- il y a 2 jours
La diminution du nombre de quotas carbone délivrés par les institutions, mêlé à l’augmentation de leur prix, doit dissuader les entreprises d’émettre davantage de CO₂. Ouvrir ce marché aux investisseurs privés peut mettre une pression sur l’offre et accélérer la décarbonation de l’économie.
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00:00Le zoom de ce Smart Impact consacré au marché des quotas d'émissions carbone,
00:12j'accueille Valentin Lottier, bonjour.
00:13Bonjour Thomas.
00:14Bienvenue, vous êtes le fondateur d'Omaio, vous présidiez aussi la structure Omaio Carbon Holdings.
00:19Alors c'est quoi Omaio ? Expliquez-moi.
00:21Alors Omaio, c'est une plateforme d'investissement qui permet à des investisseurs privés et familiaux
00:25d'accéder pour la première fois au marché des quotas d'émissions.
00:28Le marché européen, qui est le plus gros, mais aussi des marchés de quotas d'émissions dans d'autres géographies.
00:33D'accord. Vous l'avez lancé cette plateforme en septembre 2024.
00:37Absolument.
00:37Ça n'existait pas avant, la possibilité pour des investisseurs privés d'accéder à ce marché ?
00:42Oui, c'est ça. Le marché des quotas d'émissions, notamment le marché européen, existe lui depuis 20 ans.
00:47C'est un très gros marché qui concerne des dizaines de milliers d'industries,
00:50de sites industriels, de transporteurs maritimes, d'énergéticiens.
00:54C'est un marché qui fait à peu près 800 milliards d'euros de volume.
00:56C'est un gros marché. En revanche, ce qui n'était pas possible jusqu'alors,
01:00c'était pour des gens comme vous et moi d'y participer, c'est-à-dire d'investir dans ces titres financiers,
01:05un quota d'émissions étant un titre financier, et d'accélérer, ce faisant, les traducteurs de décarbonation,
01:12tout en se constituant un portefeuille décorrélé, qui s'apprécie presque par construction.
01:17Alors, on va vraiment faire de la pédagogie. Je pense qu'il y a beaucoup de nos téléspectateurs,
01:21téléspectatrices qui savent de quoi on parle, mais c'est quoi le marché en question ?
01:27C'est quoi ? C'est une entreprise émettrice qui va acheter le droit de polluer ?
01:31C'est juste pour bien comprendre de quoi on parle.
01:32Alors, le marché des quotas d'émissions, c'est vraiment le pilier, l'épine dorsale de toute la stratégie énergétique et climatique de l'Europe.
01:40Le principe est de diminuer progressivement les émissions en imposant aux industries émettrices l'obligation d'acheter un nombre de quotas équivalent à leurs émissions.
01:52Et le nombre total de quotas disponibles diminue année après année.
01:56Donc, un quota, c'est un titre émis par la Commission européenne, un petit peu comme l'euro est un titre financier, quelque part, émis par la Banque centrale.
02:04Et la quantité de ces titres diminue.
02:07Donc, pour donner un exemple concret, si vous produisez du sucre, et pour produire du sucre, vous brûlez du gaz pour faire chauffer de la betterave et sortir le sucre.
02:16Pour 1000 tonnes de sucre, vous allez émettre 300 kilos de CO2.
02:21Donc, à la fin de l'année, si vous avez fait, disons, 10 000 tonnes de sucre, vous avez émis donc 3000 tonnes de CO2.
02:29Vous avez l'obligation d'acheter 3000 quotas à la Commission européenne, de les lui restituer.
02:35Ces quotas sont détruits.
02:36Et l'année suivante, on recommence.
02:38Mais on recommence avec un nombre de quotas plus faible.
02:41Donc, ça incite les entreprises à décarboner.
02:43Ça les oblige même presque d'une façon à décarboner.
02:46Exactement. Parce que le quota étant de plus en plus cher.
02:48Ça coûte de plus en plus cher d'émettre du carbone.
02:50Exactement. Et donc, au bout d'un moment, l'entreprise va se dire, j'ai un arbitrage à faire, investir dans les solutions de décarbonation ou continuer à acheter ses quotas.
02:59Plus le quota est cher, plus cet investissement, rapporté au nombre de tonnes émises, devient compétitif.
03:05Et ça veut dire que les entreprises qui réduisent, qui sont les plus vertueuses, qui réduisent leurs émissions, elles peuvent quoi ? Vendre des quotas, des quotas excédentaires, par exemple ?
03:13Alors, non, parce que c'est bien la quantité d'émissions qui impose une obligation d'achat.
03:21Mais ne pas émettre ne donne pas droit à des quotas.
03:25Ce qui se passe, c'est que les entreprises les plus vertueuses sont mécaniquement plus compétitives parce qu'elles n'ont pas ce surcoût.
03:32Si on prend un autre exemple, la production énergétique française décarbonée, nucléaire, énergie renouvelable, hydroélectricité, ainsi de suite,
03:41va être progressivement plus compétitive que la production énergétique carbonée allemande ou polonaise.
03:47Parce que EDF n'a pas acheté des quotas lorsqu'il prône l'électricité nucléaire, alors que RWE, par exemple, doit acheter des quotas lorsqu'il brûle du gaz ou du charbon.
03:55C'est quoi la différence avec le marché volontaire des crédits carbone ? C'est deux choses différentes ?
03:59Alors absolument, c'est vraiment deux choses différentes.
04:01Il se trouve que les termes sont similaires, et donc on a tendance à les comprendre.
04:04Mais c'est vraiment comme parler de sneakers et de doudounes.
04:09Ça n'a rien à voir.
04:11Le marché volontaire, c'est un marché entre deux entreprises, alors que le marché réglementé des quotas d'émission,
04:21c'est entre les industries et une juridiction, la Commission européenne, l'État de la Californie, l'État chinois.
04:28Et le marché volontaire, son objectif est de générer un flux financier entre une entreprise qui émet du CO2 et une entreprise qui développe un projet qui va soit éviter, soit absorber du CO2.
04:44Par exemple, remplaçant un four à charbon par un four photovoltaïque ou en plantant des arbres.
04:49Donc dans un cas, on finance, on génère des flux pour financer des projets d'absorption ou d'évitement.
04:56Dans l'autre cas, on met un prix sur les émissions.
04:59C'est-à-dire qu'on réinternalise quelque part l'extrénalité négative qui est les émissions de gaz à effet de serre.
05:06Donc c'est vraiment deux marchés complètement différents.
05:08Il n'y a pas de superposition.
05:11Deux objectifs complètement différents.
05:13C'est aussi des marchés de taille complètement différentes.
05:16Les quotas d'émissions à l'échelle européenne, c'est 800 milliards d'euros par an.
05:19À l'échelle mondiale, c'est à peu près 1000 milliards d'euros par an.
05:22Le marché volontaire, c'est à peu près 1,5, maximum 2 milliards d'euros par an.
05:28Donc c'est 500 fois plus petit.
05:29On n'est vraiment pas dans la même dimension, effectivement.
05:34Le fait d'ouvrir ce marché des quotas européens d'émissions carbone aux investisseurs privés non institutionnels,
05:41à quel point ça change la donne ?
05:42Ça veut dire quoi ?
05:43Ça veut dire que c'est un marché qui va encore grandir ?
05:45Qu'est-ce qu'on peut anticiper ?
05:47Alors, ça dépend du succès d'Omaio et peut-être demain d'autres plateformes similaires.
05:53Oui, s'il y a tout à coup un afflux nouveau de demandes,
05:57ça va venir créer une tension sur l'offre.
06:01Parce qu'encore une fois, l'offre est contrainte.
06:03Donc cette année, il va y avoir 1 milliard de quotas.
06:06Il y a de moins en moins de quotas.
06:07Exactement.
06:08Et si tout à coup, il y a des nouveaux acteurs qui arrivent et qui achètent ces quotas,
06:11il y a une pression supplémentaire et donc une pression à la hausse sur le prix.
06:14Or, le prix, c'est ce qui va entraîner les décisions de décarbonation des industries.
06:20Donc on accélère les trajectoires de décarbonation.
06:23Et plus le prix augmente, plus la rentabilité des investisseurs augmente elle aussi.
06:27Donc il y a un double effet où plus les investisseurs partent au marché,
06:32plus le prix va augmenter, plus on va accélérer notre trajectoire de décarbonation
06:35et plus le portefeuille de ces mêmes investisseurs va s'apprécier.
06:39Est-ce que c'est encore difficile de convaincre les investisseurs, les citoyens français ou européens ?
06:45Il y a eu des scandales autour des quotas carbone qui pèsent encore, j'imagine, dans les esprits.
06:49Oui, et surtout lorsqu'il y a des films et des séries qui sortent sur le sujet.
06:52Ils sont plutôt bien faits d'ailleurs, et des documentaires.
06:55Je me suis toujours refusé de les regarder un peu par esprit de contradiction,
06:58mais apparemment ils sont très bien, il va falloir que je m'y mette.
07:01Maintenant, ce qu'il faut savoir, c'est que les fraudes qu'il y a eu étaient des fraudes à la TVA.
07:05On utilisait le marché comme vecteur, mais le vrai problème, entre guillemets,
07:09ou la vraie fraude était un problème de TVA, on n'a pas pour autant supprimé la TVA.
07:15Sur le fait de devoir convaincre aujourd'hui ?
07:18En fait, la difficulté est plus une difficulté de notoriété.
07:24C'est un marché qui est très peu familier, dont on parle assez peu.
07:26En grande partie, à cause de ces fraudes, il y a maintenant plus de 15 ans.
07:30Ce qui est dommage, parce que, comme je le disais tout à l'heure,
07:33c'est le pied de toutes nos stratégies énergétiques et climatiques.
07:36Mais aussi, c'est central pour la stratégie de réindustrialisation européenne,
07:42pour la souveraineté énergétique, pour l'électrification des usages,
07:45à la fois des industries, mais aussi des ménages.
07:49Ce sont ces marchés-là, parce qu'en fait, il y en a plusieurs,
07:52les marchés des quotas d'émissions, qui vont accélérer le déploiement
07:56des pompes à chaleur, des véhicules électriques, des batteries, des panneaux solaires, et ainsi de suite.
08:00Donc, il faudrait qu'on en parle, il faudrait qu'on en parle en permanence.
08:03Or, on n'en parle jamais.
08:05C'est un tout petit peu complexe, mais surtout, il y a ce spectre de la fraude,
08:10et donc, on a tendance à le passer sous silence.
08:14Convaincre les gens n'est pas si difficile, parce que la preuve empirique
08:21du fonctionnement du marché, d'un point de vue environnemental,
08:26mais aussi d'un point de vue financier, existe.
08:28Et on a 20 ans d'historique.
08:30Ce qui est plus difficile, c'est de le faire savoir, de le rendre familier.
08:34C'est quoi la rentabilité ?
08:36Si j'investis 1 000 via Omayo ?
08:40Alors, si vous aviez investi 1 000 il y a 10 ans, vous auriez aujourd'hui 10 000.
08:45Donc, ça fait fois 10 en 10 ans, ce qui représente à peu près 25 % par an en moyenne.
08:49Sur 2025, on était à peu près 25 % sur l'année, pile dans la moyenne.
08:58Sur les six derniers mois, on est environ à 30 %.
09:01Et les projections d'ici à 2030 sont à peu près un doublement du prix.
09:07Donc, on est autour de 10-12 % par an entre aujourd'hui et 2030.
09:10Est-ce qu'on sait déjà le rythme de réduction de ces quotas par l'Europe ?
09:17Et est-ce que c'est basé sur des connaissances scientifiques, cette décision-là ?
09:23Alors, absolument.
09:24Et c'est pour ça qu'on arrive à faire des projections relativement fiables.
09:27Même si le prix est volatile, c'est un actif qui est volatile.
09:32Il y a des risques, le capital n'est pas garanti, ainsi de suite.
09:36On a vu des chutes de prix assez brutales, liées à des événements géopolitiques,
09:41à des variations de prix de l'énergie.
09:42Il y a plein de facteurs qui vont influencer sur la demande.
09:46En revanche, l'offre, qui est le facteur fondamental structurel à long terme,
09:50est connue et on connaît en effet les trajectoires sur une dizaine d'années
09:57de la réduction de l'offre.
10:00Maintenant, comment cette réduction de l'offre est fixée ?
10:02Elle est en effet fixée par rapport aux engagements climatiques,
10:07aux engagements de décarbonation de l'Europe.
10:09Donc, pour atteindre zéro émission nette en 2050,
10:16il faut une certaine trajectoire de décarbonation.
10:18Et c'est elle qui va indiquer la trajectoire de l'offre.
10:22Parce qu'encore une fois, un quota équivaut à une tonne de CO2 émise.
10:26Mais est-ce que cette trajectoire, elle n'est pas trop rapide ?
10:32Et est-ce qu'elle est révisable ?
10:34Je m'explique parce qu'on voit par exemple le retour en arrière
10:39ou le coup de frein donné par l'Union Européenne
10:41sur l'objectif des interdictions véhicules thermiques en 2035.
10:45Est-ce qu'il peut y avoir le même mécanisme sur les quotas carbone ?
10:49Oui, à partir du moment où c'est un mécanisme qui existe juridiquement.
10:57C'est un mécanisme européen.
10:57L'émetteur peut décider de le faire évoluer.
11:00Maintenant, l'Union Européenne, c'est en fait plusieurs institutions,
11:04c'est 27 pays membres.
11:05Il faut que la Commission, le Conseil, le Parlement,
11:09collectivement décident de revenir en arrière.
11:12Alors, il y a eu pas mal de retours en arrière sur des sujets purement climatiques,
11:17mais là, on est également sur un sujet industriel et énergétique.
11:20Et la réussite de ce marché est, à mon sens,
11:24la condition de la souveraineté énergétique de l'Europe
11:26et de sa réindustrialisation, et donc de sa compétitivité.
11:30Donc, je ne vois vraiment pas de retour en arrière.
11:32En fait, on assiste plutôt à un renforcement du marché
11:36et des mécanismes connexes, c'est-à-dire l'introduction du mécanisme...
11:41Il n'y a pas des entreprises qui disent...
11:46On va vraiment terminer rapidement là-dessus.
11:48Qui disent, comme pour d'autres thématiques,
11:50attention, la pression que vous nous mettez
11:52avec la diminution régulière du nombre de quotas
11:57et donc des efforts de décarbonation qu'on doit faire,
11:59elle est trop forte.
12:00Si, bien sûr.
12:02Et ce débat est sain.
12:04Il y a toujours des gens qui vont chercher
12:06à préserver l'existant, préserver le statu quo.
12:10Chacun va essayer de défendre un petit peu son intérêt.
12:13Donc, d'un point de vue microéconomique,
12:15d'un point de vue de l'entreprise,
12:16ça va pénaliser certaines entreprises
12:18qui ont tout intérêt à ce que le système actuel,
12:22la consommation d'énergie fossile, et ainsi de suite, continue.
12:26Mais d'un point de vue macro,
12:26si on veut réellement retrouver une indépendance
12:31ou une souveraineté énergétique,
12:32réindustrialiser l'Europe,
12:36être compétitif sur les industries d'avenir,
12:38c'est-à-dire les batteries, les panneaux solaires,
12:43les pompes à chaleur,
12:45l'arc électrique dans la métallurgie,
12:48et ainsi de suite, et ainsi de suite.
12:48Il va falloir qu'on fasse cette transformation.
12:50OK. Merci beaucoup, Valentin Loutier.
12:52À bientôt sur Bsmart for Change.
12:53On passe au grand entretien de notre émission
12:55avec Valérie Brissac,
12:56la directrice générale de la communauté des entreprises à mission.
12:59C'est parti.
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