- il y a 6 jours
Entre 1939 et 1945, quelques Normands passionnés de cinéma ont filmé leur quotidien avec les rares caméras qui existaient à l'époque. Six années durant, ils ont capturé les heures les plus sombres de l'histoire. Ils l'ont fait sans savoir que la Normandie allait devenir la région symbole et martyre de la liberté. Ils l'ont fait parfois au péril de leur vie puisque filmer sous l'Occupation était interdit. Leurs images rescapées, longtemps dormantes dans les archives familiales, racontent l'épreuve de la guerre, depuis la Mobilisation jusqu'à la Reconstruction. Depuis leurs fenêtres, dans le chaos des ruines ou au coeur d'une foule en liesse, ces témoins ont filmé les pénuries, les restrictions, la débrouille mais aussi les scènes de vie anodines et familiales, les instants de joie et d'espoir. Exclusivement à partir de dizaines d'heures de rush exceptionnels, ce documentaire propose un récit inédit de la guerre, du point de vue des civils, en contre-champ des films officiels. Sous nos yeux, la petite chronique de ces vies anonymes s'entremêle à la chronologie tragique de notre histoire. Année de Production :
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00:00C'est le surgissement de toute une mémoire oubliée.
00:14Pendant la Seconde Guerre mondiale,
00:16quelques Normands, passionnés de cinéma,
00:19ont filmé leur quotidien avec les rares caméras qui existaient à l'époque.
00:24Depuis leurs fenêtres, leurs pas de porte,
00:27dans le chaos des ruines ou la liesse des foules,
00:30ils ont filmé les restrictions, les pénuries, la débrouille.
00:35Et tout autant la vie de famille, les joies, l'espoir.
00:40Il fallait vivre malgré tout.
00:53Ils l'ont fait sans savoir que la Normandie
00:55allait devenir la région symbole et martyr de la liberté.
00:59Ils l'ont fait, parfois au péril de leur vie,
01:04puisque filmer sous l'occupation était interdit.
01:06La plupart de ces images n'avaient jamais été montrées au public.
01:21Elles dormaient dans des archives familiales.
01:24Officiellement, elles n'existaient pas.
01:27Ce film est fait de ces images rescapées,
01:41avec leur charme, leur fragilité,
01:45leur poésie.
01:48Elles disent une autre guerre,
01:49celle des civils, des anonymes.
01:52Par leur regard,
01:57cette guerre,
01:57devenue en apparence si lointaine,
02:00a lieu
02:00sous nos yeux.
02:02C'est un beau jour d'été,
02:20au milieu des années 30,
02:22au cœur d'un spectaculaire débarquement
02:24sur les plages normandes.
02:25celui des vacanciers,
02:29venus profiter de leur premier congé payé.
02:34Avec sa caméra 8 mm,
02:37Fernand Bignon filme famille et amis
02:39dans l'insouciance
02:41et la légèreté de leur vie d'avant-guerre.
02:43Comme d'autres,
02:56Fernand Bignon est un pionnier
02:57du cinéma amateur.
02:59A l'époque,
03:00filmer son quotidien relève du privilège.
03:03Les caméras sont chères,
03:05l'équivalent d'un mois de salaire
03:06d'un ouvrier.
03:08Il faut investir dans les bobines,
03:10le développement,
03:11un projecteur.
03:13Ces filmeurs-précurseurs
03:18expérimentent le cinéma à la maison.
03:21Ils bricolent des récits
03:22pleins de fantaisie,
03:24avec cartons de présentation,
03:26génériques,
03:27effets spéciaux.
03:29Très rarement,
03:31on voit même surgir
03:32l'éblouissement de la couleur.
03:38Regardez bien,
03:40vous les connaissez.
03:42Ce sont nos parents,
03:43nos grands-parents,
03:44nos arrière-grands-parents,
03:46qui s'avancent
03:47vers un peu d'éternité
03:49sur pellicule.
03:52Ces films
03:53mêlent la chronique familiale
03:55à l'histoire collective
03:56et l'esprit du temps.
03:59Et le regard s'aventure
04:00hors du cadre
04:01des images d'officiel.
04:02Le 29 mai 1935,
04:18dans le port du Havre,
04:20Robert Daché,
04:21un jeune homme de 28 ans,
04:23se mêle à la foule
04:24pour filmer le plus beau paquebot
04:25du monde,
04:26le Normandie.
04:27Ce somptueux transatlantique
04:33prend ce jour-là
04:34son premier départ
04:35pour relier le Havre
04:37à New York.
04:40En Allemagne,
04:41Hitler est au pouvoir
04:42depuis deux ans.
04:44Il a commencé
04:44à remilitariser son pays.
04:47La France, elle,
04:48affiche sa supériorité
04:50technologique,
04:51sa puissance économique,
04:53regard tourné
04:54vers l'Amérique.
04:54Le Normandie
05:01est bien plus
05:02qu'un paquebot.
05:03C'est une fierté patriotique,
05:06une construction politique.
05:09Ce jour de mai 1935,
05:12Robert Daché filme
05:13un récit national
05:14plein d'illusions.
05:15Quatre ans plus tard,
05:36c'est le même port,
05:37c'est le même paquebot,
05:39mais ce n'est plus lui
05:39qu'il faut regarder.
05:40nous sommes en juin 1939.
05:45La guerre est imminente.
05:48Au Havre,
05:49on vient admirer
05:49les cuirassés
05:50Strasbourg et Dunkerque.
05:52Ils sont la fierté
05:53de la marine.
05:57Cette fois,
05:58c'est Pierre Lebihan
05:59qui filme.
06:00Il est grenetier
06:01dans l'heure.
06:02Ce jour-là,
06:03il saisit une France
06:04sûre de sa puissance militaire.
06:05L'Allemagne peut trembler.
06:16À Gisor dans l'heure,
06:19Fernand Bignon
06:19qui tient la boutique
06:20de photographie de la ville
06:21pose lui depuis toujours
06:23un autre regard sur la guerre.
06:26À 52 ans,
06:28c'est un survivant de 14-18,
06:30traumatisé par les tranchées.
06:32Pacifiste,
06:33il pratique un cinéma
06:34de la contemplation.
06:35de la joie,
06:36du bonheur partagé.
06:56Et pourtant,
06:58ce 3 septembre 1939,
07:01il documente
07:01ce qui est devenu inéluctable.
07:05Deux jours auparavant,
07:09Hitler envahit la Pologne.
07:11Français et Britanniques
07:12déclarent la guerre
07:13à l'Allemagne.
07:16Fernand Bignon
07:16filme les affiches
07:18appelant à la mobilisation
07:20et aux réquisitions.
07:23Celles des hommes,
07:23bien sûr,
07:25mais aussi des chevaux,
07:26des voitures,
07:27de la ferraille.
07:28La guerre est de retour,
07:36puisque comme une affiche
07:37l'indique,
07:38un fou
07:39l'a voulu ainsi.
07:40Un à un,
07:52ils répondent à l'appel
07:53et rejoignent,
07:55comme ici,
07:56à Gisor,
07:57les villes de garnison.
08:00En France,
08:015 millions d'hommes
08:02venus de toutes
08:03les classes sociales
08:03sont mobilisés,
08:05dont 250 000 normands.
08:06Derrière les chiffres,
08:10le visage des soldats.
08:42La moitié des appelés normands
08:43part renforcer
08:44les lignes de front
08:45du nord et de l'est.
08:49Parmi eux,
08:50le soldat qui filme
08:51ces images.
08:53Il s'appelle Roger Guersant.
08:56Il a fait la guerre de 14
08:57et il aurait bien évité
08:58celle-ci,
08:59mais il a joué de malchance.
09:01Il a 49 ans.
09:03Les classes d'âge mobilisées
09:04vont de 21 à 50 ans.
09:11A l'arrière,
09:19ce sont donc femmes,
09:20enfants
09:20et personnes âgées
09:22qui voient les alliés britanniques
09:23traverser les villes normandes.
09:26Ils partent eux aussi
09:27consolider le front du nord
09:28et de l'est.
09:33Un nord m'ont témoigne.
09:35Les longues files
09:36de camions neufs,
09:38leurs motos
09:38toutes de même modèle,
09:39nous éblouissent
09:40et nous donnent confiance.
09:46Avec eux,
09:48rien de grave
09:49ne peut arriver.
09:50Comme les affiches le clament,
09:52nous vaincrons
09:53parce que nous sommes
09:54les plus forts.
09:55Partout s'organise
10:02la défense passive.
10:04Les civils sont sollicités
10:05pour participer
10:06à l'effort national.
10:08Les secours d'urgence,
10:10les recours
10:11en cas de bombardement.
10:23Trop âgés
10:23pour être mobilisés,
10:25Fernand Bignon
10:26prend sa part
10:27comme photographe
10:28à l'effort commun.
10:30Et même Jacqueline,
10:32sa fille de 10 ans,
10:33y participe.
10:36La mobilisation
10:37et l'entrée en guerre
10:38obligent tous les Français
10:39à posséder
10:39une carte d'identité,
10:41ce qui n'était pas
10:42le cas avant.
10:43Alors par dizaines,
10:45les habitants viennent
10:45se faire photographier
10:46dans son atelier.
10:49Tous les secteurs
10:49de l'économie
10:50et tous les Français
10:51sont maintenant pris
10:52dans la logique
10:52de la guerre.
10:55C'est aussi le cas
10:59de Pierre Lebihan,
11:01l'homme qui filmait
11:02les cuirassés au Havre.
11:04Brigadier-chef,
11:05il est envoyé
11:06renforcer le secteur
11:07des Flandres,
11:08près de la frontière belge.
11:09Comme tous,
11:11il y va pour se battre.
11:18Et voilà.
11:20De très longs mois
11:21à attendre.
11:27Avec sa caméra,
11:28il va raconter le quotidien
11:29de ce qu'on a appelé
11:30la drôle de guerre.
11:32Huit mois d'une guerre
11:33de position,
11:35sans qu'il ne se passe rien,
11:36ou presque.
11:37ce que filme Pierre Lebihan
11:49est à l'opposé
11:51des discours officiels.
11:52La France n'a pas d'angoisse
11:56quand elle pense à l'avenir.
11:57Elle est sûre
11:58de sa victoire.
11:59Cette sérénité
12:00de la France
12:01repose sur le sacrifice
12:03de millions d'hommes
12:04qui subissent
12:05toutes les fatigues,
12:06toutes les peines
12:07et bravent
12:07tous les dangers.
12:15Bientôt,
12:16cette attente interminable
12:17atteint le moral
12:18des troupes.
12:19D'autant que l'hiver
12:2339-40
12:25est particulièrement rude.
12:27En Normandie,
12:29les températures
12:29descendent
12:30sous les moins 20 degrés.
12:32La Seine gèle.
12:35La mer est une banquise.
12:37Alors,
12:38les autorités
12:38décident d'allonger
12:39à un mois
12:40ce qu'on appelle
12:41les permissions de détente.
12:43Les soldats rentrent
12:59chez eux
13:00en Normandie
13:00puis repartent
13:02dans l'Est
13:02et le Nord
13:03faire une guerre
13:05qui n'a toujours pas lieu.
13:06sur le front,
13:20en Flandre,
13:21comme tous les soldats,
13:23Pierre Lebihan
13:23et ses camarades
13:24se sont installés
13:25chez l'habitant.
13:27Comme dédommagement,
13:29ils font des travaux
13:30domestiques,
13:32militaires,
13:33transformés
13:34en bricoleurs
13:34du dimanche.
13:36A la fin de l'hiver,
13:43ils reçoivent
13:43la visite
13:44de leur femme.
13:46Ce sera la dernière.
13:49Le 10 mai 1940,
13:51Hitler choisit
13:52la guerre de mouvement.
13:55Il attaque
13:56les Pays-Bas,
13:57la Belgique
13:57et le Luxembourg.
13:59C'est la Blitzkrieg.
14:01La guerre est claire.
14:04Loin de la Normandie,
14:05la Wehrmacht,
14:07crée une percée
14:08en franchissant
14:09les Ardennes.
14:10Elle va submerger
14:11les forces alliées.
14:12A Gisor,
14:29la famille Bignon
14:30tient tout de même
14:31à passer un dimanche
14:32exceptionnel.
14:34Fernand va consacrer
14:35sa journée
14:36à filmer
14:36la première communion
14:37de Jacqueline,
14:39sa fille adorée.
14:39jusque dans les moindres
14:42préparatifs.
14:50Mais ce dimanche
14:51n'est vraiment pas
14:52comme les autres.
14:54Nous sommes le 12 mai 1940.
14:57C'est l'Exode.
14:58Tandis que la messe
15:06commence dans l'église,
15:07des réfugiés néerlandais,
15:09belges,
15:10luxembourgeois
15:11et du nord de la France
15:13affluent dans le département
15:15de l'Eure,
15:16chassés par la fulgurante
15:17progression
15:18de l'armée allemande.
15:22Comment dès lors
15:23préserver une apparence
15:24de normalité
15:25à cette fête de famille ?
15:27D'un simple mouvement
15:31de caméra,
15:33Fernand Bignon
15:33fixe ses colonnes
15:34de voitures
15:35dans les rues
15:36de Gisor.
15:39Pierre Mendes France,
15:41député de l'Eure,
15:42a écrit
15:42« Dans les premiers jours,
15:45nous avons vu passer
15:45de somptueuses voitures
15:46américaines,
15:48conduites par des chauffeurs,
15:50puis sont venues
15:50des voitures
15:51de moins en moins neuves,
15:53puis les cyclistes,
15:54et en dernier lieu,
15:56les lourdes voitures
15:57attelées
15:58des paysans du nord.
15:59Bientôt les Bignons,
16:14comme plus de 150 000 Normands,
16:16devront eux aussi
16:17et à la va-vite
16:18quitter leur maison.
16:20En France,
16:31l'Exode jettera
16:328 à 10 millions
16:33de civils
16:33sur les routes.
16:35La Croix-Rouge
16:36récupérera
16:37plus de 90 000
16:38enfants égarés,
16:40perdus
16:40au cours
16:40de cette lente
16:41procession chaotique
16:42sous les bombardements
16:44allemands.
16:44Dans un petit film
16:55consacré
16:56à la communion
16:56de sa fille,
16:58Fernand Bignon,
16:59en un montage
16:59de quelques images,
17:01raconte leur retour
17:02à Gisor
17:02quelques semaines
17:03plus tard.
17:09Sa maison
17:09et sa boutique
17:10sont en ruine,
17:11mais miracles,
17:12ces négatifs
17:13et tirages
17:14n'ont pas été
17:15endommagés.
17:21La Normandie
17:22a donc été
17:22en partie détruite
17:23dès 1940
17:24par les bombes incendiaires
17:26de la Luftwaffe.
17:40C'est après avoir
17:41déménagé
17:42chez une tente
17:43à Avranches
17:44que les Bignons
17:45vont assister
17:46à l'impensable.
17:48à l'impensable de la Luftwaffe.
17:51C'est après avoir
17:51à l'impensable de la Luftwaffe.
17:52C'est après avoir
17:52à l'impensable de la Luftwaffe.
17:53à l'impensable de la Luftwaffe.
17:56à l'impensable de la Luftwaffe.
17:57à l'impensable de la Luftwaffe.
18:03L'écrivain Tristan Bernard résume la situation.
18:28En 14, on disait, on les aura.
18:30Eh bien maintenant, on les a.
18:40Le maréchal Pétain demande l'armistice au nom de la France, le 17 juin 1940.
18:47Le 26, Fernand Bignon filme l'angoisse des premiers jours d'occupation,
18:53ce qu'il appelle un deuil national.
18:57Les gens restent cloîtrés chez eux.
19:00Et pourtant, il faudra bien vivre avec l'occupant.
19:04Mais pour combien de temps ?
19:06Ou pire, qui peut dire si tout cela aura une fin ?
19:10C'est le cœur serré que je vous dise aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
19:17C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française.
19:26Moi, Général de Gaulle, j'entreprends ici, en anglais.
19:31J'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration.
19:34Je n'ai jamais promettrai Burger, j'ai des euros.
19:36Je n'ai jamaisículo knights.
19:38Je n'ai jamais dit rien que je n'aiít.
20:09Il y a la conche en houche, dans l'heure.
20:12C'est depuis sa fenêtre qu'il filme l'ampleur de la présence allemande.
20:16Parce qu'elle est proche de l'Angleterre, la Normandie est une des régions où l'occupation sera la plus rude.
20:22Des centaines de milliers de soldats de la Wehrmacht réquisitionnent les habitations.
20:27Un tiers de la population présente en Normandie est désormais allemande.
20:31Mais ces images révèlent un autre bouleversement.
20:41Dès octobre 40, les autorités allemandes interdisent toute prise de vue.
20:46A partir de maintenant, les images que vous verrez dans ce film sont donc clandestines, prises à la dérobée, arrachées au risque et à la peur.
21:00C'est pourtant de cette même fenêtre que, quelques jours plus tard, Pierre Le Billon saisit la nouvelle réalité du quotidien.
21:14Pénurie et rationnement.
21:20Désormais, il faut nourrir en priorité l'armée allemande.
21:24Trouver de quoi manger devient la principale préoccupation des populations.
21:43Vient le temps de la débrouille, du système D.
21:46Les citadins filent à la campagne pour acheter lait, oeufs, fromage, échanger contre des produits manufacturés.
21:59Le troc se généralise.
22:01C'est le marché gris.
22:02Il est autorisé.
22:05Ce que ces images ne disent pas, c'est le marché noir, dont le trafic lèse les populations.
22:12On coupe le lait avec de l'eau, on mélange le beurre avec de la pomme de terre
22:16et on vend tout ça à prix d'or.
22:35Dans l'apparente légèreté d'un repas de famille, pour la majorité des citoyens,
22:41chaque jour pèse en réalité le poids d'un ticket de rationnement.
22:44Dans la campagne normande, les moissons sont depuis toujours un temps fort de la vie sociale.
23:05Pierre Lebihan a l'habitude de les filmer, comme ici, dans une très rare archive couleur.
23:11La réalité de l'occupation est beaucoup plus sombre.
23:23Une grande part des récoltes est directement transportée par camions en Allemagne.
23:29Les paysans travaillent sans relâche.
23:32Les femmes sont sollicitées.
23:33Les citadins aussi.
23:36Sous les injonctions du gouvernement de Vichy.
23:39Agriculteurs, vous avez emprunté chez vous un ou plusieurs sacs de blé.
23:43Livrez le plus tôt possible.
23:46C'est fin de grenier qui suffira pour combler le déficit.
23:50Paysans, vous n'hésitez pas à faire volontairement l'effet qui vous est demandé.
23:55« Acte décisif de solidarité nationale. »
24:01Prétextant que la jeunesse y prouvera toute sa vigueur,
24:04Vichy impose également aux mineurs de s'engager dans le travail salvateur de la Terre.
24:09Sous-titrage Société Radio-Canada
24:39A l'été 1942, Fernand Bignon lui aussi est au travail.
24:57Il s'est installé à Saint-Père, en Seine-Maritime,
25:00et toute la famille, ou presque, est mise à contribution.
25:02Et comme toujours, les bignons savent faire rimer restriction, avec conjuration.
25:13Alors...
25:14Dansons.
25:18Comme on ne trouve plus de carburant,
25:48J'ai vendu ma bagnole 300 francs et blancs.
25:51Je me suis payé un vélo hors concours, qui part le matin au quart de tour d'amour.
25:57J'ai diminué de 100% mes frais, je n'eusse que de l'essence de jarret.
26:02C'est vrai, mais j'en ai vu d'autres, et des types de choix, pétalés devant moi.
26:08Je suis parti l'autre jour depuis tôt, en vélo.
26:15J'ai vu des petits, des minces, des grands, des gros, en vélo.
26:21Je suis arrivé au poisson...
26:23Ce pourraient naître que des promenades en famille, de belles échappées.
26:28Mais même dans ces images, elles nous rattrapent la guerre.
26:31Quand elles ne sont pas réquisitionnées par les Allemands,
26:37les voitures, faute de pièces de rechange et même d'essence, restent au garage.
26:44Le vélo est devenu un véhicule utilitaire, vital et convoité.
26:49L'entretenir relève de l'exploit.
26:52On ne trouve plus ni pneus, ni chambres à air.
26:56En 1942, la France compte près de 10 millions de bicyclettes pour 40 millions d'habitants.
27:03Les actualités officielles parlent de l'âge d'or de la petite reine.
27:07Les discours et les règles sociales sont désormais dictées par le gouvernement de Vichy.
27:20Et la propagande est au sprint.
27:24Pour préserver le moral des populations,
27:27le régime autorise, et même plébiscite, les réunions sportives.
27:31Comme le fameux travail-famille-patrie,
27:36les valeurs du sport coïncident avec l'idéologie dominante.
27:43Le but est aussi de montrer que tout continue comme avant.
27:48Même si dans les gradins,
27:50certains spectateurs sont des marins allemands.
28:01Les regroupements spontanés sont interdits.
28:08Mais parfois, dans les villes et les villages,
28:10s'organisent des fêtes,
28:11des kermesses,
28:13des parades équestres.
28:15On danse,
28:16on chante,
28:18costumes et musiques traditionnelles.
28:21Reste pour oublier la guerre.
28:28Combien d'hommes manquent parmi eux ?
28:31Depuis la défaite,
28:35des milliers de prisonniers de guerre normands
28:36vivent désormais dans des stalagues et aux flagues en Allemagne.
28:44Pour s'attirer les sympathies des populations,
28:47le régime de Vichy autorise,
28:49et même encourage,
28:50ce type de fête,
28:51avec promesse d'obtenir le retour rapide
28:53des soldats en captivité.
29:01Elles sont destinées à récolter des fonds
29:03pour aider les familles
29:04qui ont un père,
29:05un fils,
29:06un proche,
29:07fait prisonnier par le Troisième Reich.
29:09Ici, c'est toute l'ambiguïté de l'occupation qui mène la danse,
29:35même la convivialité,
29:39la joie collective,
29:40sont sous surveillance.
29:41Couvre-feu,
30:01interdiction de circuler,
30:03arrestation.
30:04L'omniprésence des soldats de la Wehrmacht
30:07pèse quotidiennement sur la vie des Normands.
30:17Dès lors,
30:19une joie plus libre
30:21ne s'exprime plus qu'à travers les célébrations familiales.
30:25Les cinéastes amateurs
30:26veulent graver sur leur négatif,
30:29même en cette période sombre,
30:31l'image du bonheur.
30:32Guerre ou pas,
30:35fermez-moi
30:36autour des belles choses.
30:38Comme les nôtres,
31:03ces films de famille sont d'abord consacrés au mariage,
31:05aux communions,
31:07aux baptêmes
31:07et à regarder grandir les enfants.
31:15Mais que signifie naître et grandir en temps de guerre ?
31:21Derrière ces images d'insouciance,
31:34se révèle une autre enfance.
31:37Être enfant en Normandie pendant l'occupation,
31:39c'est bien souvent avoir un père prisonnier en Allemagne.
31:43C'est souffrir des restrictions et des pénuries.
31:45C'est aussi déménager régulièrement.
31:49Comme les Allemands réquisitionnent maisons et établissements publics,
31:52les enfants doivent souvent changer d'école.
31:55On n'y vont parfois plus du tout.
31:56Résister à l'angoisse des jours à travers l'objectif d'une caméra.
32:07Plus les mois et les années passent,
32:09plus les films de famille témoignent d'une présence allemande
32:12qui s'incruste dans le quotidien.
32:14Malgré les interdictions,
32:19la caméra devient un contrepoint,
32:20un contre-pouvoir
32:21ou un exutoire
32:23à cette effraction de l'occupant
32:25dans l'intimité de la vie.
32:27Sous-titrage Société Radio-Canada
32:57Sous-titrage Société Radio-Canada
33:57C'est une rue à une ville, près de Cherbourg.
34:27Une petite ruelle de village
34:28qui paraît résumer toute l'ambivalence
34:30de cette période d'occupation.
34:34La vie s'organise autour de l'épicerie,
34:38la quête de nourriture,
34:39les enfants,
34:41les joies,
34:41les rumeurs,
34:43les interdits,
34:44les nouvelles règles de vie,
34:46l'image captée en cachette.
34:48Tout s'y vit,
34:59tout s'y retrouve,
35:01y compris l'ambiguïté.
35:02pourquoi ce soldat allemand
35:08ordonne de couper la caméra,
35:13alors que ce sous-officier
35:14accepte au contraire
35:16de se laisser filmer fièrement,
35:18comme à la parade.
35:19Entente ou désaccord,
35:32défiance ou intérêt commun,
35:35sincérité ou faux-semblant,
35:38comment aujourd'hui
35:39interpréter ces images ?
35:41Est-ce par adhésion,
35:51par jeu ou par provocation
35:52que ce jeune homme exécute
35:55un tel geste ?
36:11Au début de la guerre,
36:14les soldats allemands
36:15avaient pour ordre
36:16de se fondre à la population,
36:18pour mieux se faire accepter.
36:20Mais à partir de 1942
36:22et plus encore de 1943,
36:25tout change.
36:27Les Etats-Unis sont engagés
36:29du côté allié.
36:30Le Troisième Reich
36:31perd la bataille
36:32sur le front Est.
36:34C'est donc ici,
36:35à l'Ouest,
36:36en Normandie,
36:37que le destin d'un conflit
36:38devenu mondial
36:39va se jouer.
36:41Les Allemands
36:45vident la côte
36:45de ces populations,
36:47renforcent leurs effectifs
36:48sur le littoral.
36:51Les relations avec les civils
36:52deviennent de plus en plus
36:53conflictuelles.
36:55Tout acte de résistance
36:56est sévèrement réprimé.
36:59Toute délation,
37:00rondement récompensée.
37:11un simple petit film
37:17peut devenir la marque
37:18d'une rébellion grandissante.
37:21En 1943,
37:23la cour du collège Fresnel
37:24à Bernay
37:25a été réquisitionnée
37:27par l'armée allemande.
37:28La Wehrmacht
37:38y entrepose camions
37:40et munitions.
37:41Au mépris
37:42de toutes les interdictions,
37:44les élèves témoignent
37:45de cette présence
37:46et ils le revendiquent
37:48et l'assument.
37:50En 1944,
38:07viennent les mois
38:07les plus longs.
38:09On n'en finit plus
38:10de scruter le ciel.
38:12Les rumeurs s'amplifient.
38:14Les populations savent
38:15que les Alliés
38:16vont débarquer.
38:18Mais où ?
38:19Et quand ?
38:20Ce débarquement,
38:23les Normands l'espèrent
38:24autant qu'ils le redoutent.
38:37Sur les côtes anglaises,
38:39se sont massés
38:40plus d'un million et demi
38:41d'hommes,
38:42troupes américaines,
38:43britanniques,
38:44canadiennes.
38:47Dans la nuit du 5 au 6 juin,
38:49comme le raconte
38:50madame Marie,
38:51directrice de pensionnat
38:52dans la Manche,
38:54nous nous couchons
38:55aussi tranquilles
38:55que les autres jours,
38:57malgré le passage
38:58de plus en plus massif
38:59des escadrilles.
39:00de plusement des escadrilles.
39:07Leсе ne se débarqueune
39:10sans doute,
39:11même si les écoles
39:12initialisent sur lairie,
39:12même si les jelies
39:13le réboard sous et
39:14déc暖é,
39:15même si les rails
39:15ne se débarque sự
39:17voient un grand
39:19assisté than
39:19d' MethodTech.
39:20Dès
39:20d' algo du
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39:22plus en plus
39:22en plus en plus
39:23en plus.
39:24A Christmas
39:24er
39:25nun ?
39:27On connaît les images officielles de ce débarquement, la violence des combats.
39:36132 000 soldats alliés débarquant sur les plages, 24 000 parachutistes, plus de 10 000 tonnes de bombes larguées en une journée.
39:50Les films de famille rendent hommage à ce jour décisif, à leur façon.
39:57Les films de famille
40:27Les populations font désormais face à leur destin.
40:34La bataille de Normandie commence. Elle va être dramatique pour les civils.
40:38Les alliés ciblent principalement les villes, les voies de communication, pour bloquer l'avancée des renforts allemands.
40:53Les civils sont pris entre deux feux, face à un dilemme, évacués ou restés sur place.
41:05On se terre chez soi, on court aux abris, on se réfugie dans des carrières autour des villes ou plus loin, à la campagne.
41:19Les allemands offrent une résistance acharnée. Ils ordonnent à la population d'évacuer. Ils se méfient des saboteurs et des résistants.
41:29Des personnes âgées, trop fragiles pour se déplacer, sont parfois sommairement exécutées.
41:36Dans la campagne normande, la terre retournée, éventrée, par ce qu'un journal local appelle une monstrueuse pluie de fer, de feu, d'acier, une herse terrible qui arrache tout sur son passage.
41:54La terre trie les morts et les vivants.
42:06C'est la confusion dans les informations, comme dans les émotions.
42:13On ne sait plus si c'est fini ou non. Les civils ressurgissent à l'air libre.
42:20Les drapeaux flottent au vent, puis sont rapidement repliés.
42:37À cause des poches de résistance allemande, du terrain miné, des difficultés dans la traversée du bocage,
42:44La bataille de Normandie va durer trois interminables mois.
42:49Il faut attendre le 23 août, alors que Paris est sur le point d'être libéré, pour que Pierre Lebihan, chez lui, dans l'heure, filme l'arrivée des alliés.
43:18Depuis la même fenêtre, où il filma jadis les files d'attente et les pénuries.
43:25Et puis les premières fraternisations avec les libérateurs, on les accueille encore avec un mélange de soulagement et d'incrédulité.
43:40Quelques jours plus tard, c'est à Thierceville, toujours dans l'heure, que Fernand Bignon témoigne du repli des Allemands.
43:49Quelques jours plus tard, c'est à Thierceville, toujours dans l'heure, que Fernand Bignon témoigne du repli des Allemands.
44:03La Wehrmacht n'a presque plus de blindés ni de véhicules motorisés.
44:10Les soldats utilisent des chevaux pour tracter le matériel et fuir au plus vite.
44:17C'est à Rouen, le 31 août 1944, qu'un jeune homme va saisir avec sa caméra tout l'esprit, toute l'âme, mais aussi toute l'ambiguïté de cette libération.
44:33Il s'appelle André Dané. Il a 17 ans. Il fait partie de la défense passive.
44:43D'abord, la retraite des Allemands, dans des prises de vue que l'on sent toujours empreintes d'inquiétude.
44:55Puis, André Dané grimpe sur un char et filme la fougue, l'euphorie, à l'entrée des Alliés.
45:03C'est à Rouen, ce sont les divisions d'infanterie canadiennes qui libèrent la ville.
45:21C'est à Rouen, ce qui libère la ville.
45:23...
45:25...
45:27Sous-titrage MFP.
45:58En se mêlant à la foule, André Dané saisit les prémices d'une politique qui sera celle de l'après-guerre.
46:05La tentative d'unifier et de réconcilier une France profondément divisée.
46:27Et André Dané filme aussi l'autre réalité de cette libération.
46:34La vindicte, le tribunal populaire, l'épuration sauvage.
46:40Les terribles destructions.
46:58Rouen, dont les ponts sont détruits.
47:14Ainsi que plus de 9500 immeubles.
47:20Les combats ont laissé derrière eux près de 30 000 sans-abri.
47:23Quand, dont le centre-ville est en ruine, 600 000 obus ont été largués sur la ville et ses environs.
47:36Le Havre, cité martyr, qui en septembre a subi la plus violente des attaques aériennes par l'armée britannique,
47:55sans que la population n'ait eu le temps d'évacuer.
47:57Les images de la guerre, la litanie des souffrances et des destructions.
48:10Il semble que nous y soyons habitués.
48:13Elles passent quotidiennement sous nos yeux.
48:17Mais comment s'y faire ?
48:27Le bilan est terrible.
48:35Près de 20 000 civils normands ont péri pendant les combats.
48:39300 000 autres sont sinistrés.
48:43Un tiers des civils morts pendant la Seconde Guerre mondiale en France sont des normands.
48:48Le 8 mai 1945, Fernand Bignon, le pacifiste, tient absolument à se faire filmer le journal à la main.
49:09C'est fini, mais pour les familles, il manque l'essentiel.
49:19Se retrouver.
49:27Jean Cannaire a combattu sur le front en 40, puis a été démobilisé après la défaite.
49:33Ce même printemps 1945, chez lui, à Vernon, il filme le retour des prisonniers.
49:40Il aurait pu être l'un d'eux.
49:56Derrière la joie, un autre accueil les attend.
50:00Celui des populations, bien moins enthousiastes.
50:04Tout au long de l'occupation, la propagande de Vichy s'est attachée à rendre ses soldats responsables de la défaite de 40.
50:11Pour l'opinion publique, ce sont donc des vaincus qui reviennent chez eux.
50:15L'image du prisonnier de guerre est dévalorisée au profit de celles héroïques du résistant.
50:22Les cinéastes amateurs peuvent à nouveau retourner librement dans les rues.
50:33Ils filment les fêtes de la victoire.
50:35Où beaucoup d'hommes manquent à l'appel.
50:42Leur présence ne se signalera plus sur les films de famille.
50:46Enfin la mer.
51:15Enfin la liberté d'y flâner à nouveau.
51:21En juillet 1945, la famille Bignon met le cap sur Grandville pour un beau dimanche à la plage.
51:33Et au milieu des plaies et des stigmates de la guerre, bien loin d'être refermé,
51:43Fernand Bignon filme un dernier message.
51:46Pour l'histoire.
51:47Sous-titrage Société Radio-Canada
52:00Sous-titrage Société Radio-Canada
52:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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