00:00Le petit matin Sud Radio, 5h-7h, Benjamin Glaze.
00:05Il est 6h39 sur Sud Radio, la vie en vrai, alors que les éleveurs bovins ont décidé de ne pas se rendre au salon de l'agriculture par crainte de la dermatose nodulaire.
00:14La ministre de l'agriculture, Annie Gennevard, l'assure.
00:17En réalité, selon elle, il n'y aurait pas de risque sanitaire à emmener les bovins au salon cette année.
00:22Alors, est-ce qu'elle a raison ? La ministre, les éleveurs, lui répondent ce matin sur Sud Radio.
00:26Les agriculteurs avec vous, Philippe Lacube, bonjour.
00:28Oui, bonjour.
00:30Et merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio.
00:32Vous êtes le président de la Chambre d'agriculture de l'Ariège, département qui a été touché par cette DNC, la dermatose nodulaire contagieuse.
00:39Avant de vous entendre, je vous propose, Philippe Lacube, de réécouter la ministre, Annie Gennevard.
00:44C'était dimanche sur CNews.
00:45Aujourd'hui, il n'y a pas de raison sanitaire, puisque 90% du territoire national est désormais libre en zone indemne ou en zone vaccinale.
00:55Ça veut dire que les bovins de la dermatose.
00:57Donc, il n'y a pas de risque.
00:59Il n'y aurait pas de risque à emmener des bovins au salon.
01:03Mais les éleveurs, dans la crainte qu'ils ont, ils sont terrifiés par les risques qu'ils encoureraient.
01:10Moi, je respecte.
01:11Pas de risque à emmener des bovins cette année au salon de l'agriculture.
01:15Philippe Lacube, vous réagissez comment au propos de la ministre ?
01:19Si les syndicats de race, toutes races confondues, ont décidé de ne pas monter au salon de l'agriculture,
01:25c'est bien parce qu'ils estimaient que le risque sanitaire, il était présent.
01:28Et moi, je trouve bien présomptueux, toujours ces mêmes mots qu'on entend depuis quasiment maintenant 7-8 mois,
01:37nous disons que la maladie, elle est maîtrisée, elle est maîtrisée, elle est maîtrisée.
01:40La maladie, elle est là, elle est sous-jacente, elle est présente.
01:43Alors certes, l'hiver, par le froid, fait que son vecteur, qui est le stomax ou le gros temps qu'il a véhicule,
01:50va être un peu moins virulent, c'est vrai, parce qu'il disparaît avec le froid,
01:54mais il n'empêche que le froid conserve très bien la maladie.
01:57Et je pense qu'il est très, très pertinent, pour ma part,
02:01que les syndicats de race n'aillent pas au salon de l'agriculture par rapport à un problème sanitaire.
02:07Je ne parle pas de boycott, je parle vraiment d'un problème sanitaire.
02:09Mais vous, la question, ce n'est pas le boycott, puisqu'il y a par ailleurs certains syndicats agricoles
02:13et des partis politiques qui appellent au boycott du salon.
02:16Ce n'est pas votre affaire, ici, Philippe Lacube.
02:19Ce qui est sous-entend, d'une certaine manière, à entendre la ministre,
02:21c'est que, finalement, cette décision des éleveurs de ne pas se rendre au salon de l'agriculture,
02:25ce serait un choix, une décision un peu excessive.
02:30Je ne sais pas ce que vous pensez là-dessus, ce que vous en pensez, Philippe Lacube.
02:33Franchement, je ne peux pas entendre ça.
02:35Je ne peux pas entendre ça.
02:36Et vous savez, moi, j'en ai assez.
02:38Moi, qui suis président de la chambre d'agriculture et d'un département qui a été fortement touché par la dermatose,
02:43qu'on nous reserve ce plat sans arrêt, de nous dire, mais vous êtes dans l'excès.
02:49Cette maladie, on la maîtrise.
02:50Il n'y a aucun souci.
02:52Ce n'est pas entendable.
02:53Ce n'est pas entendable.
02:54Et j'ai bien peur que le printemps, une fois de plus,
02:58avec l'arrivée des premières chaleurs,
03:00fassent qu'on ait un potentiel retour de cette maladie,
03:03une dissémination de cette maladie,
03:05comme ça peut être le cas dans les Balkans dans les années 2015 et 2019.
03:09Je pense que l'État, le gouvernement, la ministre sont beaucoup trop sûrs d'eux.
03:14Et je pense que la décision des syndicats de race bovine de ne pas aller au salon
03:18est particulièrement pertinente.
03:21Et c'est une décision sage qui les honore.
03:25Ça veut dire que le gouvernement, ils sont déconnectés de la réalité du terrain ?
03:29Ils sont, d'une certaine manière, dans le déni, selon vous ?
03:32Vous savez, je vais vous donner un exemple très frappant.
03:35Au mois de novembre, quand la maladie est arrivée dans les Pyrénées-Orientales,
03:38j'ai demandé à ce gouvernement la possibilité que mon département
03:42puisse vacciner son troupeau.
03:44Parce que nous sommes voisins des Pyrénées-Orientales,
03:46il y a des transhumains qui se croisaient.
03:48Je savais que le risque était majeur.
03:49On m'a répondu, dormez tranquille, bon peuple.
03:52La maladie, vous ne l'aurez pas.
03:54Ne soyez pas dans l'excès.
03:56Deux mois après, on avait la maladie,
03:58avec tout ce qu'il y a pu avoir derrière,
04:00souvenez-vous, les forces de l'ordre, les voitures retournées, etc.
04:03Et pourtant, on m'avait dit, dormez tranquille, bon peuple.
04:06Cette maladie, on ne la maîtrise pas.
04:08Ce n'est pas vrai.
04:09Elle est là, elle est latente, elle est grave.
04:12Et malheureusement, de faire croire qu'on maîtrise,
04:15alors que ce n'est pas le cas,
04:16je trouve ça, plus qu'ambétant, je trouve ça très grave.
04:18Bon, le gouvernement avait quand même réagi.
04:20Ça a d'ailleurs provoqué le tollé des agriculteurs
04:23avec ces abattages systématiques des troupeaux entiers.
04:27Dès qu'un cas était détecté,
04:31le gouvernement a pris des décisions quand même assez radicales
04:33pour essayer d'enrayer cette dermatose nodulaire, Philippe Lacum.
04:38Oui, mais pour le moment,
04:39il s'était contenu à vacciner 50 kilomètres autour du foyer
04:42et à faire de l'abattage total.
04:44Et moi, après vaccination, je vous garantis que cet abattage total,
04:49il faut l'arrêter.
04:50Il faut nous donner un certain nombre de jours,
04:52un mois, ce que vous voulez,
04:54mais un nombre de jours que nous, éleveurs,
04:56dans ces territoires du sud-ouest où nous sommes touchés par la maladie,
04:59un nombre de jours où on sache qu'on arrête enfin cet abattage total
05:02qui n'est pas tenable, ni pour les éleveurs,
05:05ni pour les populations, ni pour personne.
05:07Mais quand même, le gouvernement s'est réveillé bien tard
05:10en élargissant la zone vaccinale.
05:12Parce qu'on est allé maintenant quand même au-delà du protocole initial,
05:15en passant d'une vaccination au-delà des 50 kilomètres
05:18à tout le sud-ouest pour faire une barrière vaccinale.
05:21Il était temps de le faire.
05:23Est-ce que cela sera suffisant ? J'en doute.
05:253 300 bêtes qui ont été abattues en France
05:29suite à cette dermatose nodulaire.
05:31Vous le dites, vous êtes inquiet pour la suite.
05:33C'est quoi la situation aujourd'hui en Ariège ?
05:35Alors la situation en Ariège,
05:37c'est qu'on a eu 330 animaux abattus.
05:40La situation encore une fois, c'est qu'on est en hiver.
05:43Et en hiver, la maladie, forcément, elle va moins se développer
05:47parce que son vecteur, pour être transmise, il lui faut un vecteur.
05:50Ce vecteur, c'est une grosse mouche qui s'appelle le stomax
05:52où c'est un gros temps.
05:54En hiver, bien sûr, ces animaux disparaîtrent.
05:56Mais la maladie, elle, se conserve très bien au froid.
06:00L'exemple des Balkans nous l'a montré.
06:02Donc elle peut être là encore, l'attente, etc.
06:05Et au mois d'avril, quand des nouveaux stomax, mouches, etc. vont arriver
06:09et qu'ils iront piquer un animal qui est porteur de la maladie,
06:12ils pourront le porter à une autre qui est saine.
06:15Donc cette maladie, je ne crois pas du tout qu'elle soit éteinte.
06:18J'aimerais le croire.
06:19Mais franchement, je n'y crois pas.
06:21Un mot très rapide pour conclure, Philippe Lacube,
06:24avec ces tracteurs, ces agriculteurs qui sont attendus aujourd'hui
06:28du côté du Parlement européen à Strasbourg
06:31pour dénoncer le traité du Mercosur.
06:34Vous êtes solidaire avec ces actions ?
06:37Et comme bien, vous savez que c'est un sujet,
06:39moi je suis président de Chambre d'agriculture non syndiquée,
06:41mais c'est un sujet qui réunit tout le monde dans la profession.
06:45C'est ce coup de poignard dans le dos que l'on nous met.
06:47Mais comme met aussi aux consommateurs, il ne faut pas l'oublier.
06:50Parce que dans cette histoire, vous êtes, nous sommes autant concernés les uns que les autres.
06:55Vous avez vu le bras d'honneur qu'ont mis les pays du Mercosur
06:58sur les fameuses clauses miroirs qui nous permettraient d'importer des produits élevés
07:03dans les mêmes conditions que nous.
07:06Tout ça, c'est de la foutaise.
07:07On va se retrouver avec des produits dans nos assiettes
07:10et nos gamins dans les cantines scolaires,
07:12des produits qui ne pourraient pas être produits en France
07:15et même pas en Europe,
07:17avec les pires produits qu'on utilise dans l'élevage ou la culture.
07:21Et c'est extrêmement grave.
07:23Philippe Lacube, président de la Chambre d'agriculture de l'Ariès,
07:25je le rappelle, merci d'avoir été avec nous ce matin
07:28et bon courage à vous pour la suite.
07:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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