00:00Donald Trump, c'est un sens unique.
00:01Ce qui est à vous est à moi, et ce qui est à moi reste à moi.
00:04Donc, le processus, de toute façon, ne change rien.
00:07Mais l'illusion des Européens, la fascination des Européens,
00:10la lâcheté d'une partie des Européens crée les conditions d'eux.
00:14Vous noterez d'ailleurs qu'il n'y a que 4 pays qui vont envoyer 40 soldats au Groenland.
00:184 sur 27.
00:19Les autres, ils disent quoi ?
00:21Rien.
00:22Et pourquoi ?
00:23Ils ne diront rien, ils ne disent rien aujourd'hui, ils ne diront rien ensuite ?
00:27Ils feront un commentaire, c'est vraiment pas bien.
00:37Avant de parler de Donald Trump, j'aimerais parler d'Emmanuel Macron.
00:40Et précisément de ce rapport de force.
00:43Emmanuel Macron qui hier a déclaré, pour être craint, il faut être puissant.
00:47Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort.
00:52Dans le même temps, il annonce envoyer des soldats au Groenland.
00:55Ils sont 15.
00:57Alors, en diplomatie, il y a le symbolique et il y a le réel.
01:01On a bien compris que dans le réel, on n'était plus présent depuis un certain temps.
01:04Depuis l'effondrement de nos armées, la réduction à une armée bonsaï,
01:09un peu de tout, beaucoup de rien,
01:10qui a été dénoncée à juste titre par le général de Villiers d'abord,
01:13par le général Burckhardt ensuite,
01:15deux chefs d'état-major des armées qui ont eu le courage.
01:19L'un a été puni, l'autre a été promu.
01:21Mais au moins, on peut parler d'une évolution,
01:23de dire à quel point nous avions éliminé nos capacités de souveraineté nationale et militaire
01:28au nom de l'idée que notre dissuasion nucléaire servait à tout.
01:32On sait depuis 2001 que ça n'est pas vrai.
01:35Les Russes nous ont rappelé à quel point ça n'était pas vrai.
01:37Mais au moins, a-t-on fait quelque chose ?
01:39Dans l'envoi, non seulement des Français, des Danois,
01:42quelques Anglais aussi, des Norvégiens.
01:47C'est mieux que rien ?
01:48C'est mieux que rien.
01:49C'est mieux que rien parce que ça implique l'idée que...
01:52Ça n'est pas ridicule ?
01:53C'est ridicule, mais c'est mieux que rien.
01:55Ah, c'est ridicule, mais c'est mieux que rien.
01:56Oui.
01:56On avait le choix entre rien, la lâcheté totale,
02:00la mobilisation structurelle et l'entre-deux.
02:03Mais il faut le rappeler, contrairement à ce que tout le monde raconte,
02:06le Groenland n'est pas parti de l'Union Européenne.
02:08Ça n'est pas vrai.
02:09Le Groenland a choisi par deux fois de ne pas être dans l'Union Européenne.
02:13Deux fois.
02:14Le Groenland est soumis à un traité, je l'ai ramené, 1951.
02:17Vous l'avez sous les yeux, vous l'avez même imprimé.
02:18Oui, il est là, voilà, je l'ai imprimé parce que ça sert toujours.
02:20Qui donne aux États-Unis la possibilité de mettre n'importe où,
02:24n'importe quand et n'importe comment au Groenland
02:26des équipements militaires de défense dans l'intérêt des États-Unis.
02:32Donc pas dans l'intérêt des habitants du Groenland,
02:35pas dans l'intérêt des membres de l'OTAN ou de l'Union Européenne.
02:39Dans le cadre de l'OTAN, mais dans l'intérêt des États-Unis.
02:42Ceci date de 1941, dix ans avant,
02:45quand l'ambassadeur du Groenland, contre l'avis de son propre gouvernement danois,
02:49a donné tout pouvoir aux États-Unis pour se prévenir d'attaques de sous-marins allemands.
02:54Depuis 1951, c'est une immense base, d'abord aérospatiale, de contrôle aérien, du NORAD,
03:03qui contrôle tout le continent nord-américain, États-Unis, Canada et Groenland,
03:07et surtout, qui a été une base de bombardiers stratégiques contre la Russie pendant des années.
03:12Cette base était secrète, c'est un Français, Jean Mallory,
03:15qui la découvre en se baladant avec son guide Inuit,
03:19et qui, quatre ans plus tard, dit, vous savez, qu'il y a une grande base américaine
03:22dont personne ne connaît l'existence.
03:25Cette base aérienne, ce traité que vous avez sous les yeux,
03:28ils sont toujours, aujourd'hui, en application ?
03:32Oui, ils ont été remis à jour, mais pas du tout supprimés.
03:34Ils ont intégré la volonté du Groenland de devenir indépendant
03:38et les raisons de son autonomie.
03:39Donc, ils prévoient que les États-Unis parlent aussi aux Groenlandais
03:43et pas seulement aux Danois,
03:44s'ils décidaient de faire quelque chose de nouveau ou une nouvelle implantation.
03:48Prenons le temps d'essayer de comprendre, Alain Boer.
03:51On se retrouve avec une situation où Donald Trump,
03:54de manière de plus en plus pressante, de plus en plus évidente,
03:57dit qu'il veut le Groenland.
03:59Les Européens qui, eux, disent qu'il n'en est pas question,
04:02les Danois, évidemment, également.
04:04Et donc, les Européens qui envoient,
04:07alors même si, en effet, on l'a bien compris,
04:08c'est pour l'instant un nombre symbolique de soldats,
04:12donc on a des soldats de membres de l'Alliance Atlantique
04:17qui sont postés au Groenland
04:20pour faire face à une éventuelle arrivée de soldats
04:27ou une action d'un autre membre de ce même traité de l'Alliance.
04:31Non, ce n'est pas ce qui est annoncé.
04:33Il est annoncé que c'est pour garantir la protection du Groenland
04:37dans le cadre de la demande du président Trump
04:40afin de se prémunire contre les Russes et les Chinois.
04:43C'est-à-dire ?
04:44Qui dit ça ?
04:45Les Européens.
04:46T'en confond ?
04:47Le commentaire sur l'envoi de cette mission préparatoire
04:51à un exercice qui permettrait de défendre le Groenland,
04:55ce n'est pas pour le défendre contre les États-Unis.
04:57En tout cas, officiellement ?
04:58Ni officiellement, ni officieusement.
05:00Ça n'est pas dit du tout.
05:01C'est fait pour le défendre,
05:03comme le demande Donald Trump,
05:06contre les Russes et les Chinois.
05:07Mais attendez, je ne comprends rien.
05:09C'est parce que nous ne savons pas comment parler le Trump.
05:12C'est tout le cadre de cet ouvrage.
05:14J'essaie d'expliquer que Trump dit toujours la même chose,
05:16depuis 1987.
05:18En 1987, il achète une page complète du New York Times
05:20en disant, en matière de politique étrangère,
05:23voilà ce qu'il faut faire.
05:24Taper fort, s'exprimer clairement
05:27et avancer dans un cadre qui est dans l'intérêt des États-Unis
05:31et des États-Unis seulement.
05:3240 ans qu'il dit la même chose.
05:34Mais nous ne l'écoutons pas, nous ne le lisons pas,
05:37nous ne le comprenons pas
05:38et nous réajussons uniquement à ces provocations.
05:41Mais derrière la provocation, il y a un autre Trump.
05:44Il y a un Trump extrêmement structuré,
05:46extrêmement rationnel, extrêmement business
05:48qui dit clairement ce qu'il veut,
05:50comment il le veut et comment il veut le faire.
05:52Et en plus, il vous le fait sans hypocrisie,
05:55sans masque, sans emballage.
05:56C'est-à-dire qu'il ne nous prend pas à défaut.
05:59Non.
05:59Il nous dit, et vous l'avez d'ailleurs analysé effectivement dans ce livre,
06:03Trump, le pouvoir des mots,
06:05il dit les choses, il faut juste l'écouter et le dire.
06:08Et le croire.
06:09Toujours le croire.
06:10Il faut toujours croire ce que dit Donald Trump.
06:11Oui.
06:11Alors attention, il y a aussi ce que les Iraniens ont peut-être cru
06:16et qui n'a ensuite pas été suivi de fait.
06:18On y viendra, mais restons sur le Groenland.
06:20Moi, ce que j'aimerais comprendre,
06:22c'est ce que vous êtes en train de nous dire.
06:23C'est-à-dire que le sentiment qui s'est installé
06:26dans les opinions publiques européennes,
06:28ou en tout cas que nos gouvernants nous laissent entendre,
06:33c'est qu'attention, il ne faut pas toucher au Groenland
06:35et qu'on va s'en prémunir
06:37et que s'il le faut, on va envoyer des soldats.
06:39Mais en réalité, vous dites que vis-à-vis des Etats-Unis,
06:42ils n'assument pas du tout le même langage.
06:43Pas du tout.
06:44Ils disent aux Etats-Unis,
06:45vous voyez, nous faisons l'effort nécessaire
06:47pour protéger le Groenland contre vos nouveaux ennemis,
06:50les Russes et les Chinois.
06:50Mais il y a aussi ce que disent le Premier ministre du Groenland
06:53et les gouvernants du Danemark.
06:56Oui, mais c'est plus normal.
06:57C'est un peu chez eux.
06:58Alors le Danemark de moins en moins.
07:00Le Danemark a admis que l'indépendance du Groenland arriverait un jour.
07:04Le Groenland est dirigé par des partis tous indépendantistes.
07:08Alors plus ou moins indépendantistes, mais tous indépendantistes.
07:12Et Donald Trump dit soit j'achète le Groenland,
07:14soit j'achète les électeurs groenlandais,
07:17soit il faut organiser un référendum.
07:18Est-ce que c'est possible ça ?
07:19C'est-à-dire quels sont les scénarios ?
07:21Alors j'aimerais les scénarios du point de vue effectivement américain
07:24et ensuite du point de vue européen.
07:25Mais du point de vue de Donald Trump,
07:28quel est le scénario et à quelle échéance ?
07:31J'achète ou j'occupe ?
07:33J'achète parce qu'il a fixé un tarif entre 10 000 et 100 000 dollars par habitant.
07:38Vu le nombre d'habitants du Groenland, c'est à peu près jouable.
07:43Ou j'occupe parce que dans le cadre du traité de 1951,
07:46je décide à nouveau de renforcer la base de Thulé désormais pitoufique,
07:51où il n'y a que 150 soldats américains,
07:53mais il peut y en avoir 15 000 demain matin.
07:54Comme ça a été le cas dans les années 50,
07:57au moment où on découvre rien.
08:00Ni les Européens, ni...
08:01C'est dans le traité, il a le droit d'envoyer 15 000 hommes s'il veut sur sa base.
08:05Le Groenland n'est pas dans l'Union Européenne.
08:07Le Groenland n'est pas dans l'Union Européenne.
08:09Par une décision des Groenlandais eux-mêmes.
08:11Alors maintenant de notre point de vue,
08:13du point de vue des Européens,
08:15du point de vue des Danois,
08:17que pouvons-nous faire ?
08:19Que devons-nous faire ?
08:20Quels sont les différents plans sur lesquels travaillent les uns et les autres ?
08:22Lorsqu'Emmanuel Macron convoque hier matin
08:24un Conseil de défense en urgence,
08:27c'est pour faire quoi ?
08:28D'abord c'est pour convoquer un Conseil de défense,
08:30pour vous le faire savoir,
08:32pour que nous puissions en discuter ce matin.
08:33Pour qu'on se dise qu'il s'agite et qu'il agit ?
08:35Qu'il se passe quelque chose.
08:36Non mais il reste un Européen disponible
08:38pour tenter vaguement d'unifier l'Europe.
08:43L'Europe n'est pas une puissance,
08:45c'est un marché,
08:45elle a décidé de ne pas être une puissance.
08:47Le Danemark lui-même achète des F-35 américains
08:49dont la règle d'usage fait
08:51qu'il ne peut pas servir contre les Etats-Unis.
08:53C'est vrai que c'est assez inouï quand même
08:56ce que vous êtes en train de nous dire,
08:57c'est que l'Europe aujourd'hui s'inquiète,
09:00mais elle n'a en effet pas créé d'armées
09:02à proprement parler.
09:04Et on s'en souvient bien,
09:05les Polonais, les Danois,
09:07lorsqu'ils ont dû acheter,
09:08contrairement au fait qu'ils auraient pu acheter
09:10des avions qui notamment étaient des avions
09:13de marques françaises,
09:14de fabrication française,
09:15ou franco-allemande,
09:16ou suédoise,
09:17ils ont préféré,
09:19peut-être aussi pour flatter les Américains,
09:21aller acheter sur le marché américain.
09:22Et aujourd'hui,
09:24ils ne peuvent donc plus
09:25pas utiliser leur propre force
09:26contre celui qui leur a vendu le matériel.
09:29Absolument, c'est interdit.
09:30Enfin, c'est interdit,
09:31mais bon, bref,
09:32j'ai l'impression que Donald Trump,
09:33ce qui est interdit, ça...
09:34Oui, ce qui est interdit,
09:35contre Donald Trump.
09:37Voilà.
09:38Donald Trump,
09:38c'est un sens unique.
09:40Ce qui est à vous est à moi,
09:41et ce qui est à moi reste à moi.
09:42Donc, le processus,
09:44de toute façon,
09:44ne change rien.
09:45Mais l'illusion des Européens,
09:47la fascination des Européens,
09:48la lâcheté d'une partie des Européens
09:51crée les conditions de...
09:52Vous noterez d'ailleurs
09:53qu'il n'y a que 4 pays
09:54qui vont envoyer 40 soldats
09:56au Groenland.
09:564 sur 27.
09:58Les autres,
09:58ils disent quoi ?
09:59Rien.
10:00Et pourquoi ?
10:01Ils ont peur.
10:01Ils ne diront rien,
10:02ils ne disent rien aujourd'hui,
10:03ils ne diront rien ensuite ?
10:05Ils sont...
10:06Ils feront un commentaire,
10:08c'est vraiment pas bien.
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