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  • il y a 10 mois
Avec Michelle Boudoin, présidente de la Fédération Nationale Ovine, éleveuse dans le Puy-de-Dôme et Yann Laurans, directeur des programmes de WWF France.

Retrouvez « Le débat de la grande matinale » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat-du-7-10

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Transcription
00:00Et on va débattre ce matin de la place du loup en France.
00:05Ces loups disparus au début du XXe siècle, réapparus ces dernières décennies,
00:11on en dénombre un peu plus de 1000 ici en France, 20 000 en Europe.
00:17Le retour de ce prédateur carnivore suscite des débats très vifs
00:23entre éleveurs d'un côté et défenseurs des animaux de l'autre.
00:27Alors que le statut de la protection du loup a récemment changé au niveau européen
00:34et qu'une évolution est attendue en France début 2026,
00:41facilitant les tirs sur cet animal sauvage.
00:45On débat ce matin avec Michel Boudouin, bonjour.
00:48Bonjour.
00:49Vous êtes présidente de la Fédération Nationale OVINE, branche spécialisée de la FNSEA
00:56et vous êtes éleveuse de brebis dans le Puy-de-Dôme.
01:00Yann Laurence, bonjour.
01:02Bonjour Nicolas Demorand.
01:03Vous êtes directeur des programmes du WWF France.
01:08Et on va se demander dans les minutes qui viennent si le loup est trop protégé dans notre pays,
01:15si l'assouplissement prochain de la réglementation sur l'abattage des loups est ou non une bonne nouvelle.
01:22On essaiera aussi de comprendre le caractère passionnel du débat sur le loup dans notre pays.
01:29Alors on va commencer.
01:30Il faut bien installer le cadre pour comprendre les termes du débat.
01:34On va commencer par ces évolutions récentes.
01:38En juin dernier, l'Union Européenne a opéré un reclassement du loup,
01:42le faisant passer d'espèces strictement protégées à espèces protégées,
01:49afin de donner plus de flexibilité aux États membres pour réguler leur population de loups.
01:55La semaine dernière, ce changement de statut a eu un effet direct.
02:00Début 2026, les éleveurs pourront désormais tuer les loups sans autorisation préalable de l'État
02:09en cas d'attaque de leur troupeau.
02:11Alors, Michel Boudouin, pour commencer, à la FNO que vous dirigez, que vous présidez,
02:19comment avez-vous accueilli ces évolutions réglementaires, législatives ?
02:24Elles vont dans le bon sens pour vous ?
02:27Alors d'abord, ça fait plus de 20 ans que l'Arcalpin a subi les attaques du loup.
02:33Il y a eu des plans loups qui se sont succédés.
02:35Ce qu'on peut dire, c'est que la directive Habitat, de son côté, est un réel succès,
02:40puisque ça a permis aux loups de s'installer à nouveau en France
02:43et de progresser dans toute l'Europe,
02:47puisque l'Europe a reconnu que ce n'était plus une espèce en voie d'extinction depuis déjà quelques années.
02:53Le fait que déjà on reconnaisse que les activités d'élevage sont contraintes et sont pénalisées,
03:00c'est déjà une chose qui était très importante pour nous de faire reconnaître.
03:06Donc là, il s'agit de transposer le droit européen en droit français.
03:10Et ce qui s'est passé la semaine dernière au comité national Loup,
03:14présidé par la préfecture du Rhône,
03:17c'est qu'on s'est mis d'accord sur la façon dont on allait transposer
03:21ce passage de strictement protégé à protégé.
03:24Donc c'est une évolution positive pour donner une réponse aux éleveurs.
03:30Parce que les différents plans loups ont été des échecs,
03:33puisqu'on a mis de plus en plus de mesures de protection.
03:38Et l'exemple est frappant dans l'arc alpin.
03:42C'est là où il y a le plus de chiens de protection,
03:45plus de bergers, plus de filets.
03:47Et pour autant, on a plus 24% d'attaques encore sur les troupeaux en 2025 par rapport à 2024.
03:56Donc là, il ne s'agit pas pour les éleveurs de partir à la chasse aux loups.
04:00Ce n'est pas le sujet.
04:01Le sujet, c'est de protéger les troupeaux
04:03et d'utiliser cette dérogation assouplie
04:07pour mettre en place une mesure de régulation,
04:10de toucher le loup fautif en fait.
04:12Pas éparpiller la meute pour aller la porter à d'autres éleveurs.
04:15L'idée, c'est vraiment d'éduquer le loup
04:17et de permettre aux éleveurs d'avoir une réponse factuelle à cette difficulté.
04:23Yann Laurence, comment voyez-vous ce changement de réglementation ?
04:28Êtes-vous inquiet ?
04:29Oui, pour moi, c'est une politique de défausse.
04:32C'est-à-dire que face au problème de l'élevage,
04:35au problème qu'il a économique principalement et social,
04:38pour répondre à différentes revendications,
04:42les gouvernements, l'État, la Commission européenne,
04:44on va dire, se défausse sur le loup,
04:46qui est un problème très important pour les éleveurs qui sont attaqués,
04:50mais qui sont en réalité peu nombreux.
04:51Et ce n'est pas le problème majeur de l'élevage.
04:53Et au contraire, nous, nous disons qu'il est possible
04:56d'avoir un élevage qui coexiste, qui prospère,
05:00avec un loup qui prospère aussi,
05:02si on y met les moyens.
05:04Et ce n'est pas en donnant à toute personne détenteur
05:06d'un permis de chasse de tirer le loup
05:09qu'on va s'en sortir comme ça.
05:10Car aujourd'hui, tuer un loup est interdit.
05:14Il faut une autorisation du préfet.
05:182026, ce ne sera plus le cas.
05:20C'est ça.
05:20Et surtout, aujourd'hui, il faut des gens
05:23qui sont assermentés,
05:25qui sont spécialisés,
05:28qui tirent des loups sur demande
05:30et sur autorisation du préfet.
05:31Demain, ça peut être n'importe qui détenteur
05:33d'un permis de chasse.
05:34Vous comprenez son inquiétude, Michel Boudoin ?
05:38Alors, je pense que quand je vous ai dit
05:39que c'était un premier pas dans la porte,
05:41un premier pied dans la porte,
05:43c'est que le loup reste protégé.
05:46Y compris s'il y a un assouplissement des dérogations
05:49qui nous permettait de défendre nos troupeaux,
05:51on reste quand même un peu sur l'amertume
05:54parce que rien ne nous sera autorisé,
05:57parce qu'il reste un chiffre qui nous interpelle.
06:01C'est la possibilité de réguler les loups
06:05à hauteur de 19% du seuil de viabilité.
06:08Et là où nous avons un problème, nous, en France,
06:11c'est comment on compte les loups
06:13et pourquoi on contraint à 19%.
06:17Alors, je vais vous donner un exemple concret.
06:19Premier semestre de l'année,
06:22c'est-à-dire le printemps,
06:23les loups attaquent
06:24et là, on va pouvoir réguler les loups
06:26qui ont fait les bêtises.
06:28Il ne s'agit pas d'aller à la chasse aux loups,
06:29je le redis.
06:29Et puis, on arrive au mois de juin
06:31et imaginez-vous que sur tous les fronts de colonisation,
06:34parce que c'est là où les troupeaux sont les plus fragiles,
06:37personne n'est adapté à ça
06:39et en plus, c'est des lévages sédentaires.
06:41Eh bien, on va arriver au mois de juin,
06:42comme cette année,
06:44où la préfète avait stoppé
06:46les tirs de défense simples avec les louvettiers.
06:49On va arrêter parce qu'on ne sera arrivé
06:50au seuil des 19%.
06:51Et on va laisser dans la précarité
06:55psychologique et économique
06:57les éleveurs qui font du pastoralisme
06:59et qui, eux, vont avoir des attaques
07:00tout l'été et tout l'automne.
07:03Psychologiquement, c'est très dur.
07:05J'ai cru comprendre une attaque de loups sur un troupeau.
07:08Je pense qu'au-delà de tout ça,
07:11ce qu'il faut bien que vos auditeurs comprennent,
07:13c'est qu'une attaque de loups,
07:15ce n'est pas que des chiffres,
07:16de l'argent, 40 millions d'euros.
07:18Quoique, on peut se reposer la question.
07:2140 millions d'euros en 2024
07:23pour les mesures de protection
07:24et 5 millions d'euros
07:25pour les indemnisations type des brebis.
07:29Ce qu'il faut comprendre,
07:29c'est que psychologiquement,
07:30quand vous allez au bureau le matin
07:32et que vous avez votre travail
07:34et qu'on vous explose tous vos ordinateurs,
07:36vous-même, vous, à France Inter,
07:37et que vous n'avez plus votre matériel de travail
07:39et en plus, on est sur du vivant.
07:41On aime nos animaux.
07:43Et moi, j'ai des éleveurs
07:44qui m'appellent en disant
07:45« Cette nuit, j'avais la brigade,
07:48puisqu'il y a une brigade,
07:49eh bien, je peux dormir. »
07:50Ou les enfants qui disent
07:51« Mais maman, il y a le brouillard qui arrive,
07:55le loup va tuer nos brebis. »
07:56Comment voulez-vous
07:57qu'on ne soit pas sensible à ça ?
07:59Donc moi, ce que je dis,
08:00c'est qu'il faut qu'on trouve
08:01des moyens de coexistence
08:03et non pas cohabiter
08:04entre le loup et les activités d'élevage
08:08pour dire qu'à un moment donné,
08:10« Attention, toi, le loup,
08:12il y a un chien qui aboie,
08:13il y a des filets,
08:15il y a un homme,
08:16je me détourne
08:17et je vais faire mon boulot
08:18dans la faune sauvage. »
08:19Et je pense que si on arrive
08:20à cette coexistence
08:22en mettant en avant
08:23des règles
08:24qui permettent de le préserver
08:26et qui protègent l'élevage,
08:28on arrivera à un consensus.
08:29Est-ce qu'il y a trop de loups
08:31en France ?
08:32Yann Laurence,
08:33je disais un peu plus de 1 000.
08:351 000 loups,
08:36pour la France,
08:37c'est encore une population fragile.
08:38Ce n'est pas beaucoup.
08:40Globalement, en Europe,
08:42les animaux sauvages,
08:43c'est 4% du total
08:46de la masse des animaux.
08:4796% des animaux,
08:49c'est notre bétail
08:49et nous.
08:51Donc, dire que 1 000 loups,
08:52c'est trop,
08:53sachant que, par ailleurs,
08:54la population de loups
08:55vient de baisser
08:55pour la première fois
08:56en France,
08:57depuis les années 90.
08:58Non, pour nous,
08:59au contraire,
09:00c'est pour la France en tout cas,
09:01pour l'écologie de la France,
09:03c'est une population
09:03qui est encore fragile.
09:0419% c'est énorme.
09:06Ça, c'est le seuil d'abattage,
09:08c'est ça ?
09:08C'est le seuil autorisé.
09:10Autorisé.
09:10Au-delà, on ne peut plus.
09:11Et en plus,
09:11il sera mal contrôlé.
09:12C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
09:13il est contrôlé
09:14puisqu'il faut une demande.
09:16Demain,
09:17c'est une déclaration simple.
09:18On ne va pas pouvoir
09:18contrôler ce seuil.
09:19Comment expliquez-vous chacun
09:21le caractère passionnel
09:22de ce débat
09:23en France,
09:25pro-loup,
09:26anti-loup ?
09:27Je pense que madame l'a dit.
09:29Le problème,
09:30c'est que,
09:30statistiquement,
09:32les attaques de loups
09:33sur un troupeau,
09:34ce n'est pas grand-chose.
09:34C'est moins de 0,01%
09:36du troupeau.
09:37Mais c'est vrai
09:38que pour l'éleveur
09:38qui est attaqué,
09:41vous l'avez dit,
09:41et effectivement,
09:42imaginez un artisan
09:43qui trouve le matin
09:44tout son matériel de travail.
09:45Saccagé.
09:46Et sachant qu'en plus,
09:47un éleveur,
09:48son troupeau,
09:48il le constitue génétiquement
09:50génération après génération.
09:52Donc même si on lui
09:53rembourse ses bêtes,
09:55ce n'est pas si simple.
09:56Ça, c'est vrai.
09:56Et du coup,
09:57le problème,
09:58c'est qu'il y a bien
09:58un risque très fort
10:01sur une petite partie
10:02de l'élevage.
10:03Et c'est ça
10:03qui explique
10:04cette question passionnelle.
10:06Vous avez le sentiment
10:08aussi que le débat
10:09est polarisé
10:10sur le sujet.
10:11Il est polarisé
10:12surtout par les gens
10:12qui habitent dans les villes
10:13et qui ne vivent pas
10:14dans les communautés rurales.
10:16Parce que si,
10:17quand on écoute nos voisins,
10:20nos voisins,
10:21ils sont aussi inquiets
10:22parfois.
10:22Parce que dans les Alpes,
10:23quand les loups
10:24vont dans les poubelles
10:25ou traversent juste
10:26à côté de l'école maternelle,
10:28ça pose des questions.
10:29Et puis,
10:29je pense que nos concitoyens
10:31en ville,
10:31ils ne connaissent pas,
10:35en dehors de l'élevage,
10:36de nourrir les hommes,
10:37qui est notre métier,
10:38on a aussi des aménités positives.
10:40On apporte un service
10:41à la ruralité,
10:42un service à la biodiversité.
10:44Et que si on ne donne pas
10:45les conditions de travail
10:47aux éleveurs,
10:48surtout pour les jeunes générations,
10:50on ne peut pas demander
10:51à un jeune éleveur
10:52de s'installer
10:53et de vivre avec le fusil
10:55parce que ça ne l'intéresse pas.
10:57Et de vivre avec des choses
10:59comme au Moyen-Âge.
11:00Et derrière tout ça,
11:01je voudrais dire aux urbains,
11:02à ceux qui nous écoutent,
11:03que le travail qui est fait là,
11:05c'est aussi les paysages,
11:07c'est les stations de ski l'hiver.
11:08Il y a plein de choses
11:09sur lesquelles reportent
11:11le pastoralisme
11:12et l'élevage en général.
11:13Il n'y a pas que des urbains
11:14qui nous écoutent.
11:16Merci infiniment,
11:18Michel Boudouin,
11:20président de la Fédération nationale
11:22OVINE.
11:23Et merci à Yann Laurence,
11:25le directeur des programmes
11:26du WWF France,
11:30d'avoir eu cet échange
11:31courtois et constructif.
11:33Au micro d'inter.
11:34C'est passionnant.
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