00:00Il y a une autre épée de Damoclès tout aussi redoutable,
00:05celle de la dette écologique.
00:07La dette écologique.
00:08Et sur la dette écologique.
00:11Généralement, lorsqu'on parle de dette, on fait référence à la dette publique
00:15pour désigner la somme d'argent que l'État doit rembourser à ses prêteurs.
00:19Il s'agit là d'une dette financière
00:21et n'a en apparence pas grand-chose à voir avec la dette écologique,
00:24qui désigne plutôt l'héritage environnemental
00:26que les générations présentes transmettront aux générations futures.
00:30Jamais sacrifier l'avenir au présent.
00:33Et c'est au cœur de cette dette écologique
00:35que se niche une autre dette encore plus pressante,
00:37la dette climatique,
00:38qui traduit le fait que le climat que connaîtront nos enfants
00:41dépendra des choix que nous faisons aujourd'hui
00:43en matière d'émissions de gaz à effet de serre.
00:45C'est par hasard au final que le Premier ministre
00:47a directement opposé dette financière et dette climatique.
00:50Le fait d'utiliser le même mot, ça a une utilité discursive.
00:53Ça permet de dire qu'il n'y a pas forcément qu'un seul type de dette.
00:56Mais la dette climatique est avant tout une dette biophysique
00:59exprimée en gigatonnes de CO2 équivalents.
01:02Et pour l'appréhender concrètement,
01:03toute la difficulté reviendra à la convertir en valeur financière
01:07et donc à donner un prix au climat.
01:09Quand on le mesure pour la France en 2050 par exemple,
01:11la dette climatique, notre rapport, elle atteint 61% du PIB.
01:14Historiquement, ce sont les pays qui ont le plus de déchets.
01:17Quand on parle de dette, il y a toujours un peu de morale.
01:19Parler de dette, ça implique une notion de responsabilité.
01:21Notamment quand on parle de dette climatique,
01:23de responsabilité du changement climatique.
01:25Brandi comme un argument culpabilisant à l'endroit des pays riches,
01:29la dette climatique permet de réunir sur la table
01:31les deux questions centrales de la justice et des aides financières.
01:35Dans le cadre des COPF, la question qu'on se pose,
01:37c'est la question du partage de la dette climatique
01:39entre les pays riches et les pays pauvres.
01:41La dette climatique, c'est la question de la justice
01:43et des aides financières.
01:45La question qu'on se pose, c'est la question du partage
01:47de la facture du changement climatique aujourd'hui.
01:49C'est pour ça qu'on parle toujours beaucoup dans les COPF
01:51et des financements.
01:53Et là, la dette climatique, elle est assez évidente,
01:55et notamment pour les pays du Sud.
01:57C'est-à-dire qu'il y a une responsabilité historique
01:59du changement climatique du fait d'une certaine histoire
02:01qui est du côté des pays développés.
02:03Parce que c'est eux qui ont émis historiquement
02:05le plus d'émissions depuis la révolution industrielle.
02:07Mais en face de ça, il y a des conséquences
02:09du changement climatique qui va plus toucher
02:11les pays en développement et les pays du Sud.
02:13Et d'abord, rembourse la dette climatique
02:15qu'ils ont accumulée sous forme de financement
02:17pour faire les politiques de transition dans les pays du Sud
02:19mais aussi pour mieux préparer l'adaptation
02:21aux conséquences de ce changement climatique
02:23dans les pays du Sud.
02:25Mais au fil du temps, la dette climatique a subi
02:27une évolution conceptuelle.
02:29Pour des raisons parfois idéologiques
02:31ou parfois simplement méthodologiques,
02:33certains de ses promoteurs l'ont transformée
02:35en un enjeu plus générationnel que diplomatique.
02:37La dette climatique, on peut la mesurer
02:39de deux façons différentes.
02:41Et dans ce cas, elle dit quelque chose
02:43sur les responsabilités historiques du changement climatique
02:45où on peut la mesurer de façon prospective.
02:47Donc ça veut dire, si on veut respecter
02:49nos objectifs futurs de réduction d'émissions,
02:51il va falloir faire tant d'actions.
02:53En gros, quand elle est mesurée de façon prospective,
02:55elle mesure le coût futur de notre inaction.
02:57L'approche prospective
02:59a l'avantage de disposer d'un ancrage juridique
03:01grâce aux droits européens
03:03ou internationaux.
03:05Quand on est en prospective, on dit, en gros,
03:07qu'on a pris des engagements internationaux de réduction d'émissions
03:09pour, justement, limiter les conséquences du réchauffement.
03:11Il y a eu les accords de Paris, on veut limiter
03:13le réchauffement à 1,5°C en 2100.
03:15Du coup, on s'est engagés dans des objectifs
03:17qui sont juridiquement contraignants à réduire nos émissions,
03:19à avoir zéro émission nette en 2050, par exemple.
03:21Et face à ça, on a des actions
03:23qui ne vont pas forcément vers ces objectifs.
03:25Donc déjà, on sait en l'état des choses que
03:27si on continue notre tendance, on ne va pas atteindre cet objectif.
03:29Et donc la différence et le coût
03:31un peu de la différence entre ce à quoi
03:33on s'est engagé et sur quoi la tendance
03:35vers laquelle on est là maintenant, c'est la dette climatique
03:37qui est de façon un peu prospective.
03:39Depuis l'accord de Paris, tous les Etats
03:41se sont engagés sur des trajectoires de réduction
03:43des émissions permettant de définir
03:45un budget carbone pour chaque pays.
03:47Ça nous permet d'envisager la dette climatique
03:49comme l'épuisement anticipé
03:51de ce budget dans la période prédéfinie.
03:53Par exemple, quand on veut empêcher
03:55un certain niveau de réchauffement dans le futur,
03:57notamment les travaux du GEC ont montré qu'il nous restait
03:59un budget d'émissions qui est très limité au niveau global.
04:01On ne peut émettre que 500 gigatonnes de CO2 équivalents
04:03d'ici 2100.
04:05On a 50% de chance, seulement 50%,
04:07de limiter le réchauffement à 1,5°C.
04:09Donc tout ce qu'on va émettre
04:11en plus d'ici 2100
04:13de ce budget carbone de 500 gigatonnes
04:15de CO2 équivalents au niveau global,
04:17ça va nous pousser au-delà de cet objectif
04:19de 1,5°C en 2100.
04:21C'est ça la dette climatique, ce truc en plus.
04:23En sachant qu'on est plutôt mal parti,
04:25puisque les émissions globales en 2023,
04:27c'était 53 gigatonnes de CO2 équivalents.
04:29C'est à peu près 10% du budget carbone
04:31qui nous restait d'ici 2100.
04:33Comme tel, la dette climatique nous permet
04:35de comprendre nos émissions de gaz à effet de serre
04:37comme un passif qu'il faudra,
04:39bien évidemment, rembourser dans le futur.
04:41Quand on émet au-delà d'un certain niveau d'émission
04:43de gaz à effet de serre, au-delà du niveau
04:45qui est naturellement absorbé par notre environnement,
04:47en général, on le fait en échange d'une gratification immédiate.
04:49Par exemple, on arrive plus rapidement
04:51à son lieu de travail, ou bien on a plus de croissants
04:53dans notre économie. On fait une sorte d'emprunt
04:55qu'on va devoir rembourser dans le futur,
04:57soit en émettant encore moins de gaz à effet de serre,
04:59pour penser son impact,
05:01soit en subissant les dommages climatiques qui vont en résulter.
05:03Donc en fait, la base de ce qu'on dit
05:05quand on parle de dette climatique, c'est ça.
05:07C'est des émissions comme un passif, comme un emprunt
05:09qu'on fait sur le futur.
05:11Pour calculer cette dette, il faut donc d'abord déterminer
05:13un objectif de réduction d'émissions.
05:15Par exemple, si on prend les objectifs européens,
05:17ça va être zéro émission nette en 2050.
05:19Et à partir de là, on peut définir une trajectoire
05:21raisonnable de réduction des émissions
05:23qui est cohérente avec cet objectif.
05:25En France, cette trajectoire raisonnable
05:27s'appelle SNBC,
05:29la stratégie nationale bas carbone.
05:31Elle définit depuis 2015 des budgets carbone
05:33sur des périodes de 4 ans,
05:35censés nous permettre d'honorer nos engagements
05:37aux horizons 2030 et 2050.
05:39L'étape suivante, c'est de comparer
05:41cette trajectoire idéale de réduction d'émissions
05:43avec les privilégions d'émissions qu'on va effectivement émettre
05:45en l'état des politiques qu'on a mis en place
05:47aujourd'hui. Et quand on fait la différence
05:49entre notre trajectoire idéale et ce qu'on va émettre
05:51en l'état de nos connaissances,
05:53le total de la différence entre les deux, ça va être la dette climatique.
05:55C'est ça. C'est le cumul de tout ça.
05:57On obtient donc une dette qui s'exprime
05:59en gigatonnes, c'est-à-dire en milliards de tonnes
06:01d'équivalent CO2.
06:03Pour la rendre plus concrète, il faut pouvoir la comparer
06:05à d'autres indicateurs économiques,
06:07donc la traduire en termes monétaires,
06:09ce qui nécessite des arbitrages entre différentes
06:11méthodologies. Nous, ce qu'on fait dans le rapport,
06:13on prend le prix de l'action pour le climat,
06:15qui en fait mesure, en quelque sorte, le prix
06:17des investissements de décarbonation.
06:19Et au bout du compte, on parvient à un chiffre
06:21qui nous permet de mieux envisager le montant
06:23de la dette climatique, en le rapportant notamment
06:25à notre richesse nationale.
06:27Quand on le mesure pour la France en 2050, par exemple,
06:29la dette climatique, dans notre rapport, elle atteint 61%
06:31du PIB.
06:33Définie en termes d'investissement de décarbonation,
06:35la dette climatique permet de mesurer
06:37le besoin de financements additionnels
06:39futurs pour lutter contre le changement climatique.
06:41Et en ce sens, ça permet de guider aussi
06:43les politiques budgétaires actuelles dans le temps long.
06:45Mettons qu'on veuille être sérieux dans la lutte
06:47contre le réchauffement climatique, il faut
06:49se demander comment on va financer ces 61%
06:51du PIB en plus d'ici 2050.
06:53Pour pouvoir faire des investissements qui sont
06:55cohérents avec notre objectif.
06:57En somme, démocratiser le concept de
06:59dette climatique et le placer au même niveau
07:01que la dette financière, pourrait permettre
07:03de rééquilibrer certains arbitrages
07:05qui se font généralement en faveur de cette
07:07dernière. Quand on est dans un contexte budgétaire
07:09contraint, une voie souvent utilisée
07:11pour justement faire des économies, c'est de diminuer
07:13les investissements, notamment des investissements en termes de
07:15décarbonation. Ça a pour conséquence de retarder
07:17justement nos politiques de réduction
07:19des émissions, mais aussi du coup de faire augmenter
07:21la dette climatique dans le futur, avec pour bénéfice
07:23par contre de réduire nos dettes financières à court terme.
07:25Car on oublie trop souvent que
07:27la dette climatique se transformera un jour
07:29elle aussi en dette financière
07:31et que si on ne s'en occupe pas à temps, les
07:33bénéfices réalisés à court terme finiront
07:35par avoir des conséquences bien plus
07:37graves sur le long terme.
07:39Quand on a plus de dommages climatiques, quand on doit
07:41au final aller plus vite dans notre
07:43politique de décarbonation dans le futur,
07:45ça aussi ça a un coût qui en fait peut être plus
07:47grand que le bénéfice à court terme qu'on a fait
07:49en faisant des économies sur telle ou telle politique.
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