00:00Ex-Banque de Détail d'HSBC France, voilà deux ans que le CCF a été repris par le Fonds américain Cerberus après un plan social massif.
00:07La banque vise le rebond commercial dès l'année prochaine. Bonjour Nicolas Obertali.
00:11Bonjour monsieur.
00:12Merci d'être sur notre plateau ce matin. Le Grand Entretien avec vous, vous êtes directeur général du CCF, le Crédit Commercial de France.
00:19Plan social qui a été amorcé il y a un an, qui vise un tiers de suppression de postes. Où est-ce que vous en êtes aujourd'hui ?
00:25Alors, tout d'abord, quand on parle de plan social, c'est toujours une question humaine qui n'est pas facile à gérer.
00:32Mais on a décidé de le faire d'une seule fois. On a pris une décision difficile. On a dit on ne va pas se relancer pendant des années, des années, à parler de relancement, un plan après l'autre.
00:42Non, on le fait d'une fois, on est responsable, on le dit, on le fait. Et c'est un plan qui est une transformation.
00:48Ça se vient aussi avec des centaines de millions d'investissements dans la technologie, chose qui n'avait pas été faite au Crédit Commercial de France pendant des années.
00:55Et ça a porté un changement du système, du service à notre client. Donc des investissements qui portent un service différent, qui portent aussi à la suppression de postes, qui est une question humaine qu'on doit vraiment tenir en compte.
01:07On va y venir largement, bien sûr, au projet, à l'innovation, parce que le secteur bancaire se transforme amplement.
01:14On en parlait depuis le début de cette matinale, notamment avec ce partenariat entre Mistral et HSBC.
01:19On le commentera dans un instant. Mais d'abord, pour terminer sur ce plan de transformation, sur les presque 700 postes qui sont concernés, vous avez plus de 90% de départs volontaires ?
01:30Oui, voilà. Alors c'est difficile de parler de succès quand il y a des suppressions de postes.
01:34Mais on s'attendait autour de 60%. On a eu 90% et plus de personnes en volontaires.
01:40Alors moi, je pense toujours à ceux qui ne sont pas volontaires et comment les accompagner.
01:43Alors c'est là où on passe nos journées à penser comment les accompagner. Et ça, c'est fondamental pour nous.
01:49Cela dit, obtenir plus de 83% de volontariat, ça veut dire qu'on a eu une très bonne discussion avec nos partenaires sociaux, qu'on a réussi à trouver quelque chose que les gens veulent bien faire.
01:59Et donc ce plan va se prolonger encore l'année prochaine ?
02:01Finir l'année prochaine, en 2026, alors que la banque est déjà complètement repartie, parce que c'est un plan qui ne touche aucune position de conseiller bancaire.
02:08Donc pour notre client, son conseiller bancaire reste, son agence reste, ça ne change pas.
02:12Il va y avoir un travail de notoriété aussi à faire, parce que c'est vrai que CCF, dans le paysage bancaire, ça ne parle peut-être pas beaucoup.
02:21Après, tout dépend de qui vous voulez toucher, mais quel est le travail que vous allez avoir à faire là-dessus ?
02:25Oui, alors c'est une marque iconique française, donc depuis 1917, qui a fait même l'histoire de France durant la Deuxième Guerre mondiale.
02:33Et c'est opposé à l'invaisseur.
02:35Il y a eu des banquiers comme de Pébro, de Croizet, Philippi, et maintenant je m'assis dans cette chaise.
02:41Donc c'est vraiment un énorme honneur de relancer dans un marché qui est consolidé comme le marché français.
02:47Relancer une marque, c'est quelque chose qui est quand même extrêmement beau à faire, et mes équipes sont très émotionnelles, de pouvoir relancer ça.
02:54Donc on est vraiment content.
02:56C'est un défi, mais un défi qu'on est prêt à prendre, parce qu'on a une partie du marché très spécifique en France, qu'on peut absolument servir de façon différente.
03:04Et là, vous visez un positionnement peut-être plus haut de gamme, avec quel profil de clientèle ?
03:09Alors le profil de clientèle, c'est un profil patrimonial.
03:13C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on veut faire ?
03:14On veut aider les gens à investir leurs épargnes, mais ce que les Français ne savent pas faire.
03:20Ce qu'ils ne savent pas faire, ou ceux qu'on sert extrêmement bien, les super riches,
03:23on leur offre des produits qu'on n'offrait pas, et nous on veut prendre ceux qui étaient dédiés qu'aux super riches,
03:29on le reporte à tout le monde.
03:30Parce que ce qu'on voit, nous, c'est, si vous avez 50 000 euros, 75 000 euros à investir, c'est tous vos épargnes.
03:36Ça vaut comme quelqu'un qui dit, ah, tous ses épargnes vaut 10 millions d'euros.
03:39Et donc on veut leur offrir les mêmes services, les mêmes produits.
03:42Et c'est une niche de marché qui n'est pas bien servie en France, et qu'on pense vraiment de pouvoir rentrer dedans.
03:47Mais un travail très ambitieux, parce que ça ne vous a pas échappé qu'on est dans une conjoncture très difficile,
03:52où les Français épargnent plus que jamais et n'ont pas envie de prendre de risques.
03:57Absolument, et c'est exactement ça.
03:58Ils épargnent plus que jamais, donc c'est exactement bien pour notre modèle.
04:02Oui, mais ils ne veulent pas prendre de risques.
04:03C'est du livret A, c'est du...
04:04Voilà, sans risque.
04:06Alors nous, notre première mission, c'est sauvegarder l'épargne.
04:10Et après, donner la possibilité de le faire grandir.
04:13Mais nous pensons que tu ne puisses le faire grandir que si tu as un vrai conseil.
04:17Si tu as quelqu'un qui te conseille, qui te fait voir les problèmes.
04:20Si vous êtes devant un écran et vous avez 250 options et personne ne vous conseille,
04:25c'est là que vous prenez du risque.
04:26Pas quand vous avez un conseiller avec de l'empathie qui vous connaît,
04:30qui vous connaît depuis des années, qui vous dit
04:31« Pour vous, monsieur, peut-être ce serait mieux ça, ce serait mieux l'autre. »
04:34Voilà, c'est là où la CCF a l'heure à la différence.
04:36Ça, ça reste l'argument phare au moment où il y a une concurrence en ligne avec les nouveaux acteurs bancaires ?
04:42Voilà.
04:43Nous, on se différencie parce que si vous êtes comme moi, je connais le marché,
04:47je n'ai pas besoin d'un conseil, je me conseille moi-même,
04:49parce que je fais ça toute la journée.
04:50Mais si vous êtes un docteur, si vous êtes un avocat, si vous êtes un notaire, un journaliste,
04:55vous connaissez la différence entre un produit et l'autre ?
04:57Vraiment le risque ?
04:58Vous avez besoin peut-être de quelqu'un qui vous conseille.
05:00Et vous savez, en ligne, tout va bien jusque quand les marchés montent.
05:03Mais si les marchés descendent et vous perdez 20%, qui vous appelez ?
05:08On a de la gestion pilotée en ligne aussi, qui coûte souvent moins cher que dans les banques traditionnelles.
05:14Le secteur s'est quand même beaucoup transformé.
05:15Absolument. Une gestion pilotée par une intelligence artificielle, gérée par un code, un robot.
05:24Mais moi, je veux l'empathie.
05:25La confiance, c'est ça la base de la banque.
05:27La confiance et l'empathie.
05:28Je suis convaincu qu'il y a une partie des Français qui, comme voix, veulent ça.
05:32Alors, pour durer, Niccolo Hubertali, dans la banque, il faut innover.
05:38En ce moment, deux innovations dont on entend de plus en plus parler,
05:41ce sont l'euro numérique qui est beaucoup poussé au niveau de Bruxelles.
05:46Et les stable coins, comment est-ce que vous vous positionnez là-dessus, sur ces technologies ?
05:50Alors, l'euro numérique est fondamental pour la solidarité européenne.
05:55Alors, est-ce que c'est un nouveau produit ? Non.
05:56Est-ce que ça va changer comment les clients utilisent leur argent ? Non.
06:01Mais on ne peut pas toujours dépendre de quelqu'un d'autre.
06:04On ne peut pas toujours dépendre d'un copain qui, aujourd'hui, est copain, demain ne sera pas copain.
06:09Donc, c'est bien pour l'Europe, même si ça coûte.
06:11C'est bien pour l'Europe qu'il se crée sa liberté et sa façon d'être.
06:15Et l'euro numérique va passer par ça.
06:17Parce que ça va nous donner un produit qui existe déjà, mais contrôlé par nous.
06:21Et si le copain, un joueur dira, vous n'aurez pas nos systèmes de paiement, on aura le nôtre.
06:25Et les stable coins, c'est le même esprit, ces devises, ces cryptos actifs adossés à une devise telle que l'euro.
06:33On sait qu'aux Etats-Unis, ils sont très développés, beaucoup plus en avance que les Européens là-dessus.
06:38Alors, je ne le conseillerais pas à mes enfants aujourd'hui.
06:41Voilà, c'est quelque chose qui est quand même un pari, une connexion avec la masse monétaire.
06:49Et donc, c'est quelque chose qui est encore à voir.
06:51Après, si vous aimez parier et vous voulez aller parier, bon, c'est très bien.
06:56Mais c'est quelque chose que le CCF, par exemple, n'offre pas exactement pour ce que j'ai dit avant.
07:00Pour nous, c'est avant tout la sauvegarde des épargnes des Français plutôt que le grandissement ou les paris comme ça.
07:09Mais les banques peuvent proposer des stable coins.
07:11On a vu des banques européennes s'associer pour créer leurs propres stable coins.
07:15Vous l'avez très bien dit, ils peuvent le faire.
07:18Nous, on est encore un peu plus sur la partie.
07:20Je suis convaincu que mon client n'a pas exactement envie du stable coin aujourd'hui ou ne comprend pas ses risques.
07:26On parle depuis ce matin de ce partenariat entre HSBC et Mistral, le géant français de l'intelligence artificielle.
07:34On voit que ça avance là-dedans avec peut-être des concentrations de Mistral dans des activités B2B, beaucoup plus que les acteurs américains.
07:43L'IA, elle touche votre secteur dans le conseil, dans le service client.
07:45Où est-ce que vous en êtes, vous ?
07:47Alors tout d'abord, très fier qu'il y ait une boîte française tellement grande et qu'il fasse de l'intelligence artificielle.
07:52Comme le disait Draghi hier, il faut avoir ça.
07:55Il faut se lancer sur ça.
07:56Donc l'Europe doit avoir des champions de ça.
07:58Très content qu'une boîte française le fasse.
08:00Comment est-ce qu'on l'utilise ? Un peu différemment.
08:02On ne le met pas en face du client.
08:04On a investi beaucoup sur l'intelligence artificielle à support de notre conseiller qui après l'utilise pour parler avec son client.
08:12Donc le service va être beaucoup plus rapide parce que l'intelligence artificielle aide mon conseiller.
08:16Mais je retourne sur le fait que encore le fasse-fasse, encore la confiance se fait à travers un être humain et pas à travers un autre.
08:23Et donc l'IA ne supprime pas des emplois chez vous ?
08:26Alors il les a supprimés dans la partie du bécane, c'est-à-dire dans la partie qui n'est pas face au client.
08:31Et notre plan a supprimé beaucoup de ces postes dus à des centaines de millions d'investissements sur ça.
08:37Qu'est-ce que ça porte au client ? Un processus beaucoup plus rapide.
08:41Un crédit immobilier en une journée, pas en deux mois ou trois mois.
08:45Mais c'est vrai, c'est des suppressions de postes.
08:47Ça, ça va continuer, ça va avancer.
08:50Mais ce que je tiens beaucoup, c'est que la discussion avec le client va être avec une personne, avec un être humain, pas avec un algorithme.
08:57Ça, c'est la base de la banque.
08:58En 15 secondes, vous êtes passé par différents établissements bancaires européens.
09:01Vous avez aussi une vision périphérique du marché.
09:03Comment est-ce que vous regardez aujourd'hui l'attractivité de notre pays, l'attractivité de la France ?
09:07Alors la France, c'est un super pays.
09:08Alors on en parle toujours, en train de le critiquer.
09:11Mais une économie solide.
09:12Des banques grandes, solides et consolidées qui peuvent aider leur pays.
09:17Franchement, la seule chose qui manque était le CCF, je dirais.
09:20Et on va le relancer maintenant.
09:22Merci beaucoup Nicolas Obertali de nous avoir accordé cette interview ce matin sur BFM Business,
09:26directeur général du CCF, le Crédit Commercial de France.
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