00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:04Il est 7h41min, Sud Radio vous explique en fait ce matin sur l'immigration.
00:11Parce qu'il y a eu des chiffres qui ont été donnés en fait hier.
00:15En 2025, l'immigration a atteint un niveau record en France.
00:20En tout cas, c'est ce qui est dit, jamais la France n'a accueilli autant d'étrangers sur son territoire.
00:24Alors nous en parlons avec Maître Vanessa Elberg qui est avocate en droit des étrangers au barreau de Paris.
00:30Bonjour, merci d'être avec nous ce matin.
00:34Parce qu'il y a beaucoup de questions en fait autour de ça.
00:37Sur ces chiffres, Bruno Rotaillot qui a dit hier, ça montre à quel point on ne maîtrise plus notre politique migratoire.
00:46Après on va voir aussi les régularisations et puis même la proposition de Darmanin.
00:50Sur ces chiffres tout d'abord, quels commentaires peut-on apporter ?
00:53Alors moi j'avoue ne pas du tout avoir la même lecture de ces chiffres que ce que j'ai pu entendre depuis qu'ils sont sortis.
00:58Puisqu'effectivement, ils ont parlé de plus de délivrance de titres de séjour.
01:02Et en fait, la baisse significative qu'il y a eu depuis la Covid sur la délivrance de titres de séjour
01:08était du fait d'un dysfonctionnement de la préfecture.
01:11Puisque depuis la Covid, les procédures ont été dématérialisées.
01:15Et de ce fait, il n'y avait plus les moyens humains, l'effectif suffisant en interne dans les préfectures
01:21pour répondre à toutes les demandes.
01:22Et c'est vrai que depuis un an, au cabinet, on constate quand même qu'il y a davantage de délivrance de titres de séjour.
01:29Et j'ai le sentiment que ce dysfonctionnement que nous vivons depuis la Covid est en train un petit peu de se réparer.
01:35Ça c'est pour le premier chiffre qui a été donné.
01:38Sur la baisse des régularisations, c'est certain, depuis la circulaire Retailleau de janvier 2025,
01:44eh bien il y a effectivement eu beaucoup moins de régularisation.
01:48D'autant que cette circulaire a été appliquée de façon rétroactive
01:53aux dossiers de demandes de titres de séjour qui ont été déposés avant cette circulaire.
01:58Et donc de fait, effectivement maintenant, les étrangers qui avant pouvaient être régularisés
02:03après trois ans de présence en France, ne peuvent l'être désormais qu'après sept ans de présence en France.
02:09Oui, c'est ça. Alors comment ça a été ? Il y a quelques conditions qui ont durci justement
02:15la possibilité d'avoir ces titres et cette régularisation ?
02:19Tout à fait, effectivement. Alors les conditions qui ont durci, c'est notamment la principale,
02:23celle que je viens de vous mentionner, c'est le temps de présence en France
02:27et surtout la nécessité de prouver ce temps de présence en France.
02:30C'est-à-dire que quand on a des clandestins qui arrivent par la mer
02:33ou qui arrivent avec un visage Schengen d'un autre pays,
02:35il est parfois difficile pour eux d'attester de ce temps de présence en France.
02:40Et ensuite, effectivement, il y a d'autres éléments comme l'assimilation.
02:43C'est pour ça que les étrangers doivent quand même pouvoir...
02:46Pardon, l'assimilation et l'intégration surtout.
02:50Les étrangers doivent maintenant pouvoir faire la démonstration qu'ils parlent un français d'usage,
02:56je dirais d'un niveau au moins de CM1, CM2,
02:59mais aussi qu'ils s'intéressent à la culture française,
03:01c'est-à-dire qu'il faut être en mesure de produire des tickets de cinéma
03:05pour montrer qu'on s'intéresse au cinéma français, au théâtre français,
03:09à la chanson française, à la culture française en général,
03:12qu'on a des cercles d'amis français, l'intégration en général, effectivement.
03:16Oui, alors est-ce que certains ne préfèrent pas, dans ces conditions, rester clandestins ?
03:20Plutôt que d'essayer d'être régularisés ?
03:24Alors, non. Non ?
03:25Non, pour la bonne et simple raison qu'évidemment, vous savez,
03:27être clandestin, c'est aussi être victime très souvent d'esclavage moderne,
03:32de faire des heures de travail absolument infinies pour des rémunérations au SMIC,
03:37voire parfois de payer eux-mêmes leurs charges salariales, les cotisations...
03:41Et ça, ça existe ?
03:42Et ça, c'est mon quotidien.
03:44C'est votre quotidien. Dans quel secteur ? Dans tous les secteurs ?
03:47Alors, dans tous les secteurs, effectivement, notamment restauration, bâtiment et agriculture.
03:51Oui. Et là, alors, même s'ils sont clandestins, ils sont toujours employés, malgré tout, dans tous ces secteurs.
04:00Alors, c'est effectivement l'incohérence, l'incohérence qui a été gravée dans la loi, avec la loi immigration,
04:07qui permet désormais la régularisation des travailleurs dans les domaines en tension,
04:11puisque constitue une infraction pénale d'embaucher un salarié sans papier.
04:16mais pour pouvoir le régulariser, l'État, la préfecture, exige qu'il soit déclaré et qu'il soit en mesure de produire des butins de paix.
04:24Mais alors, dans ces secteurs en tension, je ne sais pas moi, chez les boulangers, par exemple...
04:29Alors, attention, boulangers, pour être précise, les secteurs en tension, ça dépend des régions,
04:34et surtout, boulangers, ce n'est pas un domaine en tension. Cuisinier, c'est un domaine en tension.
04:38Oui, alors, boulangers, ça dépend des endroits, mais de plus en plus.
04:41Ça dépend des endroits, vous avez raison.
04:42Oui, bien sûr, mais aussi dans le bâtiment.
04:44Dans ces conditions, la procédure est accélérée, quoi.
04:49Est-ce qu'ils ont besoin de maîtriser le français de la même manière ?
04:52Alors, on leur demande quand même, effectivement, de prouver, de communiquer des preuves d'intégration.
04:58Effectivement, les chefs de service, ce qu'on appelle admission exceptionnelle au séjour,
05:02demandent quand même, effectivement, des preuves d'intégration.
05:04Et, effectivement, il faut être en mesure de communiquer au moins 12 bulletins de paix les 24 derniers mois.
05:09Voilà, c'est ça. Alors, Gérald Darmanin, le ministre, en fait, de l'Intérieur, a proposé de suspendre les entrées régulières pendant 2 à 3 ans,
05:18avant de mettre une politique de quota en place.
05:22Est-ce que c'est réalisable ou pas ? Qu'en pensez-vous ?
05:24Alors, déjà, ça m'a fait doucement rigoler, puisqu'effectivement, c'était la proposition de Valérie Pécresse en 2022,
05:30qui a fait 5% aux présidentielles.
05:33Et je n'ai rien contre notre ministre Darmanin, mais j'avoue qu'il aurait pu faire preuve d'un petit peu plus d'imagination.
05:39Parfois, on peut prendre une idée, si...
05:40Oui, c'est une idée qui a quand même été recyclée plusieurs fois.
05:43Et, de toute façon, logistiquement parlant, j'ai envie de dire, et juridiquement parlant,
05:49cette mesure est, comme très souvent, comme toutes les mesures depuis un an et demi proposées entre Darmanin et Rotaillot,
05:53absolument irréalisable.
05:55Puisqu'effectivement, parce que, en fait, il faut avoir conscience que le droit des étrangers...
05:59Sur suspendre, c'est ça, en fait, sur la suspension de l'immigration, quoi.
06:03Parce qu'il y a, effectivement, des titres de séjour qui sont de droit.
06:06Oui.
06:06À partir du moment où il y a des titres de séjour qui sont de droit, qui sont prévus par la loi,
06:10je ne vois pas comment, à part faire voter une autre loi immigration,
06:14et je pense qu'elle a fait suffisamment de débats et qu'elle a duré suffisamment de temps
06:17qu'ils ne sont pas sur le point de faire une autre loi immigration,
06:20effectivement, cette mesure serait juridiquement irréalisable.
06:22Il s'agit encore d'une communication, de marketing, de notre ministre Darmanin, j'imagine,
06:27qui a des prétentions pour 2027.
06:29En revanche, la politique des quotas, c'est possible, quoi.
06:31Tout à fait, la politique des quotas, effectivement, puisqu'ici, on parle d'immigration régulière.
06:35Attention.
06:36Donc, effectivement, on pourrait tout à fait venir fixer par quota le nombre de délivrances de visas
06:42et de titres de séjour, que ce soit pour le regroupement familial, mais aussi pour le travail.
06:46Oui.
06:47Merci beaucoup, Maître Vanessa Edberg, pour toutes ces précisions.
06:50Je rappelle que vous êtes avocat en droit des étrangers au barreau de Paris.
06:55Et je pense qu'on y reviendra et vous reviendrez plus longuement dans nos émissions, évidemment,
06:59pour en parler parce que c'est particulièrement et effectivement important.
07:02Merci.
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