00:00Si j'avais été prévenu d'un rendez-vous avec ce personnage, naturellement, je n'y serais pas allé.
00:09Et encore une fois, je vous le dis, moi ou n'importe qui d'autre, personne, vous ne trouverez pas un responsable politique français
00:14qui dira « Ah tiens, chic, je vais prendre un café avec le responsable de la mort de 150 personnes ».
00:20Donc comment ça s'est passé ?
00:22Je l'ai expliqué au tribunal. Il avait été annoncé que je devais voir le chef de l'État.
00:29Très bien. Finalement, ce n'était pas le chef de l'État.
00:32Et on me dit à la fin d'un déjeuner, après un banquet, en quelque sorte, de protocolaire, avec le ministre de l'Intérieur,
00:42il y a des photos, il y a un accord. L'accord a été d'ailleurs aujourd'hui reconnu comme étant tout à fait sérieux, et ainsi de suite.
00:49Bon. Et on m'a, à la suite de ce dîner, je suis tombé, appelons ça comme on veut, un guet-apens, un piège, un traquenade.
00:59Mais un piège de 40 000.
01:00Un traquenade, oui, de quelques dizaines de milliers.
01:02Vous auriez pu dire, je comprends qui vous êtes, il est hors de question, je vous serre la main.
01:06Mais vous avez, ce qu'il faut aussi bien comprendre, c'est si c'était que moi qui disais, je comprends très bien,
01:10que vous puissiez m'interroger soupçonneux, et vous auriez raison.
01:13Simplement, vous avez cinq témoins qui ont été sollicités, deux ambassadeurs, un responsable policier, d'autres diplomates,
01:24qui tous ont dit que c'était dans les méthodes de la Libye, c'était dans la méthode de ce régime de l'époque.
01:30Donc vous dites que c'est un piège, je me suis rendu pour qu'une fois sur place, il était cet homme,
01:34et à aucun moment, il n'y a eu d'échange de ribes, rien.
01:38Et à quelques minutes, et au bout de quelques minutes, ça a duré encore une fois, je vous dis,
01:43quand je dis que c'est à 40 minutes, c'est peut-être le maximum, avec une traduction,
01:47c'est-à-dire qu'il n'y avait rien du tout sur ce document.
01:50Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi vous n'êtes pas parti au bout de cinq minutes.
01:52Mais parce que, je vais vous dire, vous êtes, vous admettez que vous soyez un jeune journaliste.
01:58Moi, si je vois, si un jour on me pousse dans un bureau et que j'ai face à moi un homme qui a du sang sur les mains,
02:02et que je le sais...
02:03D'abord, je ne connaissais pas le détail, puisque personne, moi, ne m'avait mis en garde. Personne.
02:07Je n'avais pas de note du service du ministère.
02:10Je n'avais pas de note du quai d'Orsay.
02:11Je n'avais pas d'avertissement de l'agent de sécurité intérieure.
02:14Je n'avais pas de précaution par l'ambassadeur.
02:17Personne me l'avait dit.
02:18Donc, moi, pardon, voilà, c'est comme ça, je ne connaissais pas.
02:21Mais je suis resté, encore une fois, quelques minutes.
02:24Et bien évidemment, oui, quelques dizaines de minutes, encore une fois, traduction comprise.
02:28Bon.
02:29Et au cours de ces 40 minutes, on a parlé du problème de l'immigration
02:34et de la demande formulée par le régime
02:37de financement par la France et par l'Europe
02:40de la lutte contre les migrations qui arrivaient dans leur pays.
02:44Et ça, c'est limité à ça.
02:45Et là, vous rentrez à Paris.
02:47Et après, plus rien, plus aucun contact, plus aucune...
02:49C'est ce que vous dites est exact. Vous rentrez à Paris.
02:52Mais c'est pas... Le si est de trop, pardon.
02:54C'est ce que je vous dis est strictement exact.
02:56Vous rentrez à Paris. Vous vous rendez compte du piège immense qui vous a...
03:00Non, parce que, pardon, il ne s'est rien passé.
03:03Vous n'en parlez pas à Nicolas Sarkozy ?
03:04J'en ai parlé. J'en ai parlé. D'abord, il ne s'est rien passé au cours de cet entretien.
03:08Rien du tout.
03:09Vous venez de rencontrer un criminel.
03:10Oui, attendez. Il ne s'est rien passé.
03:12J'ai rencontré le numéro 2 du régime
03:14de manière non pas demandée,
03:16de manière non pas souhaitée,
03:18mais de manière subie.
03:19C'est ça, la réalité.
03:21Et quand je suis rentré, je l'ai évoqué,
03:23naturellement, avec Claude Guéant,
03:25qui était le directeur de cabinet.
03:27Mais encore une fois, il ne s'est rien passé.
03:28Et rien n'est remonté à Nicolas Sarkozy.
03:31Et c'est là où il m'a dit qu'il s'était fait piéger
03:33exactement les mêmes conditions.
03:35Vous comprenez bien que si...
03:36Ce n'est pas très difficile, d'ailleurs, à comprendre.
03:39S'il y avait eu une arrière-pensée,
03:41s'il y avait eu quelque chose,
03:43s'il y avait eu, en l'occurrence,
03:45une demande de financement,
03:46je vous aurais donné une explication
03:48bien plus précise, bien sûr,
03:50bien plus rationnelle, bien plus construite,
03:52et tout ça.
03:53Moi, ce que j'ai dit et ce que je vous dis,
03:55c'est la spontanéité de la vérité.
03:57C'est ça, la réalité.
03:59Alors, pour tout ça, c'est très simple.
04:01Effectivement, on fait appel.
04:03Et moi, j'ai toute confiance, d'ailleurs.
04:06Vous savez, le tribunal dit son droit
04:09et l'appel dira le droit.
04:12Et c'est pour ça que j'ai toute confiance.
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