00:0019 minutes sur Sud Radio, Félix Mathieu, très intéressant, une fois de plus ce que vous nous révélez ce matin,
00:06surtout au moment où les interpellations se multiplient après le casse du Louvre.
00:10Je rappelle qu'elles sont fondées sur des recherches et des empreintes ADN.
00:15Alors, pourquoi l'ADN, justement, est moins utilisable en France que dans les autres pays pour élucider les crimes ?
00:22Le ministre de la Justice veut-il remédier ?
00:25Oui, Gérald Darmanin veut autoriser les enquêteurs à utiliser la généalogie génétique pour les crimes non élucidés.
00:31Il estime qu'une trentaine comme ça de cold cases pourraient se résoudre.
00:35On ne retrouverait plus seulement l'auteur d'un crime quand c'est son ADN à lui qui matche sur une pièce de la scène de crime.
00:41On pourrait se rapprocher de lui aussi grâce aux liens de parenté, des ADN de proches, de gens de sa famille,
00:47établir que l'auteur du crime est forcément le cousin de telle ou telle personne.
00:51Et pour faire ça, la justice utiliserait une base de données qui comprend des millions de traces ADN mais qui est interdite en France.
00:58Cette base de données, ce sont les biobanques, ces sites américains de tests ADN récréatifs pour connaître ses origines,
01:04ces tests qui sont interdits en France par d'anciennes lois bioéthiques.
01:08La police doit aussi, dans l'état actuel de la législation, conserver des traces ADN infiniment moins précises que ces sites récréatifs
01:16ou même que les polices d'autres pays, une vingtaine de marqueurs ADN quand on serait capable d'en enregistrer un demi-million.
01:22Expliquez l'invité qu'on va entendre dans un instant.
01:25Imaginez un peu la différence entre un écran de Nokia 3310 et un énorme téléviseur haute définition.
01:31Cette précision permet d'identifier un criminel plutôt que d'espérer seulement matcher un jour par le plus grand des hasards.
01:37Oui, ça ferait gagner du temps aux enquêteurs.
01:39Oui, utiliser des ADN plus complets, ça permettrait aux enquêteurs de régler en quelques minutes des cas où il leur faut parfois plusieurs mois en France.
01:46Avec la législation actuelle, ils doivent convoquer parfois des centaines de personnes avec qui un ADN match partiellement
01:53pour vérifier tout le monde un par un et trouver celui avec qui ça va matcher à 100%.
01:58En collaboration en tout cas avec le FBI, des enquêteurs français ont déjà pu arrêter fin 2022 celui qu'on appelait le prédateur des bois.
02:05Ils l'ont arrêté par généalogie génétique, un homme qui avait violé cinq adolescentes entre 1998 et 2008.
02:12C'était une première en France, mais Gérald Darmanin aimerait donc généraliser ce principe, cette possibilité.
02:18Un peu comme en médecine, on pourrait techniquement prédire des maladies graves avec l'ADN, mais la bioéthique française ne le permet pas, nous explique.
02:25Donc l'invité avec qui nous sommes en ligne, il trouve un peu la législation française et ses réticences bioéthiques franchement datées sur cette question de l'ADN.
02:33Et vous êtes en direct, Guillaume Vocht, bonjour.
02:37Oui, bonjour.
02:38Vous êtes généticien à l'INSERM, l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale.
02:43Comment expliquer, Guillaume Vocht, que cette législation soit beaucoup plus restrictive en France ici qu'ailleurs ?
02:53Alors, il se trouve qu'effectivement, avec la Pologne, en fait, ce n'est pas vis-à-vis des lois de bioéthique, c'est vis-à-vis de notre code civil.
03:00On a un article 16.1 qui nous dit que le corps humain a une non-patrimonialité, ce qui veut dire qu'on ne peut pas le vendre.
03:08Et à l'intérieur du corps humain, vous avez de l'ADN.
03:10Donc, dans le code civil, vous avez un article aussi qui vous explique, le 16.10, que l'examen des caractéristiques génétiques d'une personne ne peut se faire que dans certains cas très limités.
03:20Vous connaissez la recherche, la médecine et puis les affaires criminelles et une petite partie pour les militaires.
03:32Donc, c'est uniquement vis-à-vis de notre code civil. Et vis-à-vis de ça, on a des autorisations de le faire dans ce cadre-là, mais pas dans un autre.
03:41Donc, Gérald Darmanin soulève donc un tabou avec cette possibilité, mais ça ouvrirait beaucoup, beaucoup de perspectives de pouvoir utiliser ces biobanques américaines en matière d'élucidation de crimes.
03:54Oui, alors, c'est tout à fait. Mais je souhaite... Au début, on a dit qu'on voulait restreindre.
04:00En fait, là, on est en train d'élargir les possibilités de faire des tests génétiques.
04:04Et ce qui se passe au Louvre, en fait, a été fait avec le fichier du FNAEG, très certainement.
04:08Le fichier du FNAEG, c'est à peu près 5 millions d'empreintes de personnes qui ont commis des délits.
04:13Et donc, les empreintes ADN qui ont été retrouvées au Louvre, on les a comparées dans un fichier qui est autorisé avec l'article A38,
04:20qui nous permet d'avoir une vingtaine de marqueurs.
04:23Et ces marqueurs-là sont compatibles dans le monde entier.
04:25C'est-à-dire qu'il y a à peu près 195 pays qui utilisent ces 20 marqueurs pour identifier une personne
04:31et pour pouvoir procéder à son audition.
04:34Un rappel pour nos auditeurs, le fichier du FNAEG, pour préciser, pour ceux qui nous écoutent.
04:38Le fichier du FNAEG, en fait, il a été créé en 98 suite à Guy Georges, avec une série de viols.
04:45Et on a décidé, pour les délinquants sexuels, de faire un fichier en cas de récidive.
04:49Et ensuite, il a été largement élargi, pas qu'aux délinquants sexuels, mais à toutes sortes de délinquances, à des vols, etc.
04:57Et donc, on a plus de 5 millions de personnes dans les biobanques.
05:01Et il se trouve que les personnes qui ont été identifiées étaient déjà connues des services de la police.
05:06Donc, on a déjà dû prendre un prélèvement.
05:09Et on a eu un match.
05:10Et c'est ce qui a permis l'interpellation de ces personnes.
05:12Donc ça, c'est différent.
05:13C'est une vingtaine de marqueurs.
05:14Ce qui a été fait avec le prédateur des bois, c'est justement utiliser la généalogie génétique.
05:19Vous voyez bien que quand vous avez 20 marqueurs, vous partagez 10 marqueurs avec votre papa.
05:24Et puis, votre arrière-grand-père, 5 marqueurs.
05:26Ce n'est pas assez pour identifier formellement une personne.
05:29On ne peut pas monter.
05:30Dans la généalogie génétique, ce sont des petites puces qui ont plus de 500 000 marqueurs.
05:35Alors, on ne les utilise pas tous.
05:36On utilise à peu près 50 000, 100 000 pour faire ce genre de choses.
05:41Et ça va permettre de remonter jusqu'à 8 générations.
05:46Et si on va jusqu'à 8 générations, ça veut dire qu'on peut redescendre.
05:49Donc, on va trouver des personnes qui ont fait ces tests génétiques légalement ou illégalement,
05:54qui ont une correspondance avec le suspect présumé.
05:57Et en reconstruisant l'arbre généalogique, bien sûr, il faut absolument des documents d'État civil.
06:04Les pays qui n'en disposent pas, on ne peut pas le faire.
06:06Et grâce à ça, on va pouvoir identifier des personnes suspectes qui pourraient être le suspect,
06:12puisqu'ils partagent une partie de l'ADN avec les personnes qui ont fait ces tests génétiques.
06:17Félix, la cohérence ensuite, ce serait peut-être qu'on autorise alors en France ces tests génétiques récréatifs,
06:25ces biobanques, puisqu'on envisage finalement d'utiliser leurs données.
06:29Oui, tout à fait. La décision du garde des Sceaux, dans le projet de loi Chour, est vraiment essentielle et courageuse.
06:41Et même s'il y a un petit peu une duplicité, puisque ces biobanques, en fait, comme elles ont des dizaines de millions de personnes,
06:48elles ont toujours intéressé, par exemple, les chercheurs.
06:51La totalité des entités françaises ont utilisé ces biobanques qui sont interdites en France en collaboration à l'étranger
06:59pour faire de la recherche, pour faire avancer la recherche.
07:03Et là, on se retrouve donc maintenant avec la police, qui a eu la bonne idée de faire une collaboration avec le FBI pour utiliser ces biobanques.
07:11Donc c'est très bien. On peut identifier des personnes.
07:16La seule chose, c'est que ça pose une question de souveraineté.
07:19C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, il faut quand même rendre l'appareil.
07:22Si c'est interdit en France et qu'on va les utiliser à l'étranger, c'est là où il y a cette duplicité.
07:26Donc effectivement, c'est une grande avancée dans ce projet de loi.
07:30Par contre, c'est sûr que l'étape suivante serait de faire évoluer notre FNAEG
07:35et d'augmenter le nombre de marqueurs pour faire effectivement de la généalogie génétique au niveau français
07:41et pouvoir rendre l'appareil aussi aux Américains qui nous auront aidés pendant la période où on pourra effectuer ça.
07:48Ça, c'est le coup d'après, mais ce n'est pas avant 5 ou 10 ans.
07:51Faire évoluer ce fichier national des empreintes génétiques.
07:54Ultime question avec vous, Félix.
07:56Pour avoir, en guise de conclusion, pour avoir finalement, ce serait l'objectif,
08:00une législation sans doute moins conservatrice en la matière que la plupart des autres pays.
08:06C'est bien ça ?
08:08Non, je trouve que la loi est bien faite.
08:10Elle vise à interprétation, c'est-à-dire que ce n'est jamais très précis les textes du Code civil.
08:15Ça permet à la CNIL, ça permet aux juges de décider ce qu'on peut faire ou pas.
08:22Donc je trouve que la loi est très bien faite.
08:24La seule chose qu'il faut faire évoluer, c'est le A38 qui permet de rechercher une vingtaine de marqueurs.
08:30pour pouvoir faire de la généalogie génétique.
08:34Tout le reste, l'encadrement, la protection des personnes, je n'ai rien à dire là-dessus.
08:41La loi est suffisamment vague pour pouvoir l'interpréter quand on veut à un certain moment.
08:46La seule chose qui pose problème, c'est le A38 qui nous autorise que à faire de la recherche sur une vingtaine de marqueurs
08:52et pas sur la totalité, en France en tout cas.
08:55Merci en tous les cas, c'est très clair.
08:58Vous expliquez bien, Guillaume Vogt.
09:00Permettez-moi de vous féliciter, c'est passionnant également.
09:03Merci à vous, Guillaume Vogt, généticien Aline Serm.
09:06Et merci, mon cher Félix Mathieu.
09:08Ça alors, on en découvre des choses chaque matin avec vous.
09:11On essaye, c'est vrai.
09:13Il n'y a pas de problème avec ça.
09:14Merci. Dans un instant, il est 9h28, la vérité en face, le débat avec Antoine Fouché,
09:21auteur de Sortir du travail qui ne paie plus aux éditions de l'aube.
09:25Allons-nous continuer à travailler plus pour ne pas gagner grand-chose ?
09:31Vous nous appelez où la vérité en face au 0825 ?
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