00:00Yves Calvi, Aude Vernoutio, RTL Soir
00:03Bonsoir Georges Salinas, merci de nous rejoindre dans RTL Soir, vous êtes le directeur de la Sécurité du Président de la République Française.
00:10Vous publiez votre troisième roman par le verbe, par le glaive aux éditions Mareuille.
00:14Les premières pages du livre racontent comment le patron de la BRI, Brigade de Recherche et d'Intervention, je le rappelle,
00:19regagne Paris à 200 km heure le soir du 13 novembre 2015.
00:23Je rappelle qu'il s'agit d'un roman, mais cette scène, vous l'avez évidemment vraiment vécue.
00:27Vous étiez le numéro 2 de la BRI, quelle est la première chose qui vous revient en repensant au 13 novembre ?
00:33Je crois que dans un premier temps, c'est l'arrivée.
00:36On est dans un espèce de chaos où il faut essayer de garder la tête froide
00:41et de se dire qu'il faut faire fi de tout ce qu'on peut voir d'horrible pour se concentrer uniquement sur la mission.
00:49Et il faut identifier immédiatement les objectifs,
00:52d'où l'intérêt d'avoir travaillé longuement et longtemps ce type d'intervention avec nos gars,
00:59même si on a été confronté pour la première fois à une attaque de masse aussi importante.
01:03Vous n'êtes plus le même depuis. A l'image de vos personnages, je cite Mathieu, page 91, il avait définitivement changé.
01:11On a tous changé après le 13 novembre. On reste différents.
01:16Après, on apprend tous à vivre avec. On est résilients et c'est pour ça qu'on continue.
01:21On doit continuer à vivre et on doit continuer à travailler et être opérationnels.
01:25Mais l'enchevêtrement des corps, les odeurs, la lumière, tout est en vous pour toujours.
01:30Je n'oublierai pas. Il est clair que je n'oublierai jamais ce que j'ai vu.
01:35Et ça, ça me laisse une image qui va me marquer jusqu'à la fin de ma vie.
01:39Mais après, et c'est aussi peut-être la grandeur des gens qui ont travaillé aussi avec moi,
01:44c'est qu'il faut continuer, il faut poursuivre.
01:47Il y a les gens qui ont travaillé, il y a aussi les gens qui ont subi parce qu'il y a toutes les victimes,
01:52celles qui sont blessées, celles qui ont été prises en otage.
01:55Et tous ces gens-là doivent aussi poursuivre et avoir une vie.
01:59Et il y en a beaucoup qui continuent et qui vivent bien.
02:02Vous deviez absolument préserver le lieu dans tous les sens du terme en tant qu'enquêteur.
02:07On est capable de dire au président de la République non, vous ne rentrez pas ?
02:10Alors, c'est difficile à dire. Il est clair.
02:13Mais je pense que l'opérationnel prime sur tout le reste.
02:17Et donc, on avait déjà vécu un premier assaut avec l'Hypercachère.
02:22Là, on avait une présence médiatique et de personnalités politiques
02:28qui étaient sûrement un peu trop présentes à ce moment-là.
02:32Donc, on n'a pas fait les mêmes erreurs.
02:33Et sur le Bataclan, on avait quand même beaucoup de choses à vérifier
02:37avant que les gens de ce niveau-là puissent, à un moment ou à un autre, accéder.
02:42Ce qui compte d'abord, c'est sécuriser le site.
02:45Et ensuite, ce sont les enquêteurs qui doivent travailler.
02:48Ce sont les gens qui sont aux enquêtes,
02:52même à haut niveau, c'est-à-dire le procureur.
02:55C'est les gens qui dirigent les services de police, le préfet de police.
02:59Et après, ce sont les autres.
03:01Mais il y a une ordre de priorité qui se fait naturellement
03:04et sur lequel, moi, j'ai veillé, même si parfois, je sais que ça ne plaisait pas.
03:08Mais tout ce que vous venez de me citer, du préfet de police au président de la République,
03:13à un moment, vous avez dû leur dire stop.
03:14C'est ce que je retiens, en tout cas, de votre travail, entre autres, ce soir-là.
03:17En tout cas, j'ai fait passer le message qu'il ne fallait pas y aller
03:19et ils n'ont pas cherché à pénétrer dans les lieux.
03:22Vous avez commencé à écrire des romans après les attentats de 2015, si je ne m'abuse.
03:26Pourquoi, à ce moment-là, c'est en partie à cause de votre père,
03:28alors policier à Oran pendant la guerre d'Algérie,
03:31et confronté lui aussi au terrorisme, je le rappelle ?
03:33Il était policier et confronté au terrorisme.
03:35Et je l'ai entendu parler de ce qu'il avait vécu.
03:38Et finalement, quand moi, j'ai vécu les attentats de 2015,
03:41je me suis rendu compte que, finalement, c'est ce dont il parlait, je l'ai revécu.
03:46C'est-à-dire l'horreur, mais là aussi la solidarité, le travail,
03:50comment vit la famille aussi, et toute cette souffrance, les victimes,
03:55et aussi l'affrontement des terroristes avec leur mode de pensée,
03:58qui est important à connaître.
04:00Donc, finalement, je me suis rendu compte que rien n'avait disparu
04:04et que tout continuait comme avant.
04:06Vous avez reçu beaucoup de lettres de proches, des familles, des victimes
04:08des attaques terroristes de 2015.
04:11Que vous ont-elles dit ?
04:12Alors, on a reçu beaucoup de courriers, effectivement, à la baierie où j'étais avant.
04:17On a reçu aussi beaucoup de dessins.
04:20Des dessins ?
04:20Oui, des dessins d'enfants.
04:22C'était amusant parce qu'on avait même un enfant qui devait être en primaire
04:27et qui nous a écrit « Vous êtes nos anges, vous nous avez sauvés ».
04:32Mais il y a quelque chose que je voudrais vous dire, c'est que
04:34c'est dommage que vos costumes sont trop sombres.
04:37Il faut avoir plus de couleurs.
04:39Alors, depuis trois ans, vous dirigez la protection de la présidence de la République,
04:42donc celle d'Emmanuel Macron.
04:43Il y a des choses qui ont changé ces dernières années,
04:45qui se modernisent, que vous apprenez par les événements
04:48ou peut-être tout simplement par le matériel que vous avez à votre disposition ?
04:51Alors, on a un service recherche et développement
04:54et on cherche à être toujours à la pointe de la sécurité, de la protection.
05:00Donc, oui, on évolue d'abord parce qu'on voit ce qui se passe ailleurs
05:05et on a des retours d'expérience.
05:07Et à partir de là, on peut effectivement travailler.
05:09Mais le GSPR, je dirais, d'il y a dix ans, n'est pas le GSPR qu'on a maintenant.
05:14Le risque d'attentat sur la personne du président de la République, Emmanuel Macron,
05:18est-il élevé et l'a-t-il déjà été autant ?
05:23Alors ça, je ne pourrais pas vous répondre directement.
05:27Ce qui est clair, c'est que nous, quand on fait notre protection,
05:30on travaille sur le risque le plus élevé.
05:32De toute façon, on ne baisse jamais la garde.
05:35Considérer qu'un déplacement est bénin, c'est une erreur.
05:39Donc, on met...
05:40Il n'y a pas de déplacement bénin pour le président de la République ?
05:43Aucun. Aucun déplacement bénin.
05:46Tout est mis en position, en dispositif, pour que lui puisse faire son travail
05:52et moi, avoir une sécurité complète.
05:54C'est un homme qui a du caractère.
05:55Il l'a compris, lui aussi, qu'il n'y avait rien de bénin dans ses déplacements ?
05:59Alors ça, il faudrait lui demander directement.
06:02Votre sourire me fait penser que peut-être, parfois, c'est difficile.
06:06Ce n'est pas difficile.
06:07La preuve, c'est que ça fait presque six ans que je suis avec lui.
06:10Avant de nous séparer, une dernière question.
06:12Que diriez-vous à un enfant un peu curieux de votre métier ?
06:15Moi, j'encourage tous les enfants,
06:17enfin, en tout cas, s'ils ont envie de faire ce métier,
06:20à le faire parce que c'est un métier qui est au milieu du guet, je dirais.
06:23On voit le haut, on voit le bas.
06:25C'est très enrichissant.
06:27Moi, quand j'étais enfant, j'avais déjà envie d'être policier.
06:29Ah oui, je regardais les feuilletons, je regardais Starsky et Hutch et ça me plaisait bien.
06:33Et je me suis dit, tiens, je vais faire comme eux.
06:35Voilà, donc, pour moi, c'est un très beau métier.
06:38Columbo aussi vous a inspiré ?
06:39Columbo, c'est une autre facette, tout à fait.
06:42Merci, je vous en prie.
06:43Et juste pour la protection, c'est un métier très noble.
06:46Vous protégez une institution.
06:49Et donc, il faut avoir conscience que c'est une mission qui n'est pas simple,
06:52mais qui est importante et que tout le monde a conscience.
06:55Merci beaucoup, Georges Salinas.
06:57Votre livre, par le verbe, par le glaive, est donc publié aux éditions Mareuille.
07:01Et je précise que vos responsabilités auprès du chef de l'État nous ont amené à enregistrer cet entretien
07:05il y a trois semaines, dans un instant, le Breaking News avec Marc-Antoine Lebray, n'est-ce pas ?
07:09Évidemment !
07:10Tant mieux !
Commentaires