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Pour les avant-derniers vœux de son quinquennat, le président de la République va insister ce mercredi 31 décembre, sur une année 2026 qui sera une année utile et que des réformes sont possibles malgré l'instabilité politique. Jean Garrigues, historien, politologue, président de la commission internationale d'Histoire des assemblées d'État, est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité de RTL Matin avec Olivier Boy du 31 décembre 2025.
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00:00Et avec nous en studio, l'historien politologue Jean Garrigue.
00:07Bonjour M. Garrigue.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous sur RTL.
00:10Donc on va parler des voeux ce soir à 20h.
00:12D'Emmanuel Macron, qu'Emmanuel Macron va nous adresser.
00:15Vous avez entendu dans le journal, il veut qu'on soit plus positif.
00:18Il veut arrêter le French bashing.
00:20L'année 2025 n'a pas été si terrible selon lui.
00:25Est-ce qu'il est trop optimiste ?
00:26On a l'impression, est-ce que c'est votre avis, qu'il ressort de cette année 2025
00:29à la fois affaibli et presque, j'allais dire, essoré ?
00:33Oui, c'est le cas incontestablement.
00:35Les sondages l'ont montré.
00:37Sa popularité est de plus en plus faible.
00:40Se réduit un peu au noyau dur des premiers tours d'élection.
00:45Et même on voit que dans son camp, il est de plus en plus contesté.
00:49Il a été trahi par Édouard Philippe et Gabriel Atta.
00:52Donc c'est un président extrêmement affaibli.
00:54C'est ça le problème majeur.
00:56Et c'est un président qui donne l'impression de ne pas traiter les sujets qui apparaissent
01:05comme aujourd'hui majeurs.
01:07On voit bien que les trois sujets majeurs aujourd'hui, pour l'opinion, c'est le pouvoir
01:12d'achat, la sécurité, l'immigration.
01:15Et ces sujets-là, alors c'est un peu la tradition, ces sujets-là ne sont pas traités
01:20lors des voeux.
01:22On parle plus de la sélection internationale.
01:24Voilà, on parle plus sur ce qu'on appelle le domaine réservé du président de la République.
01:29Et puis c'est aussi, je dirais, par défaut pour Emmanuel Macron, il est obligé de rester
01:35dans ce champ, puisque sur le plan intérieur, au fond, il ne pèse plus vraiment comme
01:41un président de la Ve République.
01:43C'est pour ça que vous disiez qu'il était affaibli, parce qu'aussi on mesure sa capacité
01:47d'action.
01:48Par exemple, on va juste réécouter une phrase qu'il a prononcée l'an dernier, justement
01:51pour les voeux, l'année dernière.
01:53Écoutons cet extrait.
01:54Je souhaite que l'année qui s'ouvre soit celle du ressaisissement collectif, qu'elle
01:59permette la stabilité, les bons compromis, pour prendre les bonnes décisions au service
02:06des Français.
02:08Car nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre.
02:11Voilà, évidemment l'exercice est cruel, puisqu'il ne va pas dire le contraire lors
02:15de voeux, mais vraiment c'est exactement l'inverse qui s'est passé tout au long de
02:18l'année.
02:18On n'a plus les capacités d'attendre, on a l'impression d'avoir attendu toute l'année.
02:22Vous savez, les conférences de presse de François Bayrou, on a mis un record de
02:26temps à nommé un nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui a même démissionné
02:29au bout de quelques heures pour rebelote, attendre encore.
02:32Ce n'est pas du tout l'efficacité qui s'est passé.
02:34Alors, il faut reconnaître que c'est lui qui s'est mis dans ce guépier, puisque la
02:39dissolution a provoqué cette tripartition de la vie politique, c'est-à-dire une absence
02:45de majorité absolue.
02:46La Ve République, pour qu'elle agisse, elle a besoin du fait majoritaire, de la majorité
02:52absolue.
02:53Donc, on est bloqué.
02:54On est dans une situation de blocage, dont il faut bien dire qu'il est le premier responsable.
02:59Et donc, c'est difficile quand même pour lui de pratiquer cette incantation au sursaut,
03:05à l'action, qui en fait, en réalité, si on regarde bien les choses, n'est pas totalement
03:12dénué de cohérence.
03:13Il s'est passé des choses, malgré tout, en 2025.
03:17Il va s'en passer en 2026.
03:18Le projet de service national, par exemple, c'est quelque chose de concret, de tangible.
03:23Ils veulent essayer de travailler aussi, on le sait, sur les réseaux sociaux, sur la
03:28fin de vie.
03:29Il peut se passer des choses.
03:31Mais sur aucun des points dont vous nous parliez tout à l'heure, des points qui concernent...
03:34C'est tout le problème.
03:35Les Français, ils ne se réveillent pas le matin en se disant, tiens, le service national,
03:38c'est vraiment, il faut que ça arrive vite.
03:39C'est pas ça, c'est pas ça dont ils parlent tous les jours.
03:42C'est une question, c'est une vraie question.
03:44Et pour l'historien que je suis, cette idée-là est une idée très intéressante pour essayer
03:49de renouer les fils de notre société.
03:51Mais comme vous le dites, ce ne sont pas les sujets qui préoccupent les Français.
03:55Alors, on risque d'avoir des voeux, un peu conformes d'ailleurs à la tradition,
04:00où on va faire un bilan plutôt positif de ce qui s'est passé et qui apparaîtra décalé
04:05par rapport à la réalité.
04:06On va annoncer un certain nombre de projets, mais de manière très très vague.
04:11Et malheureusement, ce n'est pas vraiment ça qu'attendent les Français.
04:14Et on va entendre, je pense, on peut peut-être prendre le pari, on va entendre le mot utile.
04:18L'année 2026 sera utile, ça à coup sûr, on va l'entendre.
04:21Sauf que par rapport à l'état des lieux que vous avez dressé,
04:24l'instabilité politique, l'Assemblée nationale qui est ce qu'elle est,
04:26l'instabilité gouvernementale, l'impossibilité à faire des compromis,
04:30il n'y a rien qui nous dit, vraiment rien,
04:32que dans les mois prochains, la situation va changer et va lui donner plus de marge de manœuvre.
04:35Il n'y a aucune marge de manœuvre en réalité pour lui.
04:38Il y en aurait une, j'ai publié quelques jours une tribune là-dessus,
04:43qui est tout simplement l'usage du référendum.
04:46On sait bien que ça pose beaucoup de problèmes en France,
04:49ce référendum, on l'assimile à un plébiscite, etc.
04:51À tort, parce que ce n'est plus du tout aujourd'hui le cas.
04:54Mais s'il n'utilise pas un moyen de redialoguer,
05:00de reconstruire le dialogue avec le peuple,
05:02par le biais du référendum,
05:04on a un peu de mal à voir comment il peut faire évoluer les choses,
05:08puisque d'abord, il n'a plus véritablement le pouvoir,
05:11le pouvoir exécutif est passé à Matignon.
05:13sa seule solution pour essayer d'influer un tout petit peu sur les choses,
05:20à mon sens, c'est le référendum.
05:21Parait-il, on reste prudent,
05:22parce qu'il peut, surtout lui, je crois,
05:24modifier son discours jusqu'au dernier moment,
05:26mais paraît-il ne pas évoquer cette question du référendum,
05:30alors que précisément, c'était au cœur l'an dernier de ses promesses,
05:33et de ses marges de manœuvre qu'il imaginait lui-même encore avoir,
05:36et qui sont passées à la trappe.
05:37C'est une erreur d'avoir oublié cette promesse de l'année dernière.
05:40Il me semble que c'est une très grosse erreur.
05:42Il y a eu une convention citoyenne,
05:45dont on a très peu parlé,
05:47et puis qui a eu très peu d'impact.
05:49Il me semble qu'aujourd'hui,
05:51renouer le dialogue avec les citoyens,
05:53pour un président qui est si peu populaire,
05:55et qui est même rejeté par une très grande partie des Français,
05:59c'est le seul moyen, je dirais,
06:01de rendre utile, justement,
06:03la dernière année de ses deux quinquennats,
06:07et quoi d'autre que l'appel à la consultation ?
06:10Vous avez le référendum,
06:12vous avez aussi ce qu'on appelle des consultations nationales,
06:14qui sont moins entravées par des règles constitutionnelles,
06:17mais il me semble que ce serait pour lui
06:20la meilleure façon de se remettre un petit peu dans le jeu.
06:23L'année 2025, elle s'est aussi achevée
06:25pour faire passer le budget de la Sécu,
06:26avec la suspension de la réforme des retraites,
06:28qui était quand même présentée comme la réforme majeure
06:30de son second quinquennat.
06:31Vous, de votre point de vue d'historien,
06:33est-ce que c'est le bilan aussi d'Emmanuel Macron
06:35qui est en train de se jouer,
06:36avec le risque qu'on dise qu'il ne se soit pas passé
06:39grand-chose en France au cours des cinq années
06:42de son deuxième mandat ?
06:43Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait se dire
06:44si ça continue comme ça ?
06:46Évidemment, puisque, comme on l'a dit depuis le début,
06:49si on considère que les sujets majeurs aujourd'hui,
06:52pouvoir d'achat, immigration, sécurité, ordre,
06:57protection des citoyens, tout ça est majeur.
07:02Et effectivement, il ne s'est pas passé grand-chose.
07:04La grande réforme, qui était celle des retraites,
07:07a été suspendue, peut-être abandonnée.
07:10Il est vraisemblable qu'en 2027,
07:11on aura une autre réforme des retraites.
07:13Voilà, comment se dire que quelque chose s'est produit
07:19pendant ces cinq années ?
07:21Ça paraît quand même très compliqué.
07:24Il s'est mis lui-même, je le répète, dans ce guépier,
07:27parce qu'en 2022, il n'a pas tiré les conclusions
07:30de son élection un petit peu tronquée,
07:32et puis parce qu'en 2024, il a procédé à cette dissolution.
07:35L'Assemblée va rester telle qu'elle est ?
07:37Quelle est votre conviction à ce sujet ?
07:39Est-ce qu'on peut avoir une dissolution ?
07:40Est-ce qu'on peut avoir quelque chose comme ça ?
07:42Ça sent quand même qu'on a les municipales
07:44dans moins de deux mois et demi,
07:45et qu'ensuite, le calendrier présidentiel va s'enclencher.
07:47Il paraît très peu probable qu'on ait une dissolution,
07:49du moins pas avant les élections municipales,
07:52et ensuite, il restera très peu de temps
07:54entre les municipales et la campagne pour les présidentielles.
07:57Donc, une dissolution ne servirait pas à grand-chose,
08:00si ce n'est à renforcer le rassemblement national.
08:03Donc, il est vraisemblable qu'on n'aille pas vers cette solution.
08:06Ce qui veut dire que si Emmanuel Macron
08:09veut remplir un peu l'espace,
08:12il faut d'abord qu'il ait des résultats
08:13sur le plan international.
08:15Ça, ça paraît quand même très très compliqué,
08:17parce qu'on sait bien que c'est Donald Trump
08:20et Vladimir Poutine qui sont les maîtres du jeu,
08:22et je ne parle pas des Chinois.
08:24Et puis, de l'autre côté, sur le plan intérieur,
08:27à moins de nous sortir quelque chose du chapeau,
08:31mais quelque chose qui soit véritablement tangible,
08:34et qui soit un vrai contact avec le peuple,
08:36un vrai dialogue avec le peuple,
08:38je ne vois pas comment il pourrait redresser la situation.
08:40Vous avez évoqué le rassemblement national à l'instant.
08:43Si on se projette là-dessus, justement,
08:44sur l'espoir de faire une année utile pour Emmanuel Macron,
08:48ça hantise à Emmanuel Macron,
08:49c'est de remettre les clés de l'Élysée
08:51à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella en 2027.
08:55Vous le pensez aussi, ça ?
08:56Il s'était engagé à ça.
08:58Il s'était engagé aussi à ce qu'il n'y ait plus de SDF.
09:01Il s'est engagé surtout à ce que le Rassemblement national
09:04n'arrive pas au pouvoir.
09:06Or, on est dans une dynamique, justement,
09:08pour que le RN puisse aboutir au pouvoir.
09:11C'est pour ça qu'il est, j'allais dire,
09:12pour lui, dans une perspective, justement, historique,
09:16de bilan de ces deux quinquennats,
09:19je pense qu'il a tout intérêt à bouger.
09:21Il a tout intérêt à faire quelque chose
09:23qui puisse, je dirais, délégitimer, discréditer
09:26la parole des opposants,
09:28notamment du RN.
09:29Or, le RN se présente précisément
09:32comme le porte-parole du peuple face aux élites.
09:35Il faut donc que les élites, elles aillent au peuple
09:37si elles veulent essayer de réagir face au RN.
09:41Un dernier mot là-dessus,
09:41ce sera l'un des points clés de l'année 2026,
09:44le procès de Marine Le Pen en appel.
09:46Ça va vraiment clarifier la situation pour la suite ?
09:49Ça, c'est une certitude.
09:52Pourquoi c'est un enjeu majeur ?
09:53C'est un enjeu majeur parce que, vous voyez que, déjà,
09:56Marine Le Pen a laissé entre-ouverte
09:58l'hypothèse d'une candidature de Jordan Bardella.
10:01Et c'est vrai qu'une candidature de Jordan Bardella
10:04ouvre sur beaucoup d'inconnus.
10:06C'est-à-dire que, à l'instant T,
10:07on se dit que c'est un candidat du RN
10:10qui devrait gagner l'élection présidentielle,
10:13sauf qu'on ne sait pas du tout
10:14ce que peut donner un Jordan Bardella en campagne.
10:17Pas plus, d'ailleurs, enfin, un peu moins
10:18que pour Marine Le Pen,
10:21qui n'a pas toujours été très bonne dans ces moments-là.
10:23Mais avec Jordan Bardella, c'est l'inconnu absolu.
10:25Ce qui veut dire que tout le paysage politique,
10:28aujourd'hui, est dans l'incertitude.
10:30On va bien voir ce que ça va donner.
10:31Donc, une année 2026,
10:33à l'heure où on parle, quand même,
10:34toujours pleine d'incertitudes.
10:36On verra si le président de la République
10:37parvient à clarifier certains points.
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