00:00Il y a deux questions, il y a le premier tour et il y a le deuxième tour.
00:02Sur le premier tour, moi j'ai aucun doute quant au fait qu'il y a un boulevard aujourd'hui
00:06qui s'ouvre pour la France insoumise et pour son candidat.
00:09Aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, à l'heure actuelle, il est fort des faiblesses de ses adversaires.
00:21Oui, nous sommes entrés en campagne présidentielle.
00:24Toute l'organisation insoumise, ces 5 000 structures de base,
00:27c'est 110 000 personnes qui se sont inscrites dans des groupes d'action.
00:31Tout le monde est sur le pont.
00:32Voilà, lancement de cette campagne présidentielle donc actée.
00:36On va vous demander tous les deux, finalement, en trois minutes,
00:40de nous résumer ce que vous pensez sur cette question de Mélenchon et la présidentielle.
00:47D'abord vous, Manuel, pour reprendre le titre de votre titre,
00:49pourquoi vous pensez que la victoire de Mélenchon est le scénario le plus probable en 2027 ?
00:53Il y a deux questions, il y a le premier tour et il y a le deuxième tour.
00:55Sur le premier tour, moi j'ai aucun doute quant au fait qu'il y a un boulevard aujourd'hui
00:59qui s'ouvre pour la France insoumise et pour son candidat.
01:02Aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, à l'heure actuelle, il est fort des faiblesses de ses adversaires.
01:08Je pense qu'il aura face à lui, au second tour, Jordan Bardella ou Marine Le Pen.
01:12La vraie question, c'est celle du centre, de l'extrême centre,
01:14puisque tout le monde est extrême, l'extrême gauche, l'extrême droite, parlons de l'extrême centre.
01:17L'extrême centre, aujourd'hui, elle a deux handicaps majeurs.
01:20Le premier, c'est l'usure du pouvoir.
01:21Alors, jamais un président, en fin d'exercice, n'était tombé aussi bas qu'Emmanuel Macron.
01:27Et cette usure, elle se fera bien sûr la personne du président,
01:30mais aussi tous ceux qui lui ont servi de premier ministre au cours des dix dernières années.
01:33Ça, c'est le premier point, l'usure du pouvoir de l'extrême centre.
01:36Et le deuxième point, c'est le caractère tout à fait fragmenté et divisé.
01:39Je pronostique l'émergence de plusieurs candidatures à la fin,
01:43lorsqu'il faudra les déposer au centre,
01:45et du coup un éparpillement des voix au centre qui libérera de l'espace à gauche.
01:48Ensuite, du coup, reste la question de qui à gauche.
01:51Et là, moi, ce que je constate, c'est que Jean-Luc Mélenchon a progressé d'élection en élection.
01:56En 2012, il est à 6 millions de la qualification.
01:58En 2017, à 600 000 voix.
02:00Et en 2022, ça passe à un cheveu, 400 000 voix.
02:03Si Fabien Roussel, on s'en souvient, s'était retiré, ça passait pour Jean-Luc Mélenchon.
02:07Là, aujourd'hui, il a un appareil, il a des cadres, il a des militants.
02:11En nombre et aussi en compétence, je pense, plus élevé que ce qu'il avait il y a cinq ans,
02:16lorsqu'il est passé à un cheveu du second tour.
02:18Donc là, franchement, je ne vois pas ce qu'il pourrait, aujourd'hui,
02:21sérieusement se mettre sur sa route.
02:22Et le second tour, on en parlera peut-être plus longuement tout à l'heure,
02:25mais je pense que c'est une configuration totalement inédite,
02:27non seulement dans notre pays et dans l'histoire de la Ve République,
02:30un affrontement entre une gauche de gauche et l'extrême droite,
02:33mais même si je pense l'ensemble des démocraties occidentales,
02:36aujourd'hui, je ne vois pas d'exemple récent où on aurait eu ce type de configuration.
02:39Donc, les gens qui font des pronostics là-dessus, aujourd'hui,
02:41ils se basent sur des sables mouvants.
02:45On va revenir, en effet, après sur le deuxième tour.
02:47Rémi Lefebvre.
02:47Alors, moi, j'ai trouvé que le texte de Manuel était très intéressant,
02:49mais je ne partage pas du tout son optimisme.
02:52Alors, d'abord, je pense qu'il ne faut pas prévoir.
02:54Je pense que tu dis, Mélenchon va gagner.
02:57Donc là, tu vas quand même très, très loin.
02:58Je pense qu'on a beaucoup de mal déjà analysé le présent.
03:01C'est très, très difficile de prévoir.
03:03Et je pense que tu as pris un risque, je pense.
03:06Deuxièmement, je pense que tu prends tes désirs un peu pour des réalités.
03:09C'est-à-dire que je pense qu'il y a un désespoir à gauche terrible
03:12parce qu'effectivement, c'est un cauchemar ce qui est en train de se passer pour la gauche.
03:17Et c'est très mal vécu par les intérêts de gauche.
03:19Et du coup, tu veux, à mon avis, tu rêves.
03:23Je pense que je ne vois absolument pas la manière dont Mélenchon puisse gagner au deuxième tour.
03:29Alors, j'ai quand même quatre points d'accord et quatre points de désaccord avec toi.
03:34Les quatre points d'accord, c'est que Mélenchon est un très bon candidat de premier tour.
03:37Il a un très gros socle.
03:39Il est à peu près, au moins, à 12%.
03:42Il pourra capter un peu de vote utile.
03:44Sans doute, en plus, ses adversaires de gauche sont très mauvais.
03:48Donc, il est fort probable qu'il soit au deuxième tour.
03:50Deuxième élément d'accord, la machine France Insoumise, en termes d'organisation,
03:55s'est considérablement renforcée depuis 2022.
03:58Ça, c'est très, très clair.
03:59On pourra en parler par la suite.
04:01Deuxièmement, Mélenchon est en train de changer d'image, très clairement.
04:05On le voit, là, il met un chapeau de Mitterrand.
04:08Il montre qu'il est un des meilleurs hommes politiques.
04:10On le voit très, très bien dans la Commission.
04:11Donc, il a des capacités absolument remarquables.
04:14Et il est au-dessus des autres.
04:15Donc, il peut changer d'image.
04:18Troisièmement, quatrièmement, effectivement, je suis d'accord avec toi.
04:20Le macronisme va complètement se décomposer, va refluidifier un peu les choses.
04:24Et donc, c'est un élément à prendre en compte pour l'élection présidentielle.
04:30Mais j'ai quatre points de désaccord.
04:33Alors, je pense que Mélenchon a un très gros socle, mais un énorme plafond de verre.
04:37Je ne vois pas comment il pourra casser ce plafond de verre.
04:40Donc, d'abord, je pense, petit un, que tu es dans le déni de la détestation de Jean-Luc Mélenchon.
04:45Même si elle est médiatiquement consacrée, elle est énorme, cette détestation.
04:49Elle est incontestable.
04:51Et moi, j'en discutais avec plein de militants, là, qui sont sur le terrain.
04:53Enfin, même des militants LFI, Mélenchon est détesté par une large partie des Français.
04:59Beaucoup plus, c'est des sondages, mais c'est un élément à prendre en compte,
05:02beaucoup plus que l'extrême droite.
05:03Même des militants LFI ?
05:04Même des militants LFI qui constatent ça sur le terrain.
05:06C'est-à-dire qu'ils constatent, en fait, que ce n'est pas possible de défendre Mélenchon.
05:10Deuxièmement, il y a la thèse du phénix mélenchonien,
05:13c'est-à-dire, en fait, de la résilience de Mélenchon.
05:14C'est-à-dire, en gros, il s'en est sorti en 2022 après...
05:17Il s'en sort toujours.
05:18Il s'en est sorti après les perquisitions.
05:23Je pense qu'il est très abîmé, il n'est pas du tout sûr qu'il remonte la pente.
05:29Troisièmement, mais pour en discuter, tu utilises beaucoup Tibéry dans ton texte.
05:33Vincent Tibéry, sociologue.
05:35Voilà.
05:35Et je pense que Vincent Tibéry est devenu un espèce d'argument qui rassure les gens à gauche en disant...
05:40Alors, je situe Vincent Tibéry et fait un livre qui s'appelle
05:43La droitisation, mythes et réalités, où il dit qu'en fait, culturellement,
05:46la France est plus progressiste et peut-être plus de gauche qu'on ne le pense.
05:49Voilà.
05:50Je résume.
05:51Je trouve que ce bouquin est très, très intéressant.
05:54Mais il y a plein de limites dans le bouquin de Tibéry.
05:56Et en fait, il est utilisé par la gauche en disant, rien n'est perdu.
06:00Et de manière un peu, il y aurait...
06:02On va en discuter.
06:02On en discute.
06:03Et je pense aussi, quatrième élément, qui a en fait un élément auquel je ne crois pas du tout.
06:10C'est l'idée, mais vraiment, ça, c'est l'argument.
06:13Vraiment, c'est l'idée que les macronistes puissent voter pour Mélenchon au deuxième tour face à Bardella.
06:19Ça, je pense qu'aujourd'hui, tu sous-estimes la droitisation de ces électeurs qui ne sont plus du tout progressistes pour une large partie d'entre eux.
06:27Et donc, je ne vois pas comment, en fait, comment ces électeurs macronistes, qui aujourd'hui soutiennent, qui très clairement ont beaucoup plus peur de Mélenchon que de Bardella.
06:41Parce qu'en fait, il y a aussi, finalement, des éléments économiques.
06:45C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui, on l'a vu dans le débat parlementaire, les macronistes et les électeurs suivent sont en fait très, très hostiles,
06:52sont très attachés à la politique de l'offre, que Bardella ne remettra pas en cause.
06:56Et ils pensent globalement qu'avec Bardella, on pourra s'en sortir, alors que Mélenchon, c'est la révolution.
07:01– Mais ils ont tous voté contre la taxation des riches, par exemple, des macronistes au RN.
07:05– Et donc, et par ailleurs, dernier élément, je pense qu'il y a une autre option qui est possible.
07:13C'est un candidat uni de la gauche qui ne serait pas forcément Mélenchon.
07:17Et donc, je pense que ça, c'est une carte qui est plus gagnante que la carte de Mélenchon,
07:21qui, à mon avis, est une assurance de défaite.
07:23– Sous-titrage ST' 501
07:53– Sous-titrage ST' 501
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