- il y a 7 mois
Christophe de Margerie, l'un des plus puissants patrons français. Tout aussi débonnaire qu'influent. A la tête du pétrolier Total, il avait ses entrées chez tous les grands de ce monde. A l'automne 2014, après une visite en Russie dont il est l'ami fidèle, son jet privé se crashe au décollage de Moscou. Mort avec les trois autres membres d'équipage. L'appareil a heurté une déneigeuse dont le conducteur serait ivre. Une négligence fatale, un accident. Sauf que un peu plus de dix ans plus tard, l'enquête reste des plus ténébreuses.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
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00:0014h, 15h, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:05Jean-Alphonse Richard.
00:07A la une, la mort d'un grand patron français, Christophe de Margerie, PTG de Total.
00:11Il s'est tué cette nuit dans un crash d'avion en Russie.
00:13Son avion privé décollait de Moscou quand il a heurté un chasse-neige sur la piste.
00:19Bonjour, Christophe de Margerie, l'un des plus puissants patrons français.
00:24A la tête du pétrolier Total, il fréquentait tous les grands de ce monde.
00:28Amis fidèles de la Russie, où à l'automne 2014, son avion se crache au décollage,
00:33mort avec trois autres membres d'équipage.
00:36L'enquête se révèle ténébreuse, plus de dix ans plus tard, elle l'est toujours.
00:40Accident ou assassinat, Christophe de Margerie, les ombres de Moscou, l'heure du crime.
00:46La seule émission Radio 100% fait diverser tout de suite sur RTL.
00:49Lundi 20 octobre 2014, 23h40, Christophe de Margerie franchit la porte du hall VIP de l'aéroport de Vnukovo à Moscou.
01:06Un pavillon à l'écart des autres salles d'embarquement par lequel transitent personnalités et célébrités,
01:13dont le président russe Vladimir Poutine en personne.
01:16Le PDG de Total, 63 ans, est très en retard pour son départ pour Paris.
01:22Pas moins de trois heures, c'est une habitude chez lui.
01:25Yann Piquant, le pilote du Falcon 50 affrété par la compagnie pétrolière, s'impatiente.
01:31Il risque de rater le créneau horaire pour le décollage.
01:35Le grand aéroport international ferme entre 2h et 5h du matin.
01:39Margerie n'est pas inquiet pour autant.
01:42Il plaisante avec deux de ses collaborateurs qui l'ont accompagné jusqu'à Vnukovo.
01:47Puis il rejoint seul le jet qui l'attend, moteur allumé, accueilli par le pilote,
01:53le copilote Maxime Rassia et l'hôtesse Ruslana Vervelle.
01:57Cette nuit-là, la visibilité est correcte, 350 mètres, pas de neige.
02:03Elle a fondu à cause de la pluie faible.
02:0723h56, la tour de contrôle autorise l'équipage à décoller.
02:1223h57, l'appareil s'aligne sur la piste 06.
02:1623h58, il s'élance pour atteindre déjà la vitesse de 248 km heure.
02:22Quelques secondes plus tard, le contact s'interrompt brutalement avec la tour.
02:28Une boule de feu éclaire la nuit.
02:30Le train d'atterrissage du Falcon a percuté une déneigeuse de 6 mètres de large,
02:353,50 mètres de hauteur, immobilisée en travers de la piste.
02:41Le feu est vite maîtrisé.
02:43Dans la carcasse de l'avion retourné,
02:45les corps sans vie de Christophe de Margerie et des trois membres d'équipage.
02:49Mardi 21 octobre, midi,
02:53alors que la nouvelle de la mort de Christophe de Margerie
02:55fait depuis le petit matin la une de l'actualité,
02:59le comité d'enquête russe est à pied d'œuvre.
03:02Les responsables de la tragédie sont déjà désignés.
03:05Il ne s'agit pas d'un tragique concours de circonstances,
03:09mais d'une négligence criminelle des fonctionnaires, indique-t-on.
03:12Des responsables de l'aéroport pourraient être prochainement suspendus
03:16de leur fonction, est-il précisé.
03:18Les enquêteurs.
03:19pointent une erreur des aiguilleurs du ciel
03:21et les actes du conducteur de la déneigeuse.
03:25Ce dernier, Vladimir Martininko, 60 ans,
03:28employé depuis 10 ans à Venoukovo, bien noté,
03:32est accusé d'avoir bu.
03:33Il proteste.
03:34Des images de son premier interrogatoire
03:37sont diffusées par les chaînes russes.
03:38« J'ai perdu mes repères,
03:40je ne me suis pas rendu compte que j'entrais sur la piste. »
03:43Marmonne-t-il la tête basse.
03:45Mercredi 22 octobre,
03:47l'enquête ouverte à Paris pour homicide involontaire est confiée à la gendarmerie du transport aérien.
03:53A Moscou, le FSB,
03:56les services secrets russes,
03:57mènent de discrètes vérifications.
04:00Le domicile de Vladimir Martinenko,
04:02le déneigeur,
04:03est perquisitionné.
04:05Plusieurs fois interrogé,
04:07dossier ultra sensible,
04:09car Christophe de Marjorie
04:10était un grand ami de la Russie.
04:12apprécié du président Poutine,
04:15partenaire pétrolier numéro un du pays.
04:17Il venait de participer à Moscou
04:19à un forum d'investisseurs,
04:21seul patron,
04:22à être ensuite invité dans la dacha
04:24du premier ministre russe Dmitry Medvedev,
04:28puis à passer la soirée avec l'oligarque
04:30et intime de Poutine,
04:32Gennady Tinchenko.
04:34Soirée détendue et amicale.
04:36Sans prendre à Marjorie,
04:38c'est sans prendre à la Russie.
04:39Laisse entendre un officiel.
04:42Et la mort de Christophe de Marjorie,
04:45qui bien sûr suscite tout de suite des questions
04:46à Moscou,
04:47mais aussi à Paris,
04:48elle attire les suspicions,
04:50cette mort,
04:51et c'est tout à fait légitime,
04:52vu la place extrêmement stratégique
04:54qu'occupe le grand patron de Total.
04:57On va voir,
04:58dans la suite de l'heure du crime,
05:00quelles surprises vont surgir
05:02au cours de ces investigations.
05:03On est là au tout début
05:05de ces vérifications,
05:07mais il faut revenir au lundi 2014
05:10avec notre premier invité,
05:12c'est Muriel Bozeli.
05:14Bonjour Muriel Bozeli.
05:15Bonjour Jean-Alphonse Richard.
05:17Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui
05:19dans l'heure du crime
05:20et d'avoir accepté notre invitation.
05:21Vous êtes journaliste spécialisée en énergie,
05:23en climat,
05:24et vous avez signé un livre
05:27qui fait toujours autorité
05:28sur cette affaire.
05:30Ça s'appelle
05:30L'énigme Marjorie,
05:32enquête sur la vie
05:33et la mort du mania
05:35du pétrole français.
05:36Ça a été publié
05:37aux éditions Robert Laffont.
05:38Et puis je cite
05:39votre dernier livre
05:40qu'il faut absolument lire,
05:41qui est passionnant,
05:41mais sur un tout autre thème,
05:43qui s'appelle
05:43La conquête de l'espace
05:44et qui est publié
05:45aux éditions La Tribu.
05:47Muriel Bozeli,
05:48on est heureux de vous avoir
05:49parce que vous allez nous éclairer
05:50un petit peu
05:50sur cette ténébreuse affaire.
05:52Il n'y a pas d'autre terme,
05:53cela fait 11 ans
05:53et on continue
05:55à se poser encore aujourd'hui
05:56beaucoup de questions
05:57sur ce crash.
06:00Crash juste avant minuit,
06:02ce lundi 2014,
06:04lundi 20 octobre 2014
06:07et c'est un accident,
06:09c'est un euphémisme,
06:11mais ça laisse tout le monde
06:12incrédule.
06:12On a du mal à croire
06:13à un simple accident.
06:14C'est comme ça,
06:15c'est tout de suite,
06:15on doute.
06:17Oui, déjà merci
06:18pour cette invitation,
06:19je suis très heureuse
06:20de participer à votre émission.
06:22Oui, bien sûr,
06:23c'est le choc absolu.
06:25La France se réveille
06:26complètement abasourdie
06:27par cette nouvelle.
06:29On ne peut pas y croire
06:30tant le caractère suspect
06:31de l'accident
06:32qui sème le doute
06:33avec cette déneigeuse
06:35qui entrave la piste
06:36au moment du décollage.
06:37Il y a toutes les circonstances
06:39qui sont vraiment dignes
06:40d'un film d'espionnage.
06:41On a donc un accident
06:43au cœur de la nuit
06:44dans cet aéroport
06:45qui, comme vous le disiez
06:46tout à l'heure,
06:47est fréquenté par Poutine
06:49et d'autres dignitaires étrangers.
06:51On a le contexte
06:53de refroidissement
06:54des relations
06:55entre l'Occident
06:56et la Russie.
06:57Donc, on le rappelle,
06:58on est en 2014,
06:59donc on est quelques mois
07:01après l'annexation
07:02de la Crimée.
07:04Et puis,
07:05il y a l'hostilité affichée
07:06de Christophe de Margerie
07:08à l'égard
07:08des sanctions économiques
07:10contre Moscou.
07:12Et peut-être,
07:12dernier point,
07:13il y a également,
07:15et pour moi,
07:15je pense que
07:16ça reste pour moi
07:18un point essentiel,
07:19c'est l'antagonisme
07:21notoire
07:22de Christophe de Margerie
07:23vis-à-vis des États-Unis.
07:24Oui, c'est ça.
07:25Mais bon,
07:25on pourra peut-être
07:26expliquer des choses
07:27un peu plus tard.
07:27Bien sûr,
07:28on va y venir
07:28et on va en parler.
07:29Votre parole est totalement libre,
07:31Muriel Bozeli,
07:32on va en parler.
07:33Effectivement,
07:34c'est un ami de Moscou,
07:35c'est beaucoup moins
07:36un ami de Washington,
07:37Christophe de Margerie,
07:38en tout cas,
07:38il apparaît comme ça.
07:39Encore un petit mot,
07:40Muriel Bozeli,
07:41vous connaissez bien
07:42les questions d'énergie,
07:43de pétrole.
07:45À l'époque,
07:45Christophe de Margerie,
07:46c'est l'homme fort du pétrole.
07:48Total,
07:49ça pèse très très lourd
07:50sur ce marché.
07:52Alors,
07:53en France,
07:54clairement,
07:56Total est l'entreprise
07:57pétrolière française
07:58dans un pays
07:59qui n'a pas de pétrole.
08:00Donc,
08:01Total est une entreprise
08:03qui doit aller chercher
08:05constamment des nouveaux marchés.
08:06Et Christophe de Margerie,
08:08c'est quelqu'un
08:09qui a vraiment su,
08:11en l'espace de quelques années,
08:12en sept ans,
08:14vraiment imposer
08:14sa marque de fabrique.
08:17C'est un patron
08:18qui est complètement différent
08:19des autres.
08:20Moi,
08:20quand je l'ai rencontré,
08:21c'est ce qui m'a marquée.
08:23C'était une personne
08:24déjà assez drôle,
08:29quelqu'un qui avait
08:30un franc parlé.
08:32Il était surnommé
08:32Big Moustache,
08:33par exemple,
08:34par ses employés.
08:34Je trouve que ça en dit long.
08:37Et il était,
08:38alors,
08:39il était simple,
08:40entre guillemets,
08:41diplômé d'une école de commerce
08:43parce que c'est un monde
08:44où on sort de grandes écoles.
08:46Bien sûr.
08:47Voilà,
08:48de grandes écoles d'ingénieurs.
08:49Et lui,
08:50il était assez différent.
08:51Alors,
08:51il avait,
08:53ok,
08:53il n'était pas,
08:54ce n'était pas un grand ingénieur
08:55ou quoi que ce soit,
08:55mais il était héritier
08:57de la famille Tétinger.
08:57Et donc,
08:59bien qu'il soit rentré
09:00par la petite porte
09:01chez Total,
09:01il est rentré en 1974
09:03et il a grimpé tout le temps.
09:05Mais,
09:06par qui venait
09:06de cette grande famille,
09:07il avait aussi une aisance
09:09avec les grands de ce monde
09:10et ça lui a apporté
09:12une sorte de crédibilité
09:15vis-à-vis de ses interlocuteurs.
09:17Et puis,
09:17vous le dites très bien,
09:18vous le décrivez très bien.
09:19C'est un patron atypique
09:20et puis,
09:20il a son franc parlé.
09:22Il dit ce qu'il pense
09:23et là,
09:23effectivement,
09:23ça parfois,
09:24ça ne plaît pas à tout le monde.
09:25Bonjour Patrick Vervelle.
09:27Bonjour Monsieur.
09:28Merci beaucoup
09:29d'être également avec nous
09:30dans l'heure du crime.
09:31Alors vous,
09:32vous êtes le mari
09:33de Ruslana Vervelle.
09:34Ruslana Vervelle,
09:35c'est l'hôtesse de l'air
09:36qui était dans l'avion
09:37où Christophe de Margerie
09:38a péri
09:39avec deux autres membres
09:40d'équipage,
09:41le pilote et le copilote.
09:43Merci d'être vraiment avec nous
09:45parce que vous avez suivi
09:46toute cette affaire.
09:47Elle vous tenaille encore
09:49onze ans après.
09:49Vous avez été partie civile.
09:51Vous allez nous raconter tout ça
09:52et vous ne croyez pas du tout
09:53à la thèse de l'accident.
09:55Patrick Vervelle,
09:56comment apprenez-vous
09:57la mort de votre épouse ?
10:00Alors en fait,
10:00Ruslana est parti le dimanche
10:02chercher donc avec l'avion
10:05Christophe de Margerie
10:06en Normandie
10:06et ensuite,
10:08elle devait rentrer
10:08donc le lundi
10:09vers minuit
10:10puisque le vol,
10:11il décollait en soirée
10:12de l'aéroport
10:14de Venoukovo
10:14de Moscou
10:15et moi,
10:17le mardi matin
10:18vers donc
10:18sept heures du matin,
10:20j'allumais BFM TV
10:21et j'ai vu l'image
10:22de cet avion
10:23qui rentrait
10:25dans la déneigeuse
10:26et qui s'écrasait.
10:28Alors,
10:28il passait en boucle,
10:29je crois depuis
10:30cinq heures du matin,
10:30on m'attendit
10:31et c'est la gendarmerie
10:33qui une heure après
10:34m'a averti
10:35que Ruslana
10:36était décédée
10:36dans l'avion.
10:38C'était bien elle,
10:38l'hôtesse de l'air
10:39qui était décédée
10:40dans l'avion
10:41de Christophe de Margerie.
10:42Je suppose,
10:43Patrick Vervelle,
10:44qu'à ce moment-là,
10:45vous ne comprenez pas du tout
10:46ce qui a pu se passer.
10:47Absolument,
10:49là je ne comprends rien
10:50du tout.
10:51J'ai le patron
10:51de la société
10:52de l'aviation civile
10:54qui me disait
10:55que les pilotes
10:57étaient en côte,
10:58une piste en côte,
10:59je n'ai jamais vu ça,
11:00qu'il n'a pas vu
11:01après la déneigeuse,
11:02enfin,
11:02il m'a raconté
11:03n'importe quoi.
11:04Et ensuite,
11:05donc,
11:06il y a une reconstitution
11:08par la gendarmerie
11:09et là,
11:10il y avait la gendarmerie
11:11qui était là
11:11avec les familles
11:13des victimes
11:14et les gendarmes
11:16devaient nous donner
11:17des explications
11:17qui n'ont pas eu lieu
11:19d'ailleurs.
11:20Je n'ai rien
11:20compris aux explications.
11:23Officiellement,
11:24c'est un accident
11:24mais le dossier
11:25est truffé
11:26d'incohérences
11:26et de zones d'ombre.
11:28Christophe de Margerie,
11:29les ombres de Moscou,
11:31j'ai senti les roues
11:32de l'avion
11:32tout près de ma tête.
11:33L'enquête de l'heure du crime.
11:34On se retrouve
11:35dans un instant
11:35sur RTL.
11:3714h15h
11:37Jean-Alphonse Richard
11:39sur RTL
11:40L'heure du crime.
11:41Jusqu'à 15h
11:44C'est l'heure du crime
11:46sur RTL
11:47avec Jean-Alphonse Richard
11:48L'heure du crime
11:50consacrée aujourd'hui
11:51à la mort mystérieuse
11:52de Christophe de Margerie.
11:53En octobre 2014,
11:55le puissant PDG de Total
11:56trouve la mort à Moscou
11:58dans le crash
11:58de son avion privé.
12:00Les enquêtes russes
12:01et françaises
12:02s'accrochent
12:02à la thèse
12:03de l'accident.
12:05Lundi 27 octobre 2014,
12:07une semaine après
12:07le drame
12:08de l'aéroport
12:09de Vnukovo,
12:10les obsèques
12:10de Christophe de Margerie
12:12sont célébrés
12:12devant un parterre
12:13de politiques,
12:14de diplomates,
12:15de collaborateurs
12:16de Total
12:16à l'église Saint-Sulpice
12:18à Paris.
12:19La famille du grand patron
12:20garde le silence
12:21tout comme le groupe Total
12:23qui s'interdit
12:24tout commentaire.
12:25Étonnamment,
12:26ni l'épouse
12:27et les trois enfants
12:28du PDG
12:29ni le géant pétrolier
12:30ne vont se constituer
12:32partie civile.
12:33À Moscou,
12:34c'est toujours
12:34l'ouvrier déneigeur
12:35Vladimir Martininko
12:37qui fait figure
12:37de coupable.
12:39Au volant
12:39de son engin,
12:40il aurait commis
12:40une erreur
12:41de trajectoire
12:42sous l'effet
12:42de l'alcool.
12:43Arrivé à l'aéroport
12:44vers 19h20,
12:46il a pourtant subi
12:47sans encombre
12:48le traditionnel examen
12:49médical destiné
12:50au personnel
12:51des pistes,
12:52rien à signaler,
12:53aucun alcotest
12:55après l'accident
12:55même si les procès
12:57verbaux évoquent
12:58d'emblée
12:58une alcoolémie
12:59de 0,6 grammes
13:00soit environ
13:01trois verres de vin.
13:02L'avocat de Martininko
13:03assure que son client
13:05n'a bu que du café
13:06avant de travailler.
13:07Quelques semaines plus tard,
13:09le déneigeur
13:10admettra avoir versé
13:12un demi-verre de cognac
13:14dans son thermos.
13:17Mercredi 29 octobre,
13:19la contrôleuse aérienne
13:20stagiaire
13:20Svetlana Krisvoun,
13:2224 ans,
13:23assignée à résidence
13:24depuis le début de l'affaire
13:25est la première inculpée,
13:27poursuivie pour violation
13:28des règles de sécurité.
13:29Cinq autres personnes
13:30sont inculpées,
13:31placées en détention
13:32provisoire
13:33ou sous contrôle judiciaire.
13:35Les enquêteurs
13:36s'intéressent notamment
13:37à l'ingénieur en chef
13:38Vladimir Ledenioff.
13:41C'est lui
13:41qui avait en charge
13:42le convoi
13:43des trois déneigeuses
13:44sorties le soir fatal.
13:46Ledenioff
13:47a curieusement
13:48beaucoup insisté
13:49auprès de son supérieur
13:50pour que soit déblayé
13:51quelques tas de neige
13:52sur la voie
13:53d'approche B8
13:54parallèle
13:55à la piste
13:56d'envol 0,6.
13:58Selon le supérieur,
13:59il n'y avait
13:59aucune urgence
14:00pourtant à dégager
14:01ce coin,
14:01d'autant plus
14:02que la pluie
14:03avait lessivé le sol.
14:04Le supérieur
14:06avait fini
14:08par céder
14:08à la demande
14:09de l'ingénieur.
14:10A 21h,
14:12trois déneigeuses
14:13ont donc quitté
14:14leur garage.
14:16L'ingénieur
14:16les accompagnait.
14:18Après une demi-heure
14:19d'activité,
14:20les deux premiers engins
14:21ont distancé
14:22celui de Vladimir
14:23Martininko,
14:24lequel
14:24se serait perdu.
14:26Martininko
14:27indique aux enquêteurs
14:28qu'il était désorienté
14:29alors qu'il connaît
14:30ce secteur
14:30comme sa poche.
14:31« J'ai essayé
14:32de joindre
14:33mes collègues
14:33par radio
14:34mais je n'ai eu
14:34aucune réponse »
14:35va-t-il déclarer.
14:36L'ingénieur
14:37laisse divaguer
14:39la déneigeuse.
14:40Des ouvriers
14:41électriciens
14:42l'ont vu
14:42se diriger
14:42sans raison
14:43droit
14:44vers la piste 0,6.
14:47L'examen
14:48des boîtes noires
14:49de l'avion de Total
14:49indique que
14:5010 secondes
14:51après l'autorisation
14:51de décoller,
14:53les instruments
14:53de bord
14:54ont détecté
14:54le mouvement
14:55d'un chasse-neige
14:56sur le bas
14:57côté gauche
14:57de la piste.
14:59La déneigeuse
14:59s'est éloignée
15:00puis elle est à nouveau
15:01revenue sur la piste.
15:02Le pilote de l'avion
15:03l'a aperçue.
15:05« C'est quoi cette bagnole ? »
15:06l'entend-on dire
15:07sur l'enregistreur de bord.
15:0914 secondes plus tard,
15:10un cri dans le cockpit.
15:12Puis l'avion
15:12qui a quitté le sol
15:13percute la cheminée
15:15à neige
15:15déployée
15:16au-dessus
15:16de la déneigeuse.
15:18Vladimir Martininco
15:19dit avoir senti
15:20les roues
15:21de l'avion
15:21tout près de sa tête.
15:23On va le retrouver.
15:25Il erre
15:25sur le site,
15:26il est choqué
15:27mais curieusement,
15:28il ne porte pas
15:29la moindre égratignure.
15:32Un miraculé
15:33qui reconnaît
15:34sa responsabilité
15:35même si ses déclarations
15:36elles restent floues.
15:37On ne sait pas
15:37s'il était dans la déneigeuse,
15:39s'il est sorti
15:40à ce moment-là,
15:41s'il n'a vraiment
15:41pas vu l'avion
15:42ou bien
15:43il l'a vu vraiment
15:44en face de lui
15:45parce que les avions
15:46ils ont un projecteur
15:47qui éclaire toute la piste,
15:48etc.
15:49sans doute impossible
15:50de ne pas voir
15:50ce jet
15:51qui arrivait
15:51à toute vitesse
15:53vers la déneigeuse
15:54et puis pourquoi
15:55il a laissé son engin
15:56divagé comme ça
15:57sur une piste
15:58qu'il connaît par cœur.
15:59Oh là là,
16:00combien de questions
16:00sont posées ?
16:01On a du mal
16:02à s'y retrouver
16:03parce que là
16:04il y a beaucoup
16:04beaucoup de choses,
16:05beaucoup d'interrogations.
16:07Un français
16:07ne va pas du tout
16:09croire à cette version
16:10et va mener
16:10à son tour l'enquête.
16:12C'est Patrick Vervelle,
16:14c'est le mari
16:15de l'hôtesse disparue
16:17dans ce crash
16:19et Patrick Vervelle
16:20il est avec nous
16:21dans cette heure du crime.
16:22Patrick Vervelle,
16:23quand est-ce que vous commencez
16:24à vous poser des questions
16:26sur ce crash ?
16:28Alors déjà,
16:30bon petit à petit
16:31ça prend dans ma tête
16:32tournure.
16:33Alors moi,
16:34en avril,
16:34je suis parti
16:35je suis parti à Moscou
16:37accompagné de ma fille
16:38et là,
16:40j'avais donc convoqué
16:42quelques journalistes français
16:44et quelques journalistes russes
16:45et surtout
16:46l'avocat du déneigeur
16:48et le principal acteur
16:50c'était le directeur
16:51de Novella Gazeta
16:53qui est le journal
16:54d'opposition de Poutine.
16:56Et là,
16:56quand je suis arrivé à Moscou,
16:58tout était organisé,
16:59c'était un lundi.
17:00Ce qui était intéressant
17:01le matin,
17:02c'est quand le patron
17:03de Novella Gazeta
17:04m'a dit
17:04mais Patrick,
17:05ce n'était pas Martinenko
17:06qui était dans l'avion.
17:07Et là,
17:09ça a été un choc terrible
17:10parce que j'avais
17:11deux avocats
17:12donc moi en France
17:13et j'ai téléphoné
17:14tout de suite à mes avocats
17:15j'ai dit écoutez,
17:15ce n'est pas la peine
17:15de continuer,
17:17ce n'est pas Martinenko
17:18qui était dans l'avion
17:19et d'ailleurs,
17:19il sortira dans quelques mois.
17:21Et là,
17:22Patrick Verveille,
17:23pardon d'être un peu trivial
17:24mais vous ne comprenez pas,
17:25vous tombez de l'armoire.
17:27Bien sûr,
17:28bien sûr,
17:28parce qu'on nous faisait croire
17:29que c'était Martinenko
17:30qui était alcoolisé,
17:32c'était n'importe quoi.
17:34Donc,
17:35c'est là que je me suis rendu compte
17:36qu'il y a quelque chose
17:37qui n'allait pas.
17:38J'ai rencontré la famille
17:39de Martinenko également
17:40et Martinenko travaillait
17:43depuis dix ans
17:43sur l'aéroport.
17:45Il avait 62 ans.
17:47Je ne vois pas comment
17:48cet homme
17:49se mettrait devant un avion.
17:50Alors là,
17:51qu'on m'explique.
17:53Muriel Bozzelli,
17:54vous êtes avec nous également
17:55dans l'ordre du crime.
17:56Journaliste spécialisé
17:57énergie,
17:58climat,
17:58auteur du livre
17:59L'énigme Marjorie,
18:00enquête sur la vie
18:01et la mort du mania
18:02du pétrole français.
18:03C'est chez Robert Laffont
18:04et puis votre dernier livre,
18:05je le cite à nouveau,
18:06La conquête de l'espace,
18:07publié aux éditions La Tribu.
18:09Vous connaissez parfaitement
18:10cette affaire.
18:11Le déneigeur Martinenko,
18:13alors lui,
18:13c'est le coupable désigné d'entrée
18:15très vite,
18:16quelques heures après seulement.
18:17Voilà,
18:17tout le monde se pointe son doigt
18:19vers cet homme.
18:20C'est vrai qu'il a des propos
18:22un petit peu mouvants,
18:24un petit peu flous.
18:25Qu'est-ce qu'il raconte exactement,
18:26Muriel Bozzelli ?
18:28Oui,
18:28écoutez,
18:29M. Martinenko
18:30a l'air d'être surpris
18:32d'être inculpé.
18:34Il commence par dire
18:35qu'il n'a absolument rien fait,
18:38qu'il n'était pas ivre.
18:40Ensuite,
18:40comme vous l'avez très bien souligné,
18:42il dit que oui,
18:44il avait bu quelques gorgées
18:45de cognac.
18:46Mais il faut quand même,
18:48vraiment j'insiste sur le fait
18:49que quand on parle
18:49de 0,6 grammes,
18:51on parle de 3 verres de vin.
18:53Et en France,
18:54on a 0,5 grammes
18:55de limite pour conduire.
18:57Donc,
18:58ce n'est pas du tout suffisant
19:00pour être désorienté.
19:01Mais on a l'impression
19:02avec Martinenko
19:03que son récit évolue
19:05au fil des interrogatoires.
19:09Il finit par admettre
19:10une culpabilité
19:11qu'il ne comprend pas.
19:13Alors,
19:13par exemple,
19:15il a écrit
19:15aux familles des victimes
19:18pour s'excuser.
19:21Il écrit
19:22depuis la prison.
19:24Donc,
19:25on est quelques mois
19:25après le crash.
19:27Il écrit
19:28« Je repasse en boucle
19:29les événements
19:30de cette nuit.
19:31J'ai tout fait
19:32comme d'habitude
19:32en suivant les consignes
19:34et je ne comprends pas
19:35comment cela a pu arriver. »
19:38Donc,
19:38on voit bien
19:39que l'homme
19:40ne se souvient pas.
19:45Voilà.
19:46Ce qu'il faut aussi,
19:47vraiment,
19:47il faut vraiment souligner
19:49le fait que c'était
19:50un employé modèle.
19:51Il n'a pas une tâche
19:52sur son dossier.
19:53Il n'a jamais eu
19:54une amende
19:55pour cette vitesse.
19:58C'est même une blague
19:59dans sa famille
19:59quand j'ai parlé
20:00avec les membres
20:00de sa famille.
20:02Ils en rigolaient.
20:03C'était vraiment
20:04l'homme
20:04vraiment ultra obéissant
20:07au point où
20:08on peut se poser
20:09la question
20:09« Est-ce qu'il n'était
20:10pas obéissant
20:12par rapport
20:13à un pouvoir russe
20:14qui peut-être
20:15lui a suggéré
20:16une version ? »
20:18Qui lui a suggéré
20:20une version
20:20parce qu'on va y venir
20:21aux hypothèses.
20:22Effectivement,
20:23c'était un grand ami
20:23de la Russie.
20:24Vous nous l'avez dit,
20:25Christophe de Margerie.
20:27Ce n'est sûrement pas Moscou
20:29qui a dû vouloir
20:30tuer cet ami
20:31qui était proche
20:31et qui lui facilitait
20:32les choses
20:32de manière commerciale.
20:34Donc, effectivement,
20:34on va pouvoir se poser
20:35des questions.
20:36En tout cas,
20:36il y a une version
20:37qui est amenée.
20:38C'est la version
20:38peu à peu
20:39de l'accident
20:39qui s'impose
20:40et qui est installée.
20:43Patrick Vervelle,
20:44on vous retrouve
20:45pour quelques questions.
20:47Vous avez eu accès
20:48à des pièces du dossier.
20:50Vous êtes allé à Moscou ?
20:52Oui,
20:52de l'enquête
20:52de police russe.
20:54Qu'est-ce qu'elle dit
20:54ces enquêtes ?
20:56Alors,
20:56par exemple,
20:57quand on disait
20:57que Martinenko
20:58était sous.
21:01Or,
21:01ils n'ont même pas
21:02fait une prise de sang.
21:03Ils ne savaient pas
21:03combien il y avait.
21:04Ils sont disant
21:04l'effet 0,6 g,
21:05on n'est pas sous
21:06avec 0,6 g.
21:06Puis,
21:07de toute façon,
21:07ils ne buvaient pas.
21:08Je vais raconter
21:08sa famille.
21:09Il était malade du cœur.
21:10Ils ne buvaient pas
21:10une goutte d'alcool.
21:12Donc,
21:12tout ça,
21:12ça ne correspond
21:13à rien du tout.
21:15Est-ce que vous étiez
21:16en contact
21:16avec la gendarmerie française ?
21:18pouvez-vous nous raconter ?
21:20Alors,
21:21la gendarmerie française
21:22était un capitaine,
21:23je me souviens.
21:24Il y a un moment,
21:24je lui ai dit,
21:25mon capitaine,
21:26est-ce que vous ne pensez pas
21:27que c'est un attentat ?
21:28Et le capitaine me dit,
21:29ben non,
21:29parce que la dénegeuse
21:30était au milieu,
21:31l'avion roulait à droite,
21:33c'est l'aile
21:33qui a heurté
21:34la dénegeuse.
21:36Enfin,
21:36il m'a donné une explication
21:37complètement fausse,
21:39puisque après,
21:39j'ai fait mon enquête
21:40personnelle,
21:41et je me suis aperçu
21:42que la dénegeuse
21:43était sur la ligne médiane
21:44de la piste
21:45et que l'avion
21:46roulait bien
21:47sur la liste médiane
21:48de la piste.
21:49Et quand l'avion
21:50était à 148 à l'heure,
21:52le pilote,
21:53sur la boîte noire,
21:54crie,
21:54c'est quoi cette machine
21:55qui traverse la piste ?
21:56Et ensuite,
21:57il continue
21:57à 250 à l'heure
21:59et là,
21:59j'entends Russana
22:00qui crie,
22:01puisqu'on a eu
22:02la restitution
22:02de la boîte noire,
22:03il est rentré
22:04dans la dénegeuse,
22:05il a fait un tonneau,
22:05ils sont écrasés.
22:06Le fait d'entendre
22:07votre épouse
22:07sur cette boîte noire,
22:08c'est, je pense,
22:09encore quelque chose
22:10aujourd'hui de terrifiant.
22:12Absolument,
22:12absolument,
22:13parce qu'on voit
22:13l'émoi,
22:14on voit la peur,
22:15parce que quand on voit
22:16comme ça le choc,
22:17on ne peut rien faire,
22:18parce qu'en fait,
22:18il y avait les deux pilotes,
22:20un de 45 ans
22:20de 27 ans,
22:22et Russana était donc
22:23dans le cockpit avec eux,
22:24elle était assise au milieu,
22:25derrière,
22:26donc elle regardait,
22:27et de margerie,
22:28il lui était derrière
22:29avec le seul passager,
22:32c'était un éion privé,
22:34un Falcon X50.
22:36Le mari de l'hôtesse décédée
22:37va demander en vain
22:38d'être partie civile.
22:40Christophe de Margerie,
22:41il est ombre de Moscou,
22:43il a coupé le contact,
22:44éteint les phares
22:45et quitté la déneigeuse.
22:46L'enquête de l'heure du crime,
22:47quand une victime accuse
22:49et devient gênante,
22:50à suivre,
22:51dans un court instant,
22:52sur RTL.
22:52Je ne l'ai pas vu,
23:07ni entendu,
23:08parce qu'il y avait
23:08le bruit de ma machine,
23:09je n'ai pas vu de phare,
23:10rien,
23:11et après,
23:12il y a eu le crash.
23:13pour ce soldat.
23:16Au programme de l'heure du crime,
23:17aujourd'hui,
23:17la mort nimbée de mystère
23:19du PDG de Total,
23:21Christophe de Margerie,
23:22décédé en 2014,
23:24dans un crash d'avion
23:25à l'aéroport de Moscou,
23:27un accident,
23:27selon la thèse officielle,
23:29six mois après l'effet.
23:30Une seule victime
23:31va faire part de ses doutes.
23:33Fin novembre 2014,
23:35les familles du pilote,
23:36du copilote,
23:37de l'hôtesse de l'air,
23:38ainsi que le patron
23:39de la société Unijet,
23:40propriétaire du Falcon 50,
23:42qui transportait Christophe de Margerie,
23:44sont reçus par un capitaine
23:46de gendarmerie
23:47du transport aérien.
23:48Ce dernier fait le point
23:50sur les investigations.
23:52C'est là que j'ai commencé
23:53à avoir des doutes,
23:54va indiquer Patrick Vervelle,
23:55époux de Ruslana,
23:57l'hôtesse de l'air
23:57avec qui il était marié
23:59depuis 13 ans.
23:59Vervelle s'interroge
24:01sur ce convoi de déneigeuse
24:02alors qu'il n'y avait pas de neige.
24:05Il est d'autant plus sceptique
24:06qu'il a appris
24:07que la cheminée télescopique
24:08du chasse-neige
24:09était déployée
24:10et que celui-ci
24:11roulait tout phare
24:12éteint.
24:13Il a coupé le contact,
24:14il a éteint les lumières,
24:15il est descendu
24:16de son engin,
24:17affirme le mari
24:18de l'hôtesse.
24:20Samedi 4 avril 2015,
24:21Patrick Vervelle
24:22s'envole pour Moscou
24:23pour y rencontrer
24:24l'avocat du conducteur
24:25de la déneigeuse.
24:26Il y a beaucoup trop
24:27de zones d'ombre
24:28dans cette affaire,
24:29dit-il.
24:30Après avoir déposé
24:31plainte en France
24:32pour homicide involontaire,
24:34le mari de Ruslana
24:35se voit refuser
24:36la constitution
24:37de partie civile
24:39par la juge parisienne
24:40Aline Bathos.
24:44Patrick Vervelle,
24:45vous êtes avec nous
24:46dans cette heure du crime
24:46et on vous en remercie encore.
24:48Le mari de Ruslana Vervelle,
24:49vous êtes le seul
24:50évidemment à avoir apporté
24:51un combat indépendant
24:52dans cette affaire.
24:53Mais justement,
24:54cette question,
24:54elle pose sur les partis civils.
24:56Est-ce que vous avez été surpris
24:59que les autres familles
25:01des autres victimes
25:02ne se portent pas
25:03partie civile
25:04et notamment celle
25:05du copilote
25:07du patron de Total ?
25:10Bien sûr, bien sûr,
25:11absolument.
25:13Si on veut connaître
25:14vraiment la vérité,
25:15il faut se porter partie civile
25:16sinon on ne peut pas avoir
25:17accès vraiment au dossier.
25:18J'ai eu contact
25:19avec la fille,
25:20la fille de Christophe de Marjorie.
25:21Au départ,
25:22elle voulait se porter
25:23partie civile
25:24et à la fin,
25:26elle a dit
25:26« Ah non, en fin de compte,
25:28je pense qu'on lui a conseillé
25:29de ne pas le faire. »
25:31Vous, vous n'avez pas subi
25:33de pression particulière
25:34dans ce dossier ?
25:36Non, il y a François Hollande
25:37qui après le crash
25:38m'a fait une petite carte
25:39de visite en disant
25:40qu'il ferait tout
25:41pour connaître la vérité.
25:44Et moi ensuite,
25:44je lui ai demandé
25:45de me recevoir à l'Elysée
25:46et c'est une personne
25:48qui était responsable
25:49des affaires étrangères
25:50et une autre personne
25:51du juridique
25:51qui m'ont reçu.
25:52Il ne connaissait rien
25:53de l'affaire.
25:54Ils m'ont même demandé
25:55si le déneigeur
25:56était encore vivant.
25:57J'ai écouté,
25:58ce n'est pas la peine
25:58que je reste
25:59puisque vous ne connaissez
25:59pas du tout le dossier.
26:01Voilà, je suis reparti.
26:02Vous avez claqué la porte
26:03et vous êtes reparti
26:03effectivement
26:04parce que ça fait
26:04beaucoup trop pour vous
26:05à supporter.
26:06Et encore une fois,
26:07vous menez encore une fois
26:09ce combat très solitaire
26:10et qui va durer
26:11encore des années
26:11et qui dure encore.
26:13Aujourd'hui,
26:13Muriel Bozeli,
26:14vous êtes avec nous,
26:15journaliste,
26:16auteur du livre
26:16Lénigme Margerie,
26:18enquête sur la vie
26:18et la mort
26:19du mania du pétrole français.
26:21Vous pouvez le trouver,
26:22ce livre aux éditions
26:23Robert Laffont
26:24et puis votre dernier livre,
26:25La conquête de l'espace
26:26publié aux éditions
26:27La tribu.
26:28Muriel Bozeli,
26:29vous nous aidez
26:29à décrypter cette histoire.
26:31Alors, évidemment,
26:32on est en Russie,
26:33on est à Moscou.
26:34Derrière tout ça,
26:35il y a les services secrets russes.
26:36Évidemment,
26:37ils ne sont pas insensibles
26:37à cette histoire.
26:38Ça touche quelqu'un,
26:39un ami de la Russie,
26:41Christophe de Margerie.
26:42Ça touche un très grand patron.
26:43Il y a beaucoup d'argent derrière.
26:45Il y a des contrats énormes
26:46qui sont en jeu.
26:47Il y a le FSB,
26:48les services secrets russes
26:49qui enquêtent.
26:50Déjà, on exclut
26:52la main de Moscou
26:54derrière cet accident
26:56si à la fois
26:57c'était un assassinat.
26:58Quelles sont les pistes
26:58qui peuvent se dessiner
26:59à ce moment-là ?
27:02Écoutez,
27:03ce que vous me demandez
27:04en creux,
27:05c'est qui aurait eu intérêt
27:06à assassiner
27:06Christophe de Margerie.
27:08Oui, écoutez,
27:10effectivement,
27:11les Russes
27:12sont exclus
27:13puisque Christophe de Margerie,
27:14vous l'avez rappelé,
27:16a défendu
27:17corps et âme,
27:18la Russie
27:20vis-à-vis
27:21des sanctions européennes,
27:23notamment,
27:24avait noué
27:25de très très bons liens
27:27avec la Russie.
27:28Donc,
27:28ce n'était absolument
27:29pas dans l'intérêt
27:29de la Russie
27:30de le supprimer.
27:33Théoriquement,
27:34il pouvait gêner
27:35les Américains.
27:36C'est ce que je disais
27:37tout à l'heure.
27:39D'abord,
27:40parce qu'il s'opposait,
27:41c'est ce que je disais,
27:43ouvertement
27:44aux sanctions
27:45occidentales
27:46contre Moscou,
27:47il affichait
27:48une proximité
27:49avec Poutine
27:50au moment
27:51où l'Ukraine
27:52devenait un sujet
27:53explosif.
27:55Ensuite,
27:56pour moi,
27:56peut-être
27:57le point
27:57le plus
27:58important,
28:00c'est qu'il critiquait
28:01la domination
28:02du dollar
28:02dans le commerce
28:03pétrolier
28:03et qu'il plaidait
28:04pour que le brut
28:06puisse être vendu
28:07dans d'autres devises
28:08comme l'euro,
28:10par exemple.
28:10Et ça,
28:11on n'en parle pas,
28:13c'est un sujet
28:14simple,
28:14c'est un peu technique,
28:17mais c'est le cœur
28:18du dossier.
28:20Pour moi,
28:21c'est absolument ça.
28:22Christophe de Margerie
28:23a dit haut et fort
28:25qu'il fallait pouvoir
28:26négocier le pétrole
28:28en euros
28:29et ça,
28:30ça ne plaît pas
28:30aux Américains
28:31parce que si on commence
28:33à vendre le pétrole
28:34dans d'autres devises
28:34que le dollar,
28:36alors le dollar
28:37perd de sa puissance
28:38et le dollar
28:39est devenu fort
28:40grâce au pétrole.
28:41Donc,
28:43pour moi,
28:43ça,
28:44c'est vraiment
28:44très important.
28:46Alors après,
28:46il n'existe
28:47aucune preuve
28:48d'un assassinat.
28:49Je tiens à le rappeler.
28:50Complètement.
28:51Il y a des doutes,
28:52il y a des zones d'ombre,
28:53mais il n'y a pas de preuve.
28:54Oui,
28:54et sans doute des hypothèses,
28:55mais effectivement,
28:56vous avez raison
28:56de le souligner,
28:57il n'y a pas de preuve
28:58d'une implication quelconque
28:59d'un service
29:00ou d'un assassinat
29:02qui aurait été programmé.
29:03Presque deux ans
29:04après le crash,
29:06voici le procès
29:06des suspects.
29:08Christophe de Margerie,
29:09les ombres de Moscou.
29:10Je regrette
29:11ce que j'ai fait.
29:12Je demande pardon
29:13à tous ceux
29:13qui ont souffert
29:14l'enquête
29:15de l'heure du crime.
29:16On se retrouve
29:16dans un instant
29:17sur RTL.
29:18L'heure du crime
29:19présentée par
29:20Jean-Alphonse Richard
29:21sur RTL.
29:23J'en sais.
29:2414h-15h,
29:26Jean-Alphonse Richard
29:27sur RTL.
29:29L'heure du crime.
29:30Retour
29:31dans l'heure du crime
29:31sur la mort troublante
29:32de Christophe de Margerie.
29:34Le PDG de Total
29:35est décédé
29:35en octobre 2014
29:36dans le crash
29:37de son avion
29:38au décollage
29:39à l'aéroport
29:40de Moscou.
29:40Presque deux ans
29:41après le drame,
29:43cinq personnes
29:44sont jugées.
29:46Jeudi 14 juillet 2016,
29:47Vladimir Martinenko,
29:49conducteur
29:49de la déneigeuse,
29:51Vladimir Ledenioff,
29:52ingénieur en chef,
29:53les contrôleurs
29:54Akhipova,
29:55Kruglov
29:56et Romain Dunaïev,
29:58responsable des vols,
29:59sont devant
30:00le petit tribunal
30:01de Slontsevo
30:02en périphérie
30:03de Moscou.
30:04La contrôleuse
30:05aérienne stagiaire
30:06Svetlana Krizvoun
30:08a finalement été
30:09mis hors de cause.
30:10Le procès
30:11s'ouvre
30:11dans une discrétion
30:13absolue,
30:13publique,
30:14inexistant,
30:15première journée
30:15à huit clos,
30:16audience uniquement
30:17fixée les mercredis.
30:19Après 15 jours
30:19de procès,
30:20le conducteur
30:21de la déneigeuse
30:21et l'ingénieur
30:22en chef
30:22plaident coupable.
30:24Les avocats
30:25des autres accusés
30:25pointent du doigt
30:26les défaillances
30:27du système de sécurité,
30:29mais aussi
30:30le manque de réaction
30:31des pilotes.
30:32L'équipage a vu
30:32la déneigeuse,
30:33il avait 14 secondes
30:34pour réagir,
30:35en 14 secondes,
30:37les pilotes
30:37auraient pu prendre
30:38beaucoup d'initiatives,
30:39indique l'un des avocats.
30:42Vendredi 17 juillet 2017,
30:43après un an de procès,
30:45le conducteur
30:45de la déneigeuse
30:46et l'ingénieur
30:47en chef
30:47sont dispensés
30:48de peines
30:49en vertu
30:50d'une amnistie.
30:51Le tribunal
30:52venait pourtant
30:52de les condamner
30:53à 4 ans
30:54et 3 ans et demi
30:55de camps
30:56de redressement.
30:57Je suis coupable,
30:58je reconnais ma faute
30:59à 100%
31:00et je regrette
31:00ce que j'ai fait.
31:02Je demande pardon
31:02à tous ceux
31:03qui ont souffert,
31:04déclare le conducteur
31:05de la déneigeuse.
31:063 ans plus tard,
31:07les 3 autres accusés
31:09seront condamnés
31:09à des peines
31:10allant de 5 à 6 ans
31:11de détention,
31:12mais sans
31:13incarcération.
31:17Et dans
31:17cette heure du crime,
31:18on retrouve l'une
31:18de nos invités,
31:19c'est Muriel Bozeli,
31:20journaliste,
31:20auteure d'un livre
31:21sur cette affaire,
31:23l'énigme Marjorie,
31:24publié aux éditions
31:25Robert Laffont.
31:27Muriel Bozeli,
31:28c'est un procès
31:29qui est long
31:29dans la durée,
31:30qui est très lent,
31:31où il n'y a pas
31:32beaucoup de monde
31:32qui y assiste,
31:33c'est très fastidieux,
31:35mais à la fin,
31:37j'ai envie de dire,
31:38il n'y a rien
31:39qui en sort,
31:39il n'y a pas
31:40d'élément particulier
31:41qui est exposé.
31:42Oui,
31:44vous avez tout à fait
31:45raison.
31:46Malheureusement,
31:47ici,
31:47on n'a pas affaire
31:48à n'importe quel
31:49système judiciaire.
31:51La justice russe,
31:52elle est redoutable,
31:54elle est opaque
31:55et franchement,
31:56pas vraiment reconnue
31:57pour son indépendance.
31:59Je dirais
32:00que ce procès
32:00ressemble davantage
32:02à une mascarade
32:03qu'à une véritable
32:04recherche de vérité.
32:05Les inculpés
32:07sont les derniers
32:07maillons de la chaîne
32:08de responsabilité
32:09de l'aéroport,
32:10vous l'avez mentionné.
32:12Leur témoignage fluctue,
32:14c'est ce qu'on a vu
32:14avec M. Martinenco.
32:18Les preuves scientifiques
32:19manquent
32:20pour étayer
32:20la version avancée.
32:22Je pense
32:22au document
32:24qui prouverait
32:26que M. Martinenco
32:27était effectivement
32:28ivre
32:29et donc
32:30les zones d'ombre
32:31demeurent.
32:32Au final,
32:33les inculpés
32:34sont rapidement
32:35libérés.
32:36Ils font de la provisoire,
32:38ils ne font pas
32:38d'incarcération
32:39parce que
32:42mon sentiment,
32:44ils ont collaboré
32:45à la version officielle.
32:46Oui, c'est ça.
32:47Mais alors,
32:48je suis d'accord avec vous
32:49Muriel Bozzelli.
32:51Simplement,
32:51pourquoi
32:52s'il y a eu
32:53encore une fois
32:54quelque chose
32:55de criminel derrière,
32:56s'il y a eu
32:56une tentative d'assassinat,
32:58un assassinat,
32:59pourquoi Moscou
33:00garde comme cela
33:02avec beaucoup
33:04d'attention
33:04la thèse
33:04de l'accident ?
33:05Pourquoi est-ce
33:05que Moscou
33:06s'accroche
33:06à cette thèse ?
33:08Alors,
33:08je me suis longtemps
33:09posé la question
33:10et je suis arrivée
33:12à la conclusion
33:13que le comité
33:16d'enquête russe
33:16était là
33:17pour avancer
33:18tout de suite
33:19une version
33:20des faits.
33:21Ça ne veut pas dire
33:22qu'ils cachent
33:23un attentat,
33:25mais ils cachent,
33:28ils ne rentrent pas
33:30dans les détails.
33:30ils n'ont pas voulu
33:32prendre le temps
33:33de l'enquête
33:33parce que,
33:34comme vous l'avez rappelé
33:35tout à l'heure,
33:36on a tout de suite dit
33:37Martin Henko est coupable.
33:39Donc,
33:39c'est une manière
33:40de dire,
33:41de donner une version
33:43des faits
33:44tout de suite
33:44et la vérité
33:46ne les intéresse pas.
33:48Ce qui les intéresse,
33:49c'est de calmer le jeu,
33:51avoir quelque chose
33:52à raconter
33:52et surtout protéger
33:55d'une certaine façon
33:56Poutine
33:58parce que
33:59Vnukovo
34:01est donc
34:01l'aéroport de Poutine
34:02et dire
34:04ou faire une recherche,
34:07même ouvrir la voie
34:08d'un attentat,
34:10c'est dire
34:11c'est possible
34:12et c'est dit
34:13oui.
34:14Et donc,
34:14c'est fragile.
34:15Donc,
34:15notre défense,
34:17elle est fragile
34:17et cet aéroport,
34:18il est perméable
34:19à une action
34:19peut-être venant
34:20de l'extérieur.
34:21Je comprends tout à fait
34:22ce que vous voulez dire,
34:23Muriel Bozeli.
34:24Patrick Vervelle,
34:25on entend ce que dit
34:26Muriel Bozeli,
34:28je rappelle que vous êtes
34:28le mari de Ruslana Vervelle,
34:30l'hôtesse de l'air
34:31qui a péri
34:31lors du crash
34:33et vous avez essayé
34:33de vous porter
34:34à la partie civile,
34:35vous continuez toujours
34:36à vous activer
34:37pour connaître la vérité
34:38sur ce dossier.
34:40Personne ne vous a jamais
34:41vraiment expliqué,
34:42j'ai envie de dire,
34:43ce qui aurait pu se passer.
34:45Non,
34:45personne ne m'expliquait,
34:46j'étais convoqué encore
34:48plusieurs fois par le juge
34:50et la dernière fois,
34:52le juge m'a dit
34:52mais qu'est-ce que vous savez
34:53de l'affaire ?
34:55J'écoutais,
34:55je sais beaucoup de choses,
34:56certainement plus que vous,
34:58mais expliquez-moi aussi,
34:59parce que Marc Lomasi,
35:00rédacteur en chef
35:01du Parisien,
35:02je crois à l'époque,
35:04il m'a donné
35:04les coordonnées
35:05de deux pilotes français
35:06qui partaient au Maroc.
35:08Ils ont vu la scène,
35:09ils étaient donc
35:10dans leur avion
35:10et c'était eux
35:11qui devaient décoller
35:12après l'avion
35:13de Demarjorie.
35:14et d'après
35:15question que j'ai posée,
35:18ils m'ont répondu
35:18qu'ils ont eu
35:19une boule de feu
35:19avant cette intersection.
35:21Alors moi,
35:21j'avais demandé aussi
35:22une recherche sur l'explosif
35:23qui n'a jamais été faite.
35:24Est-ce que l'avion,
35:25vraiment,
35:26c'est pendant le choc
35:27de la déneigeuse ?
35:27Est-ce qu'il a explosé avant
35:28comme les deux pilotes
35:29le disaient ?
35:30Pourquoi la police française
35:31et la police russe
35:32n'ont pas interrogé
35:32ces deux pilotes français
35:34qui partent au Maroc ?
35:35Que dit le dossier
35:36d'enquête
35:36de la gendarmerie française ?
35:38Quelle conclusion ?
35:40Le dossier français,
35:42c'est facile,
35:43c'est un accident.
35:45C'est un accident.
35:46L'avion a heurté
35:47la déneigeuse.
35:48Le déneigeur
35:49était un peu ivre.
35:52Ça s'est conclu comme ça.
35:53Alors moi,
35:54ce qui me mettonne,
35:54c'est quand ici,
35:55si vraiment un homme
35:56percute un avion,
35:58surtout que Demarjorie
35:59était connu par Poutine,
36:01c'était comme
36:02un homme important,
36:03ce n'est pas en train
36:03qu'il ne fasse
36:03que cinq mois de prison.
36:05S'il a reconnu responsable,
36:07ça m'étonnerait.
36:08Et là,
36:08c'est ce qui s'est passé.
36:09Et c'est pourtant
36:09ce qui s'est passé
36:1011 ans après le drame,
36:12un dossier qui reste
36:13sans réponse.
36:14Christophe Demarjorie,
36:15les ombres de Moscou,
36:16à la télé russe,
36:17l'hypothèse d'un complot
36:18de la CIA.
36:20L'enquête de l'heure du crime,
36:21je vous retrouve
36:21tout de suite sur RTL.
36:23Jean-Alphonse Richard
36:24sur RTL.
36:25C'est l'heure du crime
36:26jusqu'à 15h.
36:28C'est avec
36:29Jean-Alphonse Richard
36:30sur RTL.
36:32Dans l'heure du crime,
36:33aujourd'hui,
36:33la mort brutale et troublante
36:35de Christophe Demarjorie,
36:36l'influent PDG de Total
36:37a perdu la vie
36:38avec trois autres personnes
36:39dans un crash d'avion
36:40à Moscou
36:41en octobre 2014.
36:4311 ans après le drame,
36:44la vérité n'a jamais
36:45été vraiment établie.
36:48Au fil des années,
36:50la mort de Christophe Demarjorie
36:51n'a jamais cessé
36:52de faire l'objet
36:53de supputations,
36:54interprétations,
36:55rumeurs.
36:56Une chaîne de télévision russe
36:57avait émis l'hypothèse
36:59d'un complot
37:00organisé par la CIA
37:01pour éliminer le patron
37:03de Total.
37:04Ce dernier,
37:04opposé aux sanctions
37:05occidentales
37:06contre Moscou
37:07alors que la guerre
37:08en Ukraine se profilait,
37:10n'était pas
37:10un odeur de sainteté
37:12à Washington.
37:14Christophe Demarjorie
37:15est inhumé
37:16à Saint-Père-sur-Mer,
37:18dans la Manche
37:19où il possédait
37:20une grande et belle maison.
37:21aucun projet d'attentat
37:23contre le PDG
37:24n'a jamais été mis au jour.
37:26La thèse officielle,
37:27l'accident,
37:28fait toujours autorité.
37:32S'il y a ne serait-ce
37:33que le début
37:34d'une discussion
37:35autour d'un acte
37:36de terrorisme,
37:36d'un assassinat
37:37de Marjorie,
37:38ça porterait
37:39une trop grande atteinte
37:40à la réputation du pays.
37:42Ils ont tellement
37:43fabriqué des affaires bidons.
37:45On ne peut pas les croire.
37:46La voix directe
37:51Murtadzin,
37:52journaliste
37:53pour le journal russe
37:54Novaya Gazeta
37:55dans Envoyé spécial,
37:56l'émission
37:57de France Télévisions.
38:00C'était en avril 2017.
38:01Évidemment,
38:02cette voix de Murtadzin
38:03depuis,
38:03elle est sans doute
38:04un peu moins libre.
38:06Et notamment,
38:06il n'a plus reparlé
38:08de cette histoire.
38:10Muriel Bozeli,
38:11vous,
38:11vous en avez beaucoup parlé
38:12dans un livre,
38:13cette histoire,
38:14le seul livre d'ailleurs
38:15qui a été publié
38:15sur la question,
38:17si je ne m'abuse,
38:17l'énigme Marjorie,
38:18enquête sur la vie
38:19et la mort du mania
38:20du pétrole français,
38:21publié aux éditions
38:22Robert Laffont.
38:23Vous signez également,
38:24je le précise,
38:25un autre livre,
38:26La conquête de l'espace
38:27qui vient de sortir
38:28aux éditions La Tribu.
38:30Muriel Bozeli,
38:32je suppose que
38:33ça a été compliqué
38:35de faire ce livre
38:36parce que,
38:37parlez-nous un petit peu
38:38de ça,
38:38il y a une omerta totale
38:39sur le dossier.
38:40Moi,
38:40j'ai toujours été très surpris
38:41que la famille,
38:42bon,
38:43on peut peut-être
38:44s'interroger,
38:44ils n'avaient pas envie
38:45de se lancer
38:46dans une guerre juridique
38:47longue et pénible,
38:49mais j'ai toujours été surpris
38:50que Total
38:51ne se porte pas
38:53partie civile
38:54dans ce dossier.
38:56Oui,
38:56vous avez raison
38:57et en même temps,
38:59il y a une raison
39:00assez simple
39:02qui est que Total
39:03était très,
39:04très,
39:04très investi
39:05en Russie
39:06à l'époque
39:07où Christophe de Marjorie
39:08est mort.
39:10Total projetait
39:11de faire de la Russie
39:13son plus grand fournisseur
39:14de pétrole et de gaz
39:15d'ici à 2020.
39:17Donc,
39:17vous voyez un peu
39:18les enjeux
39:19du pétrolier.
39:22Donc,
39:22pour le nouveau patron
39:23de Total,
39:25Patrick Pouyanné,
39:26il fallait mettre
39:27derrière eux
39:29ce sujet,
39:30ne pas froisser
39:30les autorités russes
39:32et avancer
39:33sur le côté business.
39:35Il y avait aussi
39:36une sorte
39:37de petite musique
39:39qui était de dire
39:40Christophe de Marjorie,
39:42c'est ce qu'il aurait voulu.
39:43Il aurait voulu
39:44qu'on continue
39:44ce qu'il avait commencé
39:45avec la Russie
39:46parce que ça a été
39:47toute une histoire
39:49l'entrée de Total
39:50en Russie
39:51et il n'aurait pas voulu
39:53qu'on mette
39:54des bâtons
39:54dans les roues
39:55à ce développement.
39:59Je suis d'accord
40:00avec votre explication,
40:02Muriel Bozzelli,
40:02sauf que si vous voulez,
40:03on peut très bien
40:04se porter partie civile,
40:05notamment dans le volet français.
40:06Je suis d'accord.
40:07Voilà,
40:08et on peut être
40:08une partie civile dormante,
40:10ça existe,
40:10c'est-à-dire avoir
40:11simplement accès au dossier.
40:12Bon,
40:12ce n'est pas le cas.
40:13Bien sûr,
40:13c'est extrêmement troublant.
40:18Il y a un autre,
40:19quelque chose
40:19que je voulais ajouter.
40:21Un an après
40:21les funérailles
40:23de Christophe de Marjorie,
40:25au sein de l'entreprise,
40:28les employés
40:29ont dit
40:29qu'il y avait également
40:30une omerta,
40:31c'est-à-dire
40:31qu'ils n'ont pas eu
40:33le droit,
40:33par exemple,
40:35de commémorer
40:37la mort de leur patron
40:38dans l'entreprise.
40:41Il y a juste eu
40:42un mémo
40:42qui a circulé,
40:44mais il n'y a pas eu,
40:44par exemple,
40:45il y avait eu
40:45un projet
40:47de peut-être
40:47avoir une statue
40:48dans l'entrée
40:49de la tour totale
40:50à la Défense.
40:51Ça n'a pas été suivi.
40:52Rien ne s'est jamais concrétisé.
40:53On a vraiment,
40:55il y a vraiment eu
40:55cette volonté
40:57de passer à autre chose
40:58et de passer
40:59à l'air pouyanné.
41:00Muriel Bozeli,
41:01un petit mot quand même.
41:02Ça n'a pas dû faire plaisir,
41:04forcément,
41:04votre livre,
41:05parce que là,
41:05vous êtes,
41:05évidemment,
41:08vous remuez des choses
41:09qu'on aurait peut-être
41:10aimé oublier
41:10du côté de Total.
41:12Est-ce que vous avez
41:12subi des pressions ?
41:15Non,
41:16je n'ai pas subi
41:17de pression.
41:18Non, non.
41:18Non,
41:19mais par contre,
41:20quand j'ai enquêté
41:23pour mon livre,
41:24là,
41:25Total était très ouvert.
41:26J'ai eu accès
41:27aux dirigeants de Total.
41:28Tout le monde m'a parlé,
41:29donc même,
41:30et la famille également,
41:32comme vous avez pu le voir
41:33dans mon livre.
41:33par contre,
41:35quand j'ai participé
41:37au complément d'enquête
41:40auquel vous avez fait référence,
41:42qui a été diffusé
41:43en avril 2017,
41:45là,
41:46c'était totalement terminé.
41:47Les portes se sont fermées.
41:50Ils ne voulaient plus en parler.
41:51C'était terminé.
41:52Et on voulait tirer le rideau
41:54sur cette histoire,
41:55effectivement,
41:56parce qu'il y a trop de doutes
41:57et trop d'interrogations,
41:58et vous nous les avez bien exposés
42:00aujourd'hui.
42:00Patrick Vervelle,
42:02il y a cet accident.
42:05Évidemment,
42:06vous y pensez chaque jour,
42:08vous,
42:08à votre épouse,
42:09Ruslana,
42:10qui fait partie des victimes.
42:12Mais bien sûr,
42:13on ne peut pas accepter
42:14que la personne
42:15qui est commise
42:15ce mort,
42:17se meure,
42:18tout cet accident,
42:18on appelle ça
42:19comme on voudra,
42:19selon les personnes
42:21comment ils réagissent.
42:22Mais enfin,
42:22il n'y a personne
42:23qui a été punie,
42:24ils sont chez eux,
42:25tranquillement,
42:26en train de boire leur café,
42:27et on tue des gens comme ça.
42:28C'est inimaginable.
42:30Ça ne se fait pas, ça.
42:32On n'enlève pas la vie
42:33à des personnes comme ça.
42:34Un avion tout neuf,
42:35en plus,
42:35un avion,
42:36sinon,
42:36elle n'aura pas fait ce vol.
42:38Il y a trop de questions,
42:39et je sais que cette vérité,
42:40elle vous obsède
42:41et que vous la cherchez toujours
42:43aujourd'hui,
42:43malgré les années
42:44qui sont passées,
42:45parce que finalement,
42:46dans cette histoire,
42:47et Muriel Boséli nous le disait,
42:48il y a tout,
42:49mais il n'y a que le silence,
42:51finalement,
42:51le silence qui s'impose.
42:53C'est ça.
42:54Quand le président de la République,
42:55François Hollande,
42:55disait
42:56toute la vérité sera faite,
42:58on ne m'a jamais contacté,
43:00on ne m'a jamais dit
43:00ce qui s'est passé,
43:01rien du tout.
43:02Non.
43:04On me dit,
43:04c'est un accident,
43:05voilà,
43:05donc le déneigeur
43:06traverse la piste,
43:07et voilà.
43:07J'ai cherché pourquoi,
43:08comment,
43:09il n'y avait pas de neige,
43:10beaucoup autant de déneigeurs,
43:12on ne comprend rien.
43:15Merci beaucoup,
43:16Patrick Vervelle
43:18et Muriel Boséli
43:19d'avoir été aujourd'hui
43:20les invités de l'ordre du crime.
43:21Merci à l'équipe de l'émission,
43:22rédactrice en chef,
43:23Justine Vigneault,
43:24préparation Marie Bossard,
43:25Lisa Canalès,
43:26réalisation en direct,
43:27Nicolas Godet.
43:28et Muriel Boséli,
43:29et Muriel Boséli,
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