- il y a 7 mois
Le monde entier nous l'envie, elle est le symbole d'une France solidaire, une fierté nationale, presque une idole ! La Sécurité Sociale fête ses 80 ans. Mais à l'heure où les comptes publics affichent un déficit abyssal, à l'heure où la pyramide des âges s'inverse, son avenir et son financement posent question. Comment pérenniser le joyau sans lui faire perdre son éclat ? Peut-on toucher à l'intouchable ? « Sacrée Sécu » lève le voile sur l'histoire, les légendes et les tabous qui entourent un modèle unique au monde.
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00:00Ah, ils sont sympas les Américains, ils adorent te montrer qu'il y a des choses qui existent aux Etats-Unis qu'il n'y a pas en France.
00:06Moi quand j'ai été étudiant là-bas pendant un an, j'avais un colloque, il me faisait « Tu vois ça ? »
00:11Et je dis « Ah oui, oui ». Il me dit « Ça c'est un drone, c'est Américain, mais je crois que c'est pas sorti en France. »
00:16Du coup je l'ai regardé, puis j'ai sorti ma carte vitale.
00:21Je lui dis « Ça s'appelle la sécu, ça te permet de te passer mon air gratuitement, mais je crois que c'est pas sorti aux Etats-Unis. »
00:27La sécurité sociale, la carte vitale, le monde entier nous l'envie, les Américains notamment.
00:49Notre chère sécu, Madame la Sécurité sociale, qu'est-ce qu'on l'aime et qu'est-ce qu'on y tient ?
00:54Il y a un attachement à la sécurité sociale, on a beaucoup de chance.
00:57Je pense que plus que la chance, ça m'a aidé beaucoup dans ma vie.
01:01Et cet idylle entre la sécu et les Français ne date pas d'hier.
01:05Moi personnellement j'ai 80 ans maintenant, je suis bien content que la sécurité sociale existe, ça serait déjà bon.
01:10Je tire tout de même mon chapeau à la sécurité sociale.
01:14Hélène place à part dans le cœur des Français.
01:16La sécurité sociale, elle est sacrée parce qu'elle est un héritage.
01:21La sécurité sociale, c'est un trésor national.
01:23Moi j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux.
01:26La sécu, la sécurité sociale, c'est le lien entre tous les Français.
01:30Et la France sans la sécurité sociale, c'est pas la même France.
01:33La sécurité sociale, c'est à la fois un héritage et un être vivant.
01:37Elle n'est pas fichée, elle bouge.
01:40On l'adore notre sécu.
01:42Mais est-ce qu'on se soucie vraiment de son sort ?
01:45Sommes-nous conscients du danger qu'elle court ?
01:48Un danger bien réel.
01:52La sécurité sociale, c'est un bien.
01:55On peut faire son petit éloge sur 80 années, mais c'est un système qui va mal.
02:00La Cour des comptes, c'est pas une institution qui a l'habitude de faire des hyperboles,
02:04d'abuser de ce genre de termes.
02:05Donc quand elle dit que c'est hors de contrôle, c'est un euphémisme.
02:08On dit toujours que le système de santé est l'un des meilleurs au monde.
02:11C'est encore vrai, mais nous ne sommes pas à l'abri à un moment donné d'un collapse,
02:14d'une chute complète.
02:15Et si la sécurité sociale elle-même est faible, je crains beaucoup pour la société française.
02:29Et si, pour comprendre le danger qu'est la guette, on remontait le fil de son histoire ?
02:35Car son histoire, c'est notre histoire.
02:38C'est même la grande histoire.
02:441945.
02:46Après des années de guerre et de combat, la France est exsangue.
02:49Les pertes humaines sont considérables.
02:52La sécurité sociale a été créée en octobre 1945.
02:58Les textes ont été rédigés par un monsieur qui s'appelle Pierre Larocque, un haut fonctionnaire,
03:01qui a été missionné à l'époque par le ministre du Travail, Alexandre Parodi, un résistant.
03:08Tout ça se fait dans le contexte de la libération.
03:11Le gouvernement provisoire à l'époque décide directement à la fin de la guerre
03:15de mettre en place ce système de protection sociale qui rompt un peu avec ce qu'il y avait auparavant,
03:20avec l'ancien modèle, et qui vise à couvrir l'ensemble de la population
03:24et lui offrir une protection contre les principaux risques de la vie, la maladie, la vieillesse, le handicap, etc.
03:31Donc, Pierre Larocque est nommé directeur général des assurances sociales.
03:34La direction générale des assurances sociales, c'est une direction du ministère du Travail.
03:39Il est nommé avec une mission très claire,
03:40donc préparé un plan complet de sécurité sociale, ambitieux.
03:52Le troisième personnage clé, c'est Ambroise Croizat,
03:56ministre communiste qui prend le relais de parodies à la fin de l'année 45
03:59et qui donc lui s'attèle à la tâche de mettre en place les organismes de sécurité sociale
04:04conformément au système qui a été élaboré par Larocque.
04:08Mais le fait de dire que tout a commencé en 1945,
04:13c'est un grand mythe assez classique sur la sécurité sociale.
04:17Oui. Contrairement aux idées reçues,
04:20la création de la sécurité sociale par l'ordonnance de 1945
04:23est loin d'être le premier acte de la protection sociale française.
04:27La création de la sécurité sociale, ça s'inscrit dans un très, très, très long processus historique
04:34qui commence bien, bien en amont à partir du 18e, 19e siècle.
04:40Alors, il y a plusieurs éléments.
04:41Le premier élément, c'est le mouvement mutualiste.
04:44Dans une société qui n'a aucun secours face au risque de la vie,
04:48on voit émerger des petits groupements qui s'appellent les sociétés de secours mutuels
04:52dans les métiers d'artisans qualifiés, métiers urbains, qui vont se protéger.
04:57Ces mouvements-là ne sont pas nés de rien.
04:58C'étaient déjà les héritiers de mouvements beaucoup plus anciens,
05:01les corporations médiévales, qui créaient des caisses de secours déjà.
05:08Donc, les mutuelles ont précédé la sécurité sociale.
05:10On peut même dire qu'elles ont inventé la protection sociale.
05:13Finalement, ce sont elles qui ont inspiré le système de 45.
05:17Donc, au 19e siècle et au début du 20e,
05:21on s'est organisé entre corporations, entre métiers,
05:23pour se prémunir des risques de la vie.
05:25Mais des dates, des étapes, des événements
05:28vont marquer des tournants dans l'histoire de la protection sociale.
05:32L'année 1918 est importante parce que le contexte général,
05:35c'est celui de la fin de la guerre,
05:37avec son héritage terrible sur la population française,
05:40pratiquement un million et demi de morts,
05:42autant de blessés et d'invalides.
05:45Donc, la France sort de la guerre
05:47avec d'énormes besoins sociaux à satisfaire.
05:50Il y a aussi le retour de l'Alsace-Moselle dans la mère patrie.
05:54Or, cette Alsace-Moselle, elle dispose depuis 1883
05:58de la législation sociale du Reich Bismarckien,
06:02qui est plus avancée que la législation sociale française.
06:05Donc, avant la sécurité sociale,
06:07on a déjà un système de protection sociale
06:10qui a été créé par deux lois en 1928 et 1930.
06:13Ce sont les assurances sociales
06:14qui créent déjà un système de protection
06:16contre la maladie, contre la vieillesse,
06:19la maternité, etc.
06:21Alors, c'est un système qui était très imparfait,
06:23qui ne couvrait pas toute la population.
06:25Il y a eu beaucoup d'exclusions,
06:27notamment les fonctionnaires ou les cadres
06:28ou les professions libérales.
06:30Mais il existait déjà.
06:321939-1945,
06:40Deuxième Guerre mondiale.
06:42Elle marque une rupture,
06:44un tournant.
06:46Il n'est plus question d'initiatives nationales
06:48concernant la protection sociale.
06:51En tout cas, pas tout de suite.
06:53Il faut qu'il y ait un soleil.
07:02Il faut qu'il y ait une espérance.
07:05Il faut que quelque part,
07:07Paris,
07:08et brûle,
07:09la flamme de la résistance de la terre.
07:12À la libération de la France,
07:15l'admosphère dans le pays est très particulière.
07:18Le pays sort de cinq ans presque de guerre
07:21et d'occupation,
07:23marquée par la collaboration.
07:25Donc, il y a une atmosphère de table rase.
07:30Les institutions de la Troisième République
07:31ont été emportées.
07:33Il n'y a plus ni Assemblée nationale,
07:35ni Sénat.
07:37Donc, les circonstances sont tout à fait particulières.
07:40Elles sont malgré tout favorables.
07:42Parce que, justement,
07:43l'effacement des institutions
07:45facilite l'adoption de réformes importantes.
07:48Beaucoup d'obstacles ont été levés.
07:50Et donc, cela va faciliter
07:51l'adoption de réformes très ambitieuses
07:53dans un laps de temps, finalement, assez court.
07:55C'est un contexte politique
07:56qui est unique dans notre histoire.
07:59Il y a une unanimité qui se fait
08:00entre tous les partis politiques.
08:02Ça, c'est quelque chose d'absolument extraordinaire.
08:04Cette adoption est aussi facilitée
08:06par le fait que
08:07la plupart des opposants
08:09à une législation ambitieuse
08:13se sont effacés.
08:14Tout simplement parce que la guerre les a mis
08:15dans une position délicate
08:17ou les a carrément marginalisés.
08:21On décide de se mettre d'accord
08:22sur les grands axes d'un programme
08:24qui a été élaboré pendant la guerre,
08:26le programme du CNR,
08:28du Conseil national de la résistance.
08:29Et donc, finalement,
08:32les forces politiques
08:33qui, en 1944-1945, comptent,
08:36ce sont celles qui sont issues
08:37de la résistance
08:38et elles sont toutes favorables
08:40à la réforme,
08:41au moins dans ces grandes lignes.
08:43C'est peut-être aussi cela
08:44qui fait la force
08:44de notre sécurité sociale
08:46et l'attachement qu'on lui porte.
08:48Elle est issue d'un moment,
08:50sinon de consensus absolu,
08:51au moins de relatifs accords
08:53entre les partis
08:54et d'une urgence
08:56à avancer sur la question
08:57de la protection sociale.
08:59Une réussite très convoitée, d'ailleurs.
09:02La sécurité sociale,
09:03c'est un projet politique.
09:04Donc, il y a parfois tendance
09:06à récupérer le projet
09:08en disant que c'est Ambroise Croisa
09:10tout seul parce que c'est le communiste
09:12et qu'il aurait tout créé.
09:14Je pense que c'est faux.
09:16Le Parti communiste a construit
09:17une sorte de contre-histoire
09:18de la sécurité sociale
09:19dans laquelle Ambroise Croisa
09:21voyait son rôle magnifié
09:23et devenait le père
09:25de la sécurité sociale
09:26comme si c'était en fait
09:27lui qui était à l'origine
09:28des choix fondateurs,
09:29ce qui n'est absolument pas le cas.
09:31Ambroise Croisa a été nommé
09:32ministre du Travail
09:33le 21 novembre 1945,
09:35après la publication
09:37de l'ordonnance fondatrice
09:38du 4 octobre 1945.
09:40Donc, Ambroise Croisa
09:41n'a joué aucun rôle
09:43dans la préparation
09:44de cette ordonnance,
09:45mais il fallait la faire advenir.
09:47Il fallait la mettre en action,
09:48la mettre en œuvre.
09:49Donc, à ce moment-là,
09:50c'est Ambroise Croisa
09:51qui a succédé à Alexandre Parodi.
09:53Et il a pesé de tout son point
09:54en tant que ministre du Travail
09:55pour que les décisions prises
09:57puissent entrer dans les faits.
09:59Et voilà,
10:00nouveau mythe
10:01autour de la sécurité sociale,
10:03nouvelle légende,
10:05imposture même.
10:06Là où il y a imposture,
10:07c'est quand on en fait
10:08le père de la sécurité sociale
10:09et quand on veut
10:10lui attribuer
10:10la paternité des ordonnances.
10:13Et une vraie imposture,
10:15puisque, par exemple,
10:16Ambroise Croisa
10:17qui est mort
10:17prématurément
10:18en 1951,
10:22a été enterré
10:23en grande pompe
10:24au père Lachaise
10:25où se trouvent enterrés
10:27la plupart des leaders
10:28du mouvement ouvrier français.
10:29Et on a fait graver
10:39sur sa pierre tombale
10:40qu'il avait été
10:42ministre du Travail
10:42d'octobre 1945
10:44à mai 1947.
10:47Ce qui est faux,
10:48puisqu'il a été nommé
10:49encore une fois
10:50que le 21 novembre 1945.
10:52Pourquoi cette erreur
10:53qui n'en est pas une ?
10:54Tout simplement
10:54parce que c'était
10:55une manière
10:55d'accréditer finalement
10:57l'idée qu'Ambroise Croisa
10:58était le père
10:59de l'ordonnance d'octobre.
11:00Ce qui n'est pas le cas.
11:03Et donc,
11:04pendant cette période,
11:05en gros,
11:06automne 1944,
11:08fin du printemps,
11:09début de l'été 1945,
11:11le ministère du Travail
11:12prépare cette ordonnance.
11:16Le projet d'ordonnance
11:17est notamment discuté
11:18à l'Assemblée consultative
11:19provisoire.
11:21Cette structure consultative
11:23a d'abord fonctionné
11:23à Alger.
11:24Puis, à la Libération,
11:25elle s'est installée
11:27au palais du Luxembourg,
11:29laissée dans un piteux état
11:30par la Luftwaffe,
11:32l'armée de l'air allemande.
11:33C'est le rapport
11:34de cette Assemblée consultative
11:35provisoire
11:36qui va être un élément clé
11:37dans le processus
11:39d'adoption
11:39des ordonnances
11:40de la sécurité sociale.
11:43Ce qui frappe,
11:44c'est la précision
11:45et la concision
11:47de ce rapport.
11:48Puisque finalement,
11:49en une dizaine de pages seulement,
11:51sont esquissées
11:51les grandes lignes
11:52du système de protection sociale
11:53qui nous couvrent tous
11:55depuis près de 80 ans
11:57maintenant.
11:58Ensuite,
11:58il y a une discussion
11:59en séance publique
12:00et vous avez
12:01le résultat final du vote
12:02qui est d'ailleurs
12:03sans appel
12:04puisque le rapport
12:05de Georges Buisson
12:06a été adopté
12:07à l'unanimité
12:07moins une fois.
12:09C'est dire
12:10si le sujet
12:11faisait consensus.
12:12Étonnamment,
12:13le sujet ne fait pas
12:14la une des journaux.
12:15L'actualité du moment
12:16est tout autre.
12:18Il y a le procès
12:18du maréchal Pétain
12:19et celui de Pierre Laval
12:21qui s'annonce.
12:22Le texte des ordonnances
12:24de 1945
12:24sur la sécurité sociale
12:26passe presque inaperçu.
12:28Nos compatriotes
12:29de l'époque
12:29étaient,
12:31et c'est bien normal,
12:31focalisés sur les sujets,
12:33sur l'urgence
12:34de la reconstruction,
12:35sur les conséquences
12:36de la libération.
12:38On découvre
12:38en lisant la presse
12:39de l'époque
12:39que le sujet
12:40est finalement traité
12:41de façon relativement
12:42marginale.
12:43C'est-à-dire qu'en fait,
12:43il est traité en page 3
12:44de l'édition du Monde
12:45en une vingtaine
12:46de lignes uniquement.
12:48Les journalistes
12:49ne semblent pas
12:50saisir la révolution
12:52copernicienne
12:52que représente
12:53la sécurité sociale.
12:54Personne ne se rend
12:55vraiment compte
12:56de ce qui vient
12:57d'être créé.
12:58Et pourtant,
12:58ça y est,
12:59la sécurité sociale
13:01est née.
13:02Les autorités
13:02rendent officiellement
13:03la médecine
13:04accessible à tous.
13:11Monsieur René Artaud,
13:12ministre de la Santé publique,
13:14vous parle.
13:16Après cette guerre
13:16de 6 ans
13:17et notre victoire
13:18si chère non payée,
13:19le but essentiel
13:21de mon ministère
13:22est de restaurer
13:22la santé
13:23de la nation française,
13:25d'enrayer
13:25les progrès
13:26de la tuberculose,
13:27notamment parmi
13:28les rapatriés
13:29d'Allemagne,
13:30de mettre en termes
13:31à la mortalité
13:32infantile
13:32et aux grands
13:33fléos sociaux.
13:36Il faudra
13:37quelques années
13:37aux Français
13:38pour comprendre
13:38la valeur
13:39de la sécurité sociale.
13:41Une fois qu'ils
13:41l'auront comprise,
13:43ils ne pourront
13:43plus s'en passer.
13:44Moi, personnellement,
13:47j'ai 80 ans maintenant,
13:48je suis bien content
13:49que la sécurité sociale
13:50existe,
13:50ça serait déjà bon.
13:51Pour la sécurité sociale,
13:52ce serait une catastrophe.
13:55Je tire tout de même
13:56mon chapeau
13:56à la sécurité sociale.
13:59Très aimée
13:59et très coûteuse,
14:02la sécu
14:02va très vite
14:03faire l'objet
14:03de réformes.
14:05Fin
14:05du consensus.
14:06Dès le début
14:08des années 50,
14:09on constate
14:10que toute une partie
14:11de forces politiques
14:12et également sociales
14:13sont revenus
14:14un petit peu
14:14dans le jeu politique
14:15avec l'effacement
14:16de l'unanimisme
14:17et du consensus
14:19de la libération.
14:20La sécurité sociale,
14:21c'est un organisme
14:22où il faut payer
14:22beaucoup de cotisations,
14:24où on est remboursé
14:25qu'à 80%
14:26des frais.
14:27Ce que je trouve
14:28est très injuste.
14:29C'est une chose
14:30à la sécurité sociale
14:31que quand on va voir
14:32un médecin,
14:33de toute façon,
14:33si on a de l'argent,
14:34on vous soigne.
14:35Si vous allez
14:35aux pharmacies
14:36on vous donne
14:36de médicaments,
14:37si vous n'en avez pas,
14:38on vous les refuse.
14:39Par conséquent,
14:39l'organisation actuelle
14:40ne vous donne pas
14:41satisfaction ?
14:41Non, monsieur.
14:43Parce qu'il faut payer
14:43trop par rapport
14:44à ce qu'on nous rembourse.
14:46La sécurité sociale,
14:47vous savez,
14:48c'est politique.
14:49Aujourd'hui,
14:50c'est toujours politique,
14:51la sécurité sociale.
14:52La sécurité sociale
14:53s'adapte
14:54à l'évolution des familles,
14:56s'adapte au vieillissement,
14:58s'adapte
14:58au progrès technologique,
15:00au progrès médical
15:01en particulier.
15:02Depuis 1945,
15:04les responsables politiques
15:05observent ou conduisent
15:07des réformes permanentes.
15:12C'est la réforme,
15:13j'annonais,
15:14la première grande entorse
15:16au principe de 1945
15:17et vraiment au programme initial,
15:20au vœu des résistants,
15:22au programme du CNR.
15:24Et si on remarque bien,
15:25en 1967,
15:25on est bien avant
15:26la crise économique.
15:27Mais déjà,
15:28à l'époque,
15:28on a l'idée
15:29que la sécurité sociale
15:30coûte très cher,
15:31coûte trop cher
15:32et qu'il faut la réformer.
15:34Le gouvernement
15:34et moi-même,
15:35nous aurions bien préféré
15:36pouvoir ne rien changer.
15:39Seulement,
15:40le fait est là.
15:41Cette année,
15:423 milliards
15:43de nouveaux francs de déficit.
15:44L'année prochaine,
15:45si on n'avait rien changé,
15:474 milliards
15:48et ainsi de suite.
15:50Et bientôt,
15:50la sécurité sociale,
15:52cette institution
15:53si importante pour tous,
15:55aurait été ruinée.
15:57Alors,
15:57qu'est-ce que va faire
15:57Janonnet ?
15:58Il va exploser
15:59la caisse de sécurité sociale
16:01qui, au départ,
16:01avait été constituée
16:02comme unique.
16:03On avait une caisse unique
16:04de sécurité sociale
16:05pour tous les risques.
16:07On considère
16:08qu'il faut cloisonner
16:09les risques
16:09pour éviter des surcoûts.
16:12On sépare les branches.
16:14Donc,
16:14la réforme Janonnet,
16:15elle est vraiment fondamentale.
16:16C'est le premier élément
16:17qui nous conduit
16:18vers ce qu'on connaît
16:19aujourd'hui.
16:22Le fonctionnement
16:23de la sécurité sociale
16:24se complit
16:24et son financement
16:26commence à perdre
16:27un peu les fonds.
16:27français.
16:29Vous savez comment fonctionne
16:30cette sécurité sociale ?
16:31Le fonctionnement
16:33de la sécurité sociale,
16:34non,
16:34pas très bien,
16:35voyez-vous.
16:36Non,
16:36parce que c'est extrêmement
16:37complexe
16:38et j'évite d'avoir recours
16:39à eux
16:40parce que je préfère
16:41rester en bonne santé.
16:43Vous savez,
16:44pour moi,
16:44la sécurité sociale,
16:45c'est un peu un organisme
16:46comme le gouvernement.
16:47On n'en sait rien.
16:48Non.
16:50Intellectuellement,
16:51non,
16:51peut-être.
16:52Merci, madame.
16:53Mais financièrement,
16:54oui.
16:55Je suis étudiant
16:55dans le commerce,
16:56je fais des études là-dessus
16:57il y a trois ans de ça,
16:59mais je ne m'en souviens plus.
17:00Je ne suis pas suffisamment
17:01au courant
17:02du dérouage
17:04de la sécurité sociale.
17:06Je le regrette la première,
17:07mais il est très difficile
17:09pour une femme
17:10d'être au courant
17:10de toutes les choses.
17:11Et aujourd'hui,
17:14est-ce qu'on sait
17:14comment se finance
17:15la sécurité sociale ?
17:19Alors,
17:21je...
17:22C'est tout le monde
17:23avec les impôts.
17:24Oui,
17:24normalement,
17:25c'est les impôts.
17:27Oui,
17:27tu as les impôts.
17:29Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?
17:31J'avoue que ça,
17:31je ne le sais pas trop.
17:33Je ne le sais pas réellement.
17:34Non,
17:34pas la mairie.
17:35La mairie,
17:36non,
17:36je ne pense pas.
17:37Non,
17:37je pense que c'est tout le monde
17:38qui finance avec nos impôts.
17:39Oui,
17:40voilà.
17:40Tentons d'y voir plus clair.
17:46Qu'est-ce que la sécurité sociale ?
17:47C'est une institution
17:48de protection sociale
17:50qui couvre principalement
17:52cinq risques sociaux.
17:53C'est l'assurance maladie,
17:54c'est les systèmes de retraite,
17:57c'est la politique familiale,
17:59c'est également
18:00les accidents du travail
18:01et puis c'est enfin
18:02l'autonomie.
18:03Qu'est-ce qu'on entend par là ?
18:04C'est la prise en charge
18:06de la dépendance
18:07des personnes âgées
18:08et des problèmes
18:09des personnes handicapées.
18:11Voilà.
18:12Vous savez tout.
18:13Le système,
18:14quand il a été pensé,
18:15au début,
18:16était très simple.
18:17On cotisait
18:18sur les salaires,
18:21une partie du salaire,
18:22pour alimenter
18:23ce système
18:24de protection sociale
18:25et on avait
18:26nos pensions de retraite
18:27ou bien
18:28nos remboursements
18:29d'assurance maladie
18:30qui étaient couverts
18:31par ce pactole
18:33de cotisations.
18:35Progressivement,
18:36ces cotisations
18:36se sont avérées
18:38insuffisantes,
18:39d'abord parce que
18:40beaucoup de gens
18:40étaient au chômage,
18:42puis on s'est rendu compte
18:43que les retraités
18:43ne participaient pas
18:44du tout aux frais
18:45et donc on a,
18:46au fur et à mesure,
18:46rajouté des tuyaux
18:48de financement.
18:49La CSG,
18:50par exemple.
18:51Je vous le disais en titre,
18:52ce Conseil des ministres
18:53a adopté
18:54la contribution sociale
18:55généralisée.
18:57Cette CSG
18:59vise,
19:00je vous le rappelle,
19:01à instaurer
19:01un prélèvement
19:02de 1,1%
19:03sur tous les revenus,
19:04y compris ceux du capital.
19:06Et en réalité,
19:07maintenant,
19:07quand on regarde
19:08le système,
19:09il y a des tuyaux
19:09dans tous les sens.
19:10Cela ressemble
19:11à peu près
19:12aux machineries
19:13d'un sous-marin nucléaire.
19:15Que les Français
19:16comme vous et moi
19:16n'y comprennent pas grand-chose,
19:18après tout,
19:19ce n'est pas dramatique.
19:20À condition que les décideurs
19:22législateurs
19:23et autres acteurs
19:24du secteur
19:25s'y retrouvent.
19:26Aujourd'hui,
19:28ce qui me frappe
19:29et qui m'effraie vraiment,
19:31alors même que la Sécurité sociale
19:33est un trésor national
19:35qu'il faut absolument préserver,
19:37c'est que c'est devenu
19:38quelque chose
19:38de tellement complexe.
19:40Une affaire quand même
19:41de spécialiste
19:42pour comprendre aujourd'hui
19:43toute la tuyauterie
19:44du financement
19:44de la Sécurité sociale.
19:46Il faut être un expert
19:47et maintenir ses compétences
19:48à jour.
19:49et même chez les politiques,
19:52même chez les politiques,
19:53il y a une ignorance
19:55du système
19:56que je trouve
19:58effrayante.
20:00Est-ce qu'il y a des cours
20:00sur la Sécurité sociale ?
20:01À l'école ?
20:02Ben non.
20:03Or, ça devrait être
20:03le premier acte.
20:04Comme on apprend
20:05les lois de la République,
20:08les institutions,
20:09on doit apprendre
20:09ce qu'est la Sécurité sociale,
20:12c'est-à-dire
20:12comment elle fonctionne,
20:13comment elle est financée
20:14et qu'est-ce qu'on peut
20:16obtenir d'elle
20:17et ce qu'on ne doit pas
20:18forcément solliciter d'elle.
20:21Un fonctionnement
20:22et un financement
20:22auxquels on ne comprend
20:23pas grand-chose.
20:25Pourtant,
20:26on a tous entendu parler
20:27du trou de la Sécu.
20:29Des décennies
20:29que l'expression est entrée
20:30dans le débat public
20:31et même
20:32dans le langage courant.
20:34Le trou de la Sécu,
20:36c'est pas si vieux que ça
20:37puisqu'en fait,
20:38pendant longtemps,
20:39la Sécurité sociale
20:39a marché à l'équilibre
20:40et c'est que récemment,
20:41finalement,
20:42depuis en gros
20:43les années 2090
20:44qu'on a commencé
20:45à voir apparaître
20:46des déficits sociaux.
20:47C'est la branche vieillesse
20:49qui est
20:49la plus coûteuse,
20:51en tout cas celle
20:51où les montants
20:52sont les plus élevés,
20:53autour de plus de 300 milliards
20:54d'euros annuels,
20:56suivi de près
20:56par la branche
20:57santé-maladie
20:58qui est aussi
20:59autour de 300 milliards
21:00et en fait,
21:01quand on prend les deux,
21:01vieillesse et santé,
21:02c'est 70%
21:03de la Sécurité sociale.
21:05On a tellement parlé
21:06du trou de la Sécurité sociale
21:07depuis des années
21:08comme on parle
21:08du déficit de l'État
21:09et qu'à force
21:10de crier au loup,
21:11les Français ont du mal
21:12à savoir où est la vérité.
21:13Le trou de la Sécu
21:14s'est devenu
21:15presque un mantra
21:16dans le débat politique
21:18mais aucun responsable politique
21:21aujourd'hui
21:22dans le champ
21:23de la gauche de la gauche
21:24à la droite de la droite
21:25et à l'extrême droite
21:26ne dit
21:27« on va arrêter
21:28la Sécurité sociale
21:29et on va basculer
21:30sur un autre système ».
21:32Personne ne dit ça.
21:33Et le premier
21:34qui dirait ça
21:35aux Français
21:36« on va arrêter
21:37la Sécurité sociale »,
21:38il peut lui arrêter
21:39sa carrière politique.
21:45Toucher à la Sécurité sociale,
21:47il faut le faire
21:48avec des pincettes en France.
21:49On a très peur
21:51de toucher
21:53à des populations particulières,
21:55à des populations vulnérables
21:56ou bien au contraire
21:57de réduire
21:58des remboursements d'actes
21:59et de soins
22:00qui vont mettre à mal
22:01une profession de santé.
22:02C'est compliqué
22:03de toucher à la Sécu
22:04parce que c'est quelque chose
22:06auquel les Français
22:06sont très attachés.
22:07On peut comprendre pourquoi.
22:09Ça a presque valeur
22:10de mythe,
22:11de religion en France.
22:12La Sécu, c'est sacré
22:13mais il ne faut pas non plus
22:15trop la sacraliser
22:15en pensant qu'elle est immuable
22:17et qu'elle est éternelle.
22:18Il faut du courage politique
22:19pour réformer
22:20la Sécurité sociale.
22:21Si on montre
22:22suffisamment de courage
22:23en résistant aux oppositions
22:25que ça ne manque pas
22:26de susciter,
22:27on a aussi beaucoup
22:28à perdre
22:28et beaucoup d'hommes politiques
22:30y ont laissé des plumes
22:31et une partie
22:32de leur carrière.
22:33On peut citer par exemple
22:34Alain Juppé.
22:35Si le sens des responsabilités,
22:42la primauté de l'intérêt général,
22:43la volonté de partage
22:45et de solidarité l'emportent,
22:47nous allons réussir
22:48ce qu'on n'a pas osé
22:49entreprendre depuis 30 ans.
22:53Alain Juppé,
22:54l'auteur du plan
22:55qui mettra dans la rue
22:56des millions de Français,
22:57contribuant ainsi
22:58à l'impopularité
22:59de Jacques Chirac
23:00et à sa défaite
23:01deux ans plus tard
23:01dans les urnes
23:02en 1997.
23:04Scrutin
23:05qui allait inaugurer
23:06la deuxième cohabitation
23:07et le retour au pouvoir
23:08des socialistes
23:09dirigés par Lionel Jospin.
23:12Le vrai sujet
23:13de la réforme Juppé
23:14ou rappelez-vous
23:14tous les parlementaires
23:16se lèvent,
23:16formidable, génial,
23:18c'est que
23:18au final,
23:19ce n'est pas le cœur
23:19de la sécurité sociale
23:20qui a posé problème.
23:22Comme bien souvent
23:22dans la réforme,
23:24c'est les retraites
23:25de la fonction publique
23:27des régimes spéciaux
23:28qui a été,
23:30je dirais,
23:30le grain de sable
23:31qui a tout bloqué.
23:33À l'époque,
23:34les comptes de la Sécu
23:35affichent un déficit
23:35de 60 milliards de francs.
23:38Juppé a pour objectif
23:39de dégager un excédent
23:40de 12 milliards
23:41en 1997.
23:43Mais il ne s'agit pas seulement
23:44de faire des économies.
23:46Alain Juppé veut
23:47rénover le système,
23:48mettre en place
23:49la sécurité sociale
23:50du 21e siècle.
23:52Son plan passe mal.
23:53On paye déjà assez
23:54comme ça,
23:55je pense.
23:56Moi, personnellement,
23:57je suis retraité
23:58en ce moment,
23:59en pré-retraite.
24:02Ça me coûte
24:02extrêmement cher.
24:04Avec qu'ils arrêtent tout,
24:05tant qu'à faire,
24:06plus de sécurité sociale
24:07en France.
24:08Au moins,
24:08on sait où on en est.
24:09Il y a peu de trous.
24:10Moi, je ne suis pas d'accord.
24:12Pourquoi ?
24:12C'est toujours
24:13le petit qu'il veille.
24:14Ce qui est intéressant
24:15avec Juppé en 1995,
24:17quand même,
24:17c'est que c'était
24:17une tentative de réformer
24:20avant d'être
24:20au pied du mur.
24:22Il y avait quand même
24:23une forme de projection,
24:25d'avertissement,
24:27quelque chose
24:29qui est devenu
24:29assez rare en politique,
24:31qui est de se dire
24:31qu'il fallait mettre
24:33à plat le système
24:35dès 1995
24:36pour lui permettre
24:38de faire face
24:38aux grands défis
24:39qui arrivaient.
24:40Bon, ça s'est fracassé
24:41sur des grèves.
24:42Chez les manifestants,
24:44beaucoup de détermination.
24:45Ce sont des milliers
24:46de salariés,
24:47de fonctionnaires,
24:48de retraités
24:49et même des clients
24:50qui sont descendus
24:50dans la rue.
24:51– Pas d'ici,
24:52pas d'arri !
24:54Pas d'arri !
24:55Pas d'arri !
24:56Pas d'arri !
24:57Pas d'arri !
24:58Pas d'arri !
24:58Peut-être que ça a été
24:59mal expliqué,
25:00peut-être que ça a été
25:00fait un peu trop rapidement
25:01dès l'arrivée au pouvoir,
25:03ce qui était un peu le pari
25:03d'ailleurs de Juppé
25:04et Chirac,
25:05de profiter de l'été
25:06pour faire ça.
25:07Ils ont fait face
25:08à des contestations massives
25:10et donc ils ont fait
25:10marche arrière.
25:11Je pense que sur la réforme Juppé,
25:14ça a été avant tout
25:15une question de méthode
25:17et les méthodes sur les réformes,
25:19c'est quelque chose
25:19vraiment d'essentiel.
25:23Le gouvernement cède
25:24sur la partie retraite du plan
25:26mais il instaure par ordonnance
25:28les mesures visant
25:29à réduire le déficit
25:31de la sécurité sociale.
25:32Juppé a osé toucher
25:40à Madame la Sécurité sociale,
25:42au totem sacré.
25:44Les mécontentements,
25:45les grèves et les manifs
25:46vont pourtant occulter
25:47un autre volet du plan.
25:49Sa loi constitutionnelle
25:51adoptée le 22 février 1996
25:53qui va créer ce qu'on connaît
25:55aujourd'hui sous l'acronyme
25:57barbare de PLFSS.
26:02Le PLFSS,
26:05c'est-à-dire les projets de loi
26:06de financement
26:07de la sécurité sociale
26:08qui arrivent tous les ans
26:09au Parlement,
26:10en même temps que le débat
26:11sur le budget de l'État,
26:12c'est une réforme
26:13qui a été introduite
26:15dans notre Constitution
26:16au moment des réformes Juppé.
26:19C'est une nouveauté,
26:20c'est-à-dire que face
26:21à l'accroissement
26:22des dépenses de santé,
26:23Alain Juppé décide
26:25que le Parlement
26:26doit s'en mêler.
26:27Jusque-là,
26:28la sécurité sociale dépensée,
26:30on payait,
26:31et puis voilà.
26:32année après année,
26:33on regardait
26:34les choses évoluer.
26:36Je pense que c'est
26:37un progrès majeur
26:38même s'il y a
26:39des faiblesses.
26:40Le progrès majeur,
26:42c'est que
26:42la sécurité sociale
26:43est en notre affaire
26:44à tous.
26:45Et même si elle n'est pas
26:46que l'affaire de l'État,
26:47ces financements
26:48méritent un débat
26:50démocratique annuel
26:53et visible.
26:54Donc ça a été
26:55une grande réforme
26:55puisque le Parlement
26:57s'est mis à voter
26:59un pourcentage
27:00d'évolution annuelle,
27:02mais dans le même temps,
27:03il s'est déconnecté
27:04des réalités.
27:05Vous pouvez toujours décréter
27:06qu'on doit augmenter
27:07que de 2 ou 3 %
27:08la dépense de santé.
27:10Si dans le même temps,
27:11la population vieillit,
27:12il y a plus de maladies chroniques,
27:14il y a plus de pertes
27:16d'autonomie,
27:17il y a plus d'innovation
27:18aussi dans les traitements
27:19qui coûtent cher,
27:20et bien la dépense,
27:22elle augmentera plus.
27:23Et donc,
27:24vous votez un plus de pourcent
27:26quand, tendanciellement,
27:28la dépense,
27:28elle augmente de plus 4
27:29chaque année.
27:31Et donc,
27:31cette réforme,
27:32en fait,
27:33aujourd'hui,
27:34on peut dire
27:35qu'elle a quasiment échoué.
27:37C'est une réforme
27:56à laquelle personne ne croit.
27:58Personne ne croit,
27:59on pense que ce sera
28:00impossible de réformer.
28:02Il faut dire que le déficit
28:03cumulé est proche
28:04de 49 milliards d'euros.
28:05Et le trou de l'assurance maladie
28:07s'élève à lui seul
28:08à 13 milliards.
28:10La Cour des comptes
28:11s'alarme à l'époque
28:12de ce qu'elle appelle
28:13la plus forte dégradation financière
28:15de l'histoire
28:16de la sécurité sociale.
28:19On réussit à le faire
28:20avec Philippe Dousteblasi.
28:21Un,
28:22on s'assure clairement
28:23du concours
28:24des professionnels de santé.
28:26On demande beaucoup d'efforts
28:27aussi pour changer
28:28les comportements.
28:30C'est l'époque
28:30où est mis en place
28:31le médecin traitant,
28:32le 1 euro.
28:33Il faudra s'y faire,
28:34les 20 euros
28:34d'une visite
28:35chez le généraliste
28:36ne seront plus remboursés
28:37que 19.
28:38Un euro de contribution
28:39à la charge du patient
28:40par consultation
28:41et par acte médical.
28:43Si ça peut servir
28:44à combler le déficit,
28:46c'est une bonne chose.
28:48Mais bon,
28:49un euro,
28:50est-ce que ça va être
28:50significatif ?
28:52Est-ce que ça va être
28:53utilisé à bon escient ?
28:54Ça, on ne sait pas.
28:55Ça ne vous dérange pas
28:56de mettre un euro
28:57de votre poche ?
28:58Non, pas du tout.
28:59Je pense que c'est pas normal.
29:01Après,
29:02ils vont nous prendre
29:02un euro,
29:03un euro,
29:03un euro,
29:04et après,
29:04ils ne nous rembourseront
29:04plus rien.
29:06Le forfait à un euro,
29:08le médecin traitant
29:09qui doit être consulté
29:10avant le spécialiste,
29:11plus de contrôles
29:12sur les arrêts de travail
29:13et puis des vagues
29:14de déremboursement
29:15de médicaments.
29:17Je suis tout jeune
29:18ministre de la Santé,
29:19plein dossier,
29:19je prends la suite
29:20de Philippe Dousteblasi
29:21et on me dit
29:22il y a une vague
29:23de déremboursement.
29:24Il y a une vague
29:25de déremboursement,
29:26voilà la vague,
29:26on a tout regardé,
29:27tout est bon.
29:28Vous signez ici.
29:29Je signe,
29:30je regarde un peu,
29:31mais je signe,
29:31je me fie à mes conseillers,
29:33je me fie à l'administration.
29:34Je me prends
29:35une volée de bois vert.
29:37Moi, je ne veux pas piller.
29:39Non, non.
29:39Non, non,
29:40ce n'est pas normal.
29:41Il y a des personnes âgées
29:42ou même des personnes
29:42qui n'ont pas
29:43les moyens
29:44de pouvoir,
29:46donc ces médicaments,
29:47je ne vois pas pourquoi,
29:47on ne les rembourserait pas.
29:48Je me dis,
29:49j'ai dû faire une connerie
29:50dans les décisions.
29:51Quelques mois après,
29:52arrive une nouvelle vague
29:53de déremboursement.
29:55Pour commencer donc
29:56cette nouvelle série
29:57de déremboursement,
29:58comme on dit,
29:58le gouvernement accélère
30:00l'allure pour limiter
30:01le trou de la sécu.
30:02Deuxième vague en quelques mois.
30:03Elle concernerait cette fois
30:04plus de 400 médicaments.
30:06Je rentre chez moi
30:06à Saint-Quentin,
30:08je prends,
30:09j'appelle mon médecin généraliste
30:11à moi,
30:11mon pharmacien à moi,
30:13je leur dis,
30:13je vais vous passer confidentiellement
30:14la liste de ce que je dois annoncer
30:17mercredi prochain
30:17et vous allez me dire là-dedans
30:19s'il y a des bugs,
30:20s'il y a des conneries ou pas.
30:22Fin de journée,
30:22ils n'ont pas attendu longtemps,
30:23ils me disent,
30:23tu peux venir,
30:24je vais t'expliquer.
30:25Mon médecin généraliste,
30:26il me dit,
30:27écoute,
30:27ça,
30:27tu vois,
30:27dans la liste là,
30:29tu as le déremboursé,
30:29tu as raison,
30:30il faut savoir
30:31qu'on ne le prescrit plus
30:31aujourd'hui.
30:33Bon, d'accord,
30:33on ne prescrit plus du tout.
30:35Très bien.
30:36Ça, par contre,
30:37tu veux dérembourser,
30:38ok,
30:38il n'y a plus de solution derrière.
30:40Depuis septembre,
30:4182 médicaments
30:42ne sont plus remboursés
30:44par la Sécurité sociale
30:45et d'ici quelques mois,
30:46ce sont plus de 400 nouveaux produits
30:48qui devraient venir s'ajouter
30:50à la liste.
30:51Objectif,
30:52combler le déficit
30:53de l'assurance maladie.
30:54Ça montrait quoi ?
30:56C'est que,
30:57à Bercy,
30:58on a des économies
31:00sur le papier
31:00et à l'arrivée,
31:02vous n'avez pas les économies
31:03parce qu'on n'a pas demandé
31:04à ceux qui sont sur le terrain
31:06comment ça va se passer.
31:08On a conduit
31:09cette réforme jusqu'au bout
31:10et elle a produit
31:11beaucoup plus d'effets prévus.
31:13Je vous dis,
31:13on est en 2025,
31:15on est toujours,
31:16grosso modo,
31:16sur les bases
31:17de cette réforme de 2004.
31:19Responsabiliser le patient,
31:21changer ses habitudes de soins,
31:23l'empêcher de multiplier
31:24les consultations
31:25sans raison médicale valable,
31:27avions-nous pris
31:28de mauvaises habitudes ?
31:30Serions-nous devenus
31:31des consommateurs de soins ?
31:33Il y a sûrement
31:35dans la société française
31:37l'idée que j'y ai droit.
31:40Et parce que j'y ai droit,
31:42je ne dois pas juger
31:43l'ampleur de la dépense
31:45que je fais consentir
31:47à un système
31:48de la sécurité sociale.
31:49Avec le temps,
31:50on a laissé entendre
31:52qu'on pouvait accéder
31:54à toujours plus.
31:55Toujours plus de soins,
31:57toujours plus d'innovation,
31:58toujours plus de couverture sociale.
32:00Et petit à petit,
32:01les Français se sont emparés
32:02de ces droits,
32:03et c'est normal,
32:05sans réaliser
32:06à quel point
32:07l'effort collectif
32:08de financement
32:09de ces droits nouveaux
32:10et de ces innovations
32:12était considérable.
32:14La généralisation
32:14du tiers payant,
32:15qui est une très bonne chose
32:17parce que ça permet
32:18d'accéder aux soins
32:20sans avoir besoin
32:21d'avancer les dépenses
32:22de santé,
32:22a abouti au fait
32:23qu'on a perdu
32:25la perception
32:26de combien coûte
32:27la santé,
32:28combien coûte
32:29un séjour hospitalier,
32:31un acte d'imagerie,
32:32un IRM
32:33ou un scanner
32:33de la biologie.
32:34Et les patients,
32:40qu'en pensent-ils ?
32:42Quand j'entends
32:42les patients parler,
32:44ils disent que,
32:45normalement,
32:46si c'est prescrit
32:47par le médecin,
32:48donc c'est censé être
32:49gratuit,
32:50c'est pas de leur faute
32:50s'ils sont tombés malades.
32:52Je pense que les gens
32:54ne se rendent pas compte
32:54en particulier
32:55du coût de la santé.
32:57C'est un peu
32:58le revers de la médaille,
33:00c'est que cette impression
33:00de gratuité
33:02qu'ont les gens
33:03dans l'accès aux soins
33:04grâce à la sécurité sociale
33:05leur fait perdre de vue
33:07le vrai coût
33:07de la santé en France.
33:10Notre médecin traitant
33:11nous prescrit des médicaments.
33:13Il ne sait pas
33:13ce qu'on a exactement
33:14dans notre boîte à pharmacie.
33:16Oui, on a aussi
33:17une part de responsabilité.
33:19Du coup, moi,
33:19je fais attention,
33:20enfin, je m'efforce
33:20de faire attention,
33:21mais parfois,
33:22ça m'échappe.
33:23Je ne dirais pas
33:24que la santé est gratuite.
33:25C'est vraiment
33:26quand on ignore
33:27tout le fonctionnement
33:28du système
33:28qu'on va s'aventurer
33:30à ce genre de déclaration.
33:38Au niveau des quantités,
33:40je vous mets moins ou plus haut ?
33:41Là, je me suis basé
33:41sur la quantité.
33:42Je ne me suis opérée
33:42que dans, a priori,
33:44deux mois et demi.
33:45Ok.
33:49Et voilà.
33:50Merci.
33:51Vous voulez un petit sac avec ?
33:53C'est un droit
33:54qui est acquis
33:54pour les patients.
33:56Et justement,
33:57c'est l'inverse.
33:58C'est-à-dire que
33:58s'il y a quelque chose
33:58à payer,
33:59il y a un questionnement.
34:00Voilà, on est
34:01beaucoup plus
34:01dans une logique inverse.
34:02Donc tout ce qui est
34:03gratuit et normal,
34:04en tout cas,
34:05c'est ce que je ressens,
34:06et tout ce qui est à payer,
34:08il y a un questionnement.
34:12Alors, j'ai l'original.
34:13Ça coûte un peu plus cher.
34:15Alors, soit je vous commande
34:18le générique
34:19qui coûte 5 euros moins cher.
34:21Ça fait combien en tout ?
34:22Là, ça fait 12,47 euros.
34:2412,47 euros.
34:25C'est bon ?
34:26Ok.
34:27Alors.
34:30Merci, bonne journée.
34:31Au revoir.
34:31On entend souvent dire
34:33la sécu, c'est gratuit.
34:35Rien n'est gratuit.
34:36Et encore moins la sécu.
34:37Il y a des gens qui payent.
34:38Derrière, il y a une dette
34:39qui s'accumule aussi.
34:41Donc ça a un coût.
34:42On ne le voit pas directement,
34:43mais ça a un coût.
34:44C'est vrai qu'il y a
34:44une impression de gratuité
34:47qui peut conduire d'ailleurs,
34:49sans que ce soit frauduleux,
34:51à des comportements
34:51très discutables,
34:52de nomadisme médical,
34:54de surconsommation médicamenteuse.
34:57Donc oui,
34:58comme le disent
34:59les économistes libéraux,
35:00il n'y a pas de déjeuner gratuit.
35:03Il y a toujours
35:03quelqu'un qui paye.
35:04C'est pareil pour la sécurité sociale.
35:06Il y a toujours quelqu'un qui paye.
35:08Et ce quelqu'un,
35:09c'est nous tous.
35:10Ce message,
35:11il nous a été régulièrement
35:12adressé à nous, patients,
35:14lors de grandes campagnes
35:15d'information.
35:17Souvenez-vous,
35:18en 1991.
35:19Il y a eu un petit clip.
35:21Il y avait un petit clip
35:22sous forme de quasi-rap
35:23et on voyait des gens
35:24qui dansaient,
35:24qui disaient
35:25la sécu, c'est bien,
35:26on abusait, ça craint.
35:27Voilà, on le fait
35:28en direct ou presque.
35:29La sécu.
35:30C'est bien,
35:31en abuser, ça craint.
35:34Les défenses de santé,
35:35ça craint d'en abuser.
35:37La sécu, c'est bien,
35:38en abuser, ça craint.
35:40Je pense que ce serait pédagogique,
35:42c'est-à-dire de bien montrer
35:43que la gratuité
35:45peut avoir effectivement un sens,
35:48mais que rien n'est gratuit
35:50pour l'État
35:51et pour la sécurité sociale.
35:54Donc je pense que cette éducation
35:55à ce qu'est une dépense,
35:59un prélèvement,
36:00une contribution,
36:02c'est tout à fait souhaitable
36:03pour conforter la sécurité sociale
36:05parce que sinon,
36:06c'est madame la sécurité sociale.
36:08On lui demande tout.
36:11Et quelquefois,
36:11quand elle se réveille
36:13et qu'elle exige des contrôles,
36:16on ne comprend pas pourquoi
36:17elle n'est pas aussi généreuse
36:19qu'elle en a l'air.
36:26Aucun d'entre nous
36:26ne pense vraiment
36:27qu'il abuse du système.
36:28Et donc,
36:29quand les gens pensent
36:30qu'ils ont droit à quelque chose,
36:31ils n'ont jamais l'impression
36:32qu'ils en abusent.
36:33Par contre,
36:34il convient, je pense,
36:35de sanctionner
36:36ceux qui réellement
36:39utilisent la sécurité sociale
36:41comme on irait au supermarché.
36:43Les abus,
36:43la fraude,
36:45celles au paiement
36:45des cotisations sociales,
36:47par exemple.
36:48Comprenez le travail
36:49dissimulé.
36:50Ou bien se faire prescrire
36:51et rembourser des médicaments
36:52pas vraiment utiles
36:54ou pas vraiment urgents.
36:55Simplement pour se constituer
36:57une réserve.
36:58Demander de faux certificats médicaux.
37:01Ou des arrêts de travail
37:02de complaisance.
37:03Tout cela
37:04commence à fâcher.
37:05Il est impératif
37:06de lutter contre la fraude,
37:08mais vraiment.
37:09Parce qu'une fraude
37:11qui est estimée
37:11à 13 milliards
37:12et on en identifie,
37:16je crois,
37:162 milliards et demi,
37:17les 10 milliards
37:18de gap,
37:19là,
37:19ils ne sont pas possibles.
37:21Donc,
37:21il faut vraiment,
37:22la fraude,
37:23c'est en haut de la pile.
37:25Mais au-delà de la fraude,
37:26des abus.
37:27On voit aujourd'hui,
37:28avec l'explosion
37:29des arrêts de travail,
37:30qu'il y a un petit souci.
37:31est-ce qu'on peut aujourd'hui
37:33continuer à délivrer
37:34les arrêts de travail
37:35de la même façon
37:35ou est-ce qu'on doit réfléchir
37:37à la façon dont les médecins
37:38conseils devraient pouvoir
37:39davantage délivrer
37:40sur proposition
37:42du médecin traitant ?
37:43Ça,
37:43c'est pour les assurés sociaux.
37:45Mais il y a une fraude
37:46que l'on connaît moins.
37:48C'est celle
37:48des professionnels de santé.
37:50Ceux qui facturent
37:51des soins médicaux
37:52qu'ils n'ont pas réalisés
37:53ou des soins
37:54faussement majorés,
37:56considérant peut-être
37:56qu'ils ne sont pas
37:57rémunérés à la hauteur
37:59de leurs efforts
37:59et de leur travail.
38:01Les dérives financières
38:02actuelles,
38:04ce ne sont massivement
38:05pas celles
38:06des Français
38:07qui consomment du soin.
38:09Ce n'est pas exact.
38:10La fraude,
38:11c'est à 80%
38:12la fraude
38:12des professionnels
38:13de santé.
38:15Désolé de le dire,
38:16mais l'assurance maladie
38:17l'explique
38:18dans tous ses rapports.
38:19Ce ne sont pas
38:20les Français
38:20qui massivement
38:22fraudent la sécurité sociale
38:23et mettent en péril
38:24ce système.
38:26Non.
38:29Alors je pense
38:33que la lutte
38:33contre la fraude,
38:35la lutte
38:35contre les abus,
38:37la lutte
38:37contre les détournements
38:39doit être menée
38:40parce que c'est
38:42lorsque justement
38:43la fraude s'installe
38:45que le système
38:45dans son ensemble
38:46peut être contesté
38:48pas simplement
38:48par les pertes financières
38:49qu'il aurait à subir
38:51mais parce qu'il y a
38:52l'idée
38:52qu'il y a des profiteurs.
38:54Et il ne doit pas
38:55y avoir de profiteurs,
38:56il ne doit y avoir
38:56que des assurés sociaux.
38:58Dans la série
39:05des sujets
39:05qui fâchent
39:06sur la sécurité sociale,
39:08il y a aussi
39:08l'AME,
39:10l'aide médicale
39:11d'État.
39:12C'est l'accès
39:12aux soins
39:13pour les étrangers
39:13en situation
39:14irrégulière.
39:18C'est combien
39:18l'aide médicale
39:19d'État ?
39:20C'est un milliard
39:20de dépenses
39:22à peu près
39:23chaque année,
39:24entre un milliard
39:24et un milliard
39:25de cent millions
39:25chaque année.
39:26à rapprocher
39:27des 320 milliards
39:29de dépenses
39:29d'assurance maladie.
39:30C'est-à-dire
39:31ces 0,3%
39:32de la dépense totale.
39:34Je pense que
39:35c'est notre intérêt commun,
39:36c'est notre intérêt
39:37en tant qu'humain
39:39de continuer
39:40à préserver
39:41ces moyens
39:41pour pouvoir
39:42protéger
39:43l'ensemble
39:43de la population.
39:45Je ne connais pas
39:45un médecin
39:46qui refusera
39:47de soigner
39:48quelqu'un
39:48aux situations
39:49régulières
39:49ou irrégulières.
39:51C'est la France
39:52et c'est aussi
39:52le serment
39:53d'Hippocrate.
39:54Le seul sujet,
39:55c'est est-ce que
39:55nous ne devons pas
39:56mieux organiser
39:57et réguler
39:58ce système ?
39:59Je pense que oui.
40:00Et l'aide médicale
40:01d'État
40:01doit être avant tout
40:03centrée sur
40:04les besoins urgents.
40:05Sur les besoins urgents.
40:07Mais tous ceux
40:07qui nous font des grands débats,
40:08il faut supprimer
40:09du jour au lendemain
40:10l'aide médicale d'État,
40:11devraient plutôt voir
40:12que notre problème,
40:13c'est que nous avons
40:13sur notre territoire
40:14des personnes
40:15en situation illégale
40:16qui restent très longtemps
40:18sur le territoire,
40:19trop longtemps
40:20sur le territoire
40:20et qu'en attendant,
40:22vous devez réserver
40:23cette gratuité
40:24des soins
40:25sur les soins
40:26les plus urgents
40:27en prenant en charge
40:28également les frais
40:29pour les enfants
40:30sans restriction
40:31et sans réserve.
40:35Il y a un autre acteur
40:37dans notre modèle
40:37de protection sociale.
40:39Un acteur majeur,
40:40plus ancien
40:41que la Sécu.
40:42et qui nous accompagne
40:43aussi dans chacun
40:45de nos actes
40:45de soins
40:46ou nos achats
40:47de médicaments.
40:49Les mutuelles
40:49sont les grands-parents
40:50de la Sécurité sociale.
40:52Les mutuelles,
40:53c'est une très belle idée.
40:55Les mutuelles,
40:55c'est très ancien.
40:57Et notre système
40:57marche sur deux pattes
40:58en fait,
40:58sur deux branches,
41:00la branche obligatoire
41:01et la branche complémentaire.
41:03À la carte vitale,
41:05c'est donc ajouter
41:06une autre carte
41:06devenue presque
41:07tout aussi indispensable,
41:09celle de notre mutuelle.
41:10Est-ce que vous avez
41:13une mutuelle ?
41:14Vous avez des petits papiers ?
41:16Est-ce que vous avez
41:16la complémentaire
41:17de cette année ?
41:182025 ?
41:20Vous avez
41:20la petite attestation ?
41:21Donc la mutuelle
41:22est enregistrée
41:22et par contre,
41:25je vais prendre
41:25un numéro de téléphone.
41:26Si jamais on a un problème
41:27de remboursement,
41:27on vous appellera.
41:28D'accord ?
41:29Il faut dire que depuis 2016
41:30et la réforme voulue
41:32par François Hollande,
41:33la mutuelle d'entreprise
41:34est obligatoire.
41:36Donc ce que j'ai voulu
41:36avec Marisol Thouane,
41:38c'est que toute personne
41:39qui travaille
41:41puisse avoir
41:42une complémentaire santé
41:44financée
41:45pour partie
41:46par l'employeur.
41:47C'est le prolongement
41:48de la sécurité sociale
41:49par un organisme
41:50qui n'est pas
41:51de la sécurité sociale,
41:52les complémentaires.
41:53Des complémentaires
41:56que nous appelons tous
41:57par abus de langage
41:58des mutuelles
42:00et qui n'ont pas toujours
42:01une image aussi glorieuse
42:02que notre chère
42:03sécurité sociale.
42:05La plupart des mutuelles,
42:06je pense que c'est très cher.
42:09La plupart.
42:10C'est mon opinion personnelle.
42:13Mais à le même temps,
42:14ça aide.
42:15Je pense que ça aide beaucoup.
42:17Demain, si maintenant,
42:18il fallait payer vos soins,
42:20ça vous embêterait ?
42:21Ah oui.
42:22Ah oui, parce que déjà,
42:23on nous oblige
42:24à prendre une mutuelle,
42:25même si on est en ALD
42:27à 100%,
42:27on est obligé
42:28d'avoir une mutuelle
42:29pour les prestations,
42:31les postologiques
42:32qui sont en dehors
42:33de l'ALD,
42:35pas que pour les médicaments.
42:36Si vous êtes hospitalisé,
42:38vous êtes obligé
42:38d'avoir une mutuelle
42:39pour payer le forfait hospitalier
42:41pour les dépassements
42:43d'honoraires.
42:43Donc, comment fait-on ?
42:45Aujourd'hui,
42:45il y a quand même
42:46une image de marque
42:47qui est assez négative
42:48pour les mutuelles
42:49qui sont associées
42:49à des groupes lucratifs,
42:51financiers,
42:52alors que pas du tout.
42:54La mutualité,
42:55dès le départ,
42:56très vite en tout cas,
42:58s'affirme
42:59comme l'allié indispensable
43:00du régime obligatoire.
43:02Pour une bonne cause,
43:03c'est que les soins
43:05soient le plus diffusés possible,
43:07qu'on puisse tous bénéficier
43:09d'un maximum de remboursements.
43:10Donc, cette image de marque
43:12est tronquée aujourd'hui
43:14et on a tendance
43:15et on a tendance
43:15à ne plus savoir
43:17qui est qui
43:17entre compagnie d'assurance
43:19et mutuelle.
43:20Je pense que si je demande
43:21dans cette salle
43:22qui a une mutuelle,
43:25qui a une assurance,
43:26quel complémentaire santé
43:27vous avez,
43:28je pense qu'il y aura
43:29beaucoup de doutes
43:31sur les réponses.
43:32La mutualité,
43:34elle a apporté
43:34des innovations sociales d'ailleurs.
43:36Le tiers payant,
43:37par exemple,
43:38qui maintenant est entré
43:39et courant.
43:40On va avec sa carte vitale
43:42chez le médecin,
43:43on ne paye plus,
43:43il y a le tiers payant
43:45chez le pharmacien.
43:46C'est les mutuelles
43:46qui l'ont mis en place.
43:47C'est elles qui ont créé
43:48aussi les premiers centres de santé
43:50permettant à tout le monde
43:51de venir se soigner
43:52sans dépassement d'honoraires
43:54et avec un système
43:56de tiers payant.
43:56Donc, moins d'argent
43:58ou pas d'argent
43:58à avancer.
44:00Donc, les mutuelles,
44:01c'est un acteur
44:02historique engagé
44:03sur les questions
44:04de solidarité.
44:05Mais c'est un système
44:05qui n'a plus aucune liberté.
44:07Le système mutualiste,
44:08je pense,
44:09est dans une forme
44:11d'impasse aujourd'hui
44:12parce qu'il cherche
44:12à chacun
44:14à se diversifier
44:15pour montrer la différence
44:16entre tel mutuel
44:17ou tel autre.
44:18Et le système
44:19d'assurance maladie
44:20les contraint tellement
44:21que pour se diversifier,
44:24ils se mettent
44:24à rembourser des soins
44:25qui n'ont jamais été évalués
44:27comme efficaces.
44:29Je pense qu'il faut
44:29remettre ce système à plat,
44:31redonner un peu
44:31de pouvoir
44:32au mutuel
44:33dans ce qu'elles remboursent
44:34ou pas par rapport
44:35à l'assurance maladie,
44:36un peu de liberté.
44:38La difficulté,
44:39c'est qu'à part nous,
44:41il y a peu de monde
44:42actuellement
44:42qui explique
44:43à nos concitoyens
44:44ce qui est en train
44:45de se passer.
44:45c'est-à-dire qu'en 20 ans,
44:48les dépenses de santé
44:49ont plus que doublé
44:50dans notre pays.
44:52On est sur une évolution
44:54ces dernières années
44:55de 4,5% à 5% par an
44:57des dépenses de santé,
44:59que l'assurance maladie
45:00a transféré progressivement
45:02des dépenses
45:02vers les complémentaires santé.
45:04Et donc,
45:05comme il faut absolument
45:06pouvoir être à l'équilibre,
45:08c'est-à-dire pouvoir
45:08financer les prestations
45:10à verser
45:10avec les cotisations
45:13encaissées de la même année,
45:14eh bien,
45:15on a l'obligation
45:16d'ajuster les cotisations
45:17à cette évolution.
45:21Mutuelle,
45:22complémentaire santé,
45:23assurance à but lucratif
45:25ou non lucratif.
45:27La confusion est totale
45:28pour les Français.
45:29Et ce flou
45:30est un sujet soulevé
45:31lors de chaque congrès
45:32de la mutualité.
45:34Les gens ne comprennent pas
45:35le système de santé
45:36parce qu'effectivement,
45:38les gens ne voient qu'une chose,
45:39ils payent de plus en plus cher,
45:41ils n'ont pas forcément
45:42l'impression
45:42d'être mieux remboursés
45:44et donc,
45:45ça génère de l'incompréhension.
45:47Car depuis 25 ans,
45:49contraintes par des règles européennes
45:51qui ne reconnaissent pas
45:51la spécificité
45:52du modèle français,
45:54les mutuelles
45:54doivent répondre
45:55aux mêmes normes
45:56que les compagnies d'assurance,
45:58aux mêmes règles
45:58que les groupes marchands,
46:00alors qu'elles ne cherchent
46:01pas le profit.
46:03Le gouvernement
46:03doit prendre en compte
46:04le fait qu'il y a
46:05plusieurs acteurs
46:06pour le remboursement
46:07des frais de soins.
46:09Donc il y a la sécurité sociale
46:10et puis de l'autre côté,
46:11il y a des complémentaires santé.
46:13Et ça ne peut pas être
46:14l'outil
46:16où quand on ne sait plus
46:17comment rembourser,
46:18on se retourne
46:19vers les complémentaires.
46:20On est dans un moment
46:23un peu crucial
46:23puisqu'on l'entend beaucoup,
46:26la question de la pérennité
46:27de notre modèle social français
46:29qui aujourd'hui est entouré,
46:31enveloppé de beaucoup
46:32d'inquiétudes.
46:33Aujourd'hui,
46:33on a une situation démographique
46:35où on va avoir,
46:37et c'est une situation inédite,
46:39énormément de personnes âgées,
46:41de centenaires
46:42dans notre pays
46:43et une base
46:44de notre pyramide des âges
46:45qui s'affaisse.
46:47La démographie,
46:51la clé du problème.
46:53C'est elle qui met en péril
46:54l'avenir de tout notre système
46:56de protection sociale.
46:58Tout ça n'a rien idéologique
46:59aux politiques.
47:00C'est un fait
47:01qui s'impose à nous
47:03et qui s'appelle
47:04le retournement démographique
47:05et qui change en fait tout.
47:07Tout le monde sait,
47:08voit à quoi ressemble
47:08une pyramide des âges.
47:10Je vais vous montrer ça.
47:12Je ne suis pas très bon dessinateur,
47:13mais...
47:14Une pyramide des âges pyramidale.
47:15Vous avez une base très large,
47:16beaucoup de jeunes
47:17et une pointe assez fine
47:19avec très peu de personnes âgées
47:20et au milieu,
47:20vous avez les actifs.
47:22Quand vous avez
47:22une pyramide pyramidale
47:24avec beaucoup de jeunes
47:26qui financent
47:27très peu de personnes âgées,
47:29il n'y a pas trop de problème.
47:30La solidarité intergénérationnelle
47:31est pratiquement indolore
47:32et c'était le cas
47:33dans les 30 glorieuses.
47:36Aujourd'hui,
47:36la pyramide des âges
47:37ne ressemble plus trop
47:37à une pyramide.
47:38D'ailleurs, il faut qu'on arrête
47:38de l'appeler une pyramide.
47:39Elle ressemble plutôt à ça.
47:40C'est-à-dire que
47:40vous avez une base
47:41qui est en train
47:42de maigrir,
47:44de rétrécir
47:45la dénatalité.
47:46Ça fait 15 ans
47:46que les naissances baissent en France.
47:48On a quand même perdu 22%
47:49de naissances
47:49sur les 15 dernières années.
47:51Et elle est en train
47:52de gonfler par le haut
47:53puisque vous avez
47:55toute la génération
47:55des baby boomers,
47:56donc cette génération
47:57qui est née
47:58entre 45 et 74,
48:0024 millions de personnes
48:01qui remontent
48:03la pyramide des âges
48:03et qui, en fait,
48:04se retrouvent aujourd'hui
48:05à la retraite.
48:06On n'a jamais connu ça.
48:07C'est-à-dire qu'il n'y avait
48:07jamais aussi peu d'actifs
48:08pour financer autant
48:10de retraités.
48:11La pression sur les actifs
48:12elle va croissante.
48:14Je dirais même
48:14qu'elle atteint
48:14un point d'asphyxie.
48:16Et le problème qu'on a
48:17c'est qu'en fait
48:18cette pyramide
48:18qui n'est plus pyramidale
48:19elle est en train
48:20de s'inverser
48:20tellement que quand on fait
48:21les projections démographiques
48:22on s'aperçoit
48:23qu'elle ressemblera
48:25plutôt à ça.
48:26Donc vous voyez
48:27énormément de retraités
48:28avec de moins en moins d'actifs
48:30et encore moins d'actifs
48:31à l'avenir
48:31pour les financer.
48:32On va avoir un vrai problème
48:33et il va falloir réfléchir
48:34à financer ça autrement.
48:36Le défi est immense
48:38et il nous concerne tous.
48:41Le débat actuel
48:42j'allais dire immédiat
48:43pour l'avenir
48:44de la sécurité sociale
48:45c'est
48:46qu'est-ce qu'on accepte
48:48de faire
48:48en termes de recettes ?
48:51Est-ce qu'on demande
48:51aux détenteurs de capital
48:54de payer plus ?
48:55Est-ce qu'on demande
48:56aux travailleurs
48:57de payer plus
48:58avec des cotisations sociales ?
48:59Est-ce qu'on demande
49:00aux consommateurs
49:01de payer plus
49:01en instaurant une TVA sociale ?
49:05Ou est-ce qu'on demande
49:05à personne de payer plus
49:07et qu'on laisse
49:08la sécurité sociale
49:09sombrer dans les déficits
49:10et être menacée à terme ?
49:14Il faut aujourd'hui
49:20une réflexion globale
49:21sur la sécurité sociale
49:23et plus largement
49:24sur la protection sociale.
49:26Il faut qu'on ait
49:26un débat large.
49:28C'est pourquoi
49:28on en appelle
49:29à des états généraux
49:30de la santé
49:30de la protection sociale
49:31pour savoir comment
49:32collectivement
49:34on s'organise
49:35pour pouvoir faire face
49:36à ces besoins.
49:37Ce système de protection sociale
49:39qui est notre joyau
49:40et notre totem,
49:42il faut que nous le
49:43transmettions
49:44à nos enfants.
49:45Et pour le transmettre
49:46et le rendre pérenne,
49:48il est temps aujourd'hui
49:50d'avoir cette réflexion nationale.
49:53On doit lui souhaiter
49:54l'éternité
49:54à la sécurité sociale
49:55puisque c'est elle
49:57qui nous tient,
49:58c'est elle qui nous lie,
49:59c'est elle qui nous assure.
50:00Moi, je suis confiant
50:01si les Français
50:03sont prêts
50:04à dire
50:05ce qu'ils veulent garder,
50:07si les responsables politiques
50:08sont lucides
50:08et courageux,
50:09mais en tout cas,
50:10une chose est sûre et certaine,
50:11ça vaut la peine
50:12de se battre pour la Sécu.
50:14La protection sociale
50:15doit être
50:15la première grande réforme
50:16de 2027.
50:18Alors,
50:19si nous voulons sauver
50:20la sécurité sociale,
50:22la balle
50:23est dans notre camp.
50:25A tous.
50:31Sous-titrage Société Radio-Canada
50:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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