00:00Sud Radio, c'est bon à savoir. Après des mois de mobilisation, les pharmaciens ont finalement obtenu un gain de cause.
00:07Un accord a été trouvé avec le gouvernement. Il prévoit notamment un renforcement de l'offre de soins de proximité dans certaines officines rurales.
00:16On va tout comprendre grâce à vous Stéphane Pichon. Bonjour.
00:20Oui, bonjour.
00:20Et merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio.
00:22Je vous en prie.
00:23Vous êtes président de l'ordre régional des pharmaciens en région Paca-Corse. Vous avez eu quelques jours à propos de cette mobilisation.
00:31Et donc, cet accord qui a été trouvé, fin de la mobilisation, c'est vraiment une victoire cet accord pour la profession tout entière ?
00:40Victoire, je ne sais pas. Parce que vous savez qu'il y a quand même la profession, il y a des institutions syndicales et ordinaires qui sont mises ensemble.
00:46Il y a, on va dire, une suspension pour l'instant de l'arrêté qui, en fin de compte, diminuait de plus de 25%, voire 50% dans les années à venir.
00:55Les conditions commerciales entre un vendeur qui était le laboratoire pharmaceutique et l'acheteur qui était le pharmacien.
01:00Et le reste, bon, c'est des choses qui étaient déjà établies. Par exemple, les missions dont on parle, les tests, si, si, t'en gine,
01:07a été autorisé certains depuis 2021, d'autres depuis 2024.
01:10Mais ce qu'il y a aujourd'hui, c'est qu'on renforce aussi la présence des pharmacies dans les milieux les plus isolés.
01:16La différence qu'il y a avec d'autres professionnels...
01:18Ça veut dire quoi, exactement, ça, de dire qu'on renforce la présence des officines dans un certain nombre de territoires ruraux ?
01:25Je ne pense pas qu'on renforce, qu'on empêche qu'elles disparaissent. Voilà, c'est ça la différence.
01:28Elles existent déjà. C'est-à-dire que la loi française fait qu'il y a une pharmacie pour une commune qui a plus de 2500 habitants,
01:35quelle que soit la commune ou quoi que ce soit, depuis de nombreuses années,
01:39puisque c'est notre répartition qui permet ça, parce que vous savez que les pharmacies sont des licences données par l'État français,
01:45par le ministère de la Santé, et donc elles sont réparties uniformément sur tout le territoire.
01:49Ceci dit, une pharmacie, s'il n'y a pas autour d'elle un environnement médical, petit à petit, elle meurt, elle décline.
01:55Et donc aujourd'hui, pour garder cette porte d'entrée unique, facile, de santé publique dans les villages,
02:01dans les villes de montagne et dans certains quartiers...
02:04Vous savez, je suis installé à Marseille, il y a des quartiers qui sont aussi désolants et aussi zones blanches
02:09que dans certains endroits ruraux, d'accord ?
02:12Et donc, on donne, on va dire, une subvention à cette pharmacie pour pas qu'elle ferme,
02:17et pour qu'elle continue d'exister, parce qu'aujourd'hui, dans une pharmacie, par exemple, dans un village,
02:20vous allez pouvoir, comme on le disait, faire de la prévention, faire peut-être la continuité d'un traitement,
02:25parce que pourquoi cette loi a été faite de continuer un traitement pendant trois mois ?
02:28Parce qu'aujourd'hui, lorsqu'un médecin part à la retraite, les médecins qui sont sur le terrain
02:32n'ont plus la capacité d'absorber le flux de ce médecin qui est parti.
02:35Et donc, le temps qu'ils trouvent quelqu'un, on peut constituer leur traitement.
02:39Ensuite, il y a une somme de 20 000 euros qui est attribuée aux pharmaciens pendant trois ans,
02:45en fonction de certains critères qui ont déterminé que ces 900 pharmacies sont en territoire fragile,
02:49parce que sinon, elles ferment.
02:50Ça, c'est ce qui est prévu dans l'accord, ou c'est quelque chose que vous aviez déjà auparavant ?
02:55Alors, c'est quelque chose qui a été mis en place, la chose nouvelle qui a été mise en place il y a deux jours,
03:01c'est vraiment la suspension de l'arrêté sur les conditions commerciales entre le pharmacien et le génériqueur.
03:09C'est ça qui a été suspendu pendant trois mois.
03:11Tout le reste existait depuis longtemps.
03:12C'est une question commerciale dont vous bénéficiez sur les génériques qui a finalement été suspendu.
03:19C'est là aussi où vous avez eu...
03:20C'est suspendu, mais pas abrogé.
03:21Pas abrogé.
03:22Ça, c'est une inquiétude que vous avez, oui, pour la suite ?
03:25Ben oui, parce que vous savez que quelque part, je pense qu'on est dans une période où il y a toute une campagne de vaccination mise en place.
03:31Bien évidemment que les pharmaciens vont vacciner leurs patients.
03:34On ne va pas laisser les gens malades, mais il y a de la grogne avec des certains nosiers.
03:37Il y a quand même qu'un certain nombre de pharmaciens, alors ils ne sont pas majoritaires, ils sont minoritaires,
03:41mais ont décidé de boycotter cette vaccination contre le Covid et la grippe.
03:47Non, non, non, non.
03:48Ce n'est pas un boycott.
03:49C'est un boycott pour l'instant des commandes pour le public.
03:52C'est-à-dire qu'ils laissaient la possibilité à d'autres professionnels de vacciner.
03:56Si vous aviez un médecin qui commandait des doses, ils peuvent les avoir.
04:00C'est une grogne.
04:02Et malheureusement, les pharmaciens utilisent les seules armes qu'ils ont.
04:04C'est-à-dire que nous, les armes, c'était un peu ça.
04:07On ne va pas aller bloquer les TGV.
04:09Donc, quelque part, oui, il y a cette grogne-là.
04:13Le gouvernement a entendu les pharmaciens, écouté, je l'espère.
04:19Mais aujourd'hui, ce que veulent les pharmaciens, c'est l'abrogation de cette arrêtée.
04:22Parce qu'il y a un truc encore pire que ça qui est arrivé en même temps.
04:25C'est-à-dire, le 16 septembre, il y a eu la manifestation des pharmaciens.
04:30Le 18 septembre, il y a eu ce qu'on appelle...
04:32Et là, tout le monde est concerné.
04:33Vous, moi, tous les patients qui nous écoutent.
04:35Il y a eu une baisse de prix drastique du comité économique des produits de santé
04:41sur la majorité des molécules qui sont utilisées par tout le monde
04:44avec des baisses de prix de plus de 30 à 40%.
04:47Ça veut dire quoi, ça, concrètement ?
04:48Oui.
04:49C'est-à-dire que le gouvernement, la Sécurité Sociale, ont décidé de baisser de manière drastique
04:54les prix des médicaments les plus utilisés de 30%.
04:57Ce qui veut dire que non seulement vous aviez la baisse des remises génériques
05:00qui était déjà extrêmement grave et qui a des impactés à hauteur de 15%
05:04le bilan des pharmacies qui permet de payer les préparateurs, les pharmaciens,
05:08le personnel qui travaille dans les villes, dans les villages, dans ces zones rurales, justement.
05:11Et derrière, il y a eu une baisse drastique des prix qui, elle, est encore pire
05:15parce que non seulement elle entraîne encore une casse économique chez le pharmacien,
05:19mais surtout, et là c'est très grave, un désintérêt total de l'industriel
05:24pour le marché français du médicament.
05:26Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, on aura des pénuries cet hiver.
05:29Mais des pénuries, on en a déjà, de médicaments.
05:31On en a déjà beaucoup.
05:32Encore plus.
05:33Vous savez, vous avez un médicament que tout le monde recherche en ce moment,
05:35c'est le Colchimax.
05:36D'accord ?
05:38C'est pour les crises de goûte, tout ça.
05:39Il est en Allemagne, il est en Italie, il n'est plus en France.
05:42Il n'est plus distribué en France.
05:45Donc, je discutais avec un génériqueur de Lettonie,
05:48et qui est un pays très moderne, contrairement à ce qu'on peut croire.
05:51Il disait, mais le marché français ne nous intéresse même pas.
05:54Donc, vous avez des produits que vous n'aurez pas.
05:57Donc, à un moment donné...
05:58Oui, c'est inquiétant.
05:59Vous voyez sur le lithium aussi, où on en a plus.
06:02Bien sûr, vous avez entièrement raison.
06:03Ça, ça a des conséquences, en termes de maladies centales,
06:09ça a des conséquences parfois dramatiques, quoi.
06:12La bipolarité, elle est extrêmement bien équilibrée avec le lithium.
06:16Il n'y a plus de lithium.
06:17Donc, hier soir, j'étais justement avec des psychiatres,
06:19qui disaient, il n'y a plus de lithium, il n'y a plus de ketapine,
06:21il n'y a plus de sartaline, il n'y a plus de produit.
06:22Donc, on est en train de déshabiller complètement le marché pharmaceutique français.
06:27Il va falloir à un moment réagir, parce que des économies,
06:29je pense que la profession, elle a tout un panel d'économies possibles
06:33qui ne vont pas détruire un réseau pharmaceutique
06:35qui est quasiment unique au monde dans sa répartition.
06:38Parce qu'elle est en Hollande, il faut faire 100 kilomètres
06:40pour trouver une pharmacie, parfois.
06:42Donc, en France, c'est ce que je dis,
06:45il y a la schizophrénie du gouvernement.
06:46On nous demande de faire des antennes de pharmacie
06:48pour conserver la proximité,
06:49qui permettent aussi, par la téléconsultation,
06:51de consulter des médecins.
06:52Et, d'un côté, on casse en deux le réseau,
06:56alors qu'il y a des économies, il y a des médicaments.
06:58Vous vous rendez compte que 0,4% des médicaments
07:00font 42% de la dépense en médicaments en France.
07:05Donc là, il y a des médicaments à 15 000 euros,
07:0710 000 euros la voie.
07:08On peut peut-être aller chercher là aussi,
07:11sans faire des pénuries pour cet hiver,
07:13et pour nos patients qui n'auront pas les traitements.
07:15– Stéphane Pichon, merci pour toutes vos explications.
07:18Je rappelle, vous êtes président de l'Ordre Régional
07:21des pharmaciens en région PACA Corse.
07:24C'était très intéressant, effectivement,
07:26de tout expliquer là-dessus.
07:27Merci beaucoup, passez une belle journée.
07:28– Passez une bonne journée aussi.
07:29– Merci beaucoup.
07:316h54, dans un instant, c'est vendredi.
07:33Vendredi, c'est Maxime Liedot qui arrive.
07:34A tout de suite.
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