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00:00Avec nous en plateau, Kian Abibian. Bonjour à vous.
00:02Vous êtes cofondateur de l'association We Are Iranian Students.
00:06Vous représentez donc la société civile.
00:08Merci d'être avec nous sur France 24.
00:09Notre correspondant à l'instant parlait de manifestations plus politiques,
00:13de manifestations aussi plus violentes.
00:16Quel regard vous portez sur l'évolution de ce mouvement ?
00:19Les manifestations, elles sont évidemment politiques.
00:22Ce qui avait commencé comme une grève pour des motifs économiques
00:25s'est vite transformé en des manifestations contre le pouvoir en place.
00:28Parce qu'il ne faut pas se tromper, la source du problème, c'est bien le pouvoir.
00:32Et pour revenir sur ce qui se disait à l'instant concernant la violence,
00:34la source de la violence, ça reste le pouvoir.
00:37Les manifestants ne sont pas armés dans la rue.
00:39Aujourd'hui, on parlait de, apparemment, certains témoignages parleraient d'armes.
00:44Des vidéos ont été diffusées d'usage d'armes contre les civils.
00:47Les policiers, eux, sont équipés.
00:49Donc on parle d'une répression qui est très très forte
00:51et des slogans qui s'intensifient contre la chute du régime.
00:54Un homme est mort tout de même, un membre des forces de l'ordre,
00:57à Abbasidji.
00:58Oui.
00:59Comment est-ce que vous recevez cette information ?
01:01Plusieurs manifestants sont...
01:02Et dans quelles circonstances, vous le savez ?
01:03Plusieurs manifestants sont aussi morts.
01:05On a également des vidéos qui nous sont parvenues de personnes en sang dans la rue.
01:09Je précise, on donne cette information parce que c'est le premier mort
01:12officiellement recensé, annoncé par les autorités.
01:14Alors le recensement, en fait, il se fait en deux temps chez la République islamique.
01:17Ils vont d'abord compter leurs propres morts
01:19avant de compter tous les dégâts qu'ils ont faits au sein de la population.
01:22Et les dégâts, certes, il y a également les dégâts des manifestations,
01:26mais on peut aussi parler des dégâts des 47 dernières années au sein de la République islamique.
01:30Si les gens sont dans la rue aujourd'hui,
01:31ce n'est pas uniquement parce que le dollar a explosé,
01:34ce n'est pas que pour l'inflation,
01:35c'est parce qu'il y a des millions de personnes
01:37qui sont privées d'une vie normale au quotidien,
01:39parce que des centaines de personnes ont été exécutées.
01:42Rien que cette année, c'était 1800 personnes qui ont été exécutées.
01:45Des milliers, des centaines de millions de personnes ont été arrêtées,
01:48tout simplement parce qu'elles avaient souhaité une vie meilleure.
01:50Donc lorsque le régime fait des déclarations,
01:52il faut toujours prendre en compte en fait ce deux poids, deux mesures.
01:56D'autant plus que dès les premiers jours,
01:57lorsque les manifestations ont commencé,
01:59le régime avait déclaré reconnaître officiellement
02:01les demandes de la population et qu'elles seraient traitées officiellement.
02:04Maintenant, ma question pour les autorités,
02:06c'est de quelle forme d'officialisation est-ce qu'on parle
02:09lorsqu'on utilise des armes contre les civils ?
02:11Leurs demandes, elles sont légitimes.
02:13La vie est trop chère, les médicaments ne sont plus disponibles,
02:15l'eau est parfois indisponible,
02:17il y a des coupures d'électricité,
02:18Téhéran est une des villes les plus polluées du monde depuis plusieurs semaines.
02:22Donc, quelle partie de ces demandes ne sont pas légitimes ?
02:25Le président lui-même, Massoud Pézéchkihan,
02:27a considéré que ces requêtes étaient légitimes.
02:30Comment est-ce que vous, vous avez accueilli cette prise de parole ?
02:33Ça veut dire qu'il l'entend, cette colère et ses revendications ?
02:35Alors, ils choisissent ce qu'ils veulent entendre.
02:37Aujourd'hui, Pézéchkihan, lorsqu'il a été élu,
02:39il a été élu comme président réformateur,
02:42donc soi-disant plus proche du peuple.
02:44Pour autant, dès qu'il y a eu des prises de parole,
02:48dès qu'il est interpellé par des gens,
02:50en fait, on voit très vite que c'est insupportable pour eux
02:53de faire face aux demandes des gens.
02:55Et puis, malgré tout,
02:57admettons une seconde,
02:58il est président,
02:59pourquoi est-ce qu'il n'a pas pris la moindre mesure jusqu'à maintenant ?
03:02Mais c'est déjà inédit qu'ils tiennent ce genre de discours ?
03:05Non, ça, c'est le jeu classique de la République islamique.
03:07Pour vous, c'est une posture ?
03:08C'est une posture.
03:09Parce qu'en fait, s'ils voulaient faire quelque chose,
03:10ils auraient pu le faire par le passé.
03:12Aujourd'hui, il est beaucoup trop tard pour faire des réformes.
03:14Une dictature, ça ne se réforme pas, ça tombe.
03:17Ce que vous voulez dire par là,
03:19c'est que vous pensez que cette mobilisation
03:21s'installera dans le temps jusqu'à une possible chute du régime ?
03:24Vous pensez que c'est la voie qui est prise aujourd'hui ?
03:27En tout cas, c'est les mots d'ordre qui sont donnés dans la rue.
03:29Les foules, comme on peut le voir sur les images, sont massives
03:31dans de nombreuses villes d'Iran.
03:33Pas tout à fait comme ce qu'on avait connu en 2022
03:35après la mort de la jeune Marsa Amini ?
03:38Pas tout à fait. Dans quel sens ?
03:39Les manifestations qu'on voit ne sont pas encore débutées en début de semaine,
03:43dimanche dernier, n'ont pas encore pris la dimension
03:46et l'ampleur de ce qu'on avait vu en 2022 ?
03:48Alors, elles sont en train de le prendre
03:50et dans certaines villes, elles l'ont peut-être même prise.
03:53À travers tout le pays qui en habille bien ?
03:54À travers tout le pays aujourd'hui, on manifeste ?
03:55Il y a énormément de villes. Il y a plus d'une vingtaine de villes
03:57qui ont rejoint les manifestations.
03:59Et ce n'est pas juste les villes, c'est également les universités.
04:02Dès le deuxième jour, les étudiants de nombreuses universités
04:04ont annoncé rejoindre les grèves.
04:07Et donc, on pouvait voir des étudiants par centaines,
04:09voire par milliers dans leur campus,
04:11faire face aux Basidji qui sont étudiants
04:12et faire face aux forces répressives du régime.
04:16Rien que hier soir, les forces du régime ont profité de la nuit
04:19pour entrer dans le dortoir des étudiants
04:21pour essayer d'en arrêter certains.
04:22Donc, c'est un mouvement d'ampleur.
04:24C'est sans doute le mouvement le plus important
04:26depuis Femmes, Vie, Liberté.
04:28Et c'est aussi pour ça, comme on peut le voir sur la carte,
04:30c'est aussi pour ça qu'il y a une telle intensité actuellement en Iran.
04:33Une carte vient illustrer ce que vous dites à l'instant.
04:36Les différentes villes à travers lesquelles on manifeste.
04:39Voilà, Tehéran, Hamdan, Arak, Najafabad.
04:42Ça a l'air en tout cas, comme vous le disiez à l'instant,
04:44de se propager à travers toute l'Iran.
04:46C'est parti d'abord du Grand Bazar.
04:48Les bazariens, dont en principe, et vous me corrigez si je me trompe,
04:52on ne manifeste pas aussi souvent, aussi régulièrement,
04:54rejoints par les étudiants.
04:56Est-ce qu'ils avancent ensemble aujourd'hui
04:58ou est-ce qu'ils sont en ordre dispersé ?
04:59Est-ce que c'est uniforme comme mouvement ?
05:01Le mouvement est uniforme dans la mesure où l'ennemi est commun à tout le monde.
05:05Que ce soit les étudiants ou le bazar ou les agents de la société civile,
05:09leur ennemi commun reste la République islamique.
05:11On l'entend directement dans les slogans.
05:12Pour autant, il n'y a pas vraiment de coordination.
05:15Vous le savez, c'est très difficile de s'organiser.
05:17Il y a des appels qui se multiplient de la part des organisations syndicales des bazars
05:21et des organisations syndicales étudiantes,
05:24pour la plupart qui sont non officielles,
05:26car leurs activités sont interdites.
05:28Donc la coordination ne se fait pas dans un sens logistique du terme,
05:33mais plus par principe.
05:34Les gens savent que d'autres sont dans la rue et donc les rejoignent.
05:37Ce qui est différent par rapport à la dernière fois, c'est que sous Femmes Vies Liberté,
05:42c'était essentiellement des étudiants qui étaient dans la rue.
05:45La pression est-elle aujourd'hui en Iran que tout le monde se retrouve dans la rue ?
05:49On va parler des générations précédentes, celles de nos parents, de nos grands-parents,
05:52qui sont aussi en train de s'écrouler sous le poids de la pression économique
05:55et des pressions sociales qui existent du fait des agissements de la République islamique.
05:59Vous parliez du mouvement Femmes Vies Liberté.
06:01Est-ce que cette nouvelle manifestation s'inscrit dans un nouveau cycle ?
06:07On les a vus, ces Iraniens battre le pavé, se mobiliser en masse.
06:12Mais finalement, la demande, la requête politique,
06:15et vous le disiez à l'instant, la chute du régime,
06:17ils n'y sont toujours pas parvenus.
06:18Pourquoi selon vous ? Comment est-ce que ça, vous l'expliquez ?
06:21La chute du régime ne s'est pas faite pour le moment
06:23parce que la répression déjà est très forte.
06:25Là où, comme je le disais, les gens sortent sans armes,
06:28en face, on a des gens qui sont lourdement armés,
06:29qui ne reculent devant absolument rien
06:32pour réprimer leur propre population.
06:34Ça, c'est la première raison.
06:36La deuxième raison, c'est tout simplement
06:38parce que la société internationale a aussi abandonné les Iraniens.
06:42C'est votre sentiment aujourd'hui ?
06:43C'était également notre sentiment pendant la guerre de 12 jours.
06:46C'était notre sentiment pendant Femmes Vies Liberté.
06:48Faire des tweets, c'est très gentil.
06:50C'est vraiment très bien, ça offre de la visibilité sur les réseaux sociaux.
06:53Mais dire Femmes Vies Liberté sur Twitter,
06:55c'est bien lorsqu'on ne négocie pas en même temps
06:58avec le gouvernement de la République islamique.
07:00Lorsqu'on demande le soutien de la société internationale,
07:03c'est par des agissements.
07:04Et à qui vous pensez quand vous dites ça ?
07:06À Emmanuel Macron, par exemple.
07:08Mais plein d'autres présidents.
07:09Même Donald Trump a déclaré récemment
07:10qu'il était encore prêt à négocier avec eux.
07:13Quel genre de négociation peut-on mener
07:14avec une dictature qui ne représente pas sa population depuis 47 ans ?
07:17Quand le procureur parle, le procureur de la République disait hier
07:22qu'il allait appeler à plus de fermeté.
07:25Comment est-ce que vous recevez ces paroles ?
07:26Le pire est à douter ?
07:27C'est une menace directe envers la population.
07:29C'est leur agissement classique.
07:31À chaque fois qu'ils se sentent menacés,
07:32la seule réponse qu'ils ont pour leur propre peuple depuis 47 ans,
07:35c'est plus de fermeté.
07:37Merci beaucoup, Kian Abibian.
07:38Merci d'avoir pris quelques instants pour répondre à nos questions sur France 24.
07:41Je rappelle que vous êtes le cofondateur de l'association
07:44We are Iranian Students.
07:45Merci à vous.
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