuite parti au comité de direction du Crédit Agricole. Ça a été un des top banquiers du Crédit Agricole pendant plus de dix ans.
03:18Et maintenant, il est le président du... Je ne sais plus quel poste il a exactement, mais c'est un des patrons de Tikeo maintenant.
03:27Depuis cette année. Enfin, depuis 2025, pardon. Non, en 2026.
03:31Et voilà, c'est une évolution. Je pense qu'historiquement, beaucoup de hauts fonctionnaires et conseillers des politiques,
03:41voire de politique, mais c'est plus les hauts fonctionnaires, qui allaient dans la finance, plutôt dans les banques.
03:47Et maintenant, voilà, on va dans les fonds d'investissement. C'est de fait plus rémunérateur aujourd'hui.
03:55L'on a moins l'idée de créer des vocations, mais c'est...
03:58C'est un... C'est de fait le secteur le plus rémunérateur aujourd'hui dans la finance.
04:08Enfin, genre un exemple. Il y a une source qui me disait, mais qui est très bien informée,
04:16que Equity, je crois que c'est la concentration de milliardaires dans une entreprise la plus élevée avec les GAFAM.
04:23Ce sont les salaires et les associés des gros fonds, des très très gros fonds.
04:27On parle de Blackstone, Equity, tout ça. C'est des gens excessivement riches, quoi.
04:31Donc, oui, effectivement, il y a les salaires importants à tir.
04:37Dans le politique, je ne sais pas, mais c'est plus...
04:40Bon, moi, qui ai suivi beaucoup ces histoires de revolving doors,
04:44mais c'est plus les hauts fonctionnaires, quoi.
04:46C'est les conseillers de ministres, les cabinets, voilà.
04:50Et là, vous voyez, ça, on peut en dresser une liste énorme sur les banques
04:54dans les années 2000, début 2010, et aujourd'hui, c'est vrai qu'on voit des mouvements vers les fonds.
05:00Xavier Muscat, c'est intéressant de ce point de vue-là, puisqu'il a fait le...
05:03Il a un peu tout fait.
05:05Donc, voilà, mais il faut les interroger.
05:08C'est évidemment toujours le même problème, pour donner du sens à ça.
05:12Évidemment, c'est le lien étroit qui peut être aussi alimenté
05:17entre finances et politique, et c'est pas sain pour la démocratie, quoi.
05:23Il faut clarifier tout ça, il faut que les autorités de transparence
05:29fassent leur travail.
05:32Moi, je pense qu'il y a un besoin de transparence, parce qu'il faut bien comprendre ça, quoi.
05:36Il ne faut pas que les citoyens se disent...
05:38Enfin, voilà, que les conseillers des politiques ou les politiques vont dans les fonds,
05:44et après, voilà, il y a des sortes de...
05:46Voilà, il faut être clair là-dessus, quoi.
05:48Mais évidemment, ça a posé des problèmes.
05:50Moi, j'ai beaucoup suivi ça dans les banques,
05:52et ça a posé des problèmes clairs à certains moments, quoi.
05:55Durant la loi bancaire, par exemple, c'est très important.
05:58Quand vous regardez les conseillers qui étaient...
06:01Je sais pas, un des plus grands banquiers français aujourd'hui,
06:04c'est Namias, qui est le patron de BPCE,
06:08et c'était le conseiller de Jean-Marc Ayrault,
06:11quand ils ont fait la loi bancaire.
06:14Je l'ai écrit dans mon livre, ça, qu'on avait publié,
06:16mon ami, c'est la finance.
06:17Il était jeune, à l'époque, jeune banquier,
06:20et après, il a eu une promotion dans le groupe.
06:21Il était avant dans le groupe BPCE, Natixis.
06:24Il est revenu ensuite dedans,
06:26et il a eu une promotion,
06:28et puis après, il est devenu le grand patron.
06:29Donc c'est un chemin, en fait.
06:31C'est un exemple dur, quoi, pour la démocratie.
06:35Donc il y en a eu plein des exemples comme ça,
06:36si vous voulez, mais cet exemple, il est frappant.
06:41J'en ai moins aujourd'hui, parce que j'en ai moins dans les fonds d'investissement,
06:44parce qu'en fait, les fonds d'investissement, c'est encore une fois,
06:46c'est quelque chose qui prend de l'ampleur depuis peu de temps.
06:48Alors que la banque, quand même, en France, c'est quand même quelque chose de plus...
06:50de plus... de plus mature, entre guillemets,
06:54enfin, depuis l'industrie est très puissante, quoi.
06:58Nos grandes banques, elles sont très fortes, quoi.
06:59Pourquoi la France est-elle, à ce point, visée par ce type de fonds, pour vous ?
07:07En fait, la France est assez libérale, du point de vue des faillites d'entreprises.
07:13C'est-à-dire que là, on arrive souvent avec une forme de no man's land d'intervention étatique,
07:19où les entreprises, d'une certaine manière, décident un peu à qui elles cèdent,
07:26avec toujours un peu l'administrateur judiciaire qui va essayer de faire du mieux-disant social
07:31s'il y a plusieurs offres de reprise, mais c'est pas toujours le cas, d'ailleurs.
07:34Quand le cédant, parfois, veut vraiment céder de gré à gré à un fonds de retournement précis,
07:42en général, personne n'a son mot à dire là-dessus.
07:45Vous pouvez dire que c'est normal, c'est la liberté,
07:49mais bon, des fois, quand ça envoie 2500 personnes potentiellement au chômage, c'est très lourd.
07:56Et c'est un fonctionnement assez français, en fait, avec plusieurs étapes qui sont assez importantes.
08:04Donc, vous avez le tribunal de commerce et, in fine, le régime des AGS,
08:13qui est assez important parce que c'est des cotisations patronales.
08:14Donc, d'une certaine manière, c'est une mutualisation du risque des entreprises,
08:18de leurs licenciements qu'ils ne veulent pas payer.
08:19Donc, en fait, par exemple, une grosse entreprise qui veut délocaliser
08:25ou qui estime que cette filiale-là n'est plus suffisamment rentable
08:30et qu'elle a le concurrent en stock aussi, parce que c'est des grosses boîtes,
08:34c'est ce qui s'est passé pour la paire avec Saint-Gobain.
08:37Une grosse entreprise qui veut délocaliser, c'est ce qui s'est passé avec Valti et avec Valoiry.
08:41Donc, ils veulent se séparer de l'entreprise.
08:42Et, in fine, ils vont trouver un fonds et ils ont tout sauf intérêt
08:46à que l'entreprise survive et devienne un concurrent.
08:50Premièrement.
08:51Deuxièmement, tout sauf intérêt à financer le plan social,
08:53parce que, déjà, ça coûte cher.
08:55Et en plus de ça, en termes d'image, c'est destructeur.
08:57Donc, ils ont tout intérêt à céder à ce type de fonds.
09:00Mutares est un de ces fonds qui, en fait, va arriver, comment dire,
09:06dont la mission sera d'amener lentement, mais sûrement, l'entreprise
09:11plutôt, d'une certaine manière, au dépôt de bilan.
09:13Alors, eux, ils vont dire que c'est pas du tout ça.
09:16Mais bon, les faits sont têtus et c'est ce qui se passe actuellement.
09:20C'est compliqué de dire que TeamText, Valti, Valoir,
09:26voilà, toutes ces boîtes-là, c'est des boîtes récentes
09:28qui ont déposé le bilan et qui ont été en portefeuille multares.
09:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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