00:00Les agents de l'immigration ont désormais le pouvoir de cibler, de stopper, d'interpeller et d'arrêter les personnes
00:05en raison de la couleur de leur peau, de la langue qu'elles parlent ou du travail qu'elles exercent.
00:10Et donc ils ont de fait légalisé le profilage racial et par extension la discrimination raciale.
00:14C'est du ciblage racial, on peut dire ça comme ça ?
00:16Alors, les trois quarts des migrants sans papier sont d'Amérique latine, donc sont latino.
00:22Donc effectivement, c'est une forme de stigmatisation, de ciblage ethno-racial
00:28parce qu'ils essayent d'arrêter les migrants qui, d'après eux, sont sans papier.
00:33Alors, comment peut-on déterminer que quelqu'un est sans papier ?
00:35Est-ce qu'on les pousse Ă faire du chiffre ? Vous voyez ce que je veux dire ?
00:39C'est-Ă -dire qu'il y a des objectifs et il faut les remplir.
00:42Il y a des objectifs, il y a des objectifs très clairs.
00:45Le premier qui les a fixés, c'était dès le mois de janvier de la deuxième présidence de Donald Trump.
00:52C'est Stephen Miller, le directeur de cabinet adjoint de la Maison-Blanche
00:56qui avait fixé un objectif de 1 000 arrestations par jour.
00:59Alors, ça n'était pas rempli, mais ça ne suffisait tout de même pas.
01:02Et c'est passé au mois de juin à 3 000.
01:04Et donc, effectivement, pour faire du chiffre, qu'est-ce qu'on fait ?
01:07On ne se contente pas d'aller arrêter ce qui avait été l'objet de la campagne,
01:13les violents criminels.
01:14En fait, on arrête une majorité de personnes
01:17qui sont, pour certains, des délinquants,
01:21mais pour une majorité, ne sont absolument pas violents.
01:23Cette criminalisation, elle se passe aussi par la loi.
01:26C'est-à -dire que le fait que les personnes basculent dans un état
01:28de potentiellement arrĂŞtable parce que criminel,
01:32c'est aussi parce qu'il y a des lois ou des dispositifs
01:35qui les font basculer dans l'illégalité.
01:37Par exemple, ils vont avoir une contravention pour une raison x, y.
01:42C'est considéré comme criminel.
01:44Ce que je trouve intéressant quand même à recontextualiser,
01:47c'est que ce n'est pas une rupture totale avec l'histoire américaine
01:50et l'histoire de la politique migratoire américaine.
01:52Dès le XVIIIe siècle, toutes les lois de naturalisation
01:55et d'immigration, d'encadrement de qui peut rentrer,
01:58qui peut sortir, sont des lois qui excluent les non-blancs
02:02de l'immigration et favorisent et accueillent les Blancs.
02:06On l'a vu récemment avec les africaners accueillis à bras ouverts
02:10quand le droit d'asile est suspendu pour le reste du monde.
02:14Donc ça, ça me paraît très important de dire
02:16qu'il y a une continuité et que c'est une politique nationaliste blanche
02:19qui s'inscrit dans l'histoire américaine.
02:21Et on assiste Ă un affrontement entre deux conceptions
02:25de la nation américaine et de l'identité américaine.
02:27Une partie qui pense que l'identité américaine,
02:31c'est cette suprématie blanche,
02:33ce mythe d'extrĂŞme droite nationaliste,
02:36avec la terre-patrie qui est complètement fantasmée,
02:39mais qui serait blanche, chrétienne,
02:41parce que les chrétiens blancs sont en ce moment très actifs aussi.
02:43Et puis, ce récit du multiculturalisme, de la société diverse,
02:47où au contraire, les États-Unis se sont forgés
02:49sur les vagues de migration successives.
02:51Et aujourd'hui, on a un affrontement très fort
02:53entre ces deux visions.
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