00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Maxime Liedot.
00:05Il est 7h11 et à la une ce matin, cette question, est-ce qu'en France, nous sommes dans un confort de l'irresponsabilité concernant la santé ?
00:12Comprenez que les Français, en réalité, gaspillent trop d'argent, ont l'accès aux médicaments et aux soins beaucoup trop faciles.
00:19Bonjour Mathias Vargon.
00:20Bonjour.
00:21Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes chef de service des urgences et du SMUR du centre hospitalier de La Fontaine.
00:26C'est en Seine-Saint-Denis. Et si on vous pose cette question ce matin, c'est suite à un rapport venant de l'Institut Montaigne qui préconise, entre autres,
00:34et j'insiste sur ce entre autres, de signaler les prix ici et là pour réaliser un peu aux patients le prix qu'ils coûtent d'une certaine manière.
00:42Alors, première question, est-ce que nous sommes dans un certain confort vis-à-vis de la santé en France ?
00:48Je ne sais pas si on est dans un certain confort, surtout en ce moment où on voit qu'on n'a pas suffisamment de médecins en ville,
00:53où les hôpitaux sont en quasi-faillite. Donc, non, on n'est pas dans un certain confort en France.
00:58On a encore un niveau de santé qui est correct, mais ce n'est pas la panacée, non.
01:04Mais dans l'idée du confort, il y a en réalité ce petit croquis que les Français, quand ils ont la carte vitale, en réalité, c'est un peu une carte à budget illimitée.
01:13Ils n'ont pas conscience du prix qu'ils paient quand ils vont chez le médecin, quand ils passent aux urgences, quand ils passent à la pharmacie.
01:18Alors, c'est une fausse bonne idée, en fait, cette histoire-là. Non, ils n'ont pas conscience du prix, et peut-être que ça serait intéressant
01:24que les Français aient conscience du prix qu'ils payent, alors à la pharmacie, probablement, à l'hôpital, probablement.
01:29Mais ça ne responsabilise personne, en fait, parce que la plupart du temps, quand vous allez chez le médecin ou quand vous avez un problème de santé,
01:37en fait, vous êtes obligés d'aller chez le médecin. Et puis ensuite, toutes les prescriptions sont faites par les médecins.
01:43J'ai vu l'exemple de la jambe cassée. Personne ne se paye une jambe cassée.
01:47C'est-à-dire que, dans le rapport, en effet, il y a l'exemple de la jambe cassée qui coûterait 60 000 euros de frais, on va dire.
01:54Vous, vous dites quoi ? Ce chiffre, il est exagéré, c'est n'importe quoi, et en plus, personne ne se fait exprès de se casser la jambe.
02:00Voilà, c'est ça. Moi, j'ai regardé les prix, ce n'est pas 60 000 euros, la jambe cassée.
02:04Moi, je me suis cassé la jambe l'an dernier, donc voilà.
02:06Donc, il y a une expérience.
02:08Je suis allé aux urgences, je n'ai pas été opéré, mais la discussion a été faite avec l'orthopédiste,
02:13et que je sois opéré ou pas, de toute façon, ce n'est pas moi qui l'ai décidé.
02:17C'est l'orthopédiste qui l'a décidé, et puis les soins, c'est l'orthopédiste qui les a décidés,
02:21et puis le kiné, c'est l'orthopédiste qui les a décidés, c'est lui qui a prescrit.
02:25Et donc, ce n'est pas moi, même que je connaisse les coûts ou pas.
02:29C'est intéressant de connaître les coûts, de savoir pourquoi on paye sa sécu.
02:31Ça, c'est un vrai intérêt.
02:33Mais par contre, est-ce que ça va me responsabiliser ? Non.
02:36Et puis, si je n'avais pas eu d'argent, est-ce que j'aurais hésité si j'avais eu les coûts ?
02:41Et puis, quand vous avez un cancer, est-ce qu'on ne vous culpabilise pas en disant, regardez ?
02:44Parce qu'en vrai, c'est la machine générale.
02:47Parce que vous c'est ça, les excès d'un tel système ?
02:49Mais en réalité, quand on pense à ça, on pense aux gens qui achètent le Doliprane,
02:54ils connaissent le prix, de toute façon, et ce n'est pas très cher.
02:56Et ce n'est pas très cher parce qu'on est dans un système français,
02:59et puis le médecin généraliste ou les urgences, c'est là que se fait la grosse consommation,
03:04mais pas la consommation d'argent.
03:06Attention, c'est le cancer, c'est des grosses pathologies.
03:08Et donc, entre connaître les coûts et savoir pourquoi on paye la sécu,
03:12mais c'est un peu comme les impôts, et être responsabilisé, ça n'est pas la même chose.
03:17Si vous prenez votre bus tous les jours et qu'on apprend combien coûte le bus,
03:21parce que c'est sponsorisé, enfin c'est payé par l'argent public,
03:26ça ne va pas vous empêcher de prendre le bus.
03:28En réalité, ce sont deux choses différentes.
03:31Savoir où vont vos impôts, où vont vos cotisations,
03:34et pourquoi vous payez aussi cher, c'est une raison.
03:36Est-ce que ça va changer votre façon d'aborder les soins ?
03:40Heureusement que non.
03:41Enfin, on n'est pas dans un système à l'américaine.
03:43Peut-être que ça ne va pas changer notre rapport aux soins, en revanche,
03:46Mathias Vargo, peut-être que la cible de ce rapport,
03:48c'est tous les Français qui sont dans un excès de consommation,
03:52peut-être certaines catégories de la population,
03:54parfois les plus âgés, et même concernant les médecins.
03:56Loin de moi l'idée d'insulter une partie de la profession,
03:58mais qui ont, on va dire, une certaine aisance à parfois prescrire un peu tout et n'importe quoi,
04:03parce qu'il faut prescrire, et donc on voit régulièrement,
04:06je crois que tous ceux qui nous écoutent ont déjà vu cette scène,
04:08des gens qui, chaque semaine, viennent chercher leur petit sachet de médicaments,
04:13rempli de trucs de médicaments, c'est peut-être ça.
04:15Alors, c'est eux qu'il va falloir viser.
04:18Alors d'abord, ce n'est pas les personnes âgées.
04:19Les personnes âgées consomment énormément de médicaments, on est d'accord,
04:22mais c'est pareil, ce n'est pas elles qui consomment.
04:25Mais est-ce que vous croyez que ça va les responsabilités ?
04:28Moi, je ne pense pas.
04:28On a essayé aux urgences pendant des années de responsabiliser les gens,
04:32leur expliquant que pour ceux qui venaient pour des pathologies de faibles,
04:37ça ne marche pas, en fait.
04:38Il faut d'abord offrir quelque chose,
04:41enfin offrir, donner le choix avec autre chose que les urgences, par exemple,
04:47et puis, encore une fois, dans ces cas-là, on vise les gros consommateurs,
04:51mais dire qu'on va responsabiliser les gens en mettant les coups,
04:55c'est vraiment un raccourci, et l'exemple de la jambe cassée montre
04:58que ce n'est pas le bon exemple, en réalité.
05:01Mais ils se sont peut-être pour être cible, oui.
05:02Et l'argent, il va dans le cancer, et loin de moi l'idée de dire
05:07qu'il ne faut pas soigner le cancer.
05:09Mais si c'est des gros consommateurs, c'est eux qu'il va falloir viser
05:12et comprendre pourquoi ils consomment, parce qu'on ne va pas chez le médecin,
05:16on ne va pas aux urgences juste pour le plaisir.
05:18Autre idée aussi de ce rapport, Mathias Wargon,
05:22c'est d'instaurer la fameuse culture de responsabilité dans toutes ces couches
05:26que vous, vous devez voir en tant que chef des services des urgences,
05:28notamment d'administration qui dirige quand même aussi un peu votre activité.
05:32Est-ce que ça, ça n'est pas une direction dans laquelle on doit aller ?
05:35Mais ça, là, depuis longtemps, je pense que les gens n'ont jamais foutu les pieds à l'hôpital,
05:39on ne dépense pas de l'argent comme ça.
05:40Surtout en ce moment, nous, on regarde tous les coups.
05:43Non, mais dans les administrations, avant que ça arrive jusqu'à vous,
05:46on a bien vu les différents plans des hôpitaux,
05:48c'est parfois aller dans les ARS, parfois dans des agences dont on ne connaît que très peu le nom,
05:53et ils disent en réalité qu'il faut faire attention à ces fonctionnaires
05:56qui parfois ne sont pas efficaces, qui ne sont là que pour remplir des strates administratives.
06:01Non, mais ça, c'est un autre problème, et on n'est plus dans les Français et le coût de la santé.
06:06Non, bien sûr, c'est un autre problème que relève le rapport.
06:08Dans l'efficience de l'administration, et oui, probablement,
06:11mais l'administration répond à elle-même.
06:13Il y a des strates à l'hôpital qui sont là uniquement pour répondre aux strates de l'ARS,
06:19qui elles-mêmes répondent aux strates du ministère,
06:21et chacun pense être utile, et probablement, il faille simplifier les choses.
06:25Oui, mais ça n'est plus de la responsabilisation, c'est de l'efficience.
06:30C'est un peu ça, le problème de ce rapport.
06:32C'est qu'en fait, oui, connaître le coût de la santé, c'est important pour les Français,
06:37puisque finalement, on paye des impôts, on paye des cotisations sociales,
06:39mais ça ne responsabilise pas, c'est autre chose, en fait.
06:43Et c'est visiblement quelque chose.
06:45Ça donne l'impression qu'en fait, on dépense l'argent comme ça,
06:47c'est beaucoup plus complexe que ça,
06:49et encore une fois, l'argent de la santé, ce qui coûte le plus cher,
06:53même si c'est agaçant, c'est pas les visites chez le médecin généraliste.
06:57C'est les grosses maladies, et les maladies graves, comme vous l'avez évoqué,
07:01notamment le cancer.
07:01Merci beaucoup Mathias Wargon d'avoir été avec nous ce matin,
07:03chef de service des urgences et du SMUR du centre hospitalier de La Fontaine,
07:07en cette Seine-Denis.
07:08Merci beaucoup d'avoir fait un tour du côté de la matinale de Sud Radio,
07:10il est 7h19.
07:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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