00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Bonsoir Éric Woerth. Oui bonsoir.
00:06Vous êtes notre ancien ministre du budget et ex-président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale,
00:10député macroniste de l'Oise.
00:12Aujourd'hui nous avons le droit, nous avons eu le droit d'ailleurs, à un grand débat confié à ce qu'on appelle la niche France Insoumise.
00:18Elle était consacrée à la réforme des retraites que les insoumis entendent ramener à 62 ans au lieu de 64.
00:23Et vous n'étiez pas à la niche, puisque vous nous parlez depuis Chantilly. Pourquoi Éric Woerth ?
00:28Écoutez, j'étais ce matin jusque là, mais ça n'a pas de sens parce que cette niche ne s'en ira pas jusqu'au bout.
00:34Cette niche c'est juste un temps réservé aux différents groupes, c'est le moment du groupe LFI.
00:40Il a décidé de supprimer la réforme des retraites, c'est-à-dire la réforme d'Elisabeth Borde,
00:44et de supprimer en même temps celle de François Hollande, qui lui-même est membre de la coalition LFI Parti Socialiste,
00:50sur l'augmentation du nombre de trimestres, ça on appelle ça la réforme Tourette.
00:55C'est une drôle d'idée, parce que c'est la meilleure façon de plomber définitivement le système de retraite.
00:59Il faut bien le financer. Si jamais ce texte était voté, ce serait entre 14 et 15 milliards d'euros
01:05qu'il faudrait rajouter au déficit de notre système de retraite.
01:09Et ça c'est juste pas possible, c'est donc la fin du système par répartition.
01:13Et je ne mets aucun grand mot là-dedans.
01:15On comprend bien que vous y êtes hostile et que vous pensez que c'est dangereux pour l'avenir du pays.
01:19Mais est-ce que justement, à ce titre-là, vous ne deviez pas être présent ?
01:23Écoutez, tout le monde est présent, mais il n'y aura pas de vote.
01:26La vérité c'est qu'il y a mille amendements, donc ce texte se clôt ce soir à minuit.
01:32Donc il n'y aura pas de vote, et d'ailleurs ils le savent très bien.
01:34Donc c'est une discussion de café du commerce, en ce moment à l'Assemblée,
01:39là-dessus, avec toutes les interruptions de séance qui vont bien.
01:42Donc j'en suis parti à 16h pour aller dans ma circonscription, comme d'autres.
01:46Je comprends que vous ayez envie de rejoindre votre circonscription.
01:48Mais enfin, en gros, d'une certaine façon, vous faites de l'obstruction par absence.
01:53Et ce que vous reprochiez d'ailleurs, quand vous étiez à la tête du pays,
01:57à ceux qui étaient en face de vous, ça ne pose pas de problème ?
02:01Non, je ne crois pas. On est tous très présents, c'est le moins qu'on puisse dire.
02:04Mais ce n'est pas de l'obstruction, on utilise tous les moyens qui sont à notre portée
02:10pour éviter des réformes profondément nefastes au pays.
02:15Et donc on a raison de procéder ainsi.
02:18Il n'y a aucune raison de laisser des réformes comme celle-là,
02:22évidemment impopulaires, être détruites par un coup de tête de la coalition,
02:28de l'extrême droite et de l'extrême gauche.
02:30Au nom de tout ce que l'on connaît de vous, Eric Woerth,
02:32est-ce que vous pouvez à ce point vous désintéresser d'un débat sur la réforme des retraites,
02:36qui fut lui-même l'un de vos combats ?
02:38J'ai décidé de ne pas prendre la parole parce que la parole est dans un univers
02:45et un hémicycle qui n'écoute plus rien.
02:48Donc ça ne sert à rien.
02:50Nous parlons d'une stratégie d'amendement, j'y ai travaillé avec l'ensemble du groupe.
02:56Cette stratégie d'amendement est en cours de discussion,
02:59et la niche, ou plutôt ce projet, cette proposition de loi de LFI
03:05alliée au Rassemblement National ne perdurera pas.
03:09Mais si ça ne sert à rien, il y a quand même un grave problème démocratique quand je vous écoute.
03:13Mais j'entends bien, et je suis le premier à le regretter,
03:18c'est qu'on est trois blocs qui sont une sorte de proportionnels,
03:23mais dans le cadre d'un scrutin majoritaire.
03:26Ça donne quelque chose d'absolument infernal.
03:29On a eu la même chose sur le budget.
03:31J'ai passé des heures et des heures sur le budget, quasiment trois semaines jusqu'à minuit chaque jour.
03:37Ce texte allait évidemment vers une impossibilité de conclure.
03:44C'est pour ça que la partie recette n'a pas été votée.
03:48La partie dépenses n'a pas eu le temps non plus d'être votée.
03:51Elle est passée au Sénat.
03:52C'est beaucoup de temps perdu parce qu'il n'y a pas de majorité.
03:56Passons à l'autre sucrerie du jour, si vous me permettez.
03:58Michel Barnier a finalement renoncé à augmenter les tarifs de l'électricité.
04:02C'est une concession qui est faite au Rassemblement national et à Madame Le Pen.
04:05Vous trouvez ça courageux ?
04:07D'autres groupes l'avaient proposée, pas uniquement Madame Le Pen.
04:11Non, tout ça ne me plaît pas non plus beaucoup, mais il y a un principe de réalité.
04:15Ce budget, c'est un budget au moins clair dans son objectif.
04:19C'est celui de réduire l'excédent de déficit, si je puis dire.
04:25On voit bien que les comptes publics sont dans le rouge, plus qu'on ne le pensait.
04:31Mais le budget est là pour rectifier les choses et pour les remettre dans une bonne trajectoire, dans un bon sens.
04:37Je comprends le Premier ministre d'essayer de trouver un moyen de parvenir quand même à ce que la France ait un budget.
04:43Si la France n'a pas de budget, c'est un vrai sujet.
04:47Bien sûr, on peut dire que c'est une catastrophe.
04:50Mais le Premier ministre annonce aussi vouloir diminuer l'aide médicale d'État.
04:55C'est absolument nécessaire ? Prise en charge notamment pour les sans-papiers.
04:59Je crois qu'il ne faut pas mélanger la politique et le budget.
05:04Le budget n'est que la traduction d'une politique, ça ne doit pas être le contraire.
05:08Mais l'AME coûte à peu près un milliard d'euros.
05:10Peut-être qu'il y a quelques dizaines de millions d'euros à essayer de gagner en productivité.
05:17Soyons précis, vous connaissez tout ça par cœur.
05:20Il faut continuer à soigner les étrangers en France.
05:23Parce qu'on ne voit pas comment le système médical les soignera.
05:27Il n'y a pas à dresser des hommes et des femmes.
05:30Ils doivent être évidemment soignés pour plein de raisons.
05:33Mais il ne peut pas y avoir d'abus.
05:35C'est les abus qui sont souvent combattus au titre de l'AME.
05:38Venons-en finalement à la question politique centrale du moment.
05:40Avant de nous séparer, Jean-François Copé n'est pas le seul appel à la démission du Président de la République.
05:44Que lui répondez-vous ?
05:46Aujourd'hui, le sujet ne se pose pas.
05:48Le Président de la République a été élu.
05:50Il a été élu pour cinq ans.
05:52C'est l'élu le plus légitime du pays, puisqu'il est élu par tous les Français.
05:57Il a respecté une période de silence.
06:01Pas la démission, mais la dissolution de l'Assemblée nationale.
06:06J'imagine qu'à un moment donné ou un autre, en dehors de son agenda international,
06:10il reviendra plus directement dans les affaires nationales.
06:13Cela ne permettrait pas une vraie clarification ?
06:15C'est ce que suggère Jean-François Copé.
06:17Un retour aux urnes ?
06:19Faut-il que le Président accepte son sacrifice ?
06:21Oui, à la limite.
06:24Mais la clarification, ce serait Madame Le Pen à la présidence du pays.
06:28C'est probablement.
06:30Je ne suis pas sûr que ce soit ce que veulent la majorité des Français.
06:34Mais pour l'instant, il n'y a pas de majorité au fond des Français.
06:37Vous venez d'envisager sur RTL la possibilité de l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du pays.
06:43C'est quelque chose qui aujourd'hui est possible.
06:45Comment ne pas y penser ?
06:47Il faut être lucide.
06:49Je ne crois pas que le Rassemblement national, on le voit tous les jours,
06:52même si on doit leur parler, même si tout ça ne doit pas être ostracisé, ni diabolisé.
06:58Chacun ses convictions.
07:00Mais ce ne sont pas évidemment les miennes.
07:02Je ne vois bien qu'en dehors des questions d'immigration, il n'y a pas de ligne politique du Rassemblement national.
07:07Aujourd'hui, ils votent avec LFI sur le retour à 62 ans.
07:11On voit bien qu'il y a là-dedans de la démagogie, du populisme,
07:14qui n'est pas encore véritablement le signe d'un parti de gouvernement,
07:18même si les partis de gouvernement ont leur propre faute.
07:20Et ça, en démocratie, c'est malheureusement souvent le cas.
07:23En tout cas, ce soir, nous sommes témoins de votre grande sérénité dans une situation politique quasi infernale.
07:28Merci beaucoup, Éric.
07:30Je pense qu'on peut s'en sortir par le haut, parce que j'entends beaucoup de gens qui pensent qu'on peut sortir par le bas
07:35et qu'on y va vers la démission d'un tel, etc.
07:37Je pense aussi qu'on peut sortir par le haut en réussissant.
07:40Et je pense que Michel Barnier peut réussir.
07:42La voie est étroite, mais il peut réussir.
07:44Je crois qu'on doit jouer cela.
07:46C'est la réussite du pays qui compte.
07:48Et elle est possible aujourd'hui.
07:49Éric Woerth joue Barnier.
07:51Merci beaucoup.
07:52Vous êtes notre ancien ministre du budget et ex-président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, député de l'Oise.
07:57Merci d'avoir pris la parole ce soir.
07:59Bonne soirée, Eric Woerth.
08:00Bonne soirée.
08:01Merci, au revoir.
08:02Et dans un instant, le journal de 18h30, puis à 18h40, nous allons revenir sur ces remèdes soi-disant, je dis bien soi-disant miracles,
08:08qu'utilisent certains patients atteints d'un cancer, coût moyen 20 000 euros.
08:12Le directeur de l'Institut Curie s'en inquiète.
08:14Il sera avec vous.
08:15A tout de suite.
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