00:00L'invité de ce Smart Impact, c'est Claire Chadourne. Bonjour, bienvenue.
00:10Vous êtes en santé, directrice RSE pour Digital Reality en France, en Italie et en Grèce.
00:16C'est l'un des plus grands opérateurs mondiaux de data center, c'est ça ?
00:20Oui, on fait partie des leaders mondiaux.
00:23Notre métier, c'est de construire, de concevoir et de gérer des bâtiments
00:27qui hébergent les infrastructures informatiques et télécoms de nos clients.
00:32Et parmi ces clients, il va y avoir effectivement les grands acteurs de la tech mondiale,
00:36des entreprises, du CAC 40 par exemple, ou des entreprises plus locales, des start-up,
00:41avec des services publics également.
00:42Donc ça veut dire des centres de données un peu partout sur la planète aujourd'hui ?
00:46Alors géographiquement, on est présent sur 50 villes,
00:50avec une présence forte en France, à Paris et Marseille.
00:53On a 17 data centers en France.
00:57Et pourquoi Paris et Marseille ?
00:58Puisque Paris est un hub Internet mondial, quatrième hub Internet mondial.
01:04Marseille est sixième hub Internet mondial.
01:06On est le seul pays d'Europe à avoir deux hubs internationaux d'échange de données.
01:11Donc c'est un avantage concurrentiel assez important.
01:13Avec une stratégie RSE que vous pilotez, comment ?
01:18C'est un secteur tech qui est évidemment à la fois énergivore et consommateur d'eau.
01:22Donc comment vous pilotez, vous concevez cette stratégie RSE ?
01:27Alors il faut savoir que notre métier est un métier utile,
01:31puisque sans data center, il n'y a pas de vie numérique.
01:35Et notre économie dépend très fortement de cette numérisation.
01:40Donc on a effectivement un rôle d'infrastructure,
01:43au même titre que des ponts, des autoroutes.
01:46Aujourd'hui, effectivement, notre économie dépend énormément de cette infrastructure.
01:50Notre responsabilité, c'est de travailler une infrastructure la plus durable et responsable possible.
01:56Et vous l'avez nommé, il y a des gros chantiers sur lesquels nous sommes engagés de longue date,
02:01que sont effectivement la question énergétique, la question des consommations d'eau,
02:05même si je reviendrai très volontiers sur ce point,
02:07parce qu'il y a beaucoup de fausses informations qui circulent,
02:10beaucoup d'idées, alors que ce n'est pas forcément le cas.
02:13Et les enjeux carbone, la biodiversité, on a un panel assez large d'enjeux sur lesquels la société est engagée.
02:21Sur l'électricité, c'est quoi ?
02:22C'est le besoin de refroidissement des centres de données qui expliquent la consommation d'électricité, c'est ça ?
02:27Alors il y a plusieurs aspects.
02:28Vous avez les machines informatiques, les machines des clients,
02:32qui sont consommatrices d'énergie évidemment, les serveurs par exemple.
02:35Et puis après, vous avez la consommation d'énergie qui est associée à l'infrastructure du data centre.
02:40Et vous avez raison, un des postes clés, 40% de la consommation énergétique est lié au refroidissement.
02:45Donc nous travaillons à réduire cet impact via un certain nombre d'innovations.
02:50Notamment à Marseille, nous avons développé une solution qui s'appelle le River Cooling,
02:53qui permet d'emprunter une eau souterraine pour capter les frigories.
02:58On ne consomme pas l'eau, pour la souffler en salle ensuite.
03:02Elle est en circuit fermé, et donc il n'y a pas de consommation d'eau associée à ces sites.
03:10Par exemple, sur les quatre sites que nous avons à Marseille, sur le port,
03:13nous avons une consommation de l'ordre de 50 habitants par an.
03:16Donc on n'est pas sur des chiffres qui sont importants.
03:18Et ça, il faut l'expliquer peut-être aux personnes qui écoutent cette émission.
03:23Ce sont des choix technologiques.
03:25On parle beaucoup des consommations d'eau aux Etats-Unis.
03:27Ce sont des sites ou des lieux où il y a eu des choix sur des consommations de refroidissement adiabatique,
03:35c'est-à-dire d'évaporation d'eau, qui sont extrêmement consommateurs d'eau.
03:38Ce ne sont pas des choix que font la majorité des data centers en France.
03:41Donc déjà, déconstruire cet aspect-là.
03:42D'accord.
03:43Et puis après, je dirais que le meilleur kilowatt, c'est celui qui n'est pas consommé.
03:46Donc on est des experts de l'efficacité énergétique.
03:49C'est dans l'ADN de l'entreprise de longue date, avec des équipes qui sont dédiées.
03:54Et en fait, il n'y a pas de solution miracle.
03:56C'est une somme de bonnes pratiques pour réduire au maximum l'empreinte énergétique du bâtiment.
04:00Est-ce que ça veut dire, la réponse est dans la question d'une certaine façon,
04:04mais que vous construisez différemment des data centers, des centres de données aujourd'hui,
04:09par rapport à il y a 15 ou 20 ans ?
04:10C'est-à-dire même dans la conception même du bâtiment, ça a radicalement changé ?
04:15Ça a évolué très vite, et particulièrement ces derniers temps.
04:19Alors, ne serait-ce que, pour vous donner un exemple, il y a une quinzaine d'années,
04:22vous rentriez dans une salle, il faisait extrêmement froid,
04:25parce qu'on refroidissait l'ensemble de la salle.
04:27Aujourd'hui, on confine les machines clients au sein de cols-corridors, de couloirs froids,
04:32pour n'aller souffler le froid qu'au strict nécessaire.
04:35Et donc, mis avec un ensemble de bonnes pratiques, on arrive à réduire l'empreinte du bâtiment.
04:40On mesure cette empreinte via un indicateur qui s'appelle le PUE,
04:45Power Usage Effectiveness.
04:49Donc, on calcule combien de kilowatts on prend à NEDIS,
04:51combien on en restitue aux machines clients.
04:53Et donc, en moyenne, vous avez des data centers en France qui sont autour de 1,5, 1,6.
04:58Donc, j'ai 0,5 de consommation en termes d'infrastructures.
05:03Nos bâtiments sont autour de 1,2, 1,3.
05:05Donc, on est particulièrement efficients.
05:07Et surtout, on a des obligations pour les plus anciens sites
05:10d'arriver à ces performances-là d'ici 2030.
05:13Donc, on a des millions qui vont être investis pour mettre à jour les équipements
05:16et arriver à ces performances-là.
05:19Et si je peux me permettre, en termes d'évolution du design,
05:23l'IA nous impose quelques défis.
05:26Et nous avons dû requalifier, en fait, nos méthodologies de refroidissement.
05:31Aujourd'hui, on a une technologie qui s'appelle le Direct Liquid Cooling
05:34qui permet de ramener de l'eau auprès des puces.
05:37Parce qu'en fait, on a une densité tellement forte.
05:39Il y a une chaleur plus forte qui se dégage.
05:41Et donc, on a dû faire évoluer nos principes de refroidissement
05:44pour aller sur ces technologies avec des densités plus fortes
05:47et répondre aux défis d'IA.
05:49Il y a un autre...
05:51Alors, on peut retourner la chaussette, si j'ose dire.
05:53C'est-à-dire qu'un centre de données, un data center,
05:55ça produit aussi de la chaleur.
05:57Ce qu'on appelle notamment la chaleur fatale.
05:59Donc, il y a une récupération de cette chaleur.
06:01Elle peut soit être utilisée en interne,
06:03soit être réintégrée au réseau, par exemple.
06:05C'est un des sujets clés pour le data center
06:10qui n'est pas malheureusement si simple à mettre en œuvre
06:13puisqu'on n'a pas forcément dans les territoires
06:15où les data centers sont positionnés des réseaux de chaleur en proximité.
06:19Et comme on n'est pas nous-mêmes opérateurs de réseaux de chaleur,
06:22donc on travaille avec les autorités compétentes localement
06:26pour identifier les possibilités de connexion à certains usages
06:30avec des réseaux à proximité.
06:33Mais vous avez un équilibre technique et financier
06:34qui n'est pas toujours au rendez-vous.
06:37Et surtout, vous devez positionner des équipements
06:39qui permettent de rehausser la chaleur
06:41puisqu'en fait, la chaleur que l'on dégage
06:43n'est pas assez chaude pour les réseaux de chaleur.
06:44On est à 30 degrés à peu près quand il faut minimum 60 degrés.
06:47Donc, ce n'est pas si simple comme dossier.
06:50Cela dit, on est complètement investi.
06:51On a sept dossiers en cours de récupération de chaleur.
06:54On doit en annoncer un dans les prochaines semaines
06:57avec des conventions aussi à venir.
06:59Donc, on a bon espoir d'arriver à connecter,
07:02à récupérer ces calories pour des usages d'habitations, de bureaux.
07:07C'est tout à fait l'intention.
07:08Les centres de données, ils consomment aujourd'hui 2% de l'électricité en France.
07:13Cela pourrait doubler d'ici 2030.
07:16On voit bien qu'il y a des solutions que vous mettez en place
07:18pour limiter cet impact.
07:20Mais à côté de cela, vous parliez d'IA.
07:22C'est vrai que la croissance de l'intelligence artificielle, du cloud,
07:25on est vers une augmentation mécanique des besoins
07:31et donc de la consommation d'électricité.
07:33Donc, vous vous dites quoi ?
07:34Que les efforts que vous faites là,
07:35ils vont être annihilés par la montée en puissance de l'IA ?
07:39Ça doit être un peu désespérant, ça ?
07:41Il y a une étude qui est sortie, qui explique effectivement,
07:45donc c'est EY France Data Center,
07:46que 40% des charges informatiques d'ici 2030 pourraient être liées à l'IA.
07:51Donc, c'est majeur, il faut qu'on s'y prépare.
07:54Notre métier, nous, c'est de fournir des capacités.
07:57Notre responsabilité, c'est de le faire avec des bonnes pratiques,
07:59avec un minimum d'impact.
08:01Mais aussi, notre conscience, c'est d'alerter sur les enjeux de l'IA
08:04et sur les usages de l'intelligence artificielle.
08:07C'est-à-dire qu'il faut peut-être s'en servir là où on en a vraiment besoin.
08:10Voilà, la question c'est de l'utilité de l'intelligence artificielle,
08:15des enjeux de sobriété, soyons clairs,
08:17aussi bien dans les services qui sont proposés que les utilisateurs.
08:22Je ne crois pas que les gens soient complètement conscients des impacts.
08:26Voilà, qu'une requête sur TchadGPT,
08:28c'est dix fois plus d'électricité qu'une requête sur Google.
08:30Ces choses-là, il faut le communiquer.
08:33Donc, c'est aussi notre poste d'observateur
08:35qui nous permet d'avoir ce rôle d'alerte.
08:39Mais plus que ça, je vous le dis,
08:41enfin, je vais vous le mentionner,
08:42notre responsabilité, c'est d'aller chercher
08:45le minimum d'impact et de la contribution
08:47aussi au réseau électrique.
08:50Et donc, on travaille avec
08:51des certificats de garantie d'origine,
08:53des Power Purchase Agreement.
08:55Donc, on a financé deux parcs éoliens
08:57dans les Hauts-de-France et en Bretagne
08:58pour une capacité de 20k MW pour 15 ans.
09:02C'est des électrons verts qui n'auraient pas existé
09:03sur le réseau sans nous.
09:05On travaille aussi sur les calibrages énergétiques horaires
09:08qui nous permettent de faire matcher heure par heure
09:10nos consommations avec les énergies renouvelables
09:12disponibles sur le réseau.
09:14Donc, ça, c'est une innovation
09:15que l'on a lancée sur notre site Parin.
09:19On travaille évidemment sur la récupération de chaleur
09:21pour être contributeurs.
09:23Et demain, on réfléchit évidemment
09:24à des notions d'autoconsommation.
09:27Donc, voilà, c'est un ensemble de pratiques
09:28qui font qu'on réduit l'impact.
09:32Mais soyons clairs, il va falloir se poser
09:33les bonnes questions sur les usages aussi
09:35et sur l'impact de l'IA en général.
09:37Évidemment, évidemment.
09:39Et on va terminer là-dessus.
09:41Alors, ça ne concerne sans doute pas l'Europe
09:43et les sites que vous pilotez en France,
09:46en Italie ou en Grèce.
09:47Mais ce qui se passe à Washington en ce moment
09:49est quand même intéressant.
09:50C'est-à-dire que c'est une des régions des États-Unis
09:51où il y a le plus de data centers
09:52et où les autorités de gestion de l'électricité
09:56sont finalement obligées
09:57de pratiquement restreindre l'accès à l'électricité
10:01pour les citoyens, les entreprises
10:05pour que les data centers puissent tourner.
10:07Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?
10:07On est dans une sorte d'arbitrage qui est compliqué.
10:11On n'en est pas là en France, en Europe ?
10:13On n'en est pas du tout là aux États-Unis
10:16ou le cas d'Irlande qui est souvent nommé.
10:18Oui, mais il y a l'Irlande aussi.
10:19Pour les États-Unis, on parle de milliers de data centers
10:21sur le territoire.
10:23En Irlande également, il y a eu un gros déploiement
10:25en nombre de data centers.
10:26En France, on est à 360 à peu près aujourd'hui.
10:29Donc, on ne peut pas comparer les deux.
10:32On n'est pas du tout dans les mêmes dimensions.
10:35Après, évidemment, ça pose des questions
10:37de compétitivité, soyons clairs.
10:40D'où le sommet de l'IA
10:41avec les investissements massifs
10:42qui ont été mentionnés.
10:44Maintenant, effectivement, il faut le faire
10:45avec responsabilité, engagement
10:49et un peu de clairvoyance
10:51sur les défis qui sont face à nous.
10:52en termes de ressources
10:53et de limites aussi planétaires.
10:56Merci beaucoup, Claire Chardourne.
10:57Et à bientôt sur Bismarck for Change.
11:00On passe tout de suite à notre rubrique
11:01Transition urbaine.
11:03Alexandre Herveau nous emmène à Lyon aujourd'hui.
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