- il y a 2 mois
Les data centers représentent 2 % de la consommation d’électricité en France et cela pourrait doubler d’ici 2030. Afin de rendre ce secteur plus sobre, Digital Reality conçoit des centres qui ont une consommation d’eau en cycle fermé et publie sa feuille de route RSE.
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00:00L'invité de ce Smart Impact, c'est Claire Chadourne. Bonjour, bienvenue.
00:10Vous êtes en santé, directrice RSE pour Digital Reality en France, en Italie et en Grèce.
00:16C'est l'un des plus grands opérateurs mondiaux de data center, c'est ça ?
00:20Oui, on fait partie des leaders mondiaux.
00:23Notre métier, c'est de construire, de concevoir et de gérer des bâtiments
00:27qui hébergent les infrastructures informatiques et télécoms de nos clients.
00:32Et parmi ces clients, il va y avoir effectivement les grands acteurs de la tech mondiale,
00:36des entreprises, du CAC 40 par exemple, ou des entreprises plus locales, des start-up,
00:41avec des services publics également.
00:42Donc ça veut dire des centres de données un peu partout sur la planète aujourd'hui ?
00:46Alors géographiquement, on est présent sur 50 villes,
00:50avec une présence forte en France, à Paris et Marseille.
00:53On a 17 data centers en France.
00:57Et pourquoi Paris et Marseille ?
00:58Puisque Paris est un hub Internet mondial, quatrième hub Internet mondial.
01:04Marseille est sixième hub Internet mondial.
01:06On est le seul pays d'Europe à avoir deux hubs internationaux d'échange de données.
01:11Donc c'est un avantage concurrentiel assez important.
01:13Avec une stratégie RSE que vous pilotez, comment ?
01:18C'est un secteur tech qui est évidemment à la fois énergivore et consommateur d'eau.
01:22Donc comment vous pilotez, vous concevez cette stratégie RSE ?
01:27Alors il faut savoir que notre métier est un métier utile,
01:31puisque sans data center, il n'y a pas de vie numérique.
01:35Et notre économie dépend très fortement de cette numérisation.
01:40Donc on a effectivement un rôle d'infrastructure,
01:43au même titre que des ponts, des autoroutes.
01:46Aujourd'hui, effectivement, notre économie dépend énormément de cette infrastructure.
01:50Notre responsabilité, c'est de travailler une infrastructure la plus durable et responsable possible.
01:56Et vous l'avez nommé, il y a des gros chantiers sur lesquels nous sommes engagés de longue date,
02:01que sont effectivement la question énergétique, la question des consommations d'eau,
02:05même si je reviendrai très volontiers sur ce point,
02:07parce qu'il y a beaucoup de fausses informations qui circulent,
02:10beaucoup d'idées, alors que ce n'est pas forcément le cas.
02:13Et les enjeux carbone, la biodiversité, on a un panel assez large d'enjeux sur lesquels la société est engagée.
02:21Sur l'électricité, c'est quoi ?
02:22C'est le besoin de refroidissement des centres de données qui expliquent la consommation d'électricité, c'est ça ?
02:27Alors il y a plusieurs aspects.
02:28Vous avez les machines informatiques, les machines des clients,
02:32qui sont consommatrices d'énergie évidemment, les serveurs par exemple.
02:35Et puis après, vous avez la consommation d'énergie qui est associée à l'infrastructure du data centre.
02:40Et vous avez raison, un des postes clés, 40% de la consommation énergétique est lié au refroidissement.
02:45Donc nous travaillons à réduire cet impact via un certain nombre d'innovations.
02:50Notamment à Marseille, nous avons développé une solution qui s'appelle le River Cooling,
02:53qui permet d'emprunter une eau souterraine pour capter les frigories.
02:58On ne consomme pas l'eau, pour la souffler en salle ensuite.
03:02Elle est en circuit fermé, et donc il n'y a pas de consommation d'eau associée à ces sites.
03:10Par exemple, sur les quatre sites que nous avons à Marseille, sur le port,
03:13nous avons une consommation de l'ordre de 50 habitants par an.
03:16Donc on n'est pas sur des chiffres qui sont importants.
03:18Et ça, il faut l'expliquer peut-être aux personnes qui écoutent cette émission.
03:23Ce sont des choix technologiques.
03:25On parle beaucoup des consommations d'eau aux Etats-Unis.
03:27Ce sont des sites ou des lieux où il y a eu des choix sur des consommations de refroidissement adiabatique,
03:35c'est-à-dire d'évaporation d'eau, qui sont extrêmement consommateurs d'eau.
03:38Ce ne sont pas des choix que font la majorité des data centers en France.
03:41Donc déjà, déconstruire cet aspect-là.
03:42D'accord.
03:43Et puis après, je dirais que le meilleur kilowatt, c'est celui qui n'est pas consommé.
03:46Donc on est des experts de l'efficacité énergétique.
03:49C'est dans l'ADN de l'entreprise de longue date, avec des équipes qui sont dédiées.
03:54Et en fait, il n'y a pas de solution miracle.
03:56C'est une somme de bonnes pratiques pour réduire au maximum l'empreinte énergétique du bâtiment.
04:00Est-ce que ça veut dire, la réponse est dans la question d'une certaine façon,
04:04mais que vous construisez différemment des data centers, des centres de données aujourd'hui,
04:09par rapport à il y a 15 ou 20 ans ?
04:10C'est-à-dire même dans la conception même du bâtiment, ça a radicalement changé ?
04:15Ça a évolué très vite, et particulièrement ces derniers temps.
04:19Alors, ne serait-ce que, pour vous donner un exemple, il y a une quinzaine d'années,
04:22vous rentriez dans une salle, il faisait extrêmement froid,
04:25parce qu'on refroidissait l'ensemble de la salle.
04:27Aujourd'hui, on confine les machines clients au sein de cols-corridors, de couloirs froids,
04:32pour n'aller souffler le froid qu'au strict nécessaire.
04:35Et donc, mis avec un ensemble de bonnes pratiques, on arrive à réduire l'empreinte du bâtiment.
04:40On mesure cette empreinte via un indicateur qui s'appelle le PUE,
04:45Power Usage Effectiveness.
04:49Donc, on calcule combien de kilowatts on prend à NEDIS,
04:51combien on en restitue aux machines clients.
04:53Et donc, en moyenne, vous avez des data centers en France qui sont autour de 1,5, 1,6.
04:58Donc, j'ai 0,5 de consommation en termes d'infrastructures.
05:03Nos bâtiments sont autour de 1,2, 1,3.
05:05Donc, on est particulièrement efficients.
05:07Et surtout, on a des obligations pour les plus anciens sites
05:10d'arriver à ces performances-là d'ici 2030.
05:13Donc, on a des millions qui vont être investis pour mettre à jour les équipements
05:16et arriver à ces performances-là.
05:19Et si je peux me permettre, en termes d'évolution du design,
05:23l'IA nous impose quelques défis.
05:26Et nous avons dû requalifier, en fait, nos méthodologies de refroidissement.
05:31Aujourd'hui, on a une technologie qui s'appelle le Direct Liquid Cooling
05:34qui permet de ramener de l'eau auprès des puces.
05:37Parce qu'en fait, on a une densité tellement forte.
05:39Il y a une chaleur plus forte qui se dégage.
05:41Et donc, on a dû faire évoluer nos principes de refroidissement
05:44pour aller sur ces technologies avec des densités plus fortes
05:47et répondre aux défis d'IA.
05:49Il y a un autre...
05:51Alors, on peut retourner la chaussette, si j'ose dire.
05:53C'est-à-dire qu'un centre de données, un data center,
05:55ça produit aussi de la chaleur.
05:57Ce qu'on appelle notamment la chaleur fatale.
05:59Donc, il y a une récupération de cette chaleur.
06:01Elle peut soit être utilisée en interne,
06:03soit être réintégrée au réseau, par exemple.
06:05C'est un des sujets clés pour le data center
06:10qui n'est pas malheureusement si simple à mettre en œuvre
06:13puisqu'on n'a pas forcément dans les territoires
06:15où les data centers sont positionnés des réseaux de chaleur en proximité.
06:19Et comme on n'est pas nous-mêmes opérateurs de réseaux de chaleur,
06:22donc on travaille avec les autorités compétentes localement
06:26pour identifier les possibilités de connexion à certains usages
06:30avec des réseaux à proximité.
06:33Mais vous avez un équilibre technique et financier
06:34qui n'est pas toujours au rendez-vous.
06:37Et surtout, vous devez positionner des équipements
06:39qui permettent de rehausser la chaleur
06:41puisqu'en fait, la chaleur que l'on dégage
06:43n'est pas assez chaude pour les réseaux de chaleur.
06:44On est à 30 degrés à peu près quand il faut minimum 60 degrés.
06:47Donc, ce n'est pas si simple comme dossier.
06:50Cela dit, on est complètement investi.
06:51On a sept dossiers en cours de récupération de chaleur.
06:54On doit en annoncer un dans les prochaines semaines
06:57avec des conventions aussi à venir.
06:59Donc, on a bon espoir d'arriver à connecter,
07:02à récupérer ces calories pour des usages d'habitations, de bureaux.
07:07C'est tout à fait l'intention.
07:08Les centres de données, ils consomment aujourd'hui 2% de l'électricité en France.
07:13Cela pourrait doubler d'ici 2030.
07:16On voit bien qu'il y a des solutions que vous mettez en place
07:18pour limiter cet impact.
07:20Mais à côté de cela, vous parliez d'IA.
07:22C'est vrai que la croissance de l'intelligence artificielle, du cloud,
07:25on est vers une augmentation mécanique des besoins
07:31et donc de la consommation d'électricité.
07:33Donc, vous vous dites quoi ?
07:34Que les efforts que vous faites là,
07:35ils vont être annihilés par la montée en puissance de l'IA ?
07:39Ça doit être un peu désespérant, ça ?
07:41Il y a une étude qui est sortie, qui explique effectivement,
07:45donc c'est EY France Data Center,
07:46que 40% des charges informatiques d'ici 2030 pourraient être liées à l'IA.
07:51Donc, c'est majeur, il faut qu'on s'y prépare.
07:54Notre métier, nous, c'est de fournir des capacités.
07:57Notre responsabilité, c'est de le faire avec des bonnes pratiques,
07:59avec un minimum d'impact.
08:01Mais aussi, notre conscience, c'est d'alerter sur les enjeux de l'IA
08:04et sur les usages de l'intelligence artificielle.
08:07C'est-à-dire qu'il faut peut-être s'en servir là où on en a vraiment besoin.
08:10Voilà, la question c'est de l'utilité de l'intelligence artificielle,
08:15des enjeux de sobriété, soyons clairs,
08:17aussi bien dans les services qui sont proposés que les utilisateurs.
08:22Je ne crois pas que les gens soient complètement conscients des impacts.
08:26Voilà, qu'une requête sur TchadGPT,
08:28c'est dix fois plus d'électricité qu'une requête sur Google.
08:30Ces choses-là, il faut le communiquer.
08:33Donc, c'est aussi notre poste d'observateur
08:35qui nous permet d'avoir ce rôle d'alerte.
08:39Mais plus que ça, je vous le dis,
08:41enfin, je vais vous le mentionner,
08:42notre responsabilité, c'est d'aller chercher
08:45le minimum d'impact et de la contribution
08:47aussi au réseau électrique.
08:50Et donc, on travaille avec
08:51des certificats de garantie d'origine,
08:53des Power Purchase Agreement.
08:55Donc, on a financé deux parcs éoliens
08:57dans les Hauts-de-France et en Bretagne
08:58pour une capacité de 20k MW pour 15 ans.
09:02C'est des électrons verts qui n'auraient pas existé
09:03sur le réseau sans nous.
09:05On travaille aussi sur les calibrages énergétiques horaires
09:08qui nous permettent de faire matcher heure par heure
09:10nos consommations avec les énergies renouvelables
09:12disponibles sur le réseau.
09:14Donc, ça, c'est une innovation
09:15que l'on a lancée sur notre site Parin.
09:19On travaille évidemment sur la récupération de chaleur
09:21pour être contributeurs.
09:23Et demain, on réfléchit évidemment
09:24à des notions d'autoconsommation.
09:27Donc, voilà, c'est un ensemble de pratiques
09:28qui font qu'on réduit l'impact.
09:32Mais soyons clairs, il va falloir se poser
09:33les bonnes questions sur les usages aussi
09:35et sur l'impact de l'IA en général.
09:37Évidemment, évidemment.
09:39Et on va terminer là-dessus.
09:41Alors, ça ne concerne sans doute pas l'Europe
09:43et les sites que vous pilotez en France,
09:46en Italie ou en Grèce.
09:47Mais ce qui se passe à Washington en ce moment
09:49est quand même intéressant.
09:50C'est-à-dire que c'est une des régions des États-Unis
09:51où il y a le plus de data centers
09:52et où les autorités de gestion de l'électricité
09:56sont finalement obligées
09:57de pratiquement restreindre l'accès à l'électricité
10:01pour les citoyens, les entreprises
10:05pour que les data centers puissent tourner.
10:07Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?
10:07On est dans une sorte d'arbitrage qui est compliqué.
10:11On n'en est pas là en France, en Europe ?
10:13On n'en est pas du tout là aux États-Unis
10:16ou le cas d'Irlande qui est souvent nommé.
10:18Oui, mais il y a l'Irlande aussi.
10:19Pour les États-Unis, on parle de milliers de data centers
10:21sur le territoire.
10:23En Irlande également, il y a eu un gros déploiement
10:25en nombre de data centers.
10:26En France, on est à 360 à peu près aujourd'hui.
10:29Donc, on ne peut pas comparer les deux.
10:32On n'est pas du tout dans les mêmes dimensions.
10:35Après, évidemment, ça pose des questions
10:37de compétitivité, soyons clairs.
10:40D'où le sommet de l'IA
10:41avec les investissements massifs
10:42qui ont été mentionnés.
10:44Maintenant, effectivement, il faut le faire
10:45avec responsabilité, engagement
10:49et un peu de clairvoyance
10:51sur les défis qui sont face à nous.
10:52en termes de ressources
10:53et de limites aussi planétaires.
10:56Merci beaucoup, Claire Chardourne.
10:57Et à bientôt sur Bismarck for Change.
11:00On passe tout de suite à notre rubrique
11:01Transition urbaine.
11:03Alexandre Herveau nous emmène à Lyon aujourd'hui.
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