00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h43, bonsoir Olivier Petitjean.
00:06Bonsoir.
00:07Vous êtes journaliste, cofondateur de l'Observatoire des multinationales
00:10et dans le média Basta, vous publiez une enquête consacrée à ces entreprises françaises
00:14qui ont financé la victoire de Donald Trump.
00:17Avant de citer des noms, un constat.
00:19Est-ce que c'est fréquent cette pratique du soutien à un candidat dans une élection étrangère ?
00:23Alors effectivement, c'est un système typiquement américain
00:26où les entreprises, à travers des structures qu'on appelle les Political Action Committees ou PAC,
00:33mutualisent des fonds qui sont donnés par les employés, souvent les dirigeants des entreprises
00:37et les donnent à des campagnes électorales,
00:39donc pour la présidentielle et aussi pour...
00:42parce qu'il n'y a pas eu que la présidentielle ce mardi,
00:44il y a eu aussi les élections au Sénat et à la Chambre des représentants.
00:47Et donc pour des campagnes soit de sénateurs, soit de représentants.
00:51C'est bien légal tout ça ?
00:52Et donc c'est un système totalement légal.
00:54La seule condition, c'est que pour ces PAC, que ce soit transparent.
00:57Donc c'est pour ça qu'on sait que certaines entreprises françaises,
01:00via leurs PAC, ont donné de l'argent à des candidats.
01:03Ensuite, il y a d'autres structures qui ne sont pas transparentes,
01:05mais celles-là en tout cas, elles sont transparentes.
01:07Mais alors qu'attendent-elles ces entreprises françaises ?
01:10Qu'attendent-elles en retour ?
01:11On va les citer, hein.
01:12Sadofy pour la pharmacie, Pernod Ricard, Airbus, Thalès ou encore EDF ?
01:16Alors ce système, il y a deux motivations.
01:18Je pense qu'effectivement, dans certains cas, c'est les chefs d'entreprises,
01:21les entreprises qui ont des convictions politiques fortes.
01:24Je ne pense pas que ce soit le cas des entreprises françaises, en l'occurrence.
01:27L'autre raison pour laquelle on finance, c'est plutôt une question d'opportunisme.
01:30Donc on est dans un système politique qui reste basé sur l'échange de faveurs.
01:35Donc une entreprise va financer la campagne d'un candidat,
01:37pour certaines raisons.
01:38Parce que c'est le candidat de là où ils sont implantés, là où ils ont une usine.
01:41Parce que c'est le candidat qui siège dans tel comité,
01:43qui est chargé de distribuer de l'argent public, etc.
01:45Et en échange, ils espèrent qu'ils vont retirer des avantages politiques et économiques.
01:49Mais ôtez-nous un doute.
01:50On vient de payer, nous sommes un certain nombre, notre facture EDF.
01:54Est-ce qu'on a financé Donald Trump ?
01:56Vous comprenez ma question ?
01:57Bien sûr.
01:58Non, on ne peut pas dire ça.
01:59D'abord, je précise quand même, les financements qu'on pointe dans notre enquête,
02:03ce n'est pas des financements de la campagne de Donald Trump, précisément.
02:05C'est le financement de candidats républicains.
02:08Mais pas n'importe quel candidat républicain non plus,
02:10parce que ce sont des candidats républicains de l'Èle, pardon, la plus extrémiste,
02:13qui ont refusé de reconnaître les résultats de l'élection précédente, etc.
02:16Donc ce n'est pas directement Donald Trump.
02:17Mais évidemment, c'est difficile de séparer ces campagnes.
02:20Elles ont lieu simultanément.
02:22Et ensuite, la deuxième raison pour laquelle ce serait un peu excessif de dire ça,
02:25c'est que c'est un système, quand je l'ai expliqué, indirect.
02:27C'est-à-dire, c'est les employés qui mettent...
02:30Donc ces structures sont créées par les entreprises.
02:32Elles sont abondées par les dirigeants des entreprises surtout.
02:35C'est les dirigeants des entreprises qui décident où va l'argent.
02:37Mais ce n'est pas vraiment l'entreprise elle-même qui sort de l'argent de sa trésorerie.
02:41Donc ça existe, mais ce n'est pas...
02:43C'est un système au second degré, en fait.
02:44Voilà, tout à fait.
02:45Et on a une idée des sommes qui sont en jeu ?
02:48Donc il faut aussi avouer que par rapport à d'autres entreprises américaines,
02:52des géants comme Google, General Motors, etc.,
02:55les sommes qu'on pointe dans l'enquête sont relativement modestes.
02:58À quelques exceptions près quand même.
03:00Il y a Sanofi qui a fait beaucoup l'actualité ces derniers temps.
03:04Ça nous a rappelé que ce n'était pas une entreprise française,
03:06mais c'était aussi une entreprise pas tout à fait française.
03:09L'essentiel de son chiffre d'affaires est aux États-Unis, etc.
03:12Donc eux, ils figurent parmi les pôleurs du financement,
03:15mais c'est un peu une exception.
03:17On peut contester, on peut se poser des questions
03:19sur les financements des PAC, de EDF, d'autres entreprises,
03:22parce que ça va des républicains Trumpistes,
03:25mais ça reste des sommes très modestes.
03:26C'est-à-dire des sommes très modestes, pardon, un exemple ?
03:28C'est des dizaines de milliers de dollars pour une campagne.
03:32En général, c'est des donations de 5 000 dollars, par exemple,
03:35pour une campagne électorale.
03:36Mais qu'on peut faire plusieurs fois ?
03:38Oui, on peut les faire plusieurs fois,
03:41mais là, on n'a pas exactement tous les chiffres,
03:43parce que tout n'a pas été rendu public,
03:45évidemment, c'est sur la base de déclarations
03:47qui sont en partie rétrospectives.
03:49Donc on a les chiffres à fin octobre.
03:50Donc s'il y a eu des financements très récents,
03:52ils ne sont pas encore incorporés,
03:53mais théoriquement, on a à peu près le total
03:56de ce qu'elles ont donné pour cette campagne.
03:57Voilà, le total.
03:58En revanche, elles ne soutiennent pas n'importe qui.
04:00Pernod Ricard donne 78% de ses financements aux républicains.
04:03Le géant pharmaceutique Sanofi, qui produit le Doliprane,
04:06soutient lui aussi la droite américaine.
04:09Quand UDF, en revanche, le fait avec des candidats démocrates,
04:12si je ne m'abuse.
04:13Comment se fait-ce ?
04:15Comme je l'ai expliqué,
04:16il y a une bonne dose d'opportunisme dans ses financements.
04:19Évidemment, ils peuvent avoir tendance,
04:21en fonction de leurs intérêts, leurs implantations,
04:24à aménager les deux partis,
04:25financer un peu des démocrates,
04:26financer un peu des républicains.
04:28Ensuite, une entreprise comme Airbus,
04:29que vous n'avez pas cité,
04:30mais qui donne aussi beaucoup aux républicains.
04:32Leur principale implantation aux Etats-Unis,
04:34elle est dans l'État d'Alabama,
04:36ce qu'on appelle un État rouge, pur,
04:38vraiment républicain, très conservateur.
04:40Donc, ça explique aussi,
04:41comme ils financent beaucoup les politiciens à nos locaux,
04:43qu'ils financent des républicains très radicaux.
04:47Pardon, c'est d'autant plus fascinant
04:49qu'en France, on est beaucoup plus encadré
04:53concernant le financement des politiques.
04:55Tout à fait.
04:56Donc, on est dans un système très différent.
04:57En France, les partis politiques sont financés
04:59par la puissance publique,
05:00donc par nos impôts, d'une certaine manière,
05:02mais d'une manière un peu encadrée.
05:04La seule exception qu'il y a eu un peu,
05:05c'est quand Emmanuel Macron s'est lancé en 2017,
05:07parce que, justement, c'était un nouveau parti,
05:08donc il a fait appel plus à des financements
05:10qui, bon, parfois, ont posé des questions.
05:13Mais là, on est dans un système, effectivement,
05:15où c'est financé par des donateurs individuels.
05:17Donc, il y a quand même beaucoup d'argent
05:19que donnent des simples gens,
05:21en tant que simples citoyens,
05:22mais aussi par des entreprises,
05:24et aussi par des milliardaires,
05:25on a vu, ou des millionnaires,
05:26on a vu l'exemple pendant la campagne d'Elon Musk,
05:28qui a, non seulement fait campagne pour Trump,
05:30mais aussi financé...
05:31Il a organisé des loteries...
05:32Voilà, tout à fait.
05:33Alors, Olivier Petitjean,
05:34pendant cette interview,
05:35on s'est posé la question,
05:36il y a deux façons d'aborder ça, finalement.
05:38Soit ça choque,
05:39soit on estime que c'est un élément de transparence,
05:41à partir du moment où tout est publié.
05:43Est-ce que vous, vous avez choisi,
05:44à l'issue de votre enquête ?
05:45Ben...
05:46Je pense que, bon,
05:47vu avec notre culture française,
05:49ce mode de fonctionnement de la vie politique,
05:51c'est quand même choquant.
05:52Euh...
05:53Bon.
05:54Et c'est aussi choquant aux Etats-Unis.
05:56Il faut aussi dire qu'il y a des entreprises,
05:57des grandes entreprises,
05:58notamment Apple,
05:59qui a choisi délibérément
06:00de ne pas utiliser ce système.
06:01Le PDG d'Apple a dit...
06:03Non, il faut que les élections soient décidées
06:05par les citoyens en tant qu'électeurs,
06:06et c'est tout.
06:07Donc, c'est quand même en débat aux Etats-Unis même,
06:09mais bon, c'est fortement implanté.
06:11Ensuite, la deuxième chose...
06:13Pardon, la deuxième chose un peu choquante,
06:15c'est que des entreprises françaises,
06:16dont certaines sont quand même la propriété,
06:18voient, dans certains cas,
06:19100% de l'Etat français comme EDF,
06:21financent des campagnes,
06:23donc, d'une certaine manière,
06:24interviennent dans la vie politique
06:26des Etats-Unis.
06:27Si c'était l'inverse,
06:28je pense qu'on serait tous scandalisés.
06:30Et ensuite,
06:31la dernière question qu'on se pose,
06:33c'est effectivement, quelles sont les limites ?
06:34Parce que là, on parle de certains candidats,
06:36bon, sans entrer dans le détail
06:38du programme de Trump, etc.,
06:40mais nous, le critère qu'on a retenu,
06:42c'est cette question de la reconnaissance
06:44des élections de 2020.
06:45Donc, certains candidats qui remettent en cause
06:47les fonctionnements démocratiques de base,
06:50et qui cautionnent, d'une certaine manière,
06:52le recours à la violence politique,
06:53donc, qui remettent en cause
06:54le fonctionnement démocratique elle-même.
06:55Donc, c'est ça aussi qui...
06:56À mon sens, il y a quand même des limites
06:58à ce qui devrait être acceptable
07:00pour des entreprises dans ce domaine-là.
07:01Merci beaucoup, Olivier Petit.
07:02Merci à vous.
07:03Journaliste, cofondateur de l'Observatoire des multinationales,
07:05et auteur de cette enquête consacrée
07:07à ces entreprises françaises
07:08qui ont financé la victoire de Donald Trump.
07:11Je renvoie à votre site indépendant
07:13intitulé, tout simplement,
07:14Basta !
07:15Avec un point d'exclamation.
07:16À propos, nous, RTL, le groupe M6,
07:18on n'en rose personne.
07:19D'accord.
07:20Si je peux me permettre,
07:21on a un site qui s'appelle multinationales.org
07:23qui est plus spécifiquement dédié
07:24à cette activité sur les multinationales.
07:26Donc, nous, on n'en rose personne.
07:29Bah, à ma connaissance, non.
07:32Bon, c'était la question pire.
07:33Mais j'aurais dû, effectivement,
07:34j'aurais dû vérifier avant de venir.
07:36Bon, dans un instant,
07:37un homme d'une intégrité remarquable.
07:39Remarquer, c'est pas compliqué, il rutile.
07:41Marc-Antoine Lebrès, c'est le Breaking News.
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