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  • 2 months ago

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00:00Mohamed Amara, bonjour.
00:02Bonjour.
00:03Dans ses voeux du nouvel an, le général Assimi Goïta a salué la bravoure des militaires et de tous les civils convoyeurs
00:10qui ont assuré le ravitaillement du Mali au péril de leur vie.
00:14Est-ce que le régime de Bamako vous paraît en mesure de briser le blocus pétrolier imposé par les djihadistes du Jnim ?
00:22Aujourd'hui, la difficulté qui se pose pour le régime, pour les autorités de la transition malienne,
00:28c'est que ce blocus dure depuis le mois de septembre avec une espèce d'intermittence,
00:34c'est-à-dire des moments d'accalmie et des moments de blocus qui rendent difficile de répondre de façon très claire à la question
00:42qui est de dire est-ce que le régime est capable de lever totalement le blocus ?
00:46On peut supposer objectivement qu'il serait très difficile de mettre fin totalement au blocus
00:52tant qu'il n'y a pas une espèce de solution concertée entre l'ensemble des Maliens.
00:57C'est pour moi une des possibilités de mettre fin à ce blocus qui touche principalement la capitale malienne,
01:04en l'occurrence Bamako.
01:06Alors quand le pouvoir de Bamako a dissous tous les partis, c'était il y a huit mois,
01:11il s'est prévalu de l'accord du peuple malien qui avait été consulté dans le cadre de concertation nationale.
01:17Est-ce que ce régime a encore un soutien populaire ?
01:19Très difficile d'affirmer aujourd'hui un soutien populaire parce qu'il y a de plus en plus des voix discordantes,
01:26des leaders d'opinion, des intellectuels qui sont en désaccord avec la marche du pouvoir, notamment à Bamako.
01:34Je pense que vous avez vu récemment des radiations de haut grade de l'armée malienne il y a quelques jours.
01:41En plus de cela, il y a aussi ce blocus mis en place par le JNIM qui fait mal aux populations de Bamako,
01:49qui ne comprennent pas pourquoi le pouvoir de Bamako ne parvient pas à faire face à ce blocus,
01:56alors même que dans le vœu du président de la transition, Assimi Goïta,
02:01il a salié les efforts de l'armée et de tous les civils pour lever ce blocus.
02:06En gros, il y a aujourd'hui une fragilité du pouvoir de Bamako à cause de ce blocus
02:11qui laisse penser qu'une partie de la population malienne ne soutient pas totalement les autorités de la transition.
02:19Alors ces autorités de la transition, elles croyaient en avoir fini depuis bientôt huit mois avec la résistance des partis.
02:26Mais voilà que se crée un nouveau mouvement politique, la CFR, la Coalition des Forces pour la République,
02:32dirigée depuis Alger par l'imam Diko.
02:35Est-ce que c'est une menace sérieuse ou non pour le régime de Bamako ?
02:40C'est une menace très sérieuse.
02:42Quand on connaît l'ancienneté, l'histoire même de l'imam Diko,
02:47ancien président du Haut Conseil islamique,
02:50ancienne figure de poux du M5 RFP
02:53qui a participé à la chute du pouvoir de l'ancien président Ibrahim Bouakar Teïta en 2020,
03:00et un religieux aussi qui a du pouvoir politique, qui a du pouvoir religieux.
03:04Ne l'oublions pas, c'est ça aussi la force de cette coalition,
03:07c'est un mélange de résistance politique, intellectuelle, religieuse, voire même numérique,
03:13c'est-à-dire qu'il y a à la fois de la clandestinité et aussi la mobilisation des réseaux sociaux
03:18pour faire mal au régime de Bamako alors qu'ils sont à l'extérieur.
03:24Et donc, tout sa mise bout à bout amène à penser que cette nouvelle coalition,
03:30cette nouvelle forme de résistance, fragilise, vulnérabilise Bamako.
03:35Et je pense qu'une des solutions, ce serait bien de discuter avec cette coalition,
03:39en tout cas de trouver les voies et moyens pour sortir de cette situation de non-retour
03:44qui nous rappelle ce qui s'est passé en 2020.
03:47Il ne faudrait pas oublier que sociologiquement, la société malienne,
03:50c'est une société où les liens sont très forts.
03:53Et ces liens-là, qui sont des liens d'amitié, mais aussi des liens religieux,
03:57des liens familiaux, des liens communautaires,
04:00ces liens-là, à un moment, mis bout à bout, risquent de faire mal à un régime
04:05alors qu'il y a ce téléroignement.
04:07Mais comment ces opposants de la CFR peuvent mobiliser à partir de l'étranger ?
04:13La mobilisation aujourd'hui, elle a pris de nouvelles formes,
04:16de nouveaux visages, notamment par Internet.
04:19Et c'est ça l'imam Mahmoud Diko.
04:20Je pense que sa capacité à mobiliser va beaucoup s'appuyer sur ces liens religieux,
04:26sur ces liens politiques.
04:27Et vous pensez que malgré la répression féroce sur le terrain,
04:31des opposants à l'étranger, comme l'imam Diko, ont des relais à Bamako ?
04:36Il y a énormément de relais à Bamako.
04:38Bamako, c'est une capitale, il y a tout et son contraire.
04:41C'est-à-dire que la situation politico-militaire à Bamako aboutit souvent à des frustrations.
04:49Donc il y a énormément de frustrations, pas seulement religieux ou politiques,
04:53mais d'autres bords, d'autres obédiences,
04:56et qui deviennent des relais pour l'imam Diko,
04:59et pas que pour l'imam Diko, pour tous ces résistants clandestins
05:02qui ne s'affichent pas de peur d'être effectivement frappés par la répression,
05:07et qui à tout moment pourraient changer la donne.
05:09Ça me rappelle ce qui s'est passé en Tunisie, ce qu'on a appelé le printemps arabe.
05:14En 2011 ?
05:14C'est ça. C'était le printemps arabe en 2011,
05:17où personne ne s'attendait à ce qui s'est passé.
05:19Mais du jour au lendemain,
05:21un jeune mécontent de la condition sociale et économique
05:25a mis le feu aux poudres en simodant tout son fait.
05:28Je pense que la situation actuelle au Mali,
05:31c'est la situation de toutes les sociétés qui sont fragilisées
05:35par l'insécrité, par l'instabilité politique,
05:39et à tout moment cela peut exploser.
05:42Alors pour ces partisans, notamment pour l'ancien ministre Amion Guindo,
05:46l'imam Diko pourrait être une troisième voie entre les militaires et les djihadistes.
05:51Est-ce que c'est crédible ?
05:52C'est une piste à explorer.
05:55Il me semble que l'imam Diko,
05:57au regard de tout ce qu'on vient de dire sur son passé
06:01et aussi sur ses différentes alliances,
06:04on peut effectivement supposer qu'il pourrait être une troisième voie,
06:08c'est-à-dire cette voie qui permettrait de sortir
06:11de la situation de crise permanente dans laquelle se trouve le Mali aujourd'hui.
06:16Mais certains dénoncent les accointances entre l'imam Diko et les djihadistes,
06:21dit Haddha Grali.
06:21Tout ça reste bien sûr à prouver.
06:24S'il y a des accointances, pour moi,
06:26ce serait plutôt du côté de la CMA, du FLA aujourd'hui,
06:30le Fonds de Libération de la Zawad,
06:32qui est un mouvement effectivement politique
06:35et qui essaie de trouver des alliances pour changer la donne.
06:38Mais moi, je n'ai pas encore la preuve qu'il y a des liens avérés
06:41entre l'imam Diko et le Jnim.
06:44Et donc, vous pensez que l'imam Diko est plus proche du FLA de Bilal Ak-Sherif
06:49que du Jnim d'Yadha Grali ?
06:51Bien sûr, il y a une dénomination commune entre eux.
06:55C'est avoir une place au Mali, c'est exister.
06:58En tout cas, c'est lutter contre le pouvoir en place.
07:01Et cela m'amène à dire qu'il y a des possibles liens
07:05entre l'imam Mahmoud Diko et aussi le FLA.
07:09Et n'oublions pas aussi qu'il y a l'Algérie qui est une donnée importante.
07:14Aujourd'hui, l'imam Mahmoud Diko est à Alger et aussi une bonne partie du FLA est à Alger.
07:20En Algérie, on va dire.
07:21Dans son message vidéo du mois dernier, l'imam Diko a cette phrase
07:25« On ne peut plus vivre dans un pays où plus personne ne peut parler ».
07:29Est-ce que c'est un point de vue partagé par beaucoup de Maliens ?
07:31Oui, c'est un point de vue majoritairement partagé par les Maliens.
07:35La seule difficulté, les Maliens au Mali ne pourraient pas l'affirmer,
07:39de peur d'être arrêtés ou d'être mis en prison.
07:43Mais tout le monde sait aujourd'hui que c'est très difficile de dire ce qu'on pense.
07:49Et l'imam Mahmoud Diko, c'est le porte-voix, si vous voulez,
07:52de tous ces Maliens qui ne peuvent pas parler.
07:55D'où pour moi l'importance pour la transition actuelle de changer de clapet,
08:00c'est-à-dire d'arriver à établir le contact entre la CFR et eux
08:05pour sortir de cette situation de non-retour.
08:10Et donc vous espérez qu'un dialogue va s'instaurer entre les militaires au pouvoir
08:14et la coalition des forces pour la République, la CFR ?
08:17C'est le vœu que moi je peux faire pour 2026, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait un dialogue.
08:22Il faudrait que les Maliens, quand je dis les Maliens, c'est le régime de transition,
08:26c'est la CFR, c'est tout ce qui ne parle pas.
08:29Il faut qu'ils arrivent à innover le modèle de gouvernance,
08:33je dirais le modèle de démocratie, c'est vraiment important.
08:36C'est ce qu'on attendait de la transition, c'est loin d'être le cas aujourd'hui,
08:40c'est innover ce modèle de gouvernance.
08:42Et une des solutions possibles pour moi, il y en a plusieurs,
08:44c'est d'établir le dialogue entre ceux qui résistent contre la gouvernance actuelle
08:49et ceux qui veulent imposer cette gouvernance.
08:52La solution, c'est de se parler.
08:54Les Maliens, c'est un peuple qui a des dispositifs de résolution des crises
08:59qui sont anciens, qui datent même du Mali, on va dire, précolonial,
09:03et qu'on peut mobiliser à tout moment.
09:05On parle souvent de la chasse de Kulukam Fuga,
09:07on parle de l'alcool, de ce Kouamadou, Paris, etc.
09:10Donc c'est important d'arriver à créer ces passerelles-là
09:13pour sortir de cette crise qui n'arrange personne.
09:16Mohamed Amara, je vous remercie.
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