00:00Au Liban, des dizaines de milliers de familles fuient les bombardements.
00:06Face à l'ampleur de la situation, les Libanais ont besoin d'une aide de toute urgence.
00:09Je relaie le site de l'ONG CAIR sur votre site que j'ai trouvé ces propos.
00:14Bonsoir Adéa Guillaume.
00:15Bonsoir Yves Calvi.
00:16Vous êtes porte-parole de l'association CAIR.
00:17Ce soir, le président Biden lui-même s'inquiète d'une guerre généralisée au Liban.
00:21C'est votre inquiétude ?
00:22En tout cas, nous on se prépare, on se prépare à tous les scénarios et on se prépare depuis
00:26déjà quelques mois.
00:27Ça fait plus d'un an que l'association CAIR, qui était présente au Liban depuis
00:32de nombreuses années, réfléchit à comment se préparer, nous préparer pour aider les
00:36populations civiles si un tel scénario devait se adverber.
00:39De quoi vous rendez compte vos équipes qui sont sur le terrain ?
00:41Alors j'étais en ligne juste avant de vous rejoindre, puisque j'étais en taxi pour
00:46vous rejoindre avec les équipes sur le terrain.
00:48Déjà, il faut séparer le ressenti des équipes elles-mêmes, qui sont des équipes libanaises
00:52et qui elles-mêmes ont tous des familles, des membres de leur famille touchés par ce
00:57qui se passe.
00:58Donc, il s'agit déjà de les rassurer et de les écouter.
01:01Mais d'un autre côté, ce qu'elles nous racontent aujourd'hui, c'est une escalade
01:04dramatique, une situation dramatique à Beyrouth même, beaucoup d'inquiétude à Beyrouth
01:09même.
01:10Parce qu'il faut imaginer, imaginer ce serpent de voiture.
01:15Voilà, il faut le visualiser, ce serpent de voiture du sud au nord qui monte et qui
01:21amène son flux de familles entières qui ont tout laissé entre 30 et 2 heures, leur
01:25a-t-on dit par SMS, qu'elles quittent leur maison entre 2 et après 2 heures après avoir
01:31reçu ce SMS.
01:32Et ces familles arrivent à Beyrouth sans rien.
01:34Et qu'est-ce qu'on fait ? Où est-ce qu'on dort ? Comment on mange ? Comment on boit ?
01:38Voilà la situation aujourd'hui pour des milliers de familles à Beyrouth et c'est
01:42là qu'on intervient.
01:43Alors justement, comment et pour quel type d'aide exactement ?
01:48Aujourd'hui, on est vraiment dans la phase d'urgence humanitaire basique de première
01:53impression.
01:54Donner à manger et à boire ?
01:55À manger et à boire.
01:56C'est aussi basique que ça aujourd'hui.
01:58C'est dramatique de se dire ça pour le Liban, mais c'est réellement de ça dont il s'agit.
02:02Donc on a aujourd'hui des écoles, des universités abandonnées, des gymnases qui sont en train
02:08d'être organisés pour servir d'abri.
02:10Et nous, les organisations comme CAIR, notre boulot, c'est d'aller apporter à manger,
02:14à boire, dans un deuxième temps même des matelas, des couvertures et puis de faire
02:19très attention aussi puisque dans ce type de situation, on le sait malheureusement parce
02:23que nous, on en a l'expérience, les femmes et les filles sont souvent victimes de violences
02:29basées, ce qu'on appelle les violences basées sur le genre.
02:31Des proies ?
02:32Voilà.
02:33Elles deviennent des proies.
02:34Et donc nous, notre boulot, c'est aussi de les protéger de ça.
02:36Donc ça veut dire quoi concrètement ?
02:38Oui.
02:39C'est la question que j'allais vous poser.
02:40Voilà.
02:41Si on installe des toilettes, faire en sorte que les filles aient leurs propres toilettes,
02:43que les femmes aient leurs propres toilettes, c'est basique comme ça.
02:46Vous devez tenir compte de l'intimité des femmes pour les protéger ?
02:49Absolument.
02:50Mais ça, c'est le cas de toutes les crises à travers le monde où on se retrouve dans
02:53une promiscuité qui pourrait permettre des violences faites aux femmes.
02:57En tout cas, Israël annonce de nouvelles frappes massives, je cite, sur des cibles
03:01terroristes du Hezbollah au Liban.
03:02Du point de vue israélien, les choses sont claires.
03:05Ils assurent tous les jours éliminer des membres du Hezbollah.
03:07Aujourd'hui, le responsable du développement, de la gestion des missiles et des roquettes
03:12est accusé de bombarder le nord d'Israël.
03:16Comment expliquez-vous cette situation qui ne s'arrête pas ?
03:19Alors, moi, je ne commande pas la situation politique, vous l'imaginez, mais nous, en
03:25tout cas, on se prépare à tous les scénarios.
03:27Tous les scénarios, c'est aller au bout d'une opération.
03:30On ne sait pas de quelle opération il s'agit.
03:32Pour nous, c'est vraiment notre travail, c'est de faire face aux besoins du flux qui
03:39arrivent aujourd'hui à Beyrouth et qui cherchent à rejoindre, en vérité, tout le nord Liban.
03:44Donc, nous, c'est de faire face à ces populations.
03:46Et encore une fois, nous avons des femmes, des enfants, des familles entières qui arrivent
03:50sans rien.
03:51Et surtout, comme on ne sait pas comment cette situation va évoluer, vont-ils pouvoir retourner
03:55un jour chez eux ?
03:56Nous ne le savons pas.
03:57C'est la question que j'allais vous poser, puisque vous nous dites, en fait, depuis ces
04:00dernières 48 heures, on gère avec de l'eau et à manger, comment pouvez-vous les aider
04:05à rester plus longtemps sur place ?
04:08Il sera par définition la seconde phase de votre aide.
04:11Il sera peut-être la seconde phase de notre aide.
04:13En tout cas, c'est vrai que nous, on l'anticipe.
04:15Ça, c'est des choses que l'on fait déjà.
04:17Nous, on était au Liban déjà très impliqués dans les camps du sud Liban auprès des réfugiés
04:23syriens, notamment.
04:24Vous savez, il y a plus d'un million cinq de réfugiés syriens, il y a 500 000 réfugiés
04:28palestiniens.
04:29Donc, nous, on avait déjà ça.
04:31Par contre, là, comment on aide aussi les populations libanaises qui se sont vraiment
04:36beaucoup appauvries depuis l'explosion du port de Beyrouth il y a quatre ans.
04:39Et donc, on va juste continuer ces programmes là.
04:42Ces programmes là, c'est quoi ? C'est qu'une fois qu'on a donné à boire, une fois qu'on
04:45a donné à manger, une fois qu'on a distribué un matelas, dans un second temps, peut-être
04:48dans quinze jours, peut-être dans trois semaines, il faudra penser à créer un réseau de logement.
04:54Il faudra penser à distribuer du cash, ce qu'on appelle distribuer du cash, de l'argent
04:58pour que les gens puissent subvenir eux-mêmes à leurs besoins.
05:00Tout ça, ce sont des plans et des scénarios sur lesquels nous travaillons en ce moment.
05:03Ça peut aller jusqu'à essayer de collaborer d'une façon ou d'une autre à l'éducation
05:07des enfants qui, du jour au lendemain, n'ont plus d'école ?
05:09Alors, ça, on passe dans une phase qui sera un petit peu plus de long terme, qui est une
05:12phase dite de développement ou de relèvement, peut-être le relèvement avant le développement,
05:17comme on dit dans notre jargon.
05:18Oui, ce sera peut-être le cas.
05:19Il y a plus de 70 écoles aujourd'hui qui ne fonctionnent plus.
05:22On a un taux de déscolarisation des enfants dans le sud extrêmement important, mais aussi
05:27pour les plus affaiblis à Beyrouth et autour.
05:30Vous intervenez spécifiquement avec les enfants ? Je veux dire, est-ce qu'il y a une aide
05:33psychologique qui est nécessaire ?
05:35Alors, les femmes et les enfants, il faut peut-être distinguer la situation de l'urgence
05:42pure.
05:43Et là, nous sommes dans l'urgence pure.
05:44C'est pour ça qu'aujourd'hui, vraiment, on a besoin de la solidarité internationale.
05:47On parle de besoins extrêmement basiques.
05:49Avec les enfants, ce que l'on fait plus tard, c'est ce que l'on fait autour des femmes
05:52et des enfants.
05:53Et ça, ça dépend des programmes que l'on met en plus en place.
05:55Ça va être de la formation, de l'éducation, etc.
05:59Ça dépend d'un pays à l'autre, ce que l'on a à faire.
06:01Au Liban, aujourd'hui, on ne travaillait pas forcément sur ce terrain-là, on travaillait
06:05auprès des femmes et des communautés de femmes sur la question de la sécurité alimentaire
06:10et l'agriculture.
06:11Demain, nous verrons.
06:13Que peuvent faire l'Europe et la France ? Parce que nous sommes amis d'Israël et en même
06:16temps horrifiés par la violence, des frappes qui touchent aussi la population palestinienne
06:21et libanaise.
06:22Que peut faire l'Europe ? Elle a déjà appelé un cessez-le-feu.
06:26Je pense que l'ensemble de la communauté internationale, tout comme les organisations
06:32que nous représentons, nous de la société civile, comme les ONG, nous avons un intérêt
06:36à demander un cessez-le-feu et un respect du droit international.
06:40Le droit international humanitaire notamment est là, quand même, d'une manière extrêmement
06:45choquante, dans l'ensemble de cette région, complètement balayée.
06:48A la tribune des Nations Unies, le président Turc Erdogan déclare, lui, que le système
06:52de l'ONU meurt à Gaza, meurt à Gaza.
06:55Il a raison.
06:56Ce sont des paroles fortes.
06:57Ce sont des questions que vous vous êtes posées parfois.
06:58Ce sont des paroles fortes.
06:59Nous, ce que l'on observe, c'est que ce sont les populations civiles qui partout paient
07:04le prix.
07:05Voilà.
07:06Dans cette région notamment, de manière disproportionnée, d'une manière ciblée,
07:10nous observons qu'il y a une violation du droit humanitaire qui, normalement, vise
07:15à, quand même, séparer ce que doit être une cible militaire de ce que sont des cibles
07:20civiles.
07:21Et aujourd'hui, nous, nous le constatons, ce sont les civils qui paient le prix fort.
07:24Et notre boulot, en tant qu'organisation humanitaire, c'est d'être aux côtés de
07:28ces civils.
07:29Vous aviez vu une situation pareille auparavant, dans les différents pays où vous êtes intervenu ?
07:33Gaza est un cas à part.
07:35C'est vrai que Gaza est une situation sans précédent.
07:39Nous l'avons déjà dit, nous, CAIR, nous prenons la parole sur cette question.
07:42Le Liban, aujourd'hui, est une escalade qui nous inquiète.
07:47Et c'est pour ça que nous appelons, de nouveau, toutes les parties prenantes.
07:50Nous, on a une neutralité.
07:51La neutralité d'une organisation comme la nôtre, c'est pour nous permettre d'accéder
07:55aux gens qui en ont besoin.
07:57Donc, on doit préserver cette neutralité.
07:59Pour autant, nous appelons toutes les parties, aujourd'hui, de cette région au calme et
08:04à l'intelligence collective en demandant un cessez-le-feu.
08:08Merci beaucoup, Adéa Guillaume, porte-parole de l'ONG CAIR.
08:10Et je précise que vous pouvez faire, vous qui nous écoutez, un don aux victimes.
08:14Allez-vous sur le site de l'association CAIR, pardonnez-moi, www.cairfrance.org, les prochaines
08:2248 heures sont absolument vitales pour les populations sur place.
08:25Nous sommes d'accord ?
08:26Elles le sont.
08:27Merci beaucoup, Adéa Guillaume.
08:28A 18h45, donc dans un quart d'heure, retour sur les troubles 10 des millions de Français
08:32sont concernés.
08:33Dyslexie, dysphasie, dysorthographie, la Présidente de la Fédération Française des Dys sera donc
08:37avec nous.
08:38Vous avez envie de respirer ? Nous allons partir dans le Périgord.
08:44RTLSOI
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