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Alain Bauer, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers CNAM Paris et expert international en sécurité était l’invité du Face à Face d’Apolline de Malherbe sur BFMTV pour analyser la politique d’Emmanuel Macron et la question du Groenland face aux États-Unis.
Bauer, auteur de nombreux ouvrages et consultant pour des institutions de renseignement met en perspective le rapport de force stratégique entre l’Europe et Washington en soulignant les limites de l’autonomie européenne et la cohérence de la stratégie américaine.
Il apporte un éclairage factuel sur les déclarations de Macron, la présence symbolique de forces européennes au Groenland et les enjeux géopolitiques actuels dans un monde marqué par la compétition des grandes puissances.

#Geopolitique #France #Sécurité #Trump #Groenland

Réponses au quiz de fin :
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Comment Alain Bauer qualifie l’état actuel des armées françaises ?
➡ Une armée bonsaï.

Depuis quelle année la dissuasion nucléaire ne suffit plus selon Alain Bauer ?
➡ 2001.

Comment Alain Bauer définit-il l’Union Européenne sur le plan stratégique des Etats-unis ?
➡ Un marché.

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Transcription
00:00Donald Trump, c'est un sens unique.
00:01Ce qui est à vous est à moi, et ce qui est à moi reste à moi.
00:04Donc, le processus, de toute façon, ne change rien.
00:07Mais l'illusion des Européens, la fascination des Européens,
00:10la lâcheté d'une partie des Européens crée les conditions d'eux.
00:14Vous noterez d'ailleurs qu'il n'y a que 4 pays qui vont envoyer 40 soldats au Groenland.
00:184 sur 27.
00:19Les autres, ils disent quoi ?
00:21Rien.
00:22Et pourquoi ?
00:23Ils ne diront rien, ils ne disent rien aujourd'hui, ils ne diront rien ensuite ?
00:27Ils feront un commentaire, c'est vraiment pas bien.
00:37Avant de parler de Donald Trump, j'aimerais parler d'Emmanuel Macron.
00:40Et précisément de ce rapport de force.
00:43Emmanuel Macron qui hier a déclaré, pour être craint, il faut être puissant.
00:47Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort.
00:52Dans le même temps, il annonce envoyer des soldats au Groenland.
00:55Ils sont 15.
00:57Alors, en diplomatie, il y a le symbolique et il y a le réel.
01:01On a bien compris que dans le réel, on n'était plus présent depuis un certain temps.
01:04Depuis l'effondrement de nos armées, la réduction à une armée bonsaï,
01:09un peu de tout, beaucoup de rien,
01:10qui a été dénoncée à juste titre par le général de Villiers d'abord,
01:13par le général Burckhardt ensuite,
01:15deux chefs d'état-major des armées qui ont eu le courage.
01:19L'un a été puni, l'autre a été promu.
01:21Mais au moins, on peut parler d'une évolution,
01:23de dire à quel point nous avions éliminé nos capacités de souveraineté nationale et militaire
01:28au nom de l'idée que notre dissuasion nucléaire servait à tout.
01:32On sait depuis 2001 que ça n'est pas vrai.
01:35Les Russes nous ont rappelé à quel point ça n'était pas vrai.
01:37Mais au moins, a-t-on fait quelque chose ?
01:39Dans l'envoi, non seulement des Français, des Danois,
01:42quelques Anglais aussi, des Norvégiens.
01:47C'est mieux que rien ?
01:48C'est mieux que rien.
01:49C'est mieux que rien parce que ça implique l'idée que...
01:52Ça n'est pas ridicule ?
01:53C'est ridicule, mais c'est mieux que rien.
01:55Ah, c'est ridicule, mais c'est mieux que rien.
01:56Oui.
01:56On avait le choix entre rien, la lâcheté totale,
02:00la mobilisation structurelle et l'entre-deux.
02:03Mais il faut le rappeler, contrairement à ce que tout le monde raconte,
02:06le Groenland n'est pas parti de l'Union Européenne.
02:08Ça n'est pas vrai.
02:09Le Groenland a choisi par deux fois de ne pas être dans l'Union Européenne.
02:13Deux fois.
02:14Le Groenland est soumis à un traité, je l'ai ramené, 1951.
02:17Vous l'avez sous les yeux, vous l'avez même imprimé.
02:18Oui, il est là, voilà, je l'ai imprimé parce que ça sert toujours.
02:20Qui donne aux États-Unis la possibilité de mettre n'importe où,
02:24n'importe quand et n'importe comment au Groenland
02:26des équipements militaires de défense dans l'intérêt des États-Unis.
02:32Donc pas dans l'intérêt des habitants du Groenland,
02:35pas dans l'intérêt des membres de l'OTAN ou de l'Union Européenne.
02:39Dans le cadre de l'OTAN, mais dans l'intérêt des États-Unis.
02:42Ceci date de 1941, dix ans avant,
02:45quand l'ambassadeur du Groenland, contre l'avis de son propre gouvernement danois,
02:49a donné tout pouvoir aux États-Unis pour se prévenir d'attaques de sous-marins allemands.
02:54Depuis 1951, c'est une immense base, d'abord aérospatiale, de contrôle aérien, du NORAD,
03:03qui contrôle tout le continent nord-américain, États-Unis, Canada et Groenland,
03:07et surtout, qui a été une base de bombardiers stratégiques contre la Russie pendant des années.
03:12Cette base était secrète, c'est un Français, Jean Mallory,
03:15qui la découvre en se baladant avec son guide Inuit,
03:19et qui, quatre ans plus tard, dit, vous savez, qu'il y a une grande base américaine
03:22dont personne ne connaît l'existence.
03:25Cette base aérienne, ce traité que vous avez sous les yeux,
03:28ils sont toujours, aujourd'hui, en application ?
03:32Oui, ils ont été remis à jour, mais pas du tout supprimés.
03:34Ils ont intégré la volonté du Groenland de devenir indépendant
03:38et les raisons de son autonomie.
03:39Donc, ils prévoient que les États-Unis parlent aussi aux Groenlandais
03:43et pas seulement aux Danois,
03:44s'ils décidaient de faire quelque chose de nouveau ou une nouvelle implantation.
03:48Prenons le temps d'essayer de comprendre, Alain Boer.
03:51On se retrouve avec une situation où Donald Trump,
03:54de manière de plus en plus pressante, de plus en plus évidente,
03:57dit qu'il veut le Groenland.
03:59Les Européens qui, eux, disent qu'il n'en est pas question,
04:02les Danois, évidemment, également.
04:04Et donc, les Européens qui envoient,
04:07alors même si, en effet, on l'a bien compris,
04:08c'est pour l'instant un nombre symbolique de soldats,
04:12donc on a des soldats de membres de l'Alliance Atlantique
04:17qui sont postés au Groenland
04:20pour faire face à une éventuelle arrivée de soldats
04:27ou une action d'un autre membre de ce même traité de l'Alliance.
04:31Non, ce n'est pas ce qui est annoncé.
04:33Il est annoncé que c'est pour garantir la protection du Groenland
04:37dans le cadre de la demande du président Trump
04:40afin de se prémunire contre les Russes et les Chinois.
04:43C'est-à-dire ?
04:44Qui dit ça ?
04:45Les Européens.
04:46T'en confond ?
04:47Le commentaire sur l'envoi de cette mission préparatoire
04:51à un exercice qui permettrait de défendre le Groenland,
04:55ce n'est pas pour le défendre contre les États-Unis.
04:57En tout cas, officiellement ?
04:58Ni officiellement, ni officieusement.
05:00Ça n'est pas dit du tout.
05:01C'est fait pour le défendre,
05:03comme le demande Donald Trump,
05:06contre les Russes et les Chinois.
05:07Mais attendez, je ne comprends rien.
05:09C'est parce que nous ne savons pas comment parler le Trump.
05:12C'est tout le cadre de cet ouvrage.
05:14J'essaie d'expliquer que Trump dit toujours la même chose,
05:16depuis 1987.
05:18En 1987, il achète une page complète du New York Times
05:20en disant, en matière de politique étrangère,
05:23voilà ce qu'il faut faire.
05:24Taper fort, s'exprimer clairement
05:27et avancer dans un cadre qui est dans l'intérêt des États-Unis
05:31et des États-Unis seulement.
05:3240 ans qu'il dit la même chose.
05:34Mais nous ne l'écoutons pas, nous ne le lisons pas,
05:37nous ne le comprenons pas
05:38et nous réajussons uniquement à ces provocations.
05:41Mais derrière la provocation, il y a un autre Trump.
05:44Il y a un Trump extrêmement structuré,
05:46extrêmement rationnel, extrêmement business
05:48qui dit clairement ce qu'il veut,
05:50comment il le veut et comment il veut le faire.
05:52Et en plus, il vous le fait sans hypocrisie,
05:55sans masque, sans emballage.
05:56C'est-à-dire qu'il ne nous prend pas à défaut.
05:59Non.
05:59Il nous dit, et vous l'avez d'ailleurs analysé effectivement dans ce livre,
06:03Trump, le pouvoir des mots,
06:05il dit les choses, il faut juste l'écouter et le dire.
06:08Et le croire.
06:09Toujours le croire.
06:10Il faut toujours croire ce que dit Donald Trump.
06:11Oui.
06:11Alors attention, il y a aussi ce que les Iraniens ont peut-être cru
06:16et qui n'a ensuite pas été suivi de fait.
06:18On y viendra, mais restons sur le Groenland.
06:20Moi, ce que j'aimerais comprendre,
06:22c'est ce que vous êtes en train de nous dire.
06:23C'est-à-dire que le sentiment qui s'est installé
06:26dans les opinions publiques européennes,
06:28ou en tout cas que nos gouvernants nous laissent entendre,
06:33c'est qu'attention, il ne faut pas toucher au Groenland
06:35et qu'on va s'en prémunir
06:37et que s'il le faut, on va envoyer des soldats.
06:39Mais en réalité, vous dites que vis-à-vis des Etats-Unis,
06:42ils n'assument pas du tout le même langage.
06:43Pas du tout.
06:44Ils disent aux Etats-Unis,
06:45vous voyez, nous faisons l'effort nécessaire
06:47pour protéger le Groenland contre vos nouveaux ennemis,
06:50les Russes et les Chinois.
06:50Mais il y a aussi ce que disent le Premier ministre du Groenland
06:53et les gouvernants du Danemark.
06:56Oui, mais c'est plus normal.
06:57C'est un peu chez eux.
06:58Alors le Danemark de moins en moins.
07:00Le Danemark a admis que l'indépendance du Groenland arriverait un jour.
07:04Le Groenland est dirigé par des partis tous indépendantistes.
07:08Alors plus ou moins indépendantistes, mais tous indépendantistes.
07:12Et Donald Trump dit soit j'achète le Groenland,
07:14soit j'achète les électeurs groenlandais,
07:17soit il faut organiser un référendum.
07:18Est-ce que c'est possible ça ?
07:19C'est-à-dire quels sont les scénarios ?
07:21Alors j'aimerais les scénarios du point de vue effectivement américain
07:24et ensuite du point de vue européen.
07:25Mais du point de vue de Donald Trump,
07:28quel est le scénario et à quelle échéance ?
07:31J'achète ou j'occupe ?
07:33J'achète parce qu'il a fixé un tarif entre 10 000 et 100 000 dollars par habitant.
07:38Vu le nombre d'habitants du Groenland, c'est à peu près jouable.
07:43Ou j'occupe parce que dans le cadre du traité de 1951,
07:46je décide à nouveau de renforcer la base de Thulé désormais pitoufique,
07:51où il n'y a que 150 soldats américains,
07:53mais il peut y en avoir 15 000 demain matin.
07:54Comme ça a été le cas dans les années 50,
07:57au moment où on découvre rien.
08:00Ni les Européens, ni...
08:01C'est dans le traité, il a le droit d'envoyer 15 000 hommes s'il veut sur sa base.
08:05Le Groenland n'est pas dans l'Union Européenne.
08:07Le Groenland n'est pas dans l'Union Européenne.
08:09Par une décision des Groenlandais eux-mêmes.
08:11Alors maintenant de notre point de vue,
08:13du point de vue des Européens,
08:15du point de vue des Danois,
08:17que pouvons-nous faire ?
08:19Que devons-nous faire ?
08:20Quels sont les différents plans sur lesquels travaillent les uns et les autres ?
08:22Lorsqu'Emmanuel Macron convoque hier matin
08:24un Conseil de défense en urgence,
08:27c'est pour faire quoi ?
08:28D'abord c'est pour convoquer un Conseil de défense,
08:30pour vous le faire savoir,
08:32pour que nous puissions en discuter ce matin.
08:33Pour qu'on se dise qu'il s'agite et qu'il agit ?
08:35Qu'il se passe quelque chose.
08:36Non mais il reste un Européen disponible
08:38pour tenter vaguement d'unifier l'Europe.
08:43L'Europe n'est pas une puissance,
08:45c'est un marché,
08:45elle a décidé de ne pas être une puissance.
08:47Le Danemark lui-même achète des F-35 américains
08:49dont la règle d'usage fait
08:51qu'il ne peut pas servir contre les Etats-Unis.
08:53C'est vrai que c'est assez inouï quand même
08:56ce que vous êtes en train de nous dire,
08:57c'est que l'Europe aujourd'hui s'inquiète,
09:00mais elle n'a en effet pas créé d'armées
09:02à proprement parler.
09:04Et on s'en souvient bien,
09:05les Polonais, les Danois,
09:07lorsqu'ils ont dû acheter,
09:08contrairement au fait qu'ils auraient pu acheter
09:10des avions qui notamment étaient des avions
09:13de marques françaises,
09:14de fabrication française,
09:15ou franco-allemande,
09:16ou suédoise,
09:17ils ont préféré,
09:19peut-être aussi pour flatter les Américains,
09:21aller acheter sur le marché américain.
09:22Et aujourd'hui,
09:24ils ne peuvent donc plus
09:25pas utiliser leur propre force
09:26contre celui qui leur a vendu le matériel.
09:29Absolument, c'est interdit.
09:30Enfin, c'est interdit,
09:31mais bon, bref,
09:32j'ai l'impression que Donald Trump,
09:33ce qui est interdit, ça...
09:34Oui, ce qui est interdit,
09:35contre Donald Trump.
09:37Voilà.
09:38Donald Trump,
09:38c'est un sens unique.
09:40Ce qui est à vous est à moi,
09:41et ce qui est à moi reste à moi.
09:42Donc, le processus,
09:44de toute façon,
09:44ne change rien.
09:45Mais l'illusion des Européens,
09:47la fascination des Européens,
09:48la lâcheté d'une partie des Européens
09:51crée les conditions de...
09:52Vous noterez d'ailleurs
09:53qu'il n'y a que 4 pays
09:54qui vont envoyer 40 soldats
09:56au Groenland.
09:564 sur 27.
09:58Les autres,
09:58ils disent quoi ?
09:59Rien.
10:00Et pourquoi ?
10:01Ils ont peur.
10:01Ils ne diront rien,
10:02ils ne disent rien aujourd'hui,
10:03ils ne diront rien ensuite ?
10:05Ils sont...
10:06Ils feront un commentaire,
10:08c'est vraiment pas bien.
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