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  • il y a 1 an

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00:00Merci de nous rejoindre sur Europe 1, il est 7h12, dans quelques minutes vous allez plonger dans les archives d'Europe 1 avec l'or d'Autriche et les enfants d'Europe 1, mais tout de suite, place à votre invité, Thomas Schnell.
00:10Bonjour Baptiste Detombe.
00:12Thomas, bonjour.
00:13Essayiste, fondateur du média d'opinion Gavroche et auteur de L'Homme démantelé, comment le numérique consomme nos existences aux éditions Artege.
00:21Alors, parlons de la mort en direct, il y a des milliers d'internautes, dont des mineurs, qui ont assisté sur la plateforme Kik au décès du vidéaste Jean Pormanov,
00:31qui subissait des humiliations, des violences quotidiennes, des images visionnées des millions de fois, sans que les autorités n'interviennent.
00:38Tout d'abord, beaucoup de nos auditeurs découvrent un véritable continent, puisque nous ne sommes pas amenés fréquemment à voir ces plateformes de streaming.
00:48Qu'est-ce qui attire le public dans la consommation de ce genre de contenu ?
00:53Eh bien, forcément, il y a ici un appel à un plus grand sadisme.
00:58Le fait est que l'écran permet une déconnexion aussi par rapport au réel, une déconnexion par rapport à l'humanité des personnes qui sont concernées dans le contenu diffusé sur la plateforme Kik.
01:09Et donc, c'est vraiment ce goût du sadisme, effectivement, qui est parfois dans le cœur de certaines personnes, qui ici est nourrie et alimentée par la plateforme Kik.
01:19Et c'est une véritable question qui se pose pour nous, finalement, de qu'est-ce qui demeure ici, notre humanité, lorsqu'on est capable de s'adonner à des actes de sadisme pareils.
01:27Mais en fait, ce qui s'exprime pour nous concrètement, c'est une forme de voyeurisme et d'exhibitionnisme dans la violence.
01:33Et pourquoi vous parlez de la plateforme Kik, sur laquelle était diffusée cette chaîne de ce vidéaste ? Pourquoi particulièrement sur cette plateforme ?
01:43Eh bien, le fait est que la plateforme Kik est une plateforme beaucoup moins réglementée, au contenu beaucoup plus souple que ne le fait son concurrent Twitch.
01:52C'est la raison pour laquelle Kik peut diffuser des contenus qui sont aussi malveillants.
01:56C'est la raison pour laquelle la modération a été aussi lente à intervenir.
02:00Il faut quand même savoir que depuis 2024, Mediapart avait alerté par rapport à l'affaire sans que rien n'a été fait depuis.
02:06Donc le fait est que ça fait longtemps que cela a lieu et que c'est parce que Kik a une réglementation beaucoup plus souple qu'on peut voir des contenus malheureusement aussi dérangeants.
02:14Pour comprendre ce phénomène, avec ces humiliations, ces violences pratiquées au quotidien sur ce vidéaste, est-ce qu'on peut faire un parallèle avec le harcèlement scolaire ?
02:25Oui, complètement. Le fait est que le numérique vient complètement détruire les distances géographiques, par exemple, entre les individus, détruire aussi les distances morales.
02:34Et l'air de rien, un message, un don sur la plateforme Kik paraissent beaucoup plus inoffensifs que du harcèlement, par exemple, de visu en réalité au collège ou au lycée.
02:47Le fait est que le fait de rendre cela numérique, la distance artificielle que cela crée, rend plus aisé ce type de comportement grégaire, mais aussi agressif et violent, et les rend aussi beaucoup moins condamnables moralement.
03:00On a beaucoup plus de mal à se figurer ce qui se passe derrière un écran lorsqu'il y a une distance créée par l'écran que lorsqu'on est directement en face de la victime, lorsqu'on voit son regard.
03:09Le fait est que c'est clairement ici proche du cyberharcèlement, dans la mesure aussi où le groupe vient plus ou moins effacer la responsabilité individuelle face à l'acte.
03:20D'accord, donc ce sont des comportements qui ont les mêmes ressorts, on va dire, que le harcèlement, mais qui sont démultipliés par le numérique.
03:29Le fait aussi que ce soit un vidéaste qui était vulnérable, qui était plus fragile, ça explique peut-être aussi cet acharnement auquel on a assisté ?
03:39Oui, mais malheureusement, c'est ce que disait aussi Anna Arendt, c'est que plus l'empathie dans une société diminue, et plus on se tourne vers la barbarie.
03:47Le fait est ici que si autant de personnes arrivent à s'adonner à un tel contenu, dans lequel une personne, visiblement avec des troubles mentaux, est victime de tels actes de persécution,
04:00c'est bien aussi qu'il y a un problème de fond qui s'exprime aussi pour nous, une capacité à ressentir de l'empathie, de la compassion,
04:06et donc une humanité qui est un petit peu en déchéance.
04:10Donc le fait est qu'il y a ici un problème par rapport à ce sujet-là, et que cela implique aussi une action potentiellement des pouvoirs publics
04:17pour réussir à juguler ce type de contenu qui ne devrait pas être aussi diffusé de manière aussi massive.
04:24Certains disent qu'il était consentant dans ses vidéos, qu'il l'avait exprimé plusieurs fois,
04:29mais tout de même, on peut se demander si ça ne dépend pas des mécanismes d'emprise.
04:35Tout à fait, il y avait ici, de la part des agresseurs, une volonté quand même de manifester une supériorité par rapport à la personne.
04:43Donc en l'occurrence, eux, ils diront que c'est un script, ils diront que c'est un scénario,
04:46ils diront que tout a été prévu en amont avec la personne concernée.
04:50Sauf que le fait est que là, on voit ici très bien qu'il y a une personne qui est psychologiquement défaillante,
04:55psychologiquement fragile, qu'elle a été complètement aussi abusée par ces derniers.
04:59Donc le consentement peut très bien d'abord être vicié, et cela, il me semble important de le rappeler dans un premier temps.
05:06Et ensuite, la dignité de l'humain, de l'homme, malheureusement, enfin heureusement plutôt,
05:10elle doit ignorer la question du consentement.
05:14Il faut quand même savoir, par exemple, qu'en droit public, le lancé de nains dans les années 90 avait été interdit,
05:19alors que les nains en question étaient consentants.
05:21Donc ce n'est pas parce qu'il y a un consentement que pour autant la mesure est bonne, elle est louable,
05:25et elle est légitime.
05:26On ne doit pas laisser aussi pour la personne elle-même ce type d'acte survenir,
05:30qu'elle soit consentante ou pas.
05:32Alors vous parlez du rôle des autorités, effectivement, on se demande s'il y a eu forcément défaillance,
05:38dysfonctionnement, laxisme peut-être.
05:41Je me demande aussi, et les parents dans tout ça, des spectateurs, qu'est-ce qu'ils font ?
05:46Comment on s'est laissé déborder finalement par un phénomène
05:49où les enfants vont consommer des contenus violents en ligne sans qu'il y ait de contrôle parental ?
05:54Complètement, mais le problème ici du smartphone, c'est qu'il crée une forme d'individualisation
06:00de la consommation numérique.
06:02Il y a beaucoup plus de difficultés pour des parents à contrôler ce que fait l'enfant
06:05lorsqu'il est sur le smartphone, parce que ça lui est propre, ça lui est individuel,
06:08il peut l'avoir partout où il est, dans sa chambre ou ailleurs.
06:11Donc le fait est qu'il y a beaucoup plus de mal à avoir un contrôle dessus.
06:13Qui plus est, le smartphone est aussi devenu un outil normal, un outil d'usage par défaut.
06:18Donc cela est rendu beaucoup plus aussi inoffensif et anodin.
06:22Les parents sont alors en conséquence forcément dépassés par les événements
06:25et ont beaucoup de mal à le réguler.
06:28Autant plus que souvent aussi, il y a un phénomène psychique
06:30qui s'appelle la sous-estimation aussi du temps d'écran.
06:33Et les parents ont tendance à sous-estimer non seulement ce que font leurs enfants,
06:36leurs adolescents sur les écrans, mais en plus à sous-estimer le temps passé
06:39par les enfants et les adolescents sur les écrans.
06:41Donc il y a ici un problème majeur de déconnexion des parents par rapport aux troubles
06:45que peut entraîner la consommation d'écrans, et notamment par rapport à ce type de drame
06:50qui peut survenir aussi en ligne.
06:52Merci Baptiste Detombe, essayiste, fondateur du Média d'Opinion,
06:56Gavroche, auteur de L'homme démanclé, comment le numérique consomme nos existences.
07:00Merci d'être venu en direct sur Europe 1.
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