00:00Et avec nous en studio, l'historien politologue Jean Garrigue.
00:07Bonjour M. Garrigue.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous sur RTL.
00:10Donc on va parler des voeux ce soir à 20h.
00:12D'Emmanuel Macron, qu'Emmanuel Macron va nous adresser.
00:15Vous avez entendu dans le journal, il veut qu'on soit plus positif.
00:18Il veut arrêter le French bashing.
00:20L'année 2025 n'a pas été si terrible selon lui.
00:25Est-ce qu'il est trop optimiste ?
00:26On a l'impression, est-ce que c'est votre avis, qu'il ressort de cette année 2025
00:29à la fois affaibli et presque, j'allais dire, essoré ?
00:33Oui, c'est le cas incontestablement.
00:35Les sondages l'ont montré.
00:37Sa popularité est de plus en plus faible.
00:40Se réduit un peu au noyau dur des premiers tours d'élection.
00:45Et même on voit que dans son camp, il est de plus en plus contesté.
00:49Il a été trahi par Édouard Philippe et Gabriel Atta.
00:52Donc c'est un président extrêmement affaibli.
00:54C'est ça le problème majeur.
00:56Et c'est un président qui donne l'impression de ne pas traiter les sujets qui apparaissent
01:05comme aujourd'hui majeurs.
01:07On voit bien que les trois sujets majeurs aujourd'hui, pour l'opinion, c'est le pouvoir
01:12d'achat, la sécurité, l'immigration.
01:15Et ces sujets-là, alors c'est un peu la tradition, ces sujets-là ne sont pas traités
01:20lors des voeux.
01:22On parle plus de la sélection internationale.
01:24Voilà, on parle plus sur ce qu'on appelle le domaine réservé du président de la République.
01:29Et puis c'est aussi, je dirais, par défaut pour Emmanuel Macron, il est obligé de rester
01:35dans ce champ, puisque sur le plan intérieur, au fond, il ne pèse plus vraiment comme
01:41un président de la Ve République.
01:43C'est pour ça que vous disiez qu'il était affaibli, parce qu'aussi on mesure sa capacité
01:47d'action.
01:48Par exemple, on va juste réécouter une phrase qu'il a prononcée l'an dernier, justement
01:51pour les voeux, l'année dernière.
01:53Écoutons cet extrait.
01:54Je souhaite que l'année qui s'ouvre soit celle du ressaisissement collectif, qu'elle
01:59permette la stabilité, les bons compromis, pour prendre les bonnes décisions au service
02:06des Français.
02:08Car nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre.
02:11Voilà, évidemment l'exercice est cruel, puisqu'il ne va pas dire le contraire lors
02:15de voeux, mais vraiment c'est exactement l'inverse qui s'est passé tout au long de
02:18l'année.
02:18On n'a plus les capacités d'attendre, on a l'impression d'avoir attendu toute l'année.
02:22Vous savez, les conférences de presse de François Bayrou, on a mis un record de
02:26temps à nommé un nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui a même démissionné
02:29au bout de quelques heures pour rebelote, attendre encore.
02:32Ce n'est pas du tout l'efficacité qui s'est passé.
02:34Alors, il faut reconnaître que c'est lui qui s'est mis dans ce guépier, puisque la
02:39dissolution a provoqué cette tripartition de la vie politique, c'est-à-dire une absence
02:45de majorité absolue.
02:46La Ve République, pour qu'elle agisse, elle a besoin du fait majoritaire, de la majorité
02:52absolue.
02:53Donc, on est bloqué.
02:54On est dans une situation de blocage, dont il faut bien dire qu'il est le premier responsable.
02:59Et donc, c'est difficile quand même pour lui de pratiquer cette incantation au sursaut,
03:05à l'action, qui en fait, en réalité, si on regarde bien les choses, n'est pas totalement
03:12dénué de cohérence.
03:13Il s'est passé des choses, malgré tout, en 2025.
03:17Il va s'en passer en 2026.
03:18Le projet de service national, par exemple, c'est quelque chose de concret, de tangible.
03:23Ils veulent essayer de travailler aussi, on le sait, sur les réseaux sociaux, sur la
03:28fin de vie.
03:29Il peut se passer des choses.
03:31Mais sur aucun des points dont vous nous parliez tout à l'heure, des points qui concernent...
03:34C'est tout le problème.
03:35Les Français, ils ne se réveillent pas le matin en se disant, tiens, le service national,
03:38c'est vraiment, il faut que ça arrive vite.
03:39C'est pas ça, c'est pas ça dont ils parlent tous les jours.
03:42C'est une question, c'est une vraie question.
03:44Et pour l'historien que je suis, cette idée-là est une idée très intéressante pour essayer
03:49de renouer les fils de notre société.
03:51Mais comme vous le dites, ce ne sont pas les sujets qui préoccupent les Français.
03:55Alors, on risque d'avoir des voeux, un peu conformes d'ailleurs à la tradition,
04:00où on va faire un bilan plutôt positif de ce qui s'est passé et qui apparaîtra décalé
04:05par rapport à la réalité.
04:06On va annoncer un certain nombre de projets, mais de manière très très vague.
04:11Et malheureusement, ce n'est pas vraiment ça qu'attendent les Français.
04:14Et on va entendre, je pense, on peut peut-être prendre le pari, on va entendre le mot utile.
04:18L'année 2026 sera utile, ça à coup sûr, on va l'entendre.
04:21Sauf que par rapport à l'état des lieux que vous avez dressé,
04:24l'instabilité politique, l'Assemblée nationale qui est ce qu'elle est,
04:26l'instabilité gouvernementale, l'impossibilité à faire des compromis,
04:30il n'y a rien qui nous dit, vraiment rien,
04:32que dans les mois prochains, la situation va changer et va lui donner plus de marge de manœuvre.
04:35Il n'y a aucune marge de manœuvre en réalité pour lui.
04:38Il y en aurait une, j'ai publié quelques jours une tribune là-dessus,
04:43qui est tout simplement l'usage du référendum.
04:46On sait bien que ça pose beaucoup de problèmes en France,
04:49ce référendum, on l'assimile à un plébiscite, etc.
04:51À tort, parce que ce n'est plus du tout aujourd'hui le cas.
04:54Mais s'il n'utilise pas un moyen de redialoguer,
05:00de reconstruire le dialogue avec le peuple,
05:02par le biais du référendum,
05:04on a un peu de mal à voir comment il peut faire évoluer les choses,
05:08puisque d'abord, il n'a plus véritablement le pouvoir,
05:11le pouvoir exécutif est passé à Matignon.
05:13sa seule solution pour essayer d'influer un tout petit peu sur les choses,
05:20à mon sens, c'est le référendum.
05:21Parait-il, on reste prudent,
05:22parce qu'il peut, surtout lui, je crois,
05:24modifier son discours jusqu'au dernier moment,
05:26mais paraît-il ne pas évoquer cette question du référendum,
05:30alors que précisément, c'était au cœur l'an dernier de ses promesses,
05:33et de ses marges de manœuvre qu'il imaginait lui-même encore avoir,
05:36et qui sont passées à la trappe.
05:37C'est une erreur d'avoir oublié cette promesse de l'année dernière.
05:40Il me semble que c'est une très grosse erreur.
05:42Il y a eu une convention citoyenne,
05:45dont on a très peu parlé,
05:47et puis qui a eu très peu d'impact.
05:49Il me semble qu'aujourd'hui,
05:51renouer le dialogue avec les citoyens,
05:53pour un président qui est si peu populaire,
05:55et qui est même rejeté par une très grande partie des Français,
05:59c'est le seul moyen, je dirais,
06:01de rendre utile, justement,
06:03la dernière année de ses deux quinquennats,
06:07et quoi d'autre que l'appel à la consultation ?
06:10Vous avez le référendum,
06:12vous avez aussi ce qu'on appelle des consultations nationales,
06:14qui sont moins entravées par des règles constitutionnelles,
06:17mais il me semble que ce serait pour lui
06:20la meilleure façon de se remettre un petit peu dans le jeu.
06:23L'année 2025, elle s'est aussi achevée
06:25pour faire passer le budget de la Sécu,
06:26avec la suspension de la réforme des retraites,
06:28qui était quand même présentée comme la réforme majeure
06:30de son second quinquennat.
06:31Vous, de votre point de vue d'historien,
06:33est-ce que c'est le bilan aussi d'Emmanuel Macron
06:35qui est en train de se jouer,
06:36avec le risque qu'on dise qu'il ne se soit pas passé
06:39grand-chose en France au cours des cinq années
06:42de son deuxième mandat ?
06:43Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait se dire
06:44si ça continue comme ça ?
06:46Évidemment, puisque, comme on l'a dit depuis le début,
06:49si on considère que les sujets majeurs aujourd'hui,
06:52pouvoir d'achat, immigration, sécurité, ordre,
06:57protection des citoyens, tout ça est majeur.
07:02Et effectivement, il ne s'est pas passé grand-chose.
07:04La grande réforme, qui était celle des retraites,
07:07a été suspendue, peut-être abandonnée.
07:10Il est vraisemblable qu'en 2027,
07:11on aura une autre réforme des retraites.
07:13Voilà, comment se dire que quelque chose s'est produit
07:19pendant ces cinq années ?
07:21Ça paraît quand même très compliqué.
07:24Il s'est mis lui-même, je le répète, dans ce guépier,
07:27parce qu'en 2022, il n'a pas tiré les conclusions
07:30de son élection un petit peu tronquée,
07:32et puis parce qu'en 2024, il a procédé à cette dissolution.
07:35L'Assemblée va rester telle qu'elle est ?
07:37Quelle est votre conviction à ce sujet ?
07:39Est-ce qu'on peut avoir une dissolution ?
07:40Est-ce qu'on peut avoir quelque chose comme ça ?
07:42Ça sent quand même qu'on a les municipales
07:44dans moins de deux mois et demi,
07:45et qu'ensuite, le calendrier présidentiel va s'enclencher.
07:47Il paraît très peu probable qu'on ait une dissolution,
07:49du moins pas avant les élections municipales,
07:52et ensuite, il restera très peu de temps
07:54entre les municipales et la campagne pour les présidentielles.
07:57Donc, une dissolution ne servirait pas à grand-chose,
08:00si ce n'est à renforcer le rassemblement national.
08:03Donc, il est vraisemblable qu'on n'aille pas vers cette solution.
08:06Ce qui veut dire que si Emmanuel Macron
08:09veut remplir un peu l'espace,
08:12il faut d'abord qu'il ait des résultats
08:13sur le plan international.
08:15Ça, ça paraît quand même très très compliqué,
08:17parce qu'on sait bien que c'est Donald Trump
08:20et Vladimir Poutine qui sont les maîtres du jeu,
08:22et je ne parle pas des Chinois.
08:24Et puis, de l'autre côté, sur le plan intérieur,
08:27à moins de nous sortir quelque chose du chapeau,
08:31mais quelque chose qui soit véritablement tangible,
08:34et qui soit un vrai contact avec le peuple,
08:36un vrai dialogue avec le peuple,
08:38je ne vois pas comment il pourrait redresser la situation.
08:40Vous avez évoqué le rassemblement national à l'instant.
08:43Si on se projette là-dessus, justement,
08:44sur l'espoir de faire une année utile pour Emmanuel Macron,
08:48ça hantise à Emmanuel Macron,
08:49c'est de remettre les clés de l'Élysée
08:51à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella en 2027.
08:55Vous le pensez aussi, ça ?
08:56Il s'était engagé à ça.
08:58Il s'était engagé aussi à ce qu'il n'y ait plus de SDF.
09:01Il s'est engagé surtout à ce que le Rassemblement national
09:04n'arrive pas au pouvoir.
09:06Or, on est dans une dynamique, justement,
09:08pour que le RN puisse aboutir au pouvoir.
09:11C'est pour ça qu'il est, j'allais dire,
09:12pour lui, dans une perspective, justement, historique,
09:16de bilan de ces deux quinquennats,
09:19je pense qu'il a tout intérêt à bouger.
09:21Il a tout intérêt à faire quelque chose
09:23qui puisse, je dirais, délégitimer, discréditer
09:26la parole des opposants,
09:28notamment du RN.
09:29Or, le RN se présente précisément
09:32comme le porte-parole du peuple face aux élites.
09:35Il faut donc que les élites, elles aillent au peuple
09:37si elles veulent essayer de réagir face au RN.
09:41Un dernier mot là-dessus,
09:41ce sera l'un des points clés de l'année 2026,
09:44le procès de Marine Le Pen en appel.
09:46Ça va vraiment clarifier la situation pour la suite ?
09:49Ça, c'est une certitude.
09:52Pourquoi c'est un enjeu majeur ?
09:53C'est un enjeu majeur parce que, vous voyez que, déjà,
09:56Marine Le Pen a laissé entre-ouverte
09:58l'hypothèse d'une candidature de Jordan Bardella.
10:01Et c'est vrai qu'une candidature de Jordan Bardella
10:04ouvre sur beaucoup d'inconnus.
10:06C'est-à-dire que, à l'instant T,
10:07on se dit que c'est un candidat du RN
10:10qui devrait gagner l'élection présidentielle,
10:13sauf qu'on ne sait pas du tout
10:14ce que peut donner un Jordan Bardella en campagne.
10:17Pas plus, d'ailleurs, enfin, un peu moins
10:18que pour Marine Le Pen,
10:21qui n'a pas toujours été très bonne dans ces moments-là.
10:23Mais avec Jordan Bardella, c'est l'inconnu absolu.
10:25Ce qui veut dire que tout le paysage politique,
10:28aujourd'hui, est dans l'incertitude.
10:30On va bien voir ce que ça va donner.
10:31Donc, une année 2026,
10:33à l'heure où on parle, quand même,
10:34toujours pleine d'incertitudes.
10:36On verra si le président de la République
10:37parvient à clarifier certains points.
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