00:00La grande matinale sur France Inter
00:04Cordez vos violons !
00:06Ah oui ! Parce que ma nouvelle tête est en place !
00:09Et ma nouvelle tête s'appelle Paul Serry, il est violoniste.
00:12Je rajouterai même, violoniste enthousiaste.
00:15Pas du tout du genre à vous expliquer que vous vous tenez mal
00:18ou que votre programme en salle est de travers
00:20ou que vous avez applaudi entre deux mouvements, bien au contraire.
00:23Depuis quelques années, il veut ouvrir grand les portes de la musique classique à tous les publics.
00:27Faire en sorte qu'on puisse entrer dans un concert de Beethoven ou de Schubert
00:31sans se poser de questions, sans connaître les codes, juste parce que ça fait du bien.
00:35Et il est comme possédé par la musique.
00:37Et ce, depuis l'âge de trois ans, lorsqu'il a décidé qu'il serait violoniste.
00:41Une décision qui n'a manifestement pas bougé, juste en entendant cette musique.
00:52Je sais ce que c'est.
00:54Je donne la réponse ?
00:55Thierry Kouski.
00:57Concerto pour violon numéro 1 de Mendelssohn.
00:59Mendelssohn.
01:00Et voilà.
01:01Bonjour Paul Serry, bienvenue sur France Inter.
01:03Bonjour Daphné.
01:04Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
01:06À trois ans, moi je pense qu'à cet âge-là, je voulais devenir un petit poney
01:09avec une longue crignée rose et des étoiles sur le postérieur.
01:12Et vous, donc, une vocation hyper précoce à trois ans, vraiment.
01:15Oui, je n'ai pas vraiment d'explication, effectivement, parce que je ne viens pas du tout de ce milieu.
01:20Mais en tout cas, je crois que je me rappelle même, peut-être plus que le son,
01:24j'ai trouvé ça sublime de voir une personne jouer du violon.
01:28Ça n'a pas bougé d'ailleurs, mais je trouve qu'il y a quelque chose dans ce petit instrument.
01:31Et le corps, c'est un peu comme une...
01:32Pour moi, c'est une chorégraphie hyper intime qui se passe entre le violoniste et le son.
01:37Et je pense que ça, ça m'a hypnotisé.
01:38Le fond et la forme, je comprends mieux alors qui vous êtes,
01:41parce que ce qui fait que vous êtes spécial, c'est que vous dialoguez énormément avec le public.
01:46Vous avez créé votre propre formation qui s'appelle Katoch,
01:49pour jouer tous les répertoires classiques avec un fabuleux penchant pour Schubert et Beethoven.
02:05Et vous voyagez un peu partout avec eux et vous donnez des concerts
02:09et vous entamez dans l'un de vos spectacles, dans l'un de vos concerts,
02:13un dialogue avec les spectateurs.
02:15Ça, c'est vraiment chouette, une sorte de masterclass.
02:17Par exemple, tout simplement, vous expliquez ce que c'est que le métier d'interprète.
02:21Oui, tout à fait, c'est en tout cas l'envie de partager.
02:25Pour moi, un concert, c'est toujours une rencontre.
02:27Ça me paraît évident, mais il ne faut pas l'oublier.
02:29Du coup, dire quelques mots, c'est aussi, même quand on entend le son de la voix de quelqu'un,
02:34on sait déjà un peu plus qu'il est, en fait, quelque part.
02:36Donc, c'est des choses très simples.
02:37Mais on parle aussi d'effectivement, c'est quoi ce travail d'artisan, finalement, de musicien,
02:42c'est quoi qui nous obsède.
02:43Et ça, ça rapproche, en tout cas, on peut un peu plus s'approprier ce contexte.
02:47Pour le prochain spectacle, par exemple, sur quel morceau vous allez décortiquer ?
02:52Alors, le prochain, dans ce sens, c'est Malheur.
02:55C'est au théâtre de la Concorde, donc cet endroit extraordinaire,
02:58qui est un théâtre qui est dédié à la démocratie.
03:01Et il y a des concerts tous les mois.
03:03Et là, c'est même une première pour moi.
03:05Je ne sais même pas vraiment à quoi m'attendre,
03:06parce que c'est un arrangement qui est fait pour notre ensemble de l'Adagio,
03:10de la neuvième de Malheur.
03:11Donc, c'est normalement une pièce où il y a 120 musiciens.
03:13Et là, on va se retrouver à 6 pour faire ça.
03:15Donc, je suis autant curieux que le public cette fois-là.
03:20Alors, je ne sais pas d'où ça vient, cette mission de prêcher le répertoire classique.
03:24Vous avez une idée, d'ailleurs, d'où ça vient ?
03:26Est-ce que ça s'est passé au conservatoire ?
03:28Peut-être que vous avez eu des années de conservatoire, une illumination là-dessus ?
03:32Je ne sais pas.
03:33Sans doute, parce que déjà, je ne viens pas de ce milieu.
03:35Donc, naturellement, toute ma vie...
03:37Vous dites ça parce que votre père est sourcier.
03:39Oui, entre autres.
03:40Votre mère est psychanalyste.
03:42Oui.
03:42Il n'y a pas de musicien.
03:43Non, pas du tout.
03:45Et en même temps...
03:46Vous avez débarqué dans votre quartier.
03:46C'est un drôle de couple, sourcier et psychanalyste.
03:49Oui, c'est vrai.
03:50Ce n'est pas génial.
03:51Si, c'est génial.
03:52Ce n'est pas génial.
03:53Tout à fait.
03:54Mais en tout cas, oui.
03:55Peut-être par ce biais, le choix de faire du violon, ça m'a toujours appartenu.
03:59Ça, c'était très précieux et ça l'est encore.
04:01Mais du coup, je pense naturellement, j'ai eu envie, tout au long de ma vie, de partager
04:05mes découvertes de ce monde.
04:07Je suis tombée amoureuse de la musique complètement.
04:10Et du coup, j'ai juste envie qu'elle fasse partie du monde.
04:13Et d'ailleurs, ça n'a du sens que sous cette forme-là.
04:16Donc, dès que je peux, dans ce sens-là.
04:18Et alors, je vous propose d'aller rejoindre la scène du studio de France.
04:24Et vous êtes super bien accompagnée.
04:26Charline était curieuse d'ailleurs de savoir si le violon avait un petit nom.
04:30Elle l'a vraiment dit.
04:30Il a un petit nom, ce violon.
04:32Alors non, il a 300 ans, ce violon.
04:34Donc, ça veut dire qu'il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de musiciens qui ont donné son nom.
04:38Et c'est un petit-fils.
04:39C'est ça ?
04:40C'est le fils de Stradivaris.
04:41C'est le fils de Stradivaris.
04:43Voilà.
04:43C'est un fiston.
04:45Et il est dans le studio.
04:46Et aujourd'hui, vous avez choisi de nous présenter un extrait du double de la Sarabande,
04:52de la première partita de Bach.
04:54Tout à fait.
04:55Merci beaucoup.
04:56Le studio de France Inter est à vous.
04:57Sous-titrage Société Radio-Canada
05:15Sous-titrage Société Radio-Canada
05:45Sous-titrage Société Radio-Canada
06:00Sous-titrage Société Radio-Canada
06:00Sous-titrage Société Radio-Canada
06:14Venez, venez nous retrouver, Paul.
06:15Je me demandais d'ailleurs, quel rapport vous entretenez avec ce violon ?
06:19Comment vous vous sentez quand vous l'avez comme ça, niché dans votre cou ?
06:24Comment on se sent ?
06:26C'est plein de choses différentes.
06:28Moi, j'ai un rapport qui ne s'est pas arrangé avec le violon.
06:31C'est-à-dire que je ne peux pas dormir s'il n'est pas dans la pièce.
06:35Si je change d'endroit, il faut que je joue du violon.
06:37Donc, il y a un petit rapport assez névrotique.
06:39Par contre, la plupart du temps, il me fait énormément de bien.
06:42Je pense que c'est ça qui m'accompagne.
06:44C'est une énergie, en fait.
06:46C'est un rapport au son, c'est un rapport au corps.
06:47Donc, j'en ai besoin.
06:48Et je ne vous cache pas qu'il y a des moments où il ne me fait pas bien.
06:52Je me suis demandé d'ailleurs ce que c'était qu'un bon violoniste.
06:56Quand vous étiez petit, vous étiez hyper fan.
06:58C'était vraiment votre crush Isaac Stern.
07:00Vous étiez fasciné par d'ailleurs les vieux violonistes.
07:04Surtout quand ils avaient un gros ventre.
07:06Et vous pensiez que ça les aidait à mieux jouer ?
07:09Oui, c'est plutôt une histoire de mimétisme.
07:12Il y a plusieurs manières d'apprendre le violon.
07:14Pour moi, je pense à 90%, c'était de voir un geste, ressentir un geste et le prendre.
07:20Et quand on voit Isaac Stern de journée, jouer, c'est un bonheur.
07:22Il joue du violon comme je ne sais pas, comme je me mets dans un canapé.
07:26Et du coup, à cet endroit-là, il avait un certain ventre.
07:29Et je me disais, ça doit compter, c'est important.
07:33Quand je dis au passé, je le pense encore un peu.
07:36Eh bien, eh ouais, eh ouais, folle.
07:41Il y a des musiques qui vous aident à vivre.
07:42Il y a donc Bach, Beethoven et Whitney.
07:46Vous me l'avez dit.
07:47Et surtout cette chanson qui vous fait grand bien.
07:51C'est une sensibilité particulière pour toujours Whitney en fait.
07:55Ah bah Whitney pour toujours.
07:57Et c'est surtout les coups de foudre pour toujours.
08:00Je pense que ma vie est une succession.
08:03De coups de foudre, je pense que mon premier, c'était la musique de West Side Story.
08:07Je pense que j'ai vu que plutôt pour moi, on pouvait tomber amoureux d'une musique
08:11comme on tombe amoureux d'une personne.
08:13Et Whitney est arrivée assez vite après.
08:14Et là, elle est quand même présente très souvent dans ma vie.
08:20Tu veux, Sonia sourit et rit.
08:22Et si, je suis désolée, on va mettre trois notes de West Side Story,
08:25même si on pouvait se quitter.
08:27Parce que, je suis désolée, mais on entend ça.
08:28Et on tombe amoureux, Sonia.
08:31Regardez, ce cœur qui se remet à battre.
08:39Ils allaient repartir sur les routes, Paul.
08:42Sur les routes avec votre ensemble, Katoch.
08:45Notamment pour ce fameux cycle musical que je conseille chaudement
08:47qui se passe au Théâtre de la Concorde le 27 juin prochain.
08:50Mais ce sera chaque mois, ça continue.
08:52Et à l'occasion du Katoch Festival que vous avez créé en Ardèche,
08:56sur les belles collines de l'Ardèche.
08:58Et qui fête cette année ses cinq ans.
09:00Ça commence le 4 juillet jusqu'au 13 août.
09:02Vous avez une dédicace ce matin ?
09:03Ah non, on doit se dire au revoir.
09:05On doit se dire au revoir parce que Ali Rebeillé est en public.
09:08Il est déjà là.
09:09Il est déjà là.
09:10Il y a déjà tout le public qui nous attend.
09:12Désolé, Paul.
09:13Merci beaucoup.
09:14Ali, vous nous entendez ?