00:00Place à l'analyse maintenant avec vous Karim Yahya, il y a un reporter à la rédaction de France 24.
00:04Karim, si l'on regarde de près ce qui se passe en ce moment même en Iran, on peut considérer que tous les éléments sont réunis pour une escalade ?
00:11L'escalade est en cours. Il y a d'abord cette répression féroce, il y a d'autres acteurs extérieurs qui menacent l'Iran, les Etats-Unis et Israël.
00:20Et c'est vrai que cette violence qui s'exprime depuis deux semaines est le moteur principal d'une éventuelle intervention étrangère.
00:30Alors c'est vrai qu'on a vu un très grand nombre de victimes. Les informations qui arrivent d'Iran sont parcellaires puisqu'il y a eu ce blocus de l'information exercée sur les réseaux sociaux.
00:41Mais un certain nombre de témoignages évoquent notamment la situation dans les hôpitaux en Iran, dans l'hôpital Farabi à Téhéran qui semble submergé de blessés, touchés souvent à la tête et aux yeux.
00:54L'hôpital de Shiraz qui lui se trouve dans le sud-est, lui manque de chirurgiens pour les blessés par balle. La situation est tout simplement catastrophique.
01:04Et on voit ce régime aux abois dans une posture justement qui peut emmener toujours plus vers l'escalade.
01:10Avec un Khamenei, un guide suprême qui semble-t-il s'accrochera au pouvoir coûte que coûte parce qu'à son âge il n'a plus rien à perdre.
01:21Il voulait assurer un avenir à l'Iran dans sa vision à lui de ce que doit être l'Iran.
01:27Mais son principal dauphin est mort, le président Raisi.
01:31Et puis de l'autre côté, on a ces déclarations inquiétantes de la part des autorités iraniennes qui semblent vouloir marcher toujours plus sur le chemin de la répression.
01:42On a entendu aujourd'hui Massoud Pézeskihan, le président iranien, qui continue d'avoir cette posture d'équilibriste.
01:49C'est le terme que vous utilisiez tout à l'heure.
01:51D'un côté, on entend les revendications des manifestants et de l'autre côté, il y a ces émeutiers, ces personnes qui sont manipulées depuis l'étranger, qui veulent mettre à feu et à sang le pays.
02:04Et ce qui rend pessimiste, c'est notamment les déclarations du procureur général iranien qui dit
02:11« Les poursuites doivent être menées sans clémence, sans compassion, sans indulgence ».
02:17C'est donc une logique de répression féroce au moment où on se souvient que le président américain, Donald Trump, avait expliqué que si on tuait à tour de bras en Iran, il se réservait le droit d'intervenir.
02:29Les dernières informations, notamment relayées par les médias américains, évoquent la possibilité que les Américains sont en train de réfléchir à des options militaires qui pourraient être présentées à Donald Trump.
02:41Et l'autre acteur, Israël, lui, du côté d'Israël, on explique qu'on est en alerte maximale.
02:49Benyamin Netanyahou a appelé une nouvelle fois de ses voeux la chute du régime iranien.
02:55Et tous ces ingrédients rendent la situation extrêmement volatile, des pressions externes de plus en plus importantes.
03:02Et finalement, la possibilité que la situation se dégénère en interne et à l'extérieur du pays, qui n'a jamais été aussi grande.
03:12Est-ce qu'on peut considérer aussi, Kerem, qu'on pourrait se diriger vers ce qui s'est passé au Venezuela ?
03:18Est-ce que ce serait le même scénario possible en Iran, d'autant plus que l'entourage du président américain fait savoir qu'il se prépare à être briefé sur une possible opération ?
03:28Oui, on a entendu Marco Rubio expliquer qu'il fallait prendre au sérieux les menaces de Donald Trump.
03:35C'est vrai qu'on n'est pas à l'abri d'une opération sur un coup de sang du président américain, qui a toujours été extrêmement imprévisible.
03:43Et puis, en plus, on est dans un espèce de cercle vicieux, où d'un côté, les déclarations de Donald Trump, en soutien aux manifestants, leur donnent du courage.
03:53Et leur donnent l'impression qu'ils pourront peut-être être soutenus de l'extérieur.
03:58Et en même temps, ce soutien donne du grain à moudre au régime en place, qui accuse justement l'extérieur d'être à la manœuvre.
04:07Et tout ça s'auto-alimente et contribue à participer d'une escalade éventuelle.
04:13Alors évidemment, cette tentation du coup de force américain existe.
04:18Mais en même temps, on ne peut pas forcément superposer le schéma de ce qui s'est passé au Venezuela, à l'Iran.
04:22C'est une société qui est beaucoup plus éloignée géographiquement, beaucoup plus complexe.
04:29Et on a bien compris que pour le Venezuela, c'était des intérêts économiques qui avaient en grande partie poussé Donald Trump à intervenir pour tenter de mettre à la main sur le pétrole vénézuélien.
04:40Cette fois-ci, c'est assez différent.
04:44Tout de même, du côté de l'Iran, il pourrait y avoir cette hypothèse concoctée par les conseillers de Donald Trump
04:52qu'on pourrait se contenter, là aussi comme Venezuela, de faire tomber le guide suprême et laisser le régime en place,
05:00peut-être pour laisser émerger une figure moins crispante ou en tout cas moins radicale, peut-être du côté des réformateurs.
05:08Certaines voix, même à l'intérieur de l'Iran, ont évoqué la possibilité de voir revenir Hassan Rouhani,
05:13le président qui a été en place pendant plusieurs années, qui avait signé cet accord sur le nucléaire iranien
05:20et qui jouit d'une image plus réformatrice.
05:24Mais on en est bien loin, même si on peut imaginer que si la situation se dégrade toujours plus pour le régime iranien,
05:33dans un mouvement de survie, il pourrait être tenté de marcher sur ce chemin-là, mais on en est encore très loin.
05:39Merci beaucoup, Karim.
05:41Et puis, on évoquait hier, vous et moi, le profil du fils du dernier Shah d'Iran en exil aux Etats-Unis
05:47qui fait savoir à l'instant qu'il se tient prêt à retourner en Iran dès que possible.
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