- il y a 4 mois
Les data centers sont responsables de 2 % des émissions de gaz à effet de serre et de 6 à 10 % de la consommation d’électricité mondiale. L’utilisation des clouds y est pour beaucoup. Le fournisseur d’accès à internet OVHcloud a développé un outil qui permet de connaître l’impact de leur utilisation afin que les clients puissent diminuer l’impact de leur activité numérique.
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00:00Le premier invité de ce Smart Impact, c'est Grégory Lebourg, bonjour.
00:10Bonjour Thomas.
00:11Bienvenue, vous êtes directeur environnemental Monde d'OVH Cloud.
00:14Tiens, directeur environnemental Monde, je vous avoue que je me suis demandé ce que ça a regroupé,
00:19quelle est votre mission au sein d'OVH Cloud ?
00:21La mission est assez simple en fait, c'est d'abord de quantifier l'impact environnemental de nos activités.
00:26Clairement on peut régler un problème que si on le mesure de manière fine et précise.
00:30Donc il y a un gros travail de ce qu'on appelle le reporting, pour être capable d'analyser sous tous les fronts,
00:34puisqu'en fait l'impact environnemental d'une activité est profondément multicritère.
00:38Donc ça va être l'usage de l'eau, l'usage des ressources naturelles, l'usage de l'énergie,
00:42et de quantifier le plus précisément possible l'activité d'OVH Cloud au bord de son activité mondiale.
00:48Puis après bien sûr l'idée c'est de réduire cet impact environnemental,
00:51donc de définir une politique avec des trajectoires à court terme ou moyen terme,
00:55où on va effectivement réduire l'impact environnemental de l'activité cloud,
00:59et donc c'est de le transformer en programme précis en fait, en projet très précis.
01:03Avec un outil qui s'appelle l'impact tracker environnemental, comment ça fonctionne ?
01:08C'est quoi cet impact tracker ?
01:10Alors cet outil en fait c'est la deuxième génération,
01:13qui fait suite en fait au lancement d'un outil qu'on avait appelé la calculatrice carbone,
01:17donc on a lancé il y a à peu près deux ans, on parle souvent en fait de l'empreinte carbone des activités,
01:22donc là on est vraiment sur ce champ-là, donc les émissions de gaz à effet de serre aux bornes de l'entreprise,
01:27mais finalement ces chiffres macro aux bornes de l'activité d'entreprise sont assez abscons pour le client.
01:34Ce que le client veut savoir c'est globalement l'usage des services cloud que j'ai souscrit,
01:38que ce soit des capacités de calcul, des capacités de stockage,
01:41quel est l'impact réellement, mensuellement, annuellement ?
01:43Donc l'idée est de dériver ces gros chiffres à l'échelle des services utilisés par un client.
01:48Donc c'est plus fin ?
01:49C'est beaucoup plus fin, c'est beaucoup plus fin et c'est très intuitu personné,
01:52c'est vraiment fonction des services qui ont été souscrits par les clients,
01:55de la fréquence avec laquelle ils les utilisent,
01:58et du volume aussi de données qu'ils stockent, du volume de calculs qu'ils font,
02:01donc c'est extrêmement précis,
02:03et surtout l'idée de l'impact tracker a été de faire évoluer cet outil pour le rendre justement multicritère.
02:08On s'est adressé à la mer des batailles, qui est le réchauffement climatique,
02:11en essayant d'objectiver les émissions de gaz à effet de serre,
02:14mais il faut aussi traiter des sujets comme les ressources minérales,
02:17ce qu'on appelle les ressources abiotiques, non vivantes,
02:19donc les minéraux, les métaux dont on a besoin dans notre industrie,
02:22mais également l'usage de l'eau.
02:23Est-ce que ces critères-là, les minéraux, l'eau par exemple,
02:26ils étaient déjà intégrés à la calculatrice carbone ou pas forcément ?
02:29Non, ils ne l'étaient pas.
02:30Et pourquoi ça se fait en deux temps ?
02:32C'est parce qu'encore une fois, l'idée, c'est que quand on sort un outil de diagnostic comme ça,
02:35il faut se poser des questions de fonds méthodologiques
02:37pour qu'ils soient le plus précis possible, le plus robuste d'un point de vue scientifique.
02:40Et ça demande beaucoup de travail.
02:42Donc il y a toute une phase de maturation scientifique,
02:44à la fois pour modéliser l'impact et le dériver à l'échelle des services,
02:48mais aussi faire appel à des bases de données, de facteurs d'impact.
02:51Il y a eu les facteurs d'émission sur le front des gaz à effet de serre,
02:54il y a des facteurs d'impact sur les autres critères environnementaux
02:57et de s'assurer que ces bases sont les plus fiables possibles.
02:59Donc c'est clairement une demande de vos clients.
03:00C'est pour ça que vous avez upgradé la calculatrice précédente.
03:05Oui, c'est la conjonction de deux facteurs.
03:06C'est d'abord la volonté de l'entreprise d'être extrêmement transparente.
03:09Ça, c'est vraiment dans l'ADN de l'entreprise d'avoir toujours été...
03:11Depuis le début ?
03:12Depuis le départ.
03:12C'est vraiment une marque de fabrique de l'entreprise depuis sa fondation il y a 25 ans.
03:17Et encore une fois, l'entreprise n'a pas entendu l'arrivée d'un directeur environnement
03:20pour se poser des questions de frugalité, de réduction de l'impact environnemental.
03:23Ça fait vraiment partie du travail de fond en fait.
03:26Et les choix technologiques de l'entreprise,
03:27notamment le fait de refroidir les serveurs à l'eau en boucle fermée,
03:31participent en fait de cet effort-là.
03:32On y reviendra là-dessus parce que l'enjeu de l'eau est très important.
03:35Il y a une cohérence d'ensemble vue de l'entreprise.
03:37Mais il y avait quand même une pression de vos clients aussi.
03:39C'est ce que j'ai compris tout à l'heure.
03:41C'est pas assez fin.
03:42Je veux savoir ce que moi, je consomme pour pouvoir l'intégrer
03:45et ce que je réduis pour pouvoir l'intégrer à mon propre bilan.
03:48Et ce qui montre aussi la maturité à laquelle on est confronté côté client
03:52qui vont se servir de ça.
03:53Alors, pour deux raisons.
03:54Bien évidemment, ils ont besoin de données aussi pour leur reporting.
03:57En tant qu'entreprise, ils ont aussi besoin de savoir
03:59quel est l'impact environnemental de leur activité.
04:01Et la partie informatique, la partie IT au sens large,
04:05fait partie des choses qu'ils doivent mettre dans leur bilan d'impact.
04:08Donc, ils en ont besoin pour des raisons de reporting,
04:10mais aussi besoin pour des raisons d'action.
04:13Et c'est là où on rentre vraiment dans une phase très intéressante
04:15où les clients vont se saisir de ces résultats-là pour faire des arbitrages.
04:18Choisir où mettre leur workload, ce qu'on appelle les workloads,
04:21donc où venir héberger leurs applications informatiques,
04:24voir aussi le type de services qu'ils doivent souscrire
04:26par rapport aux exigences d'applications dont ils ont besoin de performances applicatives.
04:31Et c'est vraiment très intéressant de les embarquer, encore une fois,
04:34en leur donnant des informations les plus fiables possibles
04:37pour qu'ils fassent ce travail-là.
04:38Avec un défi qui est général pour tout le secteur,
04:41si on regarde l'impact carbone des data centers,
04:44on évalue à 2% des émissions mondiales de gaz à effet de serre,
04:476 à 10% de la consommation mondiale d'électricité.
04:50Alors, il y a les efforts qui sont faits,
04:52on réduit effectivement et on pense aussi différemment
04:55le design de ces centres de données,
04:58mais à côté de ça, on développe l'IA générative.
05:00Donc, cette explosion de l'IA générative
05:03et de l'usage par les citoyens, les consommateurs de l'IA générative,
05:07est-ce que ça n'annile pas complètement les efforts faits par ailleurs ?
05:11Alors, ce que vous écrivez là, c'est ce qu'on appelle l'effet rebond, bien évidemment.
05:14Je crois qu'aujourd'hui, il faut être un petit peu humble.
05:17On ne sait pas quelle sera la trajectoire.
05:19Il y a eu beaucoup de prospectives qui ont été mises et publiées,
05:24notamment par l'Agence internationale de l'énergie.
05:26Et si vous regardez le dernier rapport qu'ils ont émis en avril de cette année,
05:30on estime que l'augmentation d'ici 2030
05:33sera de l'ordre de 500 TWh, donc d'énergie.
05:37Aujourd'hui, sur la partie, on va dire, data center au sens large,
05:41le cloud au sens large, on est globalement à 480 TWh.
05:45Ça correspond un petit peu à la consommation de la France annuellement,
05:48pour donner un peu une image.
05:50Mais cette même étude, il y a un an, disait qu'on serait à deux fois plus.
05:54Donc, je crois qu'il y a beaucoup d'incertitudes dans ces trajectoires.
05:57Il y a beaucoup d'annonces, effectivement, de data centers,
05:59notamment de gros data centers, pour caler ces modèles d'intelligence artificielle
06:03que vous mentionniez, qui sont dans les tuyaux.
06:05On ne sait pas lesquels vont vraiment se matérialiser,
06:07lesquels vont être vraiment financés, vont réalisés.
06:09Et puis, il y a le progrès aussi de l'algorithmie,
06:12le progrès des plateformes, des performances du matériel
06:14que l'on met dans les data centers.
06:16Donc, il y a aussi des leviers technologiques,
06:18que ce soit software ou hardware,
06:20qui vont permettre de réduire l'impact.
06:21Les data centers, les données d'aujourd'hui,
06:25sont complètement, les nouveaux,
06:27complètement différents de ceux qu'on construisait il y a 25 ans ?
06:30C'est-à-dire, à quel point ils sont plus économes ?
06:32On va parler de l'eau dans un instant,
06:34mais déjà en matière de consommation d'énergie.
06:37Alors, oui, ils sont plus économes.
06:40C'est un fait.
06:41Aujourd'hui, un des indicateurs que notre industrie regarde,
06:43c'est un indicateur d'efficacité,
06:45un peu un indicateur de rendement, comme un rendement de moteur.
06:48Sauf que là, c'est un rendement inversé.
06:49C'est ce qu'on appelle le PUE, le Power Usage Effectiveness.
06:52Ça, c'est le ratio entre l'énergie consommée par le data center
06:55divisé par l'énergie réellement utile,
06:57c'est-à-dire celle consommée par les serveurs.
06:59C'est un ratio au-dessus de 1.
07:00Et il est vrai que si on regarde les chiffres mondiaux
07:03il y a encore 10 ans, on était entre 1,8 et 2.
07:06Donc, très, très inefficace.
07:08Aujourd'hui, on est plutôt à 1,55 en moyenne mondiale.
07:10Par exemple, OVH, avec ses technologies de watercooling,
07:14est à 1,26.
07:15Donc, on voit bien que certaines adoptions technologiques,
07:18notamment comme le refroidissement à l'eau,
07:19permettent d'aller gagner de l'efficacité.
07:22Et il se trouve qu'avec l'avènement de l'intelligence artificielle,
07:25on a à refroidir des systèmes qui sont très, très denses
07:28d'un point de vue énergétique, très énergivores.
07:30Et le refroidissement à l'air, traditionnel des data centers,
07:33par salle climatisée, ne fonctionne plus.
07:36Donc, on voit une adoption assez massive
07:37de ces technologies de refroidissement à l'eau,
07:39en circuit fermé, encore une fois.
07:40Et ça, c'est très, très bien,
07:42parce que ça va participer, effectivement,
07:43de l'optimisation globale du système.
07:45Comment ça marche, tiens, d'ailleurs, ce free cooling,
07:47pour reprendre le terme anglais ?
07:50Alors, l'idée, c'est d'abord de capturer, en fait,
07:52la chaleur là où elle est émise,
07:54donc à sa source.
07:55Donc, on va avoir dans un serveur,
07:56globalement, une grosse partie de la chaleur
07:58est émise par le CPU ou le GPU,
08:01quand on parle notamment de plateforme
08:02pour l'intelligence artificielle.
08:04Donc là, on va mettre une sorte d'interface,
08:06de waterblock, c'est le terme anglais,
08:08qui va permettre, en fait, de faire circuler
08:10une petite boucle d'eau en circuit fermé
08:12qui va venir, par conduction,
08:13capter les calories émises par ce processeur.
08:15Puis après, il y a le reste, en fait,
08:17des composants qui vont aussi chauffer.
08:19Et là, on met un flux d'air à travers le serveur
08:21qui va être récupéré à l'arrière
08:23de la baie qui héberge les serveurs
08:24pour être échangé de nouveau
08:26avec une deuxième boucle d'eau.
08:27Et finalement, c'est un flux de caloporteur,
08:29l'eau qu'on utilise,
08:30pour ramener toute cette énergie thermique
08:32à l'extérieur du bâtiment
08:33et après, soit la dissiper dans l'air ambiant
08:35ou soit venir la revaloriser par interconnection
08:38sur un réseau de chaleur fatale, par exemple.
08:39Mais alors, justement, ces interconnections,
08:42qu'est-ce qu'elles représentent aujourd'hui ?
08:43Est-ce qu'on est à un pourcentage infime
08:45parce que là, il y a un potentiel
08:47de synergie entre les data centers
08:51et leur environnement
08:52qui est quand même assez génial ?
08:53Oui, il y a un potentiel important
08:55et dans les faits,
08:57le raccordement au réseau de chaleur,
08:58par exemple, la valorisation de la chaleur fatale,
09:00comme on le dit dans notre industrie,
09:01est assez faible.
09:02Alors, il y a des contraintes réglementaires
09:04qui ont été mises en place,
09:05notamment par la Commission européenne,
09:07pour donner un certain nombre d'indicateurs
09:09et notamment le taux de réemploi de chaleur fatale
09:11fait partie des indicateurs
09:12que l'on doit suivre dans la filière
09:13et des objectifs aussi,
09:15dans certains États membres,
09:16pour augmenter ce taux de réemploi de chaleur fatale.
09:19Donc, déjà, il y a un cadre réglementaire
09:20qui va pousser la filière à y arriver.
09:22La grosse difficulté n'est pas
09:24la collecte de ces calories.
09:25La grosse difficulté est la température
09:27à laquelle on est capable
09:29d'échanger ces calories.
09:31C'est beaucoup d'énergie thermique,
09:33mais à une température très faible.
09:35Donc, dans un usage de réseau de chaleur,
09:37il faut augmenter cette consigne de température
09:39et donc, entre les deux,
09:39il faut mettre ce qu'on appelle
09:40une pompe à chaleur,
09:41qui est d'abord un investissement
09:42très important d'un point de vue financier,
09:45mais également qui va avoir besoin d'énergie.
09:47Qui va elle-même consommer de l'électricité.
09:50Donc, il y a tout ce bénéfice-coût
09:51par rapport à la circularité
09:53que l'on recherche
09:53en réemployant cette énergie
09:55à regarder
09:56et force est de constater
09:57que la plupart des projets
09:57n'aboutissent pas.
09:58Mais c'est en train de changer.
09:59D'accord.
10:00Un dernier mot sur l'eau,
10:01parce que le système de refroidissement,
10:03vous dites en circuit fermé,
10:04ça veut dire que vous réussissez
10:05à minimiser la consommation d'eau
10:09de vos data centers ?
10:10Alors, rappelez-vous,
10:11il y a deux phases, en fait,
10:12dans cette histoire.
10:12Il y a une phase de capture,
10:13de collecte des calories
10:14qui, là, se fait en boucle,
10:16bien sûr, en circuit fermé.
10:17Et donc, le travail, finalement,
10:19d'un acteur comme nous
10:19est de maintenir la qualité de l'eau
10:21dans ces circuits pendant 15 ans.
10:23OK ?
10:23Ces conditions physico-chimiques, etc.
10:25Et puis, après,
10:26il y a la dissipation des calories
10:27avec l'air extérieur.
10:29Quand on va dissiper les calories
10:30avec l'air extérieur,
10:31pour justement gagner
10:32en efficacité énergétique,
10:34on va utiliser ce qu'on appelle
10:35du refroidissement évaporatif.
10:37Et c'est là qu'on va utiliser
10:38un peu d'eau en circuit ouvert.
10:40On va venir utiliser, en fait,
10:42l'évaporation de l'eau
10:43pour aller gagner, en fait,
10:44de l'efficacité énergétique.
10:46Et c'est là où notre filière
10:47utilise de l'eau.
10:48D'accord.
10:48Merci beaucoup, Grégory Lebourg.
10:50Et à bientôt sur Bsmart4Change.
10:52On passe tout de suite
10:52à notre débat.
10:54Peut-on calculer le coût,
10:55les conséquences
10:56de l'inaction climatique ?
10:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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