00:00Nous allons rejoindre Nivine qui a 23 ans, qui est une étudiante franco-libanaise qui vit au sud du Liban.
00:06Dès qu'on l'a en ligne, vous nous dites, on l'a en ligne ? Super !
00:09Alors, vous êtes, ma chère Nivine, étudiante franco-libanaise, je disais que vous êtes au sud Liban.
00:15On a envie de savoir comment ça se passe. Dites-nous tout, puisque nous on voit une certaine panique dans
00:21le sud Liban.
00:22Des dizaines de milliers de personnes qui fuient le sud Liban.
00:27Où êtes-vous précisément ? Racontez-nous ce que vous vivez.
00:32Bonjour, alors je me trouve au sud Liban actuellement. Je suis tout droit là dans ma voiture.
00:40Dans votre voiture.
00:41Oui, je me rends à Beyrouth parce qu'ils viennent d'envoyer Israël un message d'urgence pour tout le
00:48sud Liban,
00:49c'est-à-dire derrière la rivière du Litanie, pour quitter la zone.
00:55Donc, mon village se trouve dans cette zone-là et la ville de Tyre aussi.
00:59Donc, nous avons fait nos affaires en vitesse et nous sommes sur la route.
01:02Alors, nous c'est qui ? Votre père, votre mère, vos frères, vos soeurs ?
01:06Alors oui, ma famille, mes parents, mon frère et moi.
01:09D'accord. Où allez-vous concrètement ? Vous allez vers Beyrouth ? Vous avez des amis là-bas ?
01:12Ou est-ce que vous allez concrètement Nivine ?
01:15Donc, moi, j'ai une maison à Beyrouth, un appartement parce que je fais mes études sur Beyrouth.
01:21Du coup, je suis en train de me rendre vers mon appartement où nous allons tous vivre pour le moment.
01:27Alors, on parle de dizaines de milliers de personnes qui sont, comme vous, Nivine, dans leur voiture, en train de
01:33fuir.
01:33Beaucoup d'embouteillages. On parle de personnes âgées qui sont parties, comme ça, en une fraction de seconde, sans leurs
01:39médicaments.
01:40Fatiguées, épuisées, qui dorment un peu n'importe où.
01:42Saola, qu'est-ce que vous pouvez nous témoigner de ce que vous voyez autour de vous, Nivine ?
01:47Tout à fait, tout à fait. Donc, on a vu, en fait, notre maison donne vue sur la rue par
01:53laquelle tout le monde passe pour prendre l'autoroute qui nous rend sur Beyrouth.
01:57Du coup, on a pu voir énormément de gens qui prenaient la route. Donc, comme vous avez dit, des familles,
02:02des enfants, des vieillards, des gens malades.
02:05De même, il y a des gens qui partaient à pied. Donc, ils n'ont peut-être pas les moyens
02:09de se déplacer, qu'ils partaient à pied ou sur des motos.
02:13Et ils étaient plusieurs sur les motos. Donc, c'est très, très difficile.
02:16Donc, ils fuient comme ils peuvent.
02:18J'ai de la famille qui a passé plus de dix heures sur la route, alors qu'en temps normal,
02:22cette route ne prend pas plus d'une heure.
02:24Ah oui, incroyable, incroyable. Et vous, vous êtes en voiture. Votre voiture est pleine. Vous êtes combien ? Cinq, six
02:31? Vous êtes combien ?
02:33Alors oui, on est plutôt nombreux et il y a aussi beaucoup de bagages. Donc, voilà, c'est ça.
02:39Et les routes sont encombrées. Est-ce qu'il y a une certaine panique ou pas autour de vous ?
02:44Est-ce que c'est une certaine lassitude ? On en a marre ? On a l'habitude de fuir
02:51? On espère que c'est la dernière fois ?
02:53Ou bien, est-ce que vous sentez une certaine panique ?
02:56Une panique, oui, c'est normal. Mais il y a aussi un grand sentiment de lassitude, exactement, d'habitude, de
03:02déjà-vu.
03:03Donc, on en a vraiment marre de toujours avoir à revivre le même scénario, alors qu'on a à peine
03:09le temps de s'en remettre de la précédente guerre.
03:12Oui. Gabrielle Cluzel, journaliste à Europe 1, vous pose une question, ma chère Nivine.
03:17Oui, vu en tout cas de France, et pour les témoignages que j'ai pu en avoir, on a l
03:21'impression quand même que c'est un peu le quotidien des Libanais,
03:24que, en tout cas ceux qui habitent dans le sud, est-ce que vous espérez, de ce qui se passe
03:29actuellement, une vraie pacification du Liban ?
03:33Est-ce que la fin du Hezbollah ou du pouvoir du Hezbollah dans votre pays, est-ce que c'est
03:39quelque chose qui vous lève une espérance en vous ?
03:44Alors, bien sûr, nous, on aimerait vivre dans la paix, comme n'importe quel pays normal.
03:50Le Liban est un magnifique pays et il ne mérite pas tout ce qui lui arrive, honnêtement.
03:53Et nous sommes très, très fatigués. Le peuple, vraiment, c'est celui qui subit le plus de dégâts.
03:58Donc, on perd nos maisons, notre travail, nos économies, nos familles aussi, des proches.
04:05Donc, bien sûr, on espère avoir la paix. On espère que le Hezbollah va trouver un accord de paix avec
04:12l'Israël.
04:13Je ne sais pas si, pour autant, je pourrais dire que j'espère que le Hezbollah n'existe plus,
04:18parce qu'au final, ce sont peut-être un peu les seuls qui sont là pour protéger nos frontières.
04:23Mais, c'est vrai qu'ils ne sont pas non plus tout blancs.
04:26Donc, on espère qu'il y ait peut-être, je ne sais pas, que l'armée libanaise puisse trouver un
04:31moyen de savoir elle-même être apte à défendre son pays.
04:34Merci beaucoup, Nivine, pour ce témoignage très fort en direct du Sud-Liban.
04:40Nivine, 23 ans, étudiante franco-libanaise, qui est dans sa voiture en train de fuir le Sud du Liban,
04:46avec toute sa famille, pour aller à Beyrouth et nous témoigner comment elle voit autour d'elle des personnes qui
04:51sont à pied,
04:52des personnes qui sont à moto.
04:53Nous irons d'ailleurs, dans un instant, on marque une pause, on revient, avec Rayane, qui a 22 ans,
04:57qui lui aussi est un étudiant franco-libanaise, qui est dans le nord, qui vit à côté de Beyrouth,
05:03au nord de Beyrouth, pour savoir effectivement comment ça se passe dans le nord de Beyrouth.
05:08On marque une pause, on revient avec ces témoignages au cœur de la guerre.
05:11Merci.
Commentaires