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  • il y a 7 mois
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Jeff Wittenberg revient sur les questions qui font l’actualité avec Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale.

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Transcription
00:00– Bonjour à tous, et ce n'est pas encore les vacances scolaires.
00:03Merci Edouard Geffray, vous êtes le ministre de l'Éducation nationale.
00:07Ça fait deux mois et demi que vous êtes en poste.
00:09C'est un poste qui a d'ailleurs connu une certaine instabilité,
00:11il faut bien le reconnaître, puisque vous êtes le septième ministre de l'Éducation
00:14à occuper ce portefeuille depuis la réélection d'Emmanuel Macron.
00:17Est-ce que, d'ailleurs, vous allez nous le dire,
00:19l'Éducation nationale c'est toujours la priorité du gouvernement, du Président,
00:22alors que l'on apprend dans le budget qui est en discussion
00:25que 4000 postes vont être supprimés, vous assumez le poste d'enseignant.
00:29cette réduction ?
00:31– Bonjour d'abord et merci de m'accueillir.
00:34Oui, ça reste une priorité majeure, ça l'est depuis 2017.
00:38Vous parlez de la suppression des 4000 postes,
00:40ce qu'il faut savoir en fait c'est que notre budget est positif.
00:43– Il augmente légèrement de 200 millions d'euros.
00:45– Absolument, tout simplement parce que ce qu'il faut avoir en tête
00:48c'est qu'on a une démographie qui est en chute libre.
00:50Vous l'avez vu d'ailleurs cette semaine, pour la première fois
00:51on a plus de décès que de naissances.
00:53– Et donc cela doit se traduire par des suppressions de postes,
00:57notamment dans le primaire ?
00:57– On ne peut pas ne pas en tenir compte quand on aura perdu 25% d'élèves en 15 ans,
01:01dans le premier degré.
01:02En primaire on aura perdu 25% d'élèves.
01:04Donc il y a trois possibilités.
01:06Soit alors on ne fait rien du tout, on fait comme si de rien n'était.
01:09Et au bout d'un moment on n'aura plus besoin de recruter des professeurs.
01:13Soit alors on suit la démographie.
01:15Ce n'est pas ce qu'on a fait.
01:15Si on avait suivi la démographie, il aurait fallu supprimer 9000 postes.
01:19Soit alors on essaie d'avoir un atterrissage en douceur,
01:21c'est-à-dire qu'on tient compte de la démographie,
01:22et en même temps on essaye de faire en sorte qu'il y ait de moins en moins d'élèves par classe.
01:26Ce sera le cas, juste pour information,
01:28en moyenne il y aura 21 élèves par classe dans le premier degré.
01:31– C'est-à-dire de moins en moins au fil des années ?
01:34– C'est-à-dire qu'on aura atteint un record dans l'histoire du système éducatif français.
01:37– Alors le paradoxe c'est que dans le même temps l'éducation nationale recrute des enseignants
01:41avec un nombre de candidats, notamment pour les postes de professeurs,
01:45qui est en augmentation.
01:46Que se passera-t-il si le budget justement n'est pas adopté dans les temps ?
01:50Puisque je crois qu'il y a 88 000 étudiants aujourd'hui qui préparent ce concours,
01:54c'est-à-dire une hausse, finalement le métier recommence à attirer.
01:57– Absolument, cette année on a deux concours qui sont ouverts,
01:59un en master 2, un en fin de licence.
02:02Le concours en fin de licence est nouveau.
02:04Comme c'est nouveau, c'est ce qu'on appelle des mesures nouvelles dans le budget,
02:06et donc si je n'ai pas de budget, s'il n'y en a pas de PLF 2026 qui est adopté,
02:11pour l'instant je ne sais pas organiser ce concours, tout simplement.
02:13Donc il y a effectivement 90 000 étudiants qui se préparent,
02:15qui se sont inscrits à ce concours, ce qui est bon signe.
02:18– Mais ça veut dire qu'il y a des étudiants qui pourraient se préparer pour rien
02:20si le budget n'est pas adopté dans les temps ?
02:22– Alors j'espère que non, mais enfin c'est un des problèmes que nous avons
02:26si le budget n'est pas adopté, oui.
02:27– Édouard Geffray, ministre de l'éducation, vous lancez aujourd'hui
02:30ce que vous appelez dans votre jargon une instruction,
02:33c'est-à-dire un plan ciblé, vous allez nous expliquer de quoi il s'agit,
02:36pour lutter contre ce que vous appelez, qui s'appelle la grande difficulté scolaire,
02:41à quel type d'établissement cela va-t-il s'adresser ?
02:43Cela va s'adresser plus exactement ?
02:45– Alors aujourd'hui vous avez 15% des collèges,
02:46ou plus de 40% des élèves ont moins de 8 sur 20 en français en mathématiques au brevet,
02:51moins de 8 sur 20, voilà.
02:53Donc ça veut dire que c'est des collèges qui concentrent une très grande difficulté scolaire.
02:56Et moi je ne peux pas admettre le fait qu'un élève selon le collège dans lequel il est inscrit
03:00et une chance sur deux ou 100% de chance d'avoir le brevet à la fin, ce n'est pas possible.
03:04Donc ce qu'on va faire c'est qu'on va effectivement concentrer l'effort sur ces collèges-là,
03:08en termes de formation, en termes d'accompagnement pédagogique,
03:11en termes d'accompagnement social aussi.
03:12– On connaît les réseaux d'éducation prioritaire, quelle est la différence par exemple ?
03:15– En fait on a fait avant les ZEP, qu'on appelle maintenant les REP.
03:18– Oui tout à fait, vous savez on a un peu deux travers,
03:21alors ils ne sont pas forcément mauvais mais ils n'apportent pas toutes les solutions.
03:24Le premier c'est de penser par rapport à des critères territoriaux ou sociaux,
03:28le deuxième c'est de penser de manière universelle,
03:30c'est-à-dire on voit que tout se passe pareil partout,
03:32ça c'est un peu notre réflexe spontané.
03:34Moi ma conviction c'est qu'il faut au bout d'un moment penser par rapport à la difficulté scolaire.
03:38Il y a des enjeux sociaux qui sont traités dans le cadre d'éducation prioritaire,
03:42il y a un cadre général.
03:43– Donc qu'est-ce qui va changer ? Vous allez faire du sur-mesure en quelque sorte ?
03:46– C'est un peu ça, on va faire du sur-mesure collège par collège,
03:49c'est-à-dire que ça va partir des équipes, parce qu'il faut faire confiance aux gens,
03:51ils connaissent leur métier, il faut les laisser faire leur métier,
03:53on va partir des équipes et on va répondre à tous leurs besoins de formation,
03:57typiquement de formation, pour rehausser un peu les pratiques pédagogiques,
04:02améliorer les pratiques pédagogiques.
04:04Ça peut être par exemple en matière de fonds sociaux,
04:06vous avez des élèves qui sont parfois dans une très grande difficulté sociale,
04:09typiquement qui ne peuvent pas manger à la cantine de midi.
04:10Si vous avez le ventre vide, ce n'est pas la peine d'essayer d'apprendre.
04:13Donc on va mettre des fonds sociaux dans ces collèges-là,
04:15pour que les élèves puissent manger tous les midis.
04:17Vous voyez ce genre de choses ?
04:17Et on va tout reprendre comme ça à 360 degrés.
04:19– Et le budget de l'éducation nationale va payer, si j'ose dire,
04:22c'est-à-dire que vous nous avez parlé d'une augmentation légère de votre budget,
04:26mais on est plutôt aujourd'hui à la réduction des coûts,
04:29et nombre d'acteurs de l'éducation nationale se plaignent
04:32de n'avoir pas assez de moyens.
04:35Donc vous allez en rajouter des moyens ?
04:37– On va redéployer, puisque comme je vous le disais, on perd beaucoup d'élèves,
04:40donc on va en fait procéder par redéploiement.
04:43Et surtout, ce n'est pas qu'une question de moyens,
04:44c'est aussi une question d'approche pédagogique,
04:47de qualité de la formation qui est apportée.
04:49Donc on va faire du qualitatif, du sur-mesure,
04:51établissement par établissement.
04:52– À partir de quand ?
04:53– Le travail commence en janvier, on va laisser aux établissements
04:58jusqu'au mois de juin pour qu'ils puissent bien préparer leurs feuilles de route,
05:02et à la rentrée jusqu'à 2026, la vie va changer dans ces établissements.
05:04– L'un des fléaux qui frappe un grand nombre d'établissements en France
05:07et qui finalement ne s'arrête plus à la porte des écoles,
05:10c'est le trafic de drogue, c'est le narcotrafic.
05:12Où en est la prise en charge, c'est malheureusement un fait divers,
05:16un événement qui a beaucoup frappé des esprits,
05:18des élèves du collège Champollion à Dijon,
05:20qui a été victime d'un incendie lié au narcotrafic.
05:23Vous êtes engagé, je vous cite,
05:25à ce que l'essentiel des 500 élèves du collège
05:27soit à nouveau en cours après les vacances de Noël.
05:30Donc tout ça est en train d'être réglé.
05:32– Oui, alors d'abord je voudrais rendre hommage à l'équipe.
05:34Vous savez, moi je les ai vus lundi matin, on a parlé longtemps.
05:36– Vous étiez avec le ministre d'Intérieur ?
05:37– Tout à fait, et moi j'ai rencontré l'équipe pédagogique,
05:40professeurs, chefs d'établissement, etc.
05:42C'est des femmes et des hommes remarquables.
05:44Et vous savez, ils m'ont dit une phrase que j'ai trouvée très juste,
05:45ils ont dit, nous on met les élèves sur des chaises de classe
05:48pour qu'ils ne terminent pas sur les chaises des guetteurs.
05:50– Mais en attendant, ce collège a été incendié sur fond de rivalité.
05:54– Alors une partie, a priori, c'est sur fond de rivalité de narcotrafiquants.
05:58Donc ce n'est qu'une partie du collège qui a été incendiée, heureusement.
06:02Et donc à la rentrée de janvier,
06:03ce qu'on est en train de travailler avec le département,
06:05c'est que la plupart des élèves pourront rentrer directement dans le bâtiment
06:09qui est encore valide, si je puis dire, qui est encore en usage.
06:12Et on est en train de trouver des solutions,
06:14soit pour qu'ils soient hébergés dans des modules temporaires type Algeco, etc.
06:19Soit qu'ils soient pris en charge dans les écoles qui sont à proximité immédiate
06:21et qui ont des salles libres.
06:22Mais ils resteront tous dans leur environnement,
06:25ils resteront tous dans leur format de classe, dans leur groupe classe,
06:28parce que c'est important pour eux psychologiquement
06:29et pour leur réussite éducative
06:31qu'ils soient dans ce format avec leurs professeurs et à proximité de chez eux.
06:35– Édouard Giffré, comment on fait pour lutter concrètement
06:37contre le trafic de drogue dans et autour des établissements scolaires
06:41puisque le constat, c'est qu'aujourd'hui, on en arrive à des extrémités
06:44comme celle de ce qui s'est passé à Dijon,
06:46mais des exemples comme ça abondent dans toute la France
06:49et dans de très nombreux quartiers.
06:50– Il faut marcher sur deux jambes.
06:51Il y a la jambe, j'allais dire, service de police et de justice
06:54qui, eux, démantèlent les points de deal,
06:57arrêtent les narcotrafiquants et les sanctionnent.
07:00Et puis il y a la jambe qui est éducative,
07:01qui pour le coup me concerne,
07:02c'est-à-dire qui consiste à faire de la prévention arrêtée vis-à-vis des élèves.
07:06– C'est le travail des enseignants,
07:07c'est qu'ils ne sont pas nécessairement formés
07:09à impréhender ce genre de problématiques.
07:11– Ça ne peut pas être l'école toute seule.
07:12Mais vous savez, chaque fois que vous introduisez l'esprit critique,
07:14chaque fois que vous introduisez la culture,
07:15chaque fois que vous ouvrez un établissement,
07:17vous éloignez un jeune des narcotrafiquants.
07:19C'est d'ailleurs pas pour rien qu'ils s'en sont pris à un collège
07:21ou à une médiathèque six mois avant.
07:22– Il faut des policiers à l'école.
07:25– Pas dans l'école.
07:26Non, non, pas dans l'école.
07:27En revanche, travailler sur la sécurisation
07:28de ce qu'on appelle les abords de l'établissement,
07:30ça oui, c'est ce qu'on fait tous les jours
07:31avec le service de police et c'est indispensable.
07:34On doit ça à nos élèves.
07:35– Le président Macron s'est prononcé à plusieurs reprises
07:37pour l'interdiction des réseaux sociaux
07:39au moins de 15 ans.
07:41Alors c'est une volonté, c'est un souhait,
07:43mais comment on met cela en place ?
07:44J'imagine que vous êtes d'accord avec lui
07:46ou alors ce serait un scoop si vous êtes en désaccord là-dessus.
07:50Mais comment on fait concrètement ?
07:52Parce que tous les gamins,
07:53si vous me permettez cette expression,
07:55tous les jeunes, tous les ados,
07:56ont des, ou presque,
07:58ont souvent des téléphones portables
07:59et vont sur les réseaux sociaux.
08:01Donc comment on interdit ?
08:03Tout simplement.
08:04– D'abord, il faut repartir peut-être juste de l'objectif.
08:06C'est-à-dire qu'on ne peut pas laisser nos enfants
08:08être accaparés 4h, 5h, 6h par jour par les réseaux sociaux.
08:12– Ça, c'est la volonté.
08:13– Et c'est un enjeu de santé publique.
08:15Et le moyen, alors d'abord,
08:16il y a une question juridique
08:18qui est actuellement encore au traitement,
08:19puisque c'est un peu complexe techniquement,
08:21mais enfin, il y a un enjeu par rapport aux droits européens.
08:23Et donc le gouvernement français travaille
08:24pour que le droit français puisse effectivement
08:27interdire l'accès aux réseaux sociaux
08:29aux milliers de moins de 15 ans.
08:31Et après, techniquement,
08:32on a déjà des expériences dans d'autres domaines,
08:35mais en matière de pornographie,
08:36on a su mettre en place des systèmes
08:38qui permettaient d'empêcher les moins de 18 ans.
08:40– Il faut généraliser ce que l'on fait aujourd'hui
08:42sur les sites pornographiques.
08:43– Alors le sujet n'est pas le même,
08:44mais en tout cas, le mécanisme technique
08:46permettant d'identifier une personne en fonction de son âge,
08:49aujourd'hui, on sait le faire.
08:50La preuve, ça a marché.
08:51Et donc, on est parfaitement capable
08:52de bloquer l'accès d'un réseau social,
08:55la création d'un réseau social,
08:56à un jeune qui aurait moins de 15 ans.
08:58Ça, on sait le faire techniquement.
08:59– Techniquement, mais l'éducation nationale
09:00peut-elle, en quelque sorte,
09:02se substituer à ce que, aussi,
09:04doivent imposer les parents à leurs enfants ?
09:06Et on sait que, dans certaines familles,
09:08certains jeunes sont laissés, en quelque sorte,
09:11à leur libre-arbitre.
09:12– Mais c'est pour ça qu'il faut, au bout d'un moment,
09:14passer par l'interdiction.
09:15On ne peut pas tout demander à l'école.
09:17On ne peut pas non plus tout demander aux familles,
09:19parce qu'on voit que, parfois,
09:19elles sont démunies par rapport
09:20à l'usage du téléphone par leurs enfants.
09:22Il y a un moment où ça passe par l'interdiction.
09:23L'interdiction sèche, elle n'aura pas toute son efficacité.
09:28Mais il faut, à la fois, limiter l'exposition aux écrans,
09:30éduquer à leur usage,
09:31et, en tant que journaliste,
09:32vous êtes bien placé pour savoir
09:34qu'aujourd'hui, on a un enjeu de ce point de vue-là.
09:36Et puis aussi, et c'est important,
09:37créer des alternatives sociales.
09:38Si nos jeunes, ils vont sur les réseaux sociaux,
09:40c'est parce qu'aujourd'hui,
09:40ils n'ont plus d'expérience de sociabilité ordinaire,
09:43comme vous, au moins, on l'a connu.
09:44– Édouard Jeffrey, elle se fera, cette interdiction ?
09:46Le président Macron a dit,
09:47avant la fin de son quinquennat,
09:49vous allez déposer un projet de loi ?
09:51– On est en train de travailler sur,
09:52une fois encore, le cadre juridique.
09:54Mais oui, oui, l'objectif,
09:55c'est bien de le faire au cours des prochains mois.
09:57– Merci beaucoup, Édouard Jeffrey,
09:59ministre de l'Éducation nationale.
10:00C'est la suite de Télématin.
10:01Il reste un jour d'école, je crois,
10:02avant les repos scolaires demain soir.
10:04– Merci beaucoup.
10:04– Et bonnes vacances à tous.
10:05– Merci à tous les deux.
10:06Merci à Victoria Patricot,
10:07qui a traduit cette interview en langue des signes.
10:09– Sous-titrage ST' 501
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