00:0019h31, vous êtes bien dans Repinsoir avec Victor Hérault de Valeurs Actuelles, avec Joseph Metz-Escarron, nous accueillons le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France.
00:10Bonsoir Yonatan Arfi.
00:11Bonsoir.
00:12Merci d'être avec nous, de donner votre temps en ces fêtes importantes pour la communauté juive, les fêtes de Hanoka dans lesquelles s'est passé l'impensable et pourtant le prévisible en Australie où la communauté juive, mais pas que, avait alerté sur la situation, l'ampleur.
00:28Que prenait ce fléau dans ce pays qu'est l'Australie ? Le Premier ministre australien d'ailleurs a été clair dans ses mots sur ce fléau qui gangrène ce pays.
00:41Qu'est-ce qu'aujourd'hui, au lendemain de cette attaque, alors qu'on sait qu'un Français fait partie des 15 victimes, Dame Elkayam, ingénieur informatique de 27 ans, passionné de foot, globe-trotteur,
00:53quel est votre sentiment ce soir alors que les fêtes de Hanoka se poursuivent pour la communauté juive ?
01:00D'abord, je suis encore marqué comme chacun par le sentiment d'horreur devant les images de cet attentat, devant les corps gisants avec ces deux terroristes qui tiraient depuis le pont.
01:12Ces images me hantent comme elles hantent, je crois, tous ceux qui les ont vues.
01:14La deuxième chose, c'est que je suis marqué par la détresse des parents d'Anne Elkayam que j'ai pu voir, qui j'ai pu échanger.
01:21Ce jeune Français de 27 ans auquel je crois chacun peut s'identifier, parti construire sa vie en Australie pour apprendre l'anglais,
01:31puis qui s'y est un peu implanté et qui a été assassiné dans cet attentat.
01:36Je crois que, quelle que soit l'origine de ceux qui nous écoutent, ils peuvent s'identifier à ce jeune Français.
01:42Puis, je trouve une chose qui me marque, moi, dans cet attentat, c'est que vous savez, l'Australie, c'est une communauté juive de gens qui sont des descendants de rescapés de la Shoah pour beaucoup.
01:52Des gens dont les descendants ont quitté l'Europe pour fuir l'antisémitisme, pour fuir les persécutions,
01:56et qui ont pensé qu'au bout du monde, en Australie, ils étaient hors de portée de l'antisémitisme.
02:01Il y avait un rescapé de l'holocauste, d'ailleurs.
02:02Exactement.
02:03Et bien, ils pensaient qu'au bout du monde, c'était le seul endroit où l'antisémitisme n'irait pas les chercher.
02:08Et au fond, ce qui s'est passé dimanche, c'est que l'histoire a rattrapé la géographie, d'une certaine manière,
02:13et que l'antisémitisme dont ils se pensaient préserver est venu les assassiner jusqu'à des milliers et des milliers de kilomètres de l'Europe.
02:20Vous avez dit très justement que tout le monde s'identifie à ces victimes de Sydney,
02:26pour preuve, celui qui a porté secours, celui qui a désarmé l'un des deux s'assayants, est a priori tout sauf juif.
02:35Oui, effectivement. Mais ça dit plusieurs choses.
02:37D'abord, ça dit qu'on ne doit jamais désespérer de l'humanité.
02:40Il faut quand même, même dans les moments de détresse, même quand on est le lendemain d'un attentat tragique,
02:44se dire qu'il y a dans l'humain, heureusement, le pire, mais aussi le meilleur.
02:48Et cet homme courageux qui va, qui au péril de sa vie, désarme un terroriste, c'est galvanisant au fond pour l'humanité.
02:55Et ça, c'est le premier point.
02:56Le deuxième point, c'est que ça reste un combat, il faut le dire, contre l'islamisme,
03:04c'est-à-dire le dévoiement de l'islam, pas contre les musulmans.
03:07Et il y a cet homme dont on dit qu'il est musulman, qui s'est opposé à un acte terroriste en cours avec courage.
03:14C'est, je crois, un message d'espoir.
03:16Et puis, je me dis que le phénomène est désormais mondial.
03:21Que ce qu'on pensait un temps réservé à la France, il y a 20 ans, début de l'antisémitisme nouveau,
03:26de, voilà, les attentats djihadistes que nous avions connus, qui n'y avaient pas de la même manière ailleurs.
03:30Et puis, malheureusement, maintenant, un phénomène qui, depuis 7 octobre, s'est répandu de la même manière,
03:34au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, même en Allemagne.
03:37Et vous craignez que ça, aujourd'hui, on aurait pu dire, tiens, ça risque de se reproduire.
03:43En fait, ça va se reproduire.
03:45On ne sait juste pas quand.
03:45D'abord, dans l'histoire de l'antisémitisme, chaque acte antisémite majeur, il a un effet d'entraînement.
03:51C'est le contraire de ce qu'on pourrait penser.
03:52On aurait pu imaginer que, quand il y a un acte antisémite, le réflexe humain, c'est celui de la compassion, celui de l'empathie,
03:58que, dans les semaines qui suivent, il y a, au fond, une baisse de l'antisémitisme, presque par empathie, pour ce qui s'est passé.
04:04C'est l'inverse, historiquement, qui s'est passé.
04:06Après, le 7 octobre, on l'a vu, bien sûr, mais avant ça, après l'attentat de Toulouse, en 2012,
04:11au Tsaratora, et ce professeur et ses trois enfants juifs, tués à Toulouse,
04:16après l'attentat de l'Hypercacher, dans les semaines qui ont suivi, les mois qui ont suivi,
04:20on a eu des augmentations de 200 ou 300% des actes antisémites.
04:24Qu'est-ce que ça dit ?
04:24C'est que, quand il y a un acte antisémite majeur, c'est entendu comme un appel au passage à l'acte pour les antisémites suivants.
04:30Donc, bien sûr, on est sur nos gardes, partout dans le monde,
04:33qu'on soit juif en France, en Australie, aux États-Unis, ou évidemment aussi en Israël,
04:38ils savent que c'est entendu pour certains comme un appel à suivre le message.
04:42Victor Hérault.
04:42Bonsoir, monsieur, vous attribuez cet audio-crime antisémite à l'islamisme.
04:48À quoi est-ce que vous imputez cet islamisme ?
04:50Si on remonte la chaîne, qu'est-ce qui cause cette chute jusque-là ?
04:53On précise que les deux assaillants sont pakistanais,
04:57et qu'il y a des éléments conduisant à l'État islamique à Daesh,
05:00qui ont été retrouvés, notamment dans la voiture.
05:02C'est ce qui laisse penser, alors après l'enquête aboutira peut-être à des choses plus fines encore,
05:08mais en tout cas, ça s'inscrit dans un schéma où l'antisémitisme fait partie du cœur de la doctrine islamiste.
05:15Il n'y a pas un bon islamiste qui ne soit pas aussi antisémite.
05:20Ça veut dire que c'est consubstantiel à l'islamisme, l'antisémitisme,
05:23comme la haine des chrétiens, comme la haine des homosexuels, évidemment,
05:26mais il y a dans le passage à l'acte antisémite, une forme presque de rite initiatique de l'islamisme.
05:34C'est quand on parle avec les gens des services, d'ailleurs, intéressant de voir que
05:37l'antisémitisme, c'est un marqueur avancé de la bascule vers l'islamisme.
05:43Quand on voit des profils qui ont une pratique radicale qui s'installe,
05:48quand ça s'ajoute à l'antisémitisme,
05:51eh bien, on a un risque de bascule vers l'islamisme et la violence qui peut aller avec.
05:54Et pardonnez-moi, ma question était d'où vient l'islamisme ?
05:56Ah pardon ?
05:57En Australie, en l'occurrence, comme en France ?
06:00En Australie, il y a eu, évidemment, en Australie, une immigration importante
06:03venue notamment de pays comme le Pakistan,
06:06de pays du Moyen-Orient aussi largement,
06:09et chez lesquels il y a évidemment un islamisme qui s'est répandu
06:13parce que la société australienne, par ailleurs, est très communautaire.
06:17C'est un modèle de société, comme toutes les sociétés anglo-saxonnes,
06:20où en fait, ces populations, au fond, ne sont pas travaillées par un projet républicain,
06:26comme on peut l'avoir par exemple en France,
06:27qui permet, je dirais, d'avoir une forme de contre-discours face à l'islamisme.
06:31Et quand on a des populations qui sont travaillées par une rhétorique islamiste dans la durée,
06:37moi, ce qui me frappe dans ce cas-là, par exemple,
06:38c'est le fait que ce soit un père et son fils.
06:40Ça veut dire que sur deux générations consécutives,
06:43c'est-à-dire sur 30 ans de présence,
06:46eh bien, il y a eu ce discours radical qui s'est imposé comme la norme familiale,
06:51sans contre-discours, sans contre-pouvoir, entre guillemets,
06:54que pourrait être l'école, la sociabilité autour du sport,
06:57enfin, on peut imaginer plein de lieux qui n'ont pas fonctionné.
07:00Et donc, l'Australie, elle est confrontée aujourd'hui à cette question de l'islamisme,
07:05sur fond de cet octobre 2023, qui sert évidemment de catalyseur à tout cela.
07:09Il y a beaucoup de personnes qui avaient alerté, justement,
07:11sur cette question en Australie.
07:12Joseph Massescaron ?
07:14Je ne sais pas, vous avez peut-être eu connaissance du communiqué des imams australiens,
07:20à l'occasion ?
07:21Non, je ne l'ai pas vu passer.
07:22Parce que, dedans, il n'y a pas une référence,
07:26il n'y a pas un mot sur le terrorisme,
07:29il n'y a pas un mot sur l'islamisme,
07:32et il n'y a pas, il est très très long,
07:33et il n'y a pas non plus un mot sur ce qu'il aurait pu y avoir,
07:37sur le héros du jour que vous avez, très légitimement,
07:39et qu'ils auraient pu saluer.
07:41Est-ce que vous n'êtes pas troublé, quand même,
07:43puisque à chaque fois, en fait, on a ce même type de réaction ?
07:47En revanche, est souligné le risque d'islamophobie.
07:52Est-ce que ce n'est pas quelque chose qui, au bout d'un moment, est troublant ?
07:55Monsieur, c'est une rhétorique d'inversion que l'on connaît régulièrement.
08:01L'accusation d'islamophobie sert à détourner à ce moment-là la discussion du sujet,
08:11qui est, effectivement, cet acte terroriste en Australie.
08:15Je connais mal la communauté musulmane australienne,
08:18je ne connais pas les dynamiques qui la traversent avec précision,
08:20et donc je ne voudrais pas être caricatural.
08:23Donc, il faudrait regarder à quoi ces organisations,
08:27ces imams australiens sont affiliés comme organisations.
08:31J'imagine aussi une influence d'un islam consulaire,
08:34comme nous l'avons en France,
08:34qui peut expliquer aussi les positions liées aux positions diplomatiques des pays d'origine.
08:39Moi, ce qui me frappe, c'est surtout la manière dont l'islamisme,
08:42de manière générale, se nourrit de la question du conflit israélo-palestinien,
08:47qu'il utilise comme une forme de paravent politique pour s'exprimer,
08:52parce qu'il sait que sur ce terrain-là,
08:55il va pouvoir trouver une forme de légitimité,
08:57une forme d'écoute bienveillante dans le grand public,
09:01qui va lui permettre d'avancer masqué.
09:03C'est pour lui une manière de recruter l'instrumentalisation du conflit,
09:08au fond, l'instrumentalisation de la détresse des Palestiniens,
09:10parce qu'ils n'ont rien à faire des Palestiniens réels,
09:12au fond, ce qui compte, c'est de pouvoir instrumentaliser cette question
09:14pour pouvoir recruter et radicaliser dans leur objectif,
09:19qu'est l'agenda de la rhétorique.
09:20Alors, on y reviendra dans un instant,
09:21je voudrais juste qu'on écoute Laurent Nunez
09:23sur la sécurité des Juifs de France aujourd'hui.
09:28J'ai réadressé une instruction à l'ensemble des préfets
09:31suite au terrible attentat de Sydney.
09:34Ils l'avaient déjà reçu, cette instruction, je l'ai rappelée.
09:37Voilà, donc nous sommes très mobilisés, évidemment,
09:39je veux rassurer nos compatriotes de confession juive,
09:42nous sommes le ministre de l'Intérieur,
09:44les forces de sécurité intérieure sont à leur côté,
09:46avec l'ensemble des policiers, des gendarmes,
09:49des militaires du dispositif Sentinelle.
09:51Évidemment, on continuera à être extrêmement présents,
09:53évidemment, et donc ils peuvent pratiquer leur culte en toute sécurité.
09:56Voilà, c'est la garantie que je veux apporter,
09:58que le gouvernement apporte.
09:59Question simple, Jonathan Arfi, est-ce que vous êtes serein ?
10:03Serein, on ne peut jamais l'être totalement,
10:06parce qu'on connaît la menace de l'antisémitisme,
10:09on sait que, malheureusement, elle est présente aujourd'hui,
10:13comme elle l'a été hier à Sydney,
10:15comme elle l'a été depuis 25 ans dans notre pays,
10:18avec un renouveau de l'antisémitisme qu'on connaît,
10:20et en particulier depuis deux ans.
10:21Donc, je ne m'aventurerai jamais à dire que je suis 100% confiant.
10:26En revanche, ce dont je peux témoigner,
10:28et je me suis entretenu hier avec le ministre de l'Intérieur,
10:30Laurent Nunez, sur cette question,
10:31c'est de la volonté du ministère de l'Intérieur
10:33de renforcer la sécurité pour, à la fois, gérer la menace,
10:38évidemment, et, par ailleurs, rassurer.
10:40Et puis, moi, il y a un message politique qui m'importe,
10:43et que j'entends dans ce que vient de dire Laurent Nunez,
10:44et qui correspond à celui aussi des institutions juives.
10:47C'est de dire qu'il n'est pas question
10:48d'offrir aux terroristes une victoire symbolique
10:51en commençant à annuler des festivités de Hanoukka,
10:55en commençant à réduire la voilure de la vie juive
10:58dans notre pays.
10:58Et puis, au fond, ce serait voir la démocratie céder
11:02face à ceux qui vont leur faire plier genoux.
11:05Et ça, c'est évidemment un message important.
11:07Moi, j'ai été hier à deux allumages de Hanoukka à Paris.
11:10Parce qu'on allume des bougies.
11:11Voilà, on allume des bougies.
11:13C'est la fête des lumières.
11:13Voilà, donc c'est des fêtes d'allumage de bougies.
11:16Eh bien, je peux vous dire que les gens qui étaient là,
11:17ils avaient conscience que leur présence individuelle
11:20était un message puissant.
11:22Des gens qui venaient avec leurs enfants
11:24dans un moment comme ça,
11:25pour dire qu'ils ne céderont pas personnellement.
11:27personnellement face au terrorisme.
11:29C'est une forme de combat.
11:30Et l'histoire de Hanoukka, pour le symbolique,
11:33c'est une histoire quand même de résistance.
11:35Et donc, quelque part,
11:37eh bien, ça continue à être une histoire de résistance
11:39que de le célébrer face à ceux qui nous combattent.
11:41Vous êtes l'invité d'Europe 1 Soir jusqu'à 20h.
Commentaires