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  • il y a 5 semaines
Transcription
00:00:00Voici ceux que l'on ne veut plus voir, ceux que le monde aimerait oublier parce qu'ils sont fous et dangereux.
00:00:30Beaucoup parmi eux ont tué ou violé. Ils sont tellement dangereux que ni les prisons ni les hôpitaux psychiatriques n'en veulent.
00:00:38Pour eux, une seule solution, la dernière solution, l'UMD, l'unité pour malades difficiles.
00:00:45A Cadillac, 104 hommes sont internés pour quelques années ou jusqu'à la fin de leur jour parce que jusqu'à leur mort, ils seront un danger pour ceux qui les approchent.
00:00:54Karim ? Karim ?
00:00:58Ah ça va ça va, c'est roux.
00:01:11Il m'a mendu ?
00:01:14Non, non, non.
00:01:15C'est plus gros qu'autre chose.
00:01:18Attention parce qu'il ne faut pas que je le lave.
00:01:20Michel là, Michel là, je ne peux pas lâcher.
00:01:27Attends, parce que moi, je ne peux pas lâcher, là.
00:01:30Il faut que je me sorte, hein.
00:01:32Oui, oui.
00:01:35Non, non, non, parce qu'il va mordre, je ne peux pas lâcher, moi.
00:01:37Allez, vas-y, c'est bon.
00:01:48T'es monté ? T'es monté ?
00:01:51Ah non, mais c'est trop tard, là, tu ne peux pas.
00:01:57Non ? Si tu me mouilles ?
00:02:03Oui.
00:02:10Là.
00:02:11Ah, merde, j'ai pas l'air.
00:02:13On l'a mis au-delà, il faut y avoir une boucle.
00:02:15On l'a mis, c'est ça ?
00:02:16Non, t'as pas de boucle.
00:02:17Ok, tire-le, autour.
00:02:19Voilà, tu passes autour.
00:02:20Tu passes autour, t'es tranquille.
00:02:21Et tu mets les mains.
00:02:23Tu le déf... Ah ouais.
00:02:25Pardon.
00:02:26Là.
00:02:27Tiens.
00:02:32C'est gentil.
00:02:33Oui, c'est gentil.
00:02:34C'est gentil, mais c'est avant qu'il faut être gentil.
00:02:37Hein ?
00:02:44Allez.
00:02:46Voilà, c'est bon.
00:02:47Allez.
00:02:48Ça va ?
00:02:50Un, trois.
00:02:51Un, trois.
00:02:52Un, trois.
00:02:53Jean-Paul est infirmier psychiatrique à Cadillac, depuis 15 ans.
00:02:56Il est affecté au pavillon Clé-Rambeau.
00:02:58Dix malades, les plus imprévisibles de tous.
00:03:01Dix hommes pour qui le contact avec d'autres malades,
00:03:03ou des infirmiers qu'ils n'ont pas acceptés, est insupportable.
00:03:07Putain, il m'a ganté juste le bout de l'oreille.
00:03:13Là, c'est la canine gauche.
00:03:15Je l'ai vue arriver.
00:03:16J'ai juste l'été d'en sortir.
00:03:17Quand on est au mai, il a réussi à s'approcher.
00:03:23Et encore, heureusement, on l'a bien vu arriver.
00:03:27Je le voyais avec brun.
00:03:33Ah, le con.
00:03:37Le con, il va.
00:03:38Ah, putain, j'ai l'adam qui est pas assez pris, hein.
00:03:49Ah oui, oui, là.
00:03:51Je l'ai senti.
00:03:53Ah, puis en plus, j'ai l'habitude, je savais.
00:03:56Mais là, hein.
00:03:58Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?
00:03:59Il m'est arrivé que...
00:04:01Je voyais bien qu'il était pas bien, qu'il fallait s'approcher pour rattraper.
00:04:03Et puis bon...
00:04:05Qu'est-ce qu'il y a de temps chez Sacré?
00:04:07Eh bien, le fait que M. Brun, l'airothérapeute, lui ait signifié la fin de...
00:04:12la fin de sa séance.
00:04:14La fin de sa prise en charge.
00:04:15Et bon...
00:04:16Intolérance à la frustration.
00:04:20Des vitres blindées, des meubles scellés parce que ces dix-là sont en permanence au bord de la crise.
00:04:30Oh...
00:04:32Oh...
00:04:37Comment ça va ?
00:04:47C'est pas mal, hein.
00:04:49Voilà.
00:04:51Qu'est-ce qu'il y a ?
00:04:52Tu me sens...
00:04:53Tentu...
00:04:54Accrétive...
00:04:56Nerveuse.
00:04:57Bien, le...
00:04:58Alors, je t'en mette plus.
00:05:00Allez, à tout à l'heure.
00:05:02Là, maintenant, il faut sortir, hein.
00:05:05Pourquoi ?
00:05:06Une fois qu'il l'a...
00:05:07Une fois qu'il l'a annoncé, qu'il l'a prononcé, il faut éviter d'insister.
00:05:12C'est-à-dire que bon, pour l'instant, il est complètement en retrait.
00:05:15Il est dans sa pathologie, dans son monde.
00:05:17C'est lui qui l'a décidé, d'ailleurs, depuis plusieurs mois, hein.
00:05:19Et, euh...
00:05:21C'est une...
00:05:23C'est une phrase rituelle qui n'a d'autre but, en fait, que de se rassurer, hein.
00:05:27Il se rassure tout en disant, je suis agressif, tendu et nerveux.
00:05:30C'est-à-dire que lorsqu'il a envoyé le message, il a comme...
00:05:34Comme excusé, en fait, ses prochains gestes, quoi, lorsqu'il va y en voir.
00:05:38Et nous, on sait pertinemment que lorsque la...
00:05:41Lorsque la phrase est posée, on sait, nous, pertinemment, qu'elle a valeur
00:05:45des signes à Vancouver d'une éventuelle crise.
00:05:48Ça va ?
00:05:50Tranquillisant, produit régulateur de l'humeur, la journée commence par ce rituel.
00:05:55Impossible de savoir les noms des produits et les doses secrets médicales.
00:05:59Les infirmiers se contentent de dire qu'une seule de ces pilules assommerait un homme normal.
00:06:07Bonjour, Josée.
00:06:08Bonjour.
00:06:10On t'a préparé un bon carton.
00:06:12Voilà, Josée.
00:06:14Allez, on marche.
00:06:16T'as des envies ?
00:06:19T'as des envies ?
00:06:20Oui.
00:06:22C'est pas vrai ?
00:06:24Ouais.
00:06:25T'as des envies ?
00:06:26Ok.
00:06:28Hé, hé, je vais te dire, oh, le terrain, j'ai pas rêvé à toi, moi.
00:06:30Hé, hé, hé, hé, hé, hé.
00:06:35Hé, hé, hé, hé, hé, hé, hé, hé, hé.
00:06:36Merci, Josée.
00:06:37Bien, alors.
00:06:38Vas-y, tu peux les jouer.
00:06:41Vas-y, tu peux les jouer.
00:06:56Quand la puissance des médicaments n'est pas suffisante, il reste les liens, la contention.
00:07:01Pascal a passé la nuit entravé sur son lit.
00:07:03Les infirmiers ont peur pour lui.
00:07:05Il a de plus en plus tendance à vouloir se faire mal.
00:07:08À lui, plus qu'à personne d'autre.
00:07:11Allez, redresse-toi quand même.
00:07:31Non.
00:07:32Ah, souris !
00:07:37T'as du savon ? T'as du shampooé, canard ?
00:07:40L'eau est chaude ?
00:07:41Ah, encore.
00:07:43Ah non.
00:07:44Pour des malades enfoncés si loin dans leur délire, les médicaments ne peuvent plus grand-chose.
00:07:51Ah, non, du lait.
00:07:53Barbier.
00:07:54Non, du lait.
00:07:55Ah, du lait.
00:07:56Ah, du lait.
00:07:57Du lait.
00:07:58Du lait ?
00:07:59Ça, c'est du shampooé pour mettre sur tes cheveux.
00:08:02C'est le vert ?
00:08:03Oui.
00:08:04Oui.
00:08:07C'est celui de ma maman.
00:08:11Ah, c'est du loin ?
00:08:12Oui.
00:08:13Oui.
00:08:15Les infirmiers savent que le seul moyen pour tenter de les ramener vers notre monde est de les entourer.
00:08:21Ils espèrent toujours qu'à force d'attention, ils provoqueront le miracle.
00:08:25Ils les extirperont de la folie.
00:08:29Il va.
00:08:30Il va.
00:08:31Il va.
00:08:32Il va.
00:08:33Il va.
00:08:34Il va.
00:08:35Il va.
00:08:36Il va.
00:08:37Si on est tous infirmiers, on en demeure pas moins tous des hommes.
00:08:41Il va.
00:08:42Il va.
00:08:43Il va.
00:08:44Il va.
00:08:45Il va.
00:08:46Il va.
00:08:47Il va.
00:08:48Il va.
00:08:49Il va.
00:08:50Il va.
00:08:51Il va.
00:08:52Il va.
00:08:53Il va.
00:08:54Il va.
00:08:55Il va.
00:08:56Il va.
00:08:57Il va.
00:08:58Il va.
00:08:59Il va.
00:09:00Il va.
00:09:01Il va.
00:09:02Il va.
00:09:03Il va.
00:09:04Il va.
00:09:05Il va.
00:09:06Il va.
00:09:07Il va.
00:09:08Il va.
00:09:09Il va.
00:09:10Il va.
00:09:11Il va.
00:09:12Il va.
00:09:13Il va.
00:09:17Il va.
00:09:19Il va.
00:09:22Il va.
00:09:23Il va.
00:09:28Et puis...
00:09:29Il va.
00:09:31Il va.
00:09:32Il a...
00:09:34Il va.
00:09:35Qu'est-ce que c'était comme bêtise ?
00:09:36C'est qui c'est Jean-Paul, où il est ?
00:09:38Où il est ?
00:09:40C'est là où il est...
00:09:42Tu dois connaître depuis.
00:09:50Allez, Karine, tu peux déjeuner.
00:09:59Il n'y a pas de rancœur ?
00:10:00Non, non, non.
00:10:02Pas du tout.
00:10:04Vous n'avez pas de rancœur ?
00:10:06Si, si, elle a du haut, là.
00:10:08Oui, mais comme ça.
00:10:10C'est la grandeur de la rancœur.
00:10:12C'est mon rancœur.
00:10:14Je peux te dire que je suis passé...
00:10:16Hop, et j'entendue.
00:10:26Rémi a déjà passé beaucoup d'années au pavillon Clé-Rambeau.
00:10:32Il a appris les mots, les attitudes et les expressions
00:10:34qui permettent d'approcher ses hommes
00:10:36qu'un simple mot de travers
00:10:38ou un regard mal interprété
00:10:40peuvent faire exploser.
00:10:42C'est un des deux, là.
00:10:44Ce deux, il est bon.
00:10:46Je fais chier.
00:10:48Hé, merde !
00:10:50Je fais chier avec cette poche trouée.
00:10:52C'est un des deux.
00:10:54Je n'ai pas d'accord.
00:10:56Je n'ai pas d'accord.
00:10:58Tu me donnes tes petites menottes ?
00:11:00On va mettre les conditions ?
00:11:02Tu vas te faire couper un peu les chevres ?
00:11:04Non !
00:11:06Non !
00:11:08Tu vas te faire couper un peu les chevres ?
00:11:10Non !
00:11:12Et oui, mais après, il ne revient plus d'un moment.
00:11:14Non !
00:11:16Avec les conditions, je reste avec toi.
00:11:18Tu ne risques rien ?
00:11:19Pourquoi ? Tu ne te sens pas bien ?
00:11:20Non !
00:11:21Ah bon, alors on n'insiste pas.
00:11:23Allez, rentre dans ta chambre.
00:11:25Rémi a compris.
00:11:26André est sur le point de basculer dans une crise.
00:11:29Ce n'est que dans sa chambre qu'il pourra retrouver le calme.
00:11:32Ce geste, pour demander à un nouvel infirmier de disparaître.
00:11:35Une tête inconnue dans son univers.
00:11:37Et André risque de réagir par une attaque très violente.
00:11:46Il ne veut pas ?
00:11:47On ne veut pas ?
00:11:48On ne peut pas les cheveux ?
00:11:49Non !
00:11:50Pourquoi ?
00:11:51Il n'a pas à la barre un petit peu.
00:11:55Il se sent agréé.
00:11:57Il est caché, il est routier.
00:11:58Il n'a pas voulu, il ne faut pas insister.
00:12:00Non, il n'a pas voulu.
00:12:01Il n'a pas insisté.
00:12:02Il n'a pas insisté.
00:12:03Oui ?
00:12:04La fenêtre ?
00:12:05Oui.
00:12:07Il est caché n'a pas fini.
00:12:08Il n'a pas fini, il est fermé.
00:12:10Il n'a pas fini.
00:12:11Il n'a pas fait rien.
00:12:14Tu iras la prochaine fois, la *** !
00:12:16Tu verras.
00:12:18Tu verras.
00:12:19Tu viens, Karim ?
00:12:20Chez le coiffeur ?
00:12:21Avec un gris.
00:12:22Oui.
00:12:23Oui.
00:12:24Oui.
00:12:25Je vais les chercher.
00:12:26Tu viens, Karim ?
00:12:27Chez le coiffeur ?
00:12:28Avec un gris.
00:12:29Ça va être beau, Karim.
00:12:30Allez va, mon gars.
00:12:31Aujourd'hui, Karim est calme.
00:12:32Il a envie de faire plaisir à Rémi, il sait également que Enrico, qui coiffe les malades
00:12:36depuis 32 ans, saura lui dire des mots qui lui feront plaisir.
00:12:39C'est beau, Karim.
00:12:40Voilà.
00:12:41Tu te mets là.
00:12:42Voilà.
00:12:43Allez, tu passes les mains.
00:12:45tranquille.
00:12:46Tu es sage, Karim.
00:12:47D'accord ?
00:12:48Il est beau, Karim.
00:12:49Il est beau, Karim.
00:12:50Il est beau, Karim.
00:12:51Qu'est-ce que c'est là ?
00:12:52Qu'est-ce que c'est là que tu as en face, Karim ?
00:12:53Qu'est-ce que tu vois en face ?
00:12:54Qu'est-ce que tu vois en face ?
00:12:55C'est beau, Karim.
00:12:56Il a envie de faire plaisir à Rémi, il sait également que Enrico, qui coiffe les
00:13:01malades depuis 32 ans, saura lui dire des mots qui lui feront plaisir.
00:13:05Il est beau, Karim.
00:13:06Voilà.
00:13:07Tu te mets là.
00:13:08Voilà.
00:13:09Allez, tu passes les mains.
00:13:11Tranquille.
00:13:12Tu es sage, Karim.
00:13:13D'accord ?
00:13:14Il est beau, Karim.
00:13:15Qu'est-ce que c'est là que tu as en face, Karim ?
00:13:19Qu'est-ce que tu vois en face ?
00:13:20C'est un pâteau.
00:13:21Qu'est-ce que tu vois en face ?
00:13:23Couper les cheveux.
00:13:24Couper les cheveux.
00:13:25Couper les cheveux.
00:13:26Couper les cheveux.
00:13:27Couper la tête.
00:13:28Couper la tête ?
00:13:29Oui.
00:13:30Ah oui ?
00:13:31Couper la tête, ferme droit.
00:13:32Des jours, je ne dors pas.
00:13:34Tu ne dors pas ?
00:13:36Tu dors mal ?
00:13:37Je ne dors pas la tête.
00:13:39Ah oui ?
00:13:40Bon.
00:13:43Allez, on est sage, Karim.
00:13:45Comment on les coupe ?
00:13:46Cours ou pas trop court ?
00:13:47On les coupe.
00:13:48Cours ?
00:13:49Allez.
00:13:50Il est beau.
00:13:52Il est beau, Karim ?
00:13:54Qu'est-ce que tu as chez là, Karim ?
00:13:5615 ans.
00:13:5715 ans ?
00:13:58J'ai grand.
00:13:59Karim l'a oublié ou peut-être jamais su.
00:14:02Il y a des années qu'il n'a plus 15 ans.
00:14:04Toujours sage.
00:14:06Il ne faut pas le péter, il faut pas le péter.
00:14:10Il ne faut pas le péter, quand même.
00:14:13Il ne faut pas taper visi.
00:14:14Non, non, il ne faut pas taper.
00:14:16Non, parce que ça fait mal quand on se bat.
00:14:20Il ne faut pas te violer.
00:14:23C'est pas sage.
00:14:25Attaché.
00:14:26Attaché.
00:14:27Et puis en chambre.
00:14:29En chambre.
00:14:32Je veux une pause.
00:14:37D'accord.
00:14:38Merci.
00:14:39Voilà.
00:14:41Il est bien.
00:14:42Il est beau, Karine.
00:14:43C'est ma femme qui m'a appelé pour me dire que papa vient de prendre dix ans.
00:14:48Avec dix ans de plus d'interdiction de droit civique.
00:14:51Il est beau.
00:14:53Merci, monsieur.
00:14:56À la prochaine.
00:14:57Voilà.
00:14:57À la prochaine.
00:14:58Il est content, Karine ?
00:14:59À la prochaine.
00:15:00Tenez, Karine.
00:15:00Tenez.
00:15:01Il est content, Karine ?
00:15:02Oui.
00:15:03Ah oui ?
00:15:03Regardez le monsieur là-bas.
00:15:04Regardez le monsieur.
00:15:05Voilà.
00:15:07Qu'est-ce qu'on dit ?
00:15:07Qu'est-ce qu'on voit là ?
00:15:08Qu'est-ce que vous voyez là ?
00:15:09Il est beau.
00:15:10Il est beau, Karine.
00:15:11Dites-le.
00:15:12Il est beau, Karine.
00:15:14Il est beau.
00:15:15Voilà.
00:15:16Il est content.
00:15:18Eh, Karine ?
00:15:19Il est content, hein ?
00:15:20Voilà.
00:15:22Allez, à bientôt.
00:15:23À bientôt.
00:15:24À bientôt.
00:15:25Bye bye.
00:15:25Bye bye.
00:15:26Approcher un malade aussi imprévisible que Karine, le rassurer suffisamment pour parvenir à le toucher, c'est le garder un peu, dans le monde des hommes.
00:15:36C'est le talent de ces vieux infirmiers.
00:15:39Les jeunes n'ont pas encore ces bons réflexes, il leur faudra du temps pour apprendre.
00:15:43Par contre, ils comprennent très vite que s'ils ne se méfient pas, tout peut tourner au drame.
00:15:48Ils sont réactifs à la moindre frustration, ils sont intolérants.
00:16:07Ils sont dans le désir immédiat.
00:16:10Voilà, ils sont dans le désir immédiat.
00:16:12Rémi, je lui donne un stylo, Karine.
00:16:14Ouais.
00:16:16Tu donnes un stylo, le seul truc qu'il ne faut pas oublier, c'est de le récupérer.
00:16:20Parce qu'il peut l'avaler, il peut crever un oeil aux voisins, il peut tout faire, quoi.
00:16:29C'est des gens qui, à un moment de leur vie, ont un passage délicat, etc.
00:16:38Même si c'est des maladeux assez lourds qui perturbent les hôpitaux traditionnels.
00:16:45Ici, tous les gestes sont invraisemblables.
00:16:49Tu donnes un stylo à quelqu'un, tu ne sais pas ce qu'ils vont faire.
00:16:52Le seul truc qu'il faut que tu aies à l'esprit, c'est que le stylo, il faut que tu le récupères.
00:16:56Rien n'est comme ailleurs.
00:17:03Cet élève infirmière en psychiatrie est là pour une journée de stage.
00:17:07Il faut décoder, quoi.
00:17:07À travers une demande délirante, il faut savoir ce qu'il veut, qu'est-ce qu'il mijote,
00:17:16est-ce qu'il est en train de monter un plan, est-ce que ça va être d'une bonne utilité.
00:17:23Il faut décoder, quoi.
00:17:26Alors par habitude, par expérience, on sait.
00:17:30Il y en a un, il arrive et il veut le petit t-shirt, après il veut le grand pyjama,
00:17:35il veut plus des enveloppes.
00:17:36À la quatrième demande, il va exploser.
00:17:38Une présence féminine rare dans le pavillon, elle risque trop de déranger certains des malades.
00:17:49Lui, tu imagines facilement qu'il n'est pas avec nous et qu'il répond en permanence à des choses qu'il entend, à des choses qu'il voit.
00:17:59À lui, il a le regard du gars qui n'est pas là, du grand schizophrène, qui vit dans son monde, dans sa bulle, dans son enveloppe.
00:18:10Voilà, on évite un peu la visite zoologique, on évite un peu d'être derrière les portes.
00:18:19Parce que tout intervenant extérieur, toute tête nouvelle, c'est pour ça que nous, on a demandé d'avoir une équipe stable.
00:18:29Toute tête nouvelle les déstabilise, ils posent des questions, ça leur envoie des choses.
00:18:36Un, ça va être, pourquoi ma soeur est venue, elle n'est pas venue me voir.
00:18:39Tu as des fausses reconnaissances, plein de types de ceux.
00:18:44Ça va, Josy ?
00:18:46Qu'est-ce qui tape ?
00:18:52Les chambres n'ont pas été tellement retouchées.
00:19:00Ah, c'est...
00:19:00Tu te mets sur le côté ?
00:19:05C'est bon, tu as les draps et...
00:19:09Tu as tout, ta chambre, ta serrure est réparée.
00:19:12Attends, attends, force pas sur la porte.
00:19:15Allez, va mon gars, tu vas venir te fermer.
00:19:17Tu peux y aller.
00:19:19Allez, va.
00:19:21C'est une élève.
00:19:22Dis-lui bonjour.
00:19:25Voilà, c'est une élève qui est venue en stage un peu.
00:19:27Mais elle reste pas là, va.
00:19:28C'est dommage parce que t'aimes bien, toi, les filles, hein ?
00:19:31Oui.
00:19:31T'aimes bien les filles, toi, les...
00:19:33Tu fais ton lit ?
00:19:36T'as pas besoin que je t'aide ?
00:19:37C'est vrai.
00:19:38Tu fais ton lit tranquillement ?
00:19:39Oui, mon gars, tu vas venir te fermer.
00:19:41Tu peux y aller.
00:19:42Merci.
00:19:43Allez, va.
00:19:44C'est une élève.
00:19:46Dis-lui bonjour.
00:19:47Bonjour.
00:19:49Voilà, c'est une élève qui est venue en stage un peu.
00:19:51Mais elle reste pas là, va.
00:19:52C'est dommage parce que t'aimes bien, toi, les filles, hein ?
00:19:55Oui.
00:19:55T'aimes bien les filles, toi, les...
00:19:57Tu fais ton lit ?
00:20:00T'as pas besoin que je t'aide ?
00:20:01Ça va.
00:20:02Tu fais ton lit tranquillement ?
00:20:03Oui.
00:20:03Allez, à tout à l'heure.
00:20:11Tu vois, là, il y avait une possibilité de passage à l'acte.
00:20:14Il arrive sur toi.
00:20:15T'as vu, j'étais pas trop loin.
00:20:16Je lui ai pris un peu la main, au cas où.
00:20:19Et après, avec une petite barre, un peu de dérision,
00:20:22tu dis, ah, mais toi aussi, t'aimes les filles, tu vois ?
00:20:24Oui, oui, il craque, il re-rentre.
00:20:26Mais c'est pas obligé que demain, la même situation,
00:20:28la même chose se passe aussi bien.
00:20:33Quand tout est calme à Clé-Rambeau,
00:20:35il y a récompense, friandise ou musique.
00:21:24Pour les quatre pensionnaires que l'on peut laisser ensemble dans la salle commune,
00:21:50friandise pour les six autres,
00:21:52ceux dont on sait qu'ils ne pourraient pas résister à leurs pulsions.
00:21:55T'as drôle, friandise, Pascal ?
00:21:58Oui.
00:21:58Oui ?
00:21:59Ça a été ce matin.
00:22:02Donc, chose promise, chose ?
00:22:04Dues.
00:22:05Tiens, mon gars.
00:22:07Ça va ?
00:22:09T'as lancé ?
00:22:10Bon, allez.
00:22:12Pas pour ça qu'il faut faire le con cet après-midi ?
00:22:16Hein ?
00:22:17D'accord ?
00:22:18Oui.
00:22:18À table.
00:22:31À table.
00:22:31À table.
00:22:32À table.
00:22:36La la la la la la la la.
00:22:39Et ?
00:22:41Ah oui, ça !
00:22:43Oh !
00:22:45Oh !
00:22:49Oh !
00:22:51Oh !
00:22:53J'ai les médicaments !
00:22:55J'ai les médicaments !
00:22:57J'ai les médicaments !
00:22:59A table !
00:23:01A table !
00:23:03A table !
00:23:05La chérie est toujours là !
00:23:11Ah !
00:23:13Ah !
00:23:15J'ai mis ça !
00:23:17J'ai mis ça !
00:23:19J'ai mis ça !
00:23:21Oh !
00:23:23Oh !
00:23:25J'ai mis le temps !
00:23:29Allez, viens ! Tu me dois enlever là, c'est pas fini ?
00:23:31Ah ! Merci !
00:23:33Sur les dix internés de Clérembeau, six ont été jusqu'au milieu de leur vie, dans la société, des hommes respectés, voire admirés, ingénieurs, architectes, artistes.
00:23:51Certains un jour ont tué, d'autres ont commis ce que la justice qualifie d'acte de barbarie.
00:23:57Certains n'ont rien fait, mais leur folie les a amenés si loin qu'ils peuvent à tout moment mettre les autres hommes en danger.
00:24:05Les médicaments !
00:24:07T'as faim ?
00:24:09T'as faim un petit peu ?
00:24:11Allez, tu vas manger, on va t'emmener le plateau.
00:24:13Les médicaments !
00:24:15T'as vu, il y a de bons matériels là !
00:24:17Allez !
00:24:19Tiens, dans ton plateau !
00:24:23Ceux que les infirmiers estiment trop proches de l'explosion mangent dans leur chambre.
00:24:45Leur maladie, le délire psychotique.
00:24:47Les médecins nomment ainsi le trouble de ceux qui n'ont plus aucune conscience du bien ou du mal qu'ils peuvent faire, faire aux autres ou s'infliger.
00:24:55Aucun psychiatre n'a jamais pu expliquer l'origine de cette maladie.
00:24:58Le délire psychotique, l'un des grands mystères de la médecine, qui sait calmer ses effets mais qui ne sait pas soigner ses causes.
00:25:05C'est un bizarre !
00:25:07C'est du cœur !
00:25:09C'est du cœur !
00:25:11Du cœur aux oignons !
00:25:13Il y a des courgettes !
00:25:15Tiens, prends tes médicaments !
00:25:17Prends tes médicaments !
00:25:19Je ne sais pas !
00:25:21Oui, on a entendu !
00:25:35Voilà, bon appétit !
00:25:39Pression !
00:25:41Allez !
00:25:45Assez !
00:25:47Assez !
00:25:53C'est l'examinaire !
00:25:55Pas possible, hein ?
00:25:57Les malades de Clérembourg ont peur. Peur de leur violence, peur du regard des autres.
00:26:03Peur de comprendre un jour ce que la maladie leur a fait.
00:26:07Lorsque tout est calme, dans ces rares moments, les infirmiers tentent de les faire parler.
00:26:12C'est qui ?
00:26:15Hein ?
00:26:27Hein ? Qu'est-ce que tu dis ?
00:26:30Explique-moi ! Qu'est-ce que tu dis ?
00:26:32Garder le contact pour qu'il ne s'enfonce pas plus encore.
00:26:37Il vaudrait mieux. Ce serait préférable.
00:26:41Ce serait préférable.
00:26:47Va te reposer. Va fumer, tranquille, et va te reposer.
00:26:50Va t'asseoir le dos breteuil.
00:26:53Va te reposer.
00:26:55OK !
00:26:56Écoute-moi.
00:26:58C'est pas un déshonneur de pleurer.
00:27:01Oui, mais je comprends que c'est pas un déshonneur de pleurer.
00:27:04T'as le droit de pleurer !
00:27:05C'est pas un problème, ça.
00:27:09Et je comprends que t'en es m�re .
00:27:11La gueule, c'est ce pauvre...
00:27:15Qui ?
00:27:17Ben oui, il n'appartient qu'à toi d'aller t'excuser.
00:27:21C'est tout ça, ce qu'il dit.
00:27:23Bon, Sarah, ça ne changera rien.
00:27:27Ça ne changera rien au fait que ton agression est inacceptable.
00:27:33Et ça ne lui donnera pas la même valeur, par contre.
00:27:39Pourquoi ?
00:27:41Et je le sais que tu souffres.
00:27:45Je le sais bien.
00:27:47Mais nous, à notre niveau, on ne peut pas faire mieux que d'essayer de limiter ta souffrance.
00:27:52On veut bien la partager un peu, mais on ne peut pas faire mieux.
00:27:55On est au maximum.
00:27:57Il faut aussi que tu fasses des efforts à ton côté.
00:28:00On ne peut pas te soigner contre ton gré.
00:28:02Ça n'existe pas.
00:28:04On sort rarement de Clérembeau.
00:28:14Pourtant, le rêve des infirmiers est de voir partir leur malade vers d'autres pavillons.
00:28:19Moins délirants, moins explosifs.
00:28:21Ce n'est pas encore le départ pour Pierre.
00:28:24L'endroit où il le mène, c'est pour eux, pour lui, le dernier espoir, pour le sortir de son délire, pour le sortir de Clérembeau.
00:28:37Mais tu vas revenir, c'est sûr.
00:28:41Dès que le traitement ECT aura rapporté ses fruits, dès que ça ira un peu mieux...
00:28:48Mais voilà, pour l'instant, ça ne va pas.
00:28:50Donc tu restes à Clérembeau.
00:28:52Et dès que ça va mieux, tu reviendras Clérembeau.
00:28:54Sans problème.
00:28:56Eh oui, eh bien sûr.
00:29:01Le traitement ECT, les électrochocs.
00:29:05À Cadillac, ils sont appliqués aux malades chimioresistants,
00:29:08ceux sur lesquels les médicaments n'ont plus assez d'effet, quelle que soit la dose.
00:29:13Une médecine que l'on s'est efforcée de rendre humaine.
00:29:17Les patients sont sous anesthésie générale lorsque leur cerveau reçoit les chocs électriques.
00:29:22Le traitement ECT, le traitement ECT, le traitement ECT, le traitement ECT, le traitement ECT, le traitement ECT.
00:29:37Voilà, vous allez vous allonger.
00:29:39On va vous mettre le bras pour pas que vous ayez froid.
00:29:43Et puis voilà, on va faire un mot.
00:29:46On ne sait presque rien de l'influence de l'électricité sur les cerveaux malades.
00:29:54Mais on voit, quelquefois, les idées suicidaires, les angoisses ou l'agressivité disparaître
00:29:59comme si le choc avait réorganisé l'esprit.
00:30:02Les infirmiers parlent de miracle.
00:30:16Bon, là, on met un mort, hein.
00:30:33C'est pour que les gens ne se mordent pas.
00:30:37Ça ne peut pas y aller.
00:30:39Donc, attention.
00:30:41Là, on enregistre la crise électrique, hein, dans le cerveau.
00:30:53Et là, il y a une mini-crise clinique.
00:30:55En fait, c'est ce qui est provoqué, mais de façon bien réglée.
00:31:01On peut passer à l'aveugle.
00:31:03Voilà.
00:31:05Si le miracle se produit pour Pierre, il quittera Clairambeau,
00:31:13pour l'un des autres pavillons de l'unité pour malades difficiles.
00:31:17Il rejoindra les 94 autres internés de Cadillac.
00:31:2194 qui ne sont pas, eux, de façon permanente,
00:31:25sur le point d'exploser dans une crise de démence.
00:31:2894 dont l'agressivité est un peu mieux contrôlée.
00:31:31Pour la plupart, ils ont bénéficié de l'article 122A du code pénal.
00:31:35Ils sont hors de portée de la justice, car la loi prévoit
00:31:39que l'on ne peut pas juger et punir celui qui était irresponsable
00:31:43au moment où il a tué, blessé ou violé.
00:31:51Dans le pavillon Minkowski, ils sont 20 auxquels les infirmiers
00:31:55tentent de réapprendre à vivre en société.
00:31:5920 qui vivent ensemble pour apprendre à supporter les autres.
00:32:21Car les psychiatres estiment qu'il faudra un jour libérer une dizaine de places chaque mois
00:32:25dans l'unité pour malades difficiles afin d'accueillir de nouveaux arrivants.
00:32:30Il y a, comme une file d'attente, un apprentissage qui passe par la répétition des gestes du quotidien.
00:32:37pour certains, un apprentissage de la toilette.
00:32:39Pour tous, la répétition du rituel des médicaments.
00:32:58Car l'objectif, c'est bien de les faire sortir de l'internement.
00:33:07Le BWMD, c'est les faire sortir.
00:33:09C'est les faire sortir dans des conditions optimales de réinsertion, de réussite, de non-retour.
00:33:15En toute honnêteté, je leur dis à eux aussi, quand j'apprends qu'un gars va revenir, je suis malheureux.
00:33:21Comment ça ? Ça m'a fait chier, quoi.
00:33:23D'une part, je m'a dit que c'était une restauration tout à fait superficielle qu'on a réussi à faire.
00:33:29Et puis, c'est jamais aigué de...
00:33:31Oui, ça fait un an que je suis ici.
00:33:33J'ai eu des problèmes, j'entendais des voix, tout ça.
00:33:36Ils sont venus.
00:33:37J'ai été voir le médecin, je lui ai dit tous mes problèmes, tous les problèmes que j'avais.
00:33:41Il m'a dit, OK, il n'y a pas de problème, on va passer par un petit examen.
00:33:46Et on a commencé à faire des opérations.
00:33:50Et là, je suis encore à une opération toutes les deux semaines.
00:33:55Qu'est-ce que tu as entendu, comme quoi ?
00:33:57J'avais des voix qui me disaient de faire ça, de faire ceci, de faire cela.
00:34:02C'était envahi, quoi, parce que, voilà, j'étais pas bien.
00:34:05Et depuis que je suis arrivé ici, ici, eux, ils m'ont aidé, ils m'ont soigné, et ça va beaucoup mieux.
00:34:10Là, je cherchais ma cigarette.
00:34:12C'est une demande à Bernard.
00:34:15Vas-y.
00:34:17Merci pour lui, Bernard.
00:34:19Tout ici est réglé à la minute.
00:34:24Rien ne doit changer les horaires.
00:34:26La cigarette fait partie de cette rigueur.
00:34:28Ici, on fume à heure fixe.
00:34:31Elle a l'air de l'eau.
00:34:34Sans doute pas.
00:34:35Elle a l'air de l'eau.
00:34:36Sa vie est pleine de sautrion et de chèque.
00:34:39D'aujourd'hui, c'est pas mal de tenir.
00:34:42Tu ferais les trames.
00:34:44Tu ferais un trame à la vision.
00:34:46Pour empêcher les délires de ces hommes de déborder, il faut leur mettre dans le crâne une horloge.
00:34:59C'est pas mal.
00:35:00C'est pas mal.
00:35:01C'est pas mal.
00:35:02C'est pas mal.
00:35:03C'est pas mal.
00:35:04C'est pas mal.
00:35:05C'est pas mal.
00:35:06Un quotidien parfaitement minuté, qui nécessite de la part des infirmiers une attention permanente.
00:35:14Résultat, ils connaissent parfaitement leurs malades.
00:35:31On arrive à connaître les personnes de façon qu'aucun psychiatre ne connaîtra jamais.
00:35:36C'est-à-dire qu'on connaît les personnes au quotidien, dans leur façon d'être,
00:35:39et selon les critères qui sont absolument pas théorisables.
00:35:42Hier, on parlait par exemple de ce patient qui était cet énarque.
00:35:46On savait pertinemment, le jour où on allait se prendre une poire dans la figure,
00:35:49parce que la façon dont il se mettait devant nous, qu'il nous regardait,
00:35:52il avait une façon de nous regarder, c'était marqué dans les aucun livres.
00:35:55Mais on savait pertinemment qu'à ce jour-là, on allait prendre un coup.
00:36:05Seulement, les infirmiers ne sont pas assez nombreux.
00:36:08Les sédatifs remplacent le personnel manquant.
00:36:11On ne soigne plus, on assomme.
00:36:14à quelle heure c'est la cigarette, Joël ?
00:36:21Non.
00:36:22Regarde, là-bas, c'est affiché.
00:36:23Regarde, tu as l'affiché sur la vitre.
00:36:25Alors, Joël, à quelle heure c'est la prochaine cigarette ?
00:36:37À quelle heure est la prochaine cigarette ?
00:36:39Dix heures.
00:36:40Dix heures.
00:36:41Dix heures.
00:36:42Voilà.
00:36:43Alors, c'est la dernière.
00:36:44Il y en a d'autres qui font couper les autres ?
00:36:46Non, on va les manger.
00:36:47Mais bon, on est à jour.
00:36:48Fais voir ta famille, chouette.
00:36:49Oui, oui.
00:36:50Oui, oui.
00:36:51Bon, ça n'ira pas aujourd'hui.
00:36:52Allez, je suis pas venu.
00:36:53Viens.
00:36:54Je suis pas venu.
00:36:55Viens.
00:36:56Attends, attends, fais pas la cacou, là.
00:36:59Qu'est-ce que tu m'as dit ?
00:37:01Faut d'infirmiers et de présence auprès de chacun d'entre eux, certains s'enfoncent dans leurs délires et leurs obsessions.
00:37:31Cet homme est persécuté par le diable. Pour se libérer de Satan, il a tué. Aujourd'hui, sa violence a disparu, pas ses angoisses. Il est sur le point de quitter l'unité pour malade difficile.
00:37:44Le diable existe. Il y en a même plusieurs sur la terre. C'est des hommes qui ont des pouvoirs fabuleux et au lieu de faire le bien, ils font le mal. Moi, j'étais victime de la magie noire. J'avais... J'étais chez moi, c'était 11 heures du soir, minuit. J'ai allumé une bougie dans ma chambre, puis je me suis rasé les poils.
00:38:00J'ai fait la croix de Dieu dans mes poils. L'an dernier matin, j'étais dans la salle de bain de ma mère. J'étais en train de me peigner. J'ai vu apparaître sur mon coeur, sur le coeur, une croix toute noire.
00:38:10Est-ce que tu te sens mieux maintenant ?
00:38:11Oui, je me sens très bien. Je me sens très bien, oui.
00:38:13Grâce à quoi ? Qu'est-ce qui t'a fait du bien ?
00:38:15Ce qui m'a fait du bien, c'est quand j'ai fait la croix dans mes poils. Je me suis exorcisé tout seul. J'ai chassé le mal qui était à moi. Ça m'aurait fait mourir, ça, à la longue. Ça m'aurait fait souffrir toute ma vie et mourir.
00:38:26Je ne délire pas. Ce n'est pas que je suis en plein délire. Il ne faut pas croire que je délire. Tout ce que je dis, c'est authentique. Je l'ai vécu.
00:38:33Il est où, le diable, aujourd'hui ?
00:38:37Ils sont à Montpellier.
00:38:39Et comment tu te protèges d'eux, alors ?
00:38:41Eh bien, avec la croix. Et si jamais j'étais attaqué, je me défendrais sérieusement. J'aurais maintenant jusqu'à tuer.
00:38:48Tuer. La plupart des pensionnaires d'un autre pavillon, le pavillon est, l'ont fait. Une fois ou à de multiples reprises.
00:38:58Là aussi, ils sont une vingtaine. Comme les autres, ils entrent dans les catégories les plus dangereuses définies par la psychiatrie.
00:39:04Pervers sadiques, pédophiles, psychopathes, grands paranoïaques. Des articles 122A du code pénal.
00:39:11Avec eux, cependant, quelques hommes qui avaient été jugés, mais que la prison a rendu fou.
00:39:18Tous, avant d'être ici, ne supportaient aucune contrainte, aucune règle, aucune loi.
00:39:23Leur âge, de 20 à 80 ans. Pour les soigner, d'abord les obliger à vivre ensemble, en communauté.
00:39:40Deuxième obligation, prendre les médicaments qui abrasent les pulsions violentes.
00:39:53Parmi eux, il y a des ingénieurs, des cadres supérieurs, des ouvriers, des commerçants, mais aussi des dealers et un proxénète.
00:40:04Il y a un artiste également, un peintre d'origine italienne. Il a 51 ans.
00:40:09Il est convaincu d'être une victime. Il ne s'est jamais senti coupable de ce qu'il a fait.
00:40:14C'est pour cela que les psychiatres l'estiment dangereux.
00:40:18J'étais presque célèbre. Il manquait très peu.
00:40:24Est-ce que j'avais besoin de faire cette connerie que je fais ?
00:40:28Est-ce que j'avais besoin de la faire ?
00:40:30Oui, mais vous l'avez faite.
00:40:31Oui, d'accord, mais pourquoi je l'ai faite ?
00:40:34Voilà, c'est ça. Moi, je me le demande tous les jours.
00:40:38J'aimerais bien me donner une réponse. Moi-même, elle l'a donnée aussi.
00:40:41Ça fait 7 ans qu'on me questionne sur cette histoire.
00:40:44Il n'y a pas de réponse. Il y a un acte grave.
00:40:47Mais il n'y a pas de réponse à cet acte.
00:40:50Moi, je ne vais pas être le joueur des autres.
00:40:52Mais croyez-moi, je vous mets des affaires bien plus graves.
00:40:56Je l'ai vu à la télévision, tous les journaux.
00:40:59Ils ont pris 15 ans. 15 ans.
00:41:02Double mort. Il a pris 15 ans, mec.
00:41:05Devant moi, je ne sais plus qu'est-ce que j'ai.
00:41:17Si on me dise, qu'est-ce qui t'attend de la vie ?
00:41:21Qu'est-ce que j'attends de la vie ?
00:41:23C'est fini à 50 ans. 50 ans.
00:41:28Je deviens ici à l'hôpital parce que...
00:41:30Depuis 19 ans, je suis enfermé.
00:41:48Je n'ai jamais connu la liberté.
00:41:50J'ai toujours fait les hôpitaux, les hôpitaux, les hôpitaux.
00:41:53Je ne sais pas.
00:41:56Alors, il a bien fallu que je m'instruise dans quelque chose.
00:41:59Le 11, c'est un U.
00:42:02Raymond est enfermé depuis 50 ans.
00:42:05Le plus vieil interné de France.
00:42:07Depuis 50 ans, Raymond compte tout ce qu'il peut compter.
00:42:10Il connaît le nombre de lettres de tous les livres qu'il a lus.
00:42:13Cette douce manie d'un vieillard n'empêche pas les psychiatres
00:42:16de le considérer encore aujourd'hui comme dangereux.
00:42:18Aucun n'est prêt à prendre le risque de le libérer.
00:42:22Tu fais toujours les numéros à la télévision, t'as pris ?
00:42:30Bon, laissez-moi travailler.
00:42:32Oui, je vais travailler.
00:42:33Je n'ai pas travaillé.
00:42:35C'est de la folie.
00:42:36Pardon ?
00:42:41À la table, il compte les mots sans paix.
00:42:44Un, deux, trois, la soupe.
00:42:47Toujours les numéros, toujours les numéros.
00:42:50Oui, maintenant je suis joyeux parce qu'avec lui...
00:43:05C'est mon ami, c'est vrai ?
00:43:07C'est vrai que c'est mon ami ?
00:43:09Toujours ensemble.
00:43:11C'est l'hôpital psychiatrique ici.
00:43:13Ce n'est pas l'hôtel Grand Étoile.
00:43:15C'est comme ça.
00:43:17On rigole parfois, moi je rigole.
00:43:19J'ai même manqué de tous, ils rigolent.
00:43:27Brahim a 23 ans.
00:43:29Être infirmier ici a été un choix.
00:43:31Il est passionné par la complexité de son travail.
00:43:34Une partie de ping-pong comme ça, ça a l'air simple, mais on peut faire un travail dessus.
00:43:44Là, on a deux patients, par exemple, qui présentent tous les deux quand même une intolérance à la frustration.
00:43:59Ils aiment gagner.
00:44:01Et la défaite est très difficile à vivre.
00:44:04Il faut leur faire accepter de participer à un jeu sans vouloir spontanément écraser l'autre.
00:44:09Participer pour jouer, prendre du plaisir.
00:44:11Et c'est là où le recadrage rentre en action.
00:44:15Déficile de perdre.
00:44:17Ça fait un gâtis de movimento.
00:44:1846 ans.
00:44:19Ça fait 4 jours que tu es énervé.
00:44:20Ah oui, c'est bien.
00:44:21Ça fait 4 jours que tu es énervé aussi.
00:44:33Tu as la porte, tu te manques en terre, tu as du mal à rester en place.
00:44:36T'as du mal à rester en place.
00:44:40Il y a quatre jours, t'étais mieux.
00:44:43On parlait, on commençait à parler de ta sortie.
00:44:47C'est normal, les dents cassées, le briquet, les lunettes, c'est normal.
00:44:51Oui, mais justement, il faut que tu arrives à un peu à accepter ces difficultés-là.
00:44:53Une partie de ping-pong qui a fait un perdant désespéré.
00:45:07Mais aussi un vainqueur inquiet.
00:45:09Son internement risque d'être plus long que la peine de prison à laquelle il avait été condamné.
00:45:15Au service de psychiatrie, en prison.
00:45:16Oui, en prison, ça je faisais.
00:45:18Mais si on m'a dit, non, vous ne pouvez pas de la psychiatrie.
00:45:22Pour ça, je ne sais pas, voilà.
00:45:23Qu'est-ce que je fais en UMI ?
00:45:25J'ai rien à faire en UMI.
00:45:27Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
00:45:28J'en pense que c'est un complot qu'ils m'ont fait.
00:45:31En ce moment, j'ai ma tête, je voudrais sortir d'ici.
00:45:34Moi, dans cinquante et quelques jours, je suis libéral.
00:45:36Si je dois faire encore plus de cinquante jours, je vais faire quelque chose.
00:45:41Je le sens, je vais faire quelque chose.
00:45:43Je ne tiens pas rester là.
00:45:44D'ici là, on va rester tranquille.
00:45:47Non, mais je voudrais passer en commission au mois de mai.
00:45:49Soit je passe en commission au mois de mai, mais je ne voudrais pas attendre le mois de juin.
00:45:53Ah non ?
00:45:55Parce que moi, le 5 juin, je suis là.
00:45:56Il y aura bon aujourd'hui ?
00:45:57Au revoir.
00:45:58A bientôt ?
00:45:59Oui.
00:46:00Allez, allez.
00:46:02Je sais que je suis une personne dangereuse.
00:46:04Les psychiatres, ils le disent.
00:46:07Et moi-même, je sais qu'il me faut un traitement.
00:46:09Si je n'ai pas ce traitement-là, je suis nerveux pour rien du tout.
00:46:14Je m'énerve pour rien du tout, moi.
00:46:15Pour rien du tout, je m'énerve.
00:46:17Et il y a des infirmiers qui pourront le confirmer.
00:46:20Et le psychiatre, pour rien du tout, je m'énerve, moi.
00:46:23Je m'énerve vite fait.
00:46:25J'ai l'énerve vite fait.
00:46:26Et en 96, j'ai menacé, j'ai pris en otage une infirmière et mon psychiatre.
00:46:32Je lui ai mis un 635 sur la tempe.
00:46:34C'est un avertissement que je voulais lui faire voir que moi, je pouvais lutter quand je voulais.
00:46:38Mon pistolet n'était pas chargé.
00:46:40Je l'avais fait exprès.
00:46:41Mais je lui ai dit que la prochaine fois, il sera chargé.
00:46:44Ça fait qu'on a négocié avec moi, on m'a demandé ce que je voulais.
00:46:46J'ai obtenu le gain de cause, j'ai obtenu le changement de psychiatre et le traitement.
00:46:51Si j'avais une perpète ou 10 ans, ou 20 ans, et si j'avais 32 ans, comme là, je m'évade tous les jours.
00:46:56Je tente une évasion tous les jours.
00:46:58Ici, c'est plus facile que la maison d'arrêt.
00:47:00La maison d'arrêt, ils ont mis des filins, il y a du grillage.
00:47:02On peut plus s'évader en maison d'arrêt.
00:47:04Dans le temps, on pouvait.
00:47:05Mais maintenant, non.
00:47:05Ici, par contre, je vais en promenade.
00:47:08L'hélicoptère, il vient, il me jette un 1143 ou un pistolet mitrailleur.
00:47:12Le premier qui le bouge, je l'allume.
00:47:14Et je m'en vais.
00:47:14Ne pas avoir peur, une règle pour les infirmiers.
00:47:17Mais s'ils n'ont pas peur des fous, une peur plus insidieuse peut les prendre.
00:47:21Moi, je dirais que la folie me fait peur.
00:47:23On a toujours peur qu'un jour, on se réveille et qu'on se mette à entendre des voix.
00:47:25C'est une peur, je crois, qui touche tous les soignants.
00:47:28On a peur de la folie.
00:47:31On se dit, mais pourquoi pas eux et pourquoi pas nous ?
00:47:34Donc c'est une peur qu'on vit quotidiennement.
00:47:36Quand on voit certains patients, entre autres les pervers sadiques,
00:47:39leurs crimes ou le passage à l'acte horrible qu'ils font,
00:47:41ou les actes de torture qu'ils ont accomplis, ça fait un froid dans le dos.
00:47:44Mais quand on rencontre le patient, ça, il faut un peu le mettre de côté.
00:47:48C'est toujours un travail à sursoi à faire.
00:47:50Il faut essayer de prendre dans l'individu le patient, comme un être humain,
00:47:55occulter son crime, en parler avec lui, pas systématiquement,
00:47:58ne pas lui rentrer dedans, ne pas lui dire, mais vous êtes un criminel.
00:48:01Établir une relation de confiance, discuter avec lui.
00:48:03S'il veut en parler, on en parle.
00:48:05Essayer de comprendre avec lui pourquoi il est arrivé à faire ça.
00:48:07Essayer de l'amener à une petite culpabilité.
00:48:09Parce que la culpabilité, elle n'y est pas.
00:48:11T'es sûr que t'en as plus rien à faire dans la vie ?
00:48:14C'est pas que j'en ai pas plus rien à faire,
00:48:15c'est que je parle comme ça, mais je ne pense pas.
00:48:18Tu ne crois pas, J'ai qui ?
00:48:20Oui, mais ça, c'est ta vérité.
00:48:23Non, mais c'est la vérité.
00:48:24Tu travailles sur le plaisir immédiat.
00:48:26T'as raison, c'est pas la peine.
00:48:27Non, t'es la pétente.
00:48:28T'as raison, c'est pas la peine, t'as raison.
00:48:31Dis-moi ce que tu penses, toi.
00:48:32De quoi ?
00:48:33Ce que je dis. Je dis des conneries.
00:48:36Tu dis pas des conneries. Tu dis ta vérité.
00:48:38Petit à petit, les infirmiers gagnent du terrain.
00:48:51Cette partie de pétanque est un moment exceptionnel.
00:48:53Six hommes dangereux, dans leurs mains des boules d'acier, des armes.
00:48:57Pourtant, tout se passe bien.
00:49:01La dangerosité, elle va s'exprimer ici à l'UMD de plusieurs façons.
00:49:06Elle va dépendre de la pathologie.
00:49:09Par exemple, un psychopathe, lui, sa dangerosité, va être lié au fait qu'il ne supporte pas les règles qu'une société ou que l'hôpital peut lui imposer.
00:49:19Et au moment où on va lui expliquer ses règles, risque de nous rentrer dedans parce que, pour lui, elles sont intolérables.
00:49:25C'est vous, vous pouvez tout m'emmerder.
00:49:27L'un des joueurs explose.
00:49:32Juste à la fin de la partie de boule, on lui a refusé une cigarette qu'il réclamait parce qu'il n'a pas les moyens de se l'offrir.
00:49:38La règle ici est très stricte.
00:49:40On ne fume que le tabac que l'on peut payer.
00:49:43Avant que l'homme ne devienne dangereux, les infirmiers l'installent en chambre d'isolement.
00:49:47Pour moi, pour moi !
00:50:13Tu sais comment ça va se passer autrement ?
00:50:20Le tournoi a plus curieux !
00:50:22Non, non, non, non !
00:50:24Je suis là, je suis là, je suis là, je suis là, je suis là, je suis là.
00:50:28Je suis là, je suis là, je suis là.
00:50:30Je suis là.
00:50:31Je suis là, je suis là, je suis là.
00:50:33Vous voyez, vous, je me...
00:50:35Tous les deux, la même trame.
00:50:37Allez, on te repose.
00:50:39On te mettra la couverture.
00:50:41Allez, à tout à l'heure.
00:50:44Tu reposes et tu ne te manifeste pas.
00:50:46Mais non, je ne te manifeste pas !
00:50:49Allez.
00:50:54La mise à l'isolement, c'est la sanction pour tout non-respect des règles.
00:50:58Pour ceux qui en ont les moyens, il y a une heure particulièrement attendue chaque semaine par les malades.
00:51:10L'heure de la cafétéria.
00:51:15Non, ne soyez pas bête, vous avez cinq francs.
00:51:18Prenez donc une glace et une boisson.
00:51:20Du plaisir, mais aussi de la rééducation.
00:51:23Sophie, l'infirmière, leur inculque qu'ici, comme dans la vie libre, on ne peut avoir que ce que l'on peut payer.
00:51:30Un coca.
00:51:31Et, euh...
00:51:33Et un instrument, ça fait 5,50.
00:51:35Ouais, ça ira.
00:51:36Voilà.
00:51:37Alors, un coca.
00:51:38Comme ça, ça vous fait les deux.
00:51:40Voilà.
00:51:41Merci.
00:51:42Réflexe professionnel.
00:51:46Récupérer la capsule avec laquelle on pourrait attaquer ou se couper les veines.
00:51:51Apprendre encore.
00:51:53Apprendre à regarder une femme.
00:51:58Sophie est là pour ça.
00:52:00Beaucoup des malades ont agressé des femmes.
00:52:02Avant de les renvoyer dehors, ils doivent apprendre à maîtriser leurs pulsions.
00:52:07Qu'il reste ici ou qu'il retourne en prison, cet homme ne sortira pas avant longtemps.
00:52:37Le psychiatre affirme qu'il est le seul malade de Cadillac à présenter le profil d'un serial killer.
00:52:43Ici, il s'est découvert une vocation.
00:52:46Écrivain.
00:52:47Un manuscrit un peu particulier.
00:52:50Il raconte les aventures sanglantes d'un tueur sadique.
00:52:53Pour les infirmiers, l'occasion d'établir avec lui un contact pour, peut-être un jour, dissiper son goût de la mort et de la souffrance des autres.
00:53:02J'ai dressé le portrait d'un psychopathe.
00:53:04Le cas de Grégory, le personnage de mon roman, est similaire au mien.
00:53:07Je tiens à révéler dans cet ouvrage les hantises qui me sont familières depuis plusieurs années.
00:53:11Aujourd'hui, j'ai trouvé la force d'exprimer sans crainte la rancœur que je tiens envers la société.
00:53:16Ce roman est avant tout une revanche que je prends avec celle-ci.
00:53:19Est-ce qu'au fur et à mesure que vous écrivez, que vous progressez dans l'écriture de votre livre,
00:53:25est-ce que ça vous aide à mieux comprendre ce qui s'est passé pour vous et à...
00:53:30Oui, c'est bien.
00:53:31Oui.
00:53:32Je l'explique mieux avec le recul maintenant.
00:53:35Qu'est-ce que vous souhaiteriez en faire de votre livre ?
00:53:38Le vendre.
00:53:39Le vendre, oui.
00:53:40Et pourquoi ?
00:53:41Pour en tirer des bénéfices.
00:53:43C'est simplement le seul intérêt que vous auriez ?
00:53:48Non.
00:53:49Si vous avez envie de vendre le livre, c'est que vous avez envie que des personnes le lisent.
00:53:54Oui.
00:53:55Qu'ils aient connaissance de votre histoire.
00:53:57Oui.
00:53:58Non ?
00:53:59Oui, c'est ça.
00:54:00Et essayez d'expliquer un petit peu...
00:54:02Pour essayer d'expliquer un peu aux gens les souffrances et tout ça.
00:54:06Qu'il faut que...
00:54:09Je veux dire que...
00:54:11Même le pire des assassins, c'est...
00:54:13Il a un cœur, quoi.
00:54:16Alors, messieurs ?
00:54:18On en est où, là, dans la cigarette ?
00:54:20Ah, c'est qui, là ?
00:54:22Autre contrainte qui fait partie des soins.
00:54:25Coucher à 9 heures.
00:54:26Pas de télévision, pas de jeu, pas de livre, pas de discussion, c'est le règlement.
00:54:31Allez, messieurs, c'est parti.
00:54:35Avec, avant de passer au lit, la cinquième et dernière distribution de médicaments.
00:54:40Chacun a droit à sa dose pour dormir 11 heures.
00:54:43Jusqu'au dernier moment, aucun relâchement dans l'apprentissage de la vie en communauté.
00:54:47Non, pas deux.
00:54:49Parce que regardez, regardez ce qu'il y a.
00:54:52On n'a que ça.
00:54:53Vous êtes 20.
00:54:54Vous faites avec une, je suis désolée.
00:54:56On va pas n'avoir assez sinon.
00:54:57Allez.
00:54:58Eh bien si, c'est comme ça.
00:55:01Il faut partager.
00:55:02Pour Raymond, ce rituel a commencé en 1948.
00:55:05Il t'en a pour moi ?
00:55:07Oui.
00:55:08Toujours.
00:55:11Il en est à plus de 18 000 nuits d'internement.
00:55:14Et vous, vous êtes, vous êtes là.
00:55:18Il est tout caché.
00:55:19Petit privilège, son pyjama fantasy et une chambre particulière.
00:55:32Qu'est-ce qui s'est passé, monsieur ?
00:55:34Tout à l'heure.
00:55:35Vous venez.
00:55:37Pour faire ma chambre tout le tour.
00:55:41Je vous parle.
00:55:43Au revoir.
00:55:45Allez, vous devez.
00:55:47Pour Jean-Claude, cette nuit a un goût très particulier.
00:56:02Non seulement c'était son anniversaire, mais demain, il a droit à une sortie.
00:56:19Voilà.
00:56:20Allez, bonsoir, monsieur.
00:56:21Bonne nuit.
00:56:22Bonne nuit, monsieur.
00:56:23Bonne nuit, monsieur.
00:56:24Bonne nuit, monsieur.
00:56:25Bonne nuit, monsieur.
00:56:35Bonne nuit, monsieur.
00:56:36A demain.
00:56:37Ces hommes n'aiment pas la nuit.
00:56:38C'est dans le noir que leurs angoisses se réveillent.
00:56:41Avant que les sédatifs ne les endorment, il convient de leur laisser une image apaisante.
00:56:46C'est toujours une femme qui éteint la lumière.
00:56:55Le grand jour pour Jean-Claude.
00:57:02Le psychiatre lui a accordé une sortie de deux heures.
00:57:05Il prend soin de son apparence.
00:57:07Ça fait deux ans et demi que je suis enfermé.
00:57:09C'est important pour prendre une bonne bouffée d'air par rapport à l'UMD.
00:57:14Et c'est important aussi au niveau de la confiance que le docteur m'a apporté.
00:57:18Il me laisse une lueur d'espoir de m'en sortir.
00:57:21Je suis un être humain.
00:57:23C'est pas parce que je suis enfermé dans une UMD que je suis une bête monstrueuse.
00:57:27Il faut bien que les gens s'en rendent compte un jour qu'on n'est pas tous des assassins comme ils le pensent.
00:57:33Cette sortie sera suivie de beaucoup d'autres pour le préparer à une sortie définitive.
00:57:39Si j'avais été en prison, j'aurais peut-être pas été soigné comme on m'a soigné ici.
00:57:42J'avais besoin d'être soigné et maintenant, le plus gros du travail, il est fait.
00:57:46Je suis insérable. Mon avenir n'est pas foutu.
00:57:49Même si je vis par un psychiatre dehors, une fois par mois ou tous les deux mois, je mènerais une vie normale.
00:57:55Non, je suis pas foutu pour la société.
00:57:58Une possible sortie définitive lorsque les psychiatres seront assurés de sa guérison.
00:58:07Pour ces deux heures dehors, deux infirmiers l'accompagnent.
00:58:23Le préfet et les gendarmes ont été prévenus. Un itinéraire précis et minuté leur a été communiqué.
00:58:29Ils doivent le respecter à la minute près.
00:58:32C'est pas loin, ça fait dix minutes de marche.
00:58:36C'est pas loin.
00:58:38Ce n'est pas loin.
00:58:39Ça fait le tour, ça fait l'État-l'Ouest.
00:58:40Ça me pousse pour vivre...
00:58:41Ouais.
00:58:42Donc il s'est des problèmes.
00:58:43Il est ouvert, lui.
00:58:46Il est ouvert, lui.
00:58:49Il n'y a pas un touriste qui vit.
00:58:51Il y a plein de l'air, lui.
00:58:53Il y a eu leur lieu.
00:58:54Si, en ville, il y en a pas.
00:58:56Il va y arriver.
00:58:58Bonjour.
00:58:59Ces nombreuses années d'internement ne lui ont pas fait oublier sa passion d'avant.
00:59:22Il était brocanteur, il aime les vieilles pierres.
00:59:29J'ai laissé une partie de moi-même dehors, depuis la première permission.
00:59:34Et qu'est-ce que tu as laissé comme partie de toi-même dehors ?
00:59:36Bon, ma tête. Je suis resté dehors, quoi.
00:59:39La détention, je n'ai fait pas pareil.
00:59:42Je pense souvent à une dehors.
00:59:46J'ai hâte de m'en sortir.
00:59:50A l'heure pile, retour vers les murs de l'unité pour malades difficiles.
00:59:56Aucun retard n'est accepté.
00:59:59...
01:00:02...
01:00:06...
01:00:08...
01:00:14Certains condamnés ont pensé échapper à la prison en simulant la folie.
01:00:32D'après les psychiatres, aucun simulateur n'a tenu plus d'une semaine derrière les grilles de l'unité pour malades difficiles.
01:00:39...
01:00:42...
01:00:44...
01:00:46...
01:00:48...
01:00:50...
01:00:59...
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