- il y a 5 semaines
Faut-il s'attendre à des hausses importantes des cotisations pour les mutuelles en 2026 ? Il est à la tête d'un réseau mutualiste qui compte 32 millions d'adhérents et a alerté sur les conséquences possibles de la taxe sur les mutuelles contenue dans le budget de la sécu pour 2026 : Eric Chenut, président de la Fédération nationale de la Mutualité française, est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 16 décembre 2025.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 16 décembre 2025.
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00:00François RTL, il est 7h42.
00:02Thomas Soto, RTL Matin.
00:04Il est le président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française.
00:07Autrement dit, il représente quasiment toutes les mutuelles du pays.
00:10Éric Chenu est l'invité d'RTL Matin.
00:12Bonjour et bienvenue sur RTL, Éric Chenu.
00:14Bonjour Thomas Soto.
00:14On va entrer dans le vif du sujet tout de suite.
00:16De combien exactement vont augmenter les tarifs des mutuelles l'an prochain, en 2026 ?
00:21Les contrats individuels augmenteront de 4,3%
00:24et les contrats collectifs d'entreprises de 4,7% en moyenne.
00:28Ça répond tout simplement à l'évolution des dépenses de santé
00:33qu'assument les complémentaires santé
00:35qui évoluent entre 4,5% et 5% l'année prochaine.
00:40Outre la dynamique des dépenses de santé liées au vieillissement de la population,
00:45le projet de loi de financement de la sécurité sociale
00:47qui sera soumis à l'Assemblée Nationale cet après-midi
00:50prévoit 400 millions de transferts sur le champ de l'hospitalisation,
00:55des dépenses nouvelles transférées aux complémentaires
00:58sur les indemnités journalières.
01:02Et puis, il faut avoir aussi en perspective, malheureusement,
01:06la décision d'une taxe, une solution de facilité.
01:09Un milliard de taxes.
01:10Un milliard de taxes, une TVA sur la santé
01:13que devront assumer l'ensemble de la population.
01:18On va y venir, mais vous êtes en train de nous expliquer
01:20donc que cette hausse, plus 4,3% pour les contrats individuels,
01:24plus 4,7% pour les contrats d'entreprise,
01:26c'est parce que l'État se décharge de ses responsabilités sur les mutuelles ?
01:30L'élément premier, c'est l'évolution de la dépense de santé.
01:35Notre population vieillit, les besoins en santé augmentent.
01:38Et le problème, c'est qu'on ne l'assume pas.
01:41On ne donne pas les pouvoirs publics dans leur ensemble.
01:45On ne le dit pas à la population.
01:47En 20 ans, nos dépenses de santé ont doublé.
01:50Et en 5 ans, pardon, nos frais de mutuelles ont augmenté de 27%.
01:54C'est quand même beaucoup, non ?
01:55Oui, au strict rythme de l'évolution des dépenses de santé.
01:59Et c'est ça la difficulté.
02:01C'est qu'il y a une forme de déni collectif.
02:04C'est qu'on ne prend pas conscience de cela.
02:07Nos dépenses de santé, elles évoluent de plus de 4% par an,
02:10alors que la richesse nationale évolue de 1%.
02:12Ce qui fait qu'effectivement, notre effort individuel, collectif,
02:15pour se soigner, il est plus important.
02:18Et il va être de plus en plus important
02:19si on ne s'attaque pas à la régulation des dépenses de santé
02:23par plus de pertinence dans les prescriptions
02:25pour éviter les soins inadéquats ou redondants.
02:28La Cour des comptes estime que ça représente 50 milliards.
02:32Si on harmonisait les prescriptions à partir des préconisations
02:35de la Haute Autorité de Santé ou des sociétés savantes,
02:37on pourrait économiser 15 à 20 milliards.
02:39Il ne faudrait pas qu'on se perde complètement dans la valse des milliards.
02:42En fait, ce que vous nous dites, c'est que le budget de la Sécu
02:45qui va être voté, qui prévoit encore 24 milliards de déficit,
02:47il n'est pas au niveau, il n'est pas bon ce budget de la Sécu ?
02:51Il n'est pas au niveau des enjeux.
02:53Il n'engage pas les réformes dont nous avons besoin
02:56si nous voulons que notre Sécu, qui vient de fêter ses 80 ans cette année,
03:00et dont je crois qu'on est tous très attachés,
03:03si on veut qu'elle fête ses 90, ses 100 ans,
03:05il faut qu'on engage des réformes immédiates
03:08sur la pertinence des prescriptions,
03:10sur la lutte contre la fraude,
03:11sur la financiarisation de notre système.
03:13Aujourd'hui, il y a des acteurs qui captent de la valeur
03:15au détriment de l'intérêt général.
03:17Et ce milliard de taxes rajoutées pour les mutuelles,
03:19pour vous, il est injuste ? Il n'est pas légitime ?
03:21Il est totalement injuste.
03:23Ce n'est pas le bon moyen pour financer l'assurance maladie.
03:25C'est une anomalie européenne.
03:27Si cette taxe est votée cet après-midi,
03:31ça veut dire que vos contrats de complémentaire santé
03:33vont être taxés à 16,2%.
03:35Juste pour qu'on ait une comparaison,
03:38un autre pays qui taxe les complémentaires santé,
03:41c'est l'Italie, c'est 2,5%.
03:42L'Allemagne, c'est 0%.
03:44Nous, on est à 16% et on continue d'augmenter.
03:47Vous dites quoi aux députés ?
03:48Parce qu'il y a encore un vote.
03:49Vous dites qu'il faut le rejeter, ce PLFSS.
03:51En fait, ceux qui nous disent que c'est mieux que rien,
03:53vous n'êtes pas d'accord avec ça ?
03:54Il faudrait rejeter cette taxe.
03:56Ce qu'avait fait l'Assemblée nationale
03:58fin octobre, début novembre,
04:00où les députés avaient estimé que ce n'était pas le bon moyen,
04:04que c'était un moyen injuste et inadapté.
04:07Ils sont revenus sur leurs décisions,
04:08je le regrette,
04:09parce que ce n'est pas l'intérêt de nos concitoyens.
04:11Donc vous dites, parce que là,
04:12ce n'est pas point par point et article par article,
04:14c'est un vote global,
04:14vous dites aux députés
04:15rejeter le budget de le PLFSS cet après-midi ?
04:18Non, moi, je n'ai pas à dire aux députés
04:20ce qu'ils ont à faire ou pas.
04:21Je dis simplement qu'il faut reconnaître
04:24que ce PLFSS ne règle pas
04:26les besoins que notre pays a,
04:29que notre système de santé a,
04:31et il est urgent de travailler sur ces sujets-là.
04:34Sinon, dans un an,
04:35le prochain projet de loi de financement
04:37de la sécurité sociale
04:37reprendra les mêmes écueils.
04:40On est arrivé à bloquer
04:42le doublement des franchises
04:43sur les boîtes de médicaments,
04:44sur les consultations médicales,
04:46tant mieux.
04:46mais malheureusement,
04:48cette solution de facilité,
04:49de cette TVA sur la santé,
04:51cette taxe d'un milliard,
04:52elle pèsera à terme
04:54sur nos concitoyens.
04:56Éric Chenet, vous avez sans doute
04:57entendu aussi certains députés
04:58qui mettent en cause
04:59l'honnêteté des mutuelles,
05:01qui disent, en fait,
05:01les mutuelles se gavent.
05:02Est-ce qu'ils se trompent ?
05:04Non seulement ils se trompent,
05:05mais en plus,
05:06c'est une accusation
05:08absolument scandaleuse.
05:09Les mutuelles sont des organismes
05:11à but non lucratif.
05:12Gouvernance démocratique,
05:13c'est-à-dire que ce sont des élus,
05:15par les adhérents,
05:17qui prennent des décisions.
05:18Ils sont contraints
05:19par les mêmes obligations de la vie.
05:23Donc, quand on ajuste les cotisations,
05:25c'est au strict minimum
05:26pour garantir l'équilibre
05:28de nos entreprises,
05:29pour garantir leur pérennité.
05:31Et je trouve quand même singulier
05:33de reprocher aux complémentaires santé
05:35qui gèrent juste à l'équilibre,
05:37c'est reconnu même
05:37par le ministère de la Santé,
05:39on nous reproche finalement
05:42une gestion prudente,
05:44rigoureuse.
05:45Je pense qu'au contraire,
05:47on devrait donner les moyens
05:48à l'assurance maladie
05:49d'être à l'équilibre.
05:50C'est le meilleur moyen
05:51de pérenniser.
05:52Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui,
05:53on est obligé de faire des transferts ?
05:55Pourquoi est-ce qu'on est obligé
05:56de taxer ?
05:57C'est parce que l'assurance maladie
05:58n'a pas les moyens
05:59de ses missions.
06:00Qui va subir les hausses
06:01les plus fortes l'an prochain ?
06:02Parce qu'on sait qu'on est inégaux
06:04face aux mutuelles,
06:05face aux assurances privées.
06:07Il y a de grandes inégalités.
06:08Qui va payer le plus ?
06:08C'est les personnes âgées ?
06:12Ce qui fait d'ailleurs
06:14que ce qu'ils payent en taxes
06:16est aussi en euros
06:17beaucoup plus important.
06:18C'est aussi pour ça
06:19qu'on dénonce cette TVA
06:20sur la santé.
06:21On estime que ce n'est pas
06:22le bon moyen.
06:24Ce n'est pas juste.
06:25Mesurer quand même
06:26qu'en 2010,
06:28la taxe sur les complémentaires santé,
06:30c'était 700 millions.
06:31L'année prochaine,
06:32si c'est voté cet après-midi,
06:34ce sera 7,6 milliards.
06:36On est passé de 700 millions
06:37à 7,6 milliards.
06:38On a multiplié les taxes
06:39en 15 ans
06:40par plus que 10.
06:42C'est pour ça qu'on dit
06:43que c'est déraisonnable
06:44et que ce n'est pas juste.
06:46Ce n'est pas le bon moyen.
06:47C'est un écueil.
06:48Si on continue comme cela,
06:50c'est la robustesse,
06:52c'est la soutenabilité
06:53de notre modèle
06:53qui ne sera pas garanti.
06:56Il y a les hausses de tarifs,
06:57les hausses de prix,
06:58on en a parlé.
06:59Et puis aussi,
06:59la qualité du remboursement.
07:01Est-ce qu'on sera moins bien remboursé
07:03l'an prochain ?
07:03Sur quoi vous allez renier ?
07:04Non, on n'a pas décidé de renier.
07:06Parce qu'aujourd'hui,
07:08je pense qu'une personne
07:09a besoin
07:11qu'on continue
07:12de bien prendre en charge
07:13l'ensemble des tics et modérateurs.
07:15Ça, on y est évidemment obligé.
07:16Non, mais au printemps dernier,
07:17vous aviez parlé de rembourser
07:18moins souvent les lunettes
07:19tous les 3 ans
07:20au lieu de tous les 2 ans.
07:20Moins souvent les prothèses auditives
07:22tous les 5 ans
07:22au lieu de les 4 ans.
07:23C'est d'actualité ou pas ça ?
07:24Aujourd'hui,
07:26les pouvoirs publics
07:27n'ont pas souhaité
07:28pour le moment
07:29engager ce travail-là.
07:31On pense qu'il faut le faire.
07:32Là, ce n'est pas
07:33moins bien remboursé.
07:35C'est régulier de la dépense.
07:37Je rappelle que
07:38vous prenez l'exemple
07:40des lunettes.
07:40Au final,
07:40c'est moins bien remboursé.
07:41Non, non, non, pas du tout.
07:43Non, pas du tout.
07:44Sur les lunettes,
07:45ce n'est pas ça du tout l'enjeu.
07:47C'est de,
07:47si votre vue change,
07:49bien évidemment,
07:49les verts sont pris en charge.
07:51C'est simplement de dire
07:52qu'il n'y a pas
07:53de droit de tirage
07:54où tous les 2 ans,
07:55on devrait recevoir
07:57un SMS d'un opticien
07:58pour vous dire
07:58tiens, le mois prochain,
08:00vous avez une paire
08:00de lunettes gratuite,
08:01ce qui se passe aujourd'hui.
08:02Il y a des pratiques marketing
08:03qui sont à la limite
08:05de la légalité,
08:06qui entraînent
08:07une forme de consumérisme
08:09et c'est de cela,
08:10c'est sur cela
08:11que l'on veut changer.
08:13Par contre,
08:14les besoins en santé,
08:15l'aléa en santé,
08:16quand votre vue change,
08:17bien évidemment,
08:18c'est pris en charge.
08:19Et il faut revenir,
08:20finalement,
08:20à du bon sens
08:21sur l'ensemble
08:23des dépenses de santé.
08:24Ça fait partie
08:25des éléments de pertinence.
08:26Eric Chenu,
08:27est-ce que la réalité
08:27aujourd'hui,
08:28c'est que pour bien
08:28se soigner en France,
08:29il faut avoir les moyens
08:30en fait,
08:31quand on est riche,
08:32on arrive à se soigner correctement,
08:33quand on n'est pas riche,
08:34on est en galère ?
08:36Je ne crois pas,
08:37je crois qu'on a toujours
08:38un système
08:38qui est profondément solidaire,
08:40profondément redistributif
08:42et c'est aussi pour ça
08:43qu'il faut en prendre soin.
08:45Il faut lui allouer
08:46les recettes nécessaires.
08:49On a obligé
08:50l'assurance maladie
08:51à financer
08:52les mesures du Ségur,
08:53vous savez,
08:53ces revalorisations
08:54de l'hôpital
08:54qu'il fallait absolument faire.
08:56Mais on n'a pas donné
08:57les 12 milliards nécessaires
08:58à l'assurance maladie
08:59pour le financer.
09:00Et en plus,
09:01on l'a privé
09:02de 3 milliards et demi
09:03de cotisations
09:04au nom de la compétitivité.
09:05En fait,
09:05vous êtes en train
09:06de nous dire
09:06depuis le début
09:06de cette interview
09:07que les politiques
09:07font n'importe quoi,
09:08qu'ils se déchargent,
09:09qu'ils votent des taxes
09:10et qu'au final,
09:11ils sont en train
09:11de condamner la Sécu.
09:12On a des politiques
09:13qui sont trop à court terme,
09:14qui sont trop budgétaires.
09:16On n'a pas une vision
09:17de moyen et de long terme.
09:18On sait ce qu'il se passe
09:19en démographie dans le pays.
09:20On sait que
09:21le nombre de personnes âgées
09:23augmente.
09:24Les dépenses de santé
09:25d'une personne
09:25de 75 ans,
09:30on les a.
09:31Donc,
09:32il faut qu'on se mette
09:32autour de la table
09:33pour voir comment,
09:34de manière rationnelle,
09:37on est capable
09:38d'assumer
09:39la part de richesse
09:40que l'on souhaite allouer
09:41à la santé.
09:42C'est pour ça
09:43que nous lançons
09:43des états généraux
09:44de la santé
09:45et de la protection sociale
09:46pour que les assurés sociaux,
09:47les professionnels de santé
09:49disent ce à quoi
09:50ils sont prêts,
09:51ce qu'ils ne veulent pas.
09:52J'invite tous vos éditeurs
09:53à s'exprimer
09:54sur placedelasanté.fr.
09:56Merci beaucoup,
09:57Eric Chenu,
09:57d'être venu ce matin
09:58nous voir.
09:59Je rappelle les chiffres
09:59que vous nous confirmez
10:00ce matin.
10:01Hausse du tarif
10:01des mutuelles l'an prochain,
10:024,3% pour les particuliers,
10:044,7% pour les entreprises.
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