- il y a 6 mois
Deux heures pour vivre l’info. Loïc Besson donne les clés aux téléspectateurs pour mieux comprendre les grands enjeux de la journée.
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00:00Ça y est, c'est signé. Ce décret qui impose des droits de douane à des dizaines de pays dans le monde a été pris par le président américain.
00:06Ces nouvelles taxes, en revanche, n'entreront finalement en vigueur que le 7 août.
00:11Alors officiellement, c'était pour permettre aux douanes de s'organiser.
00:14Bruno Fernandez, bonjour. Merci d'être notre invité. Vous êtes responsable macroéconomie et direction de la recherche économique COFAS.
00:22L'argument de dire que c'était pour s'organiser, on peut se demander si ce n'est pas un recul quand même,
00:28comme il y en a déjà eu d'ailleurs, après les menaces, pour espérer encore négocier.
00:32Parce que cette date du 1er août, elle avait été annoncée il y a un moment par le président américain.
00:39Oui, effectivement. L'argument officiel, c'est de dire que c'est pour que les douanes s'organisent.
00:45Mais effectivement, on peut attendre à ce qu'au cours des prochains jours, on ait encore de nouvelles négociations,
00:50notamment pour les pays qui ont été les plus affectés.
00:53On pense notamment par exemple à la Suisse. Il y a aussi l'Inde, évidemment, le Brésil.
01:00Il faut voir si certaines négociations arrivent à bon port avant le 7 août.
01:04Mais oui, on voit bien qu'on est en train de répéter le même procédé que les dernières fois,
01:10avec menace, deadline. Puis finalement, on annonce quelque chose d'assez fort.
01:14Et potentiellement, on recule une deadline pour voir si d'ici là, on peut avoir des négociations qui arrivent à bon port finalement.
01:22– Mais du coup, quel est l'intérêt des États-Unis de reculer encore, de repousser en espérant encore des négociations ?
01:29Parce que dans l'accord, en tout cas tel qu'il a été pour l'instant topé entre les États-Unis et notamment l'Europe,
01:35même si ça concerne bien sûr des dizaines de pays dans le monde et que tout entre en vigueur en même temps,
01:39tout a été signé cette nuit.
01:41Est-ce que tout le monde dit, c'est que les États-Unis sont les grands bénéficiaires de ces accords ?
01:45– Oui, alors après, en fait, ce qui peut aussi se passer, c'est que les États-Unis continuent d'obtenir davantage de concessions.
01:53Quand on parle typiquement par rapport à la Suisse ou aux autres pays qui, eux, sont vus impactés quand même,
01:59ou normalement vont subir des droits de douane plus importants,
02:03les États-Unis peuvent s'attendre à ce que finalement, ils obtiennent encore davantage de concessions,
02:08encore davantage par exemple d'accès sur les marchés locaux,
02:12ou sinon d'investissement ou de promesses d'investissement sur le sol américain,
02:17même si on sait que, évidemment, sur ça, les pays n'ont pas toujours vraiment la main
02:21et que ça dépend aussi tout simplement de l'entreprise privée.
02:24– Bon, en tout cas, le gouvernement français ne perd pas espoir de pouvoir signer un meilleur accord,
02:30plus avantageux en tout cas pour nous.
02:32C'est ce que dit le chef de la diplomatie française ce matin.
02:34– Nous n'allons pas nous arrêter là.
02:36Le président de la République l'a dit.
02:38Nous voulons obtenir des concessions nouvelles, des garanties sur les vins
02:41et les spiritueux, un rééquilibrage sur le volet des services,
02:45et en particulier des services numériques,
02:46parce que certes, l'Union européenne a un excédent dans le commerce des biens,
02:51mais elle a un déficit dans le domaine des services.
02:53Si l'Europe avait été plus forte, si elle avait été crainte par Donald Trump
02:59et les négociateurs américains,
03:00alors nous aurions sans doute pu obtenir des résultats meilleurs.
03:03Et c'est pourquoi il nous faut nous renforcer dans tous les domaines.
03:06Tout cela nous permettra, dans les temps qui viennent,
03:09d'éviter que de mauvais accords puissent nous être imposés.
03:12– Bonjour Emmanuel Rivière, merci d'être sur le plateau de BFM TV,
03:16politologue, spécialiste de l'opinion.
03:19C'est quand même assez désastreuse l'image qui est renvoyée depuis quelques jours,
03:23avec ce grand sentiment d'impuissance finalement,
03:27avec des ministres, le premier d'entre eux,
03:30qui eux-mêmes fulmine contre cet accord,
03:35alors qu'on attendrait des dirigeants qu'ils soient à la manœuvre.
03:38– Oui, c'est effectivement pas très favorable à deux niveaux d'ailleurs,
03:42au niveau national et au niveau européen,
03:44parce que si on se projette aussi sur ce que les citoyens européens
03:48et les citoyens français en particulier d'ailleurs attendent de l'Europe,
03:50c'est vraiment d'avoir une taille critique,
03:52une puissance capable de faire face aux autres puissances,
03:55identifiées que sont les États-Unis.
03:58La Chine est dans une certaine mesure aussi la Russie.
04:02Et là, effectivement, on a plutôt le sentiment,
04:04et tous les commentaires convergent dans ce sens-là,
04:06que l'Europe n'avait pas réussi en fait à faire opposition
04:12dans la négociation en pesant de son poids économique,
04:16alors que c'était une attente en particulier des Français.
04:18Il y a une enquête qui a été faite, mais quel sondage ?
04:21Donc il y a quelques mois par la société Ban First,
04:23où on voyait que les Français étaient les plus en demande d'une réplique, en fait.
04:2870% des Français étaient favorables à ce qu'on oppose aux États-Unis des droits de douane.
04:33Simplement, comment le faire tout seul ?
04:34Et c'est là où ça rejoint votre question.
04:36Effectivement, au niveau national, ce n'est pas très glorieux non plus,
04:39parce que finalement, on n'a pas eu le sentiment qu'à aucun moment,
04:41une position française spécifique ait pesé dans cet accord,
04:47qui est présenté comme étant meilleur que si ça avait été pire.
04:53Le fait que la classe politique, de manière quasi unanime,
04:56dénonce un accord unilatéralement favorable aux États-Unis
04:59est une forme de démonstration d'une double impuissance européenne et nationale.
05:03Jusqu'au président de la République qui dit, voilà,
05:05on n'a pas été assez fort parce qu'on n'est pas assez craint.
05:09Mais enfin, ça, c'est un constat, et en l'occurrence, c'est un constat d'échec,
05:12alors qu'encore une fois, on attendrait autre chose, peut-être.
05:14– On attendrait autre chose, et surtout pas, en fait, les termes de l'accord,
05:19qui est d'ailleurs très flou dans ses contours,
05:22parce qu'il y a deux dispositions sur lesquelles la Commission européenne
05:26ne pouvait pas vraiment s'engager.
05:28C'est les achats d'armement, les investissements et les achats d'échargés,
05:31qui sont, là encore, à contre-courant des opinions publiques.
05:35Le Grand Continent avait fait une enquête avec l'Institut Cluster 17 il y a quelques mois
05:39qui montrait que les trois quarts des Européens souhaitaient
05:43que les achats d'armement, dans un moment de tension géopolitique
05:46et d'affrontement avec la Russie, soient des dépenses européennes,
05:50que soit l'industrie d'armement européenne.
05:53Donc, ce qui est présenté comme étant un des éléments de l'accord
05:56dont s'en orgueillit Donald Trump, avec des achats massifs d'armement aux États-Unis,
06:00comme étant un peu la contrepartie aussi du maintien, finalement,
06:03du soutien américain à la défense européenne,
06:07et à l'encontre de ce que souhaiteraient les Européens,
06:11et c'est un peu la même chose pour l'achat d'énergie.
06:13Les aspirations des Européens et des Français en matière d'énergie,
06:16ce n'est pas d'aller acheter du gaz de schiste aux États-Unis aujourd'hui.
06:20Inziane est avec nous, spécialiste en stratégie politique fondatrice de Genpo.
06:26Alors, bien sûr, avec Donald Trump, il y a beaucoup d'images aussi.
06:29Il y a cette carte, cette carte qu'on peut vous montrer, qui en dit long.
06:33C'est tous les droits de douane qui sont imposés.
06:37Ce décret a été signé cette nuit un peu partout dans le monde.
06:41C'est l'ordre commercial mondial, finalement, qui est bouleversaire.
06:44Il y a des couleurs différentes.
06:45Il y en a qui payent plus ou moins cher.
06:48Et d'ailleurs, on se pose des questions.
06:50Donc, il y a 15% pour l'Europe.
06:52Au final, c'est à peu près dans la moyenne.
06:54Et il y en a qui ont beaucoup plus.
06:55Il y a les Suisses qui s'inquiètent énormément ce matin.
06:58Ils ont plus de 30% imposés par les États-Unis.
07:00Comment on explique, d'ailleurs, ces différences ?
07:04Les Suisses, à 39%, effectivement, qui s'inquiètent en disant que même si tous les jours,
07:08ils consommaient des produits américains, toutes les semaines, ils consommaient des produits américains,
07:11les 8 millions de Suisses, ils n'arriveraient toujours pas à balancer ce déficit commercial.
07:16Parce qu'effectivement, lorsqu'on compare les deux populations, ça va être assez difficile.
07:20Ce qui est intéressant aussi, c'est le cas du Brésil, qui est en rouge, qui est à 50%,
07:23pour des raisons assez étranges.
07:26Parce qu'aujourd'hui, le Brésil a un...
07:28En tout cas, les États-Unis ont un excédent avec le Brésil.
07:31Donc, ce n'est pas une question commerciale, mais c'est une question peut-être un petit peu plus politique.
07:34On dit, effectivement, que Donald Trump n'a pas apprécié la façon dont Jair Bolsonaro,
07:38qui est un grand ami de Donald Trump, a été traité,
07:41qui est l'ancien président et qui, aujourd'hui, est poursuivi par la justice brésilienne.
07:46Donc, il y a une forme de...
07:48Donald Trump, en puissant du monde, et peut-être première puissance du monde,
07:53fait ce qu'il veut avec cette guerre commerciale.
07:57Alors, évidemment, il y a des moments où il est obligé de céder,
08:01il y a des moments où il est obligé de faire des concessions,
08:03parce que sinon, on va se retrouver dans une guerre commerciale qui fera du bien à personne.
08:06Mais il n'empêche qu'il réaffirme la puissance des États-Unis,
08:08il réaffirme sa puissance.
08:09C'est un peu ce qu'il dit, c'est « c'est moi qui décide, c'est les Américains qui décident aujourd'hui ».
08:13Et la question aussi qui se pose, pour revenir à ce que vous disiez un petit peu plus tôt,
08:16c'est pourquoi est-ce qu'on en est là ?
08:18Pourquoi est-ce qu'on en est au point où on n'est pas capable, aujourd'hui,
08:22d'avoir une politique qui nous permette de nous défendre face à Donald Trump ?
08:26L'Union européenne et la France ne peuvent pas se permettre d'avoir
08:29une guerre ouverte commerciale avec les États-Unis,
08:32parce qu'on dépend en partie de leurs investissements,
08:34parce qu'on dépend des exports qu'on fait aux États-Unis.
08:37Donc, c'est un moment de vérité, aussi, pour la France et pour l'Union européenne.
08:41C'est le moment de se poser la question de manière très calme et de très posée.
08:45Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, l'Union européenne ne peut pas,
08:48de manière souveraine, dire à un Américain, Donald Trump,
08:52que nous n'allons pas accepter un certain nombre de choses,
08:55y compris ces nouveaux tarifs et ces nouvelles taxes commerciales ?
08:58Donc, le fait est, aujourd'hui, nous n'avons pas les moyens,
09:01nous n'avons pas le pouvoir, nous n'avons pas la croissance nécessaire,
09:04nous n'avons pas ce qu'il faut pour pouvoir dire non à quelqu'un comme Donald Trump,
09:08et donc on est obligé de faire des concessions.
09:09– Bruno Fernandez, on voit ces chiffres extravagants
09:14concernant ces droits de douane, 39% pour les Suisses, 50% pour d'autres,
09:19mais est-ce que, de manière très réaliste, c'est tenable,
09:23y compris pour les États-Unis ?
09:26– Alors, ça va probablement dépendre des pays, en fait,
09:30parce que ce qui est tenable, c'est est-ce que vraiment l'impact
09:34sur le consommateur américain, parce que c'est lui, en fait, qui est le lecteur final,
09:39va être acceptable et supportable.
09:42Pour l'instant, ce qu'on voit, c'est que la consommation américaine
09:46est en train de ralentir.
09:47On voit clairement que la croissance a globalement bien tenu au deuxième trimestre,
09:52mais qu'en fait, quand on regarde seulement l'investissement des entreprises,
09:55la consommation des ménages, elle, elle a vraiment ralenti.
09:58On est sur un net ralentissement depuis maintenant deux trimestres.
10:02Ça, ça peut s'expliquer par de l'incertitude, notamment politique et géopolitique,
10:08mais aussi, et déjà, par le fait qu'on peut potentiellement déjà anticiper
10:12des hausses de prix à venir, et ça a un impact sur le consommateur.
10:17Donc, pour revenir à votre question, en fait, l'impact sur le consommateur américain
10:23des taxes et droits de douane sur les produits suisses,
10:26probablement, ça aura un impact extrêmement limité,
10:27parce que c'est évidemment très peu, c'est vraiment une très faible part
10:30des importations américaines.
10:32En revanche, typiquement, les tensions commerciales avec la Chine,
10:35encore une fois, on a encore des négociations entre la Chine et les États-Unis.
10:40Là, pour le coup, on savait, ou en tout cas, on pensait que ce n'était pas tenable
10:43d'avoir des droits de douane de 140 %, comme il y a eu au pic des tensions.
10:48Et puis même des niveaux de 55 %, comme on a en ce moment,
10:51c'est peut-être aussi probablement trop.
10:53Donc, il faut voir, et c'est pour ça que les marchés s'attendent
10:55parce que finalement, on est in fine en accord entre Chine et les États-Unis,
10:58même si, encore une fois, ce n'est pas garanti.
11:00Donc, je vous dirais que ça va vraiment dépendre des pays,
11:03parce qu'encore une fois, l'important, au final, pour Donald Trump,
11:06c'est le consommateur américain, c'est celui qui votera
11:09lors des élections de demi-terme et des élections présidentielles l'année prochaine.
11:12– Merci beaucoup, Bruno Fernandez, d'avoir été avec nous.
11:17En tout cas, pour l'instant, Donald Trump se félicite des résultats du budget.
11:22Il y a beaucoup d'argent qui est entré dans les caisses.
11:26Au premier semestre 2025, il y en a eu quasiment autant,
11:29si ce n'est plus que sur toute l'année 2025, résultats de ces nouvelles taxes.
11:35Et ça ne va aller qu'en grandissant, tout ça.
11:38– En tout cas, pour l'instant, effectivement, il y a de l'argent qui est rentré dans les caisses.
11:42Donc, ça s'appelait à son électorat, ça plaît aux Républicains,
11:45ça plaît à l'opinion publique qui le soutient.
11:47Et puis, ça plaît aussi à ceux qui se disaient,
11:49en fait, ça va être une catastrophe, enfin, ça ne plaît pas, du coup,
11:52à ceux qui se disaient que ça va être une catastrophe sous Donald Trump,
11:54parce que la croissance va pâtir.
11:56Aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
11:57La croissance, ce qu'on a dit, est un petit peu au-dessus de ce qui était prévu.
12:01Et donc, c'est assez positif.
12:02Mais là encore, il faut attendre.
12:03Ce qui est intéressant aussi, c'est de voir, c'est que dans les accords qui ont été conclus
12:08il y a quelques jours et il y a quelques semaines,
12:10il n'y a pas de mesures de rétorsion.
12:12Ou alors, les mesures de rétorsion sont interdites.
12:14Donc, ça veut dire que la plus grande peur qu'il y avait chez certains Républicains
12:16d'avoir des mesures de rétorsion est peut-être aussi maîtrisée, neutralisée par Donald Trump.
12:22En tout cas, il faut voir sur le long terme s'il n'y aura pas, justement,
12:24un impact sur le pouvoir d'achat des Américains.
12:26En un mot, Emmanuel Rivière, quel regard portent les Français sur Donald Trump et sa façon de faire ?
12:31Les Français, depuis l'arrivée de Donald Trump, considèrent que c'est une personnalité hostile.
12:36Plus des trois quarts d'entre eux, selon l'enquête à laquelle je faisais référence,
12:39l'enquête plus sur 17 pour le Grand Continent.
12:41Et ils auraient souhaité, d'ailleurs, qu'on s'oppose davantage.
12:45C'est le pays des neuf pays européens couverts par l'enquête
12:47qui pense le plus que l'attitude à l'égard des États-Unis
12:50relève plus de l'opposition que du compromis.
12:54Après, cela étant, il y a aussi une partie de l'électorat français
13:00pour lequel Donald Trump, c'est une sorte de modèle,
13:03et notamment sur la question du protectionnisme.
13:06Alors, c'est un adversaire, mais un adversaire qu'on aurait été tenté de combattre
13:10avec, finalement, les mêmes armes.
13:13Donc, il ne peut y avoir aujourd'hui un peu que des déçus en France
13:16entre ceux qui auraient voulu qu'on réplique davantage à Donald Trump
13:22avec les mêmes méthodes,
13:24et ceux qui auraient espéré que l'Europe unie présente un autre visage
13:27que celui qu'elle a présenté.
13:28Merci beaucoup.
13:29Merci à tous les deux d'être venus sur le plateau de BFM TV.
13:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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