00:00Comment finir avec les logements bouilloires ? C'est le thème de ce Smart Impact avec Hélène Denise, bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Bienvenue, vous êtes chargée de plaidoyer à la Fondation Abbé Pierre, qui porte encore ce nom pour quelques jours, on va dire ça comme ça.
00:18Philippe Séas, bonjour.
00:19Bonjour.
00:20Bienvenue à vous, vous êtes le président d'Actibé. En quelques mots, c'est quoi Actibé ?
00:24C'est un syndicat professionnel regroupant l'ensemble des installateurs et des fabricants en stores, fermetures, portes et portails.
00:30Voilà.
00:30On va voir que vous proposez évidemment des solutions pour lutter contre ces logements bouilloires, Hélène Denise. C'est quoi un logement bouilloire ?
00:38Alors, il n'y a pas de définition officielle, justement, mais à l'instar des passoires thermiques qu'on arrive à définir en fonction du DPE,
00:45les bouilloires, c'est assez difficile, mais ce sont des logements dans lesquels il fait trop chaud à tel point qu'on questionne leur habitabilité.
00:50Ça va vraiment au-delà du confort d'été. C'est souvent des logements qui sont mal isolés, mal ventilés, souvent qui n'ont pas de protection solaire.
00:58Donc les personnes sont dans l'incapacité de se protéger du soleil pendant la journée et qui se trouvent aussi souvent dans des environnements surchauffés,
01:05par exemple dans les quartiers populaires où il y a très peu de végétalisation, où c'est très minéralisé, avec beaucoup de circulation,
01:11où il va se faire très chaud, beaucoup plus qu'en dehors de l'espace urbain.
01:14— Alors ça semble une évidence, mais il faut sans doute la détailler, la rappeler. Le lien avec le réchauffement climatique, c'est-à-dire que c'est quoi ?
01:22On va, les uns et les autres, être confrontés à de plus en plus de vagues de chaleur, c'est ça ? Et donc pour les gens qui habitent dans ces logements bouilloires,
01:30on imagine les conséquences ? — Effectivement, les vagues de chaleur sont de plus en plus intenses, de plus en plus fréquentes, de plus en plus longues.
01:35On l'a tous remarqué. Et donc le nombre de personnes qui déclarent avoir trop chaud chez elles, par exemple, a augmenté de 26% en 10 ans,
01:42puisque les canicules se multiplient et nos logements ne sont pas adaptés. Beaucoup trop de logements sont s'envoler, sont mal isolés, mal ventilés, je le disais.
01:49Et donc effectivement, il y a une augmentation du nombre de personnes qu'on appelle en précarité énergétique d'été, qui n'arrivent pas à se protéger
01:57avec toutes les conséquences sanitaires, sociales que ça peut avoir. — Philippe Sias, pour un logement qui est considéré comme bouilloire,
02:06il y a des solutions techniques. Ça représente quel investissement ? Évidemment, ça doit dépendre de la taille du logement, du nombre d'ouvertures, etc., etc.
02:15Mais vous voyez ce que je veux dire ? On est dans des populations souvent précaires et des investissements qui sont relativement importants
02:22par rapport au budget de ces populations. — Disons que oui. Alors évidemment, sur les stores extérieurs, parce que là, on parle vraiment de stores
02:29ou de protections fermetures extérieures, parce qu'une fois le rayon solaire passé par le vitrage, ça s'est déjà transformé en chaleur.
02:36Donc c'est vraiment sur cette partie-là. Donc c'est un peu plus cher que le store intérieur. Même si déjà, le store intérieur peut faire quelque chose,
02:42c'est quand même pas aussi efficace. Et on peut effectivement envisager, alors en fonction du nombre de fenêtres, des dimensions, de la mise en œuvre...
02:50— Bien sûr. — Je vais vous en parler des meilleures. Aux alentours de 1 500, 1 000, 1 500 € sur un équipement d'un logement, ce qui est, on va dire,
03:01pas forcément d'un grand niveau, même si c'est déjà 1 500 € par rapport à d'autres travaux que l'on peut avoir dans des logements.
03:07— Avec un effet rapide, évident sur la baisse de température dans ces logements bouilloires, confrontés au bac de chaleur ?
03:15— Je crois que tout le monde l'a déjà certainement vécu. Vous êtes en pleine chaleur sur une terrasse. Un store se déploie et vous vous sentez déjà
03:23bien mieux et bien plus à l'aise. Donc c'est tout de suite perceptible. La seule problématique, on va dire, c'est qu'au-delà déjà de promouvoir
03:32la protection extérieure, il faut aussi pouvoir... J'allais dire c'est un terme un petit peu automatisé, ou en tout cas rendre beaucoup plus performant
03:42le store, même quand l'utilisateur n'est pas là, par des automations simples, un peu comme si vous metteriez un thermostat sur un radiateur.
03:49Aujourd'hui, ça paraît assez traditionnel. Aujourd'hui, il faudrait aussi mettre – entre guillemets – une sorte de petite commande thermostatique,
03:56pas plus, pas moins, mais qui permettrait naturellement que le store descende pour éviter que la chaleur rentre dans le logement,
04:01alors que les personnes vont travailler, ne sont pas forcément dans ce logement. Donc c'est vraiment à la fois protection et gestion de cette protection
04:08qui devraient être, à mon avis, une des bases... Alors évidemment, c'est mon métier, mais une des bases quand même de l'amélioration de ces logements.
04:18— Et on va parler politique publique. Vous avez publié cet été un rapport sur ces logements bouillards. Vous dites que l'État reste de glace
04:25au titre de ce rapport. Pourquoi ? Manque de subventions, manque d'aide, pas plus de confiance ?
04:31— Tout à fait. Aujourd'hui, la question de la chaleur n'est quasiment pas prise en compte dans la lutte contre la précarité énergétique,
04:36mais pas non plus dans nos politiques de rénovation énergétique, qui se concentrent surtout sur la décarbonation des logements,
04:42sur le maintien d'une température minimale, sur la réduction de la consommation d'énergie, et s'intéressent très peu finalement à la question de l'adaptation.
04:49Alors il y a quand même des petites évolutions, des petites évolutions positives ces dernières années. Notamment, l'ANA, depuis le début de l'année,
04:56va subventionner l'installation de volets ou de brasseurs d'air dans des rénovations globales. Mais ça n'est pas le cas dans les petits gestes, par exemple,
05:03si on doit d'urgence installer des volets ou un brasseur d'air chez soi. On peut pas juste le faire en dehors d'une rénovation globale, qui, on le sait,
05:11sont des travaux qui sont très lourds. Seulement 3% des rénovations chaque année sont des rénovations globales. Donc à ce rythme, on n'y arrivera pas.
05:17Et puis surtout, la question de la chaleur n'est pas intégrée dans les critères de décence. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a beaucoup entendu parler
05:25du calendrier d'obligation de rénovation qui va peser sur les bailleurs ces prochaines années. Si vous êtes propriétaire d'une passoire thermique en location,
05:33vous devrez le rénover selon un calendrier qui est fixé. La question de la chaleur n'est pas du tout prise en compte.
05:39Mais ce ne sont pas les mêmes, un appartement qui a une passoire thermique ? Il n'est pas forcément aussi une bouilloire l'été ?
05:44Ça peut arriver, effectivement. Trois quarts des personnes qui déclarent avoir froid l'hiver dans leur logement ont aussi chaud dans leur logement.
05:50Puisque, effectivement, les bouilloires, c'est aussi des logements mal isolés, mal ventilés. Mais on ne rénove pas exactement de la même façon.
05:55Parce qu'aujourd'hui, on va faire des rénovations où on va isoler très bien le logement, faire une enveloppe. Mais en fait, on va transformer le logement en thermos
06:04si on ne va pas en plus ajouter des occultations solaires. Donc il faut vraiment que la question de l'adaptation soit systématiquement prise en compte
06:11dans les travaux qui sont subventionnés par l'État dans le cadre de MaPrimeRénov', de tous les dispositifs qui existent.
06:17– Philippe Serres, qu'est-ce que vous attendez de l'État, justement, après la publication de ce rapport ? Parce que vous parliez de MaPrimeRénov'.
06:23On a vu qu'il y avait des arbitrages qui avaient été faits par le gouvernement des missionnaires et avec une enveloppe moins importante pour MaPrimeRénov'.
06:29Donc, bon, on peut peut-être être un peu inquiets. Qu'est-ce que vous en attendez ?
06:33– Déjà, premièrement, MaPrimeRénov', c'était, comme le disait Hélène, une vraie avancée de reconnaissance que, déjà, nos produits soient intégrés
06:44dans la rénovation énergétique des logements. Le fait est que c'est encore une vinaigrasse. C'est pas...
06:51– Pourtant, elle a été simplifiée une fois, mais bon.
06:53– Oui, et puis, en plus, elle a été simplifiée, mais à différentes reprises, dans un timing.
06:57J'ai vu un rapport comme quoi il n'y avait à peu près que 52, sur toute la France, 52 projets aidés par MaPrimeRénov'
07:06dans le domaine de la protection solaire, à juin 2024.
07:09Pour vous dire qu'on est loin de ce qu'il faut faire. Non, ce qu'il faut, c'est rendre les choses plus simples,
07:15c'est-à-dire, soit une TVA réduite, ce qui serait très bien, parce qu'une TVA 5,5, comme celle, déjà, pour la fenêtre qui est isolante,
07:21pour le store, ça pourrait être une très bonne chose. Et puis là, pour le coup, moins de démarches administratives.
07:26Vous disiez effectivement aussi le geste, le monogeste, c'est-à-dire, oui, j'installe un store ou j'installe des stores,
07:34j'ai besoin d'un épaulement de MaPrimeRénov'. Troisième point aussi, laisser deux œufs, avec la possibilité de pouvoir...
07:41– Les certificats d'économie d'énergie. – Les certificats d'économie d'énergie, pardon.
07:44Et là, on a un petit point juste d'achoppement juridique avec la DGEC, qui veut absolument avoir une problématique de thermique.
07:56Et là, on a un problème juste juridique, parce qu'en plus, ce n'est pas de l'argent de l'État, ce sont les obligeants qui doivent aider
08:05ceux qui veulent rénover leur logement. Donc là aussi, le C2E, c'est un point très important. Et on en parlait ensemble avant-plateau.
08:12Le DPE, au moins, veut que la protection solaire soit intégrée dans le DPE.
08:19– Est-ce qu'il y a une... Alors évidemment, là aussi, la question est un peu trop large. Mais bon, vous parliez des bailleurs.
08:25Il y a une mauvaise volonté parfois, il y a une prise de conscience quand même. Comment vous évaluez ça ?
08:33– Alors au niveau des passeurs thermiques, maintenant, on en parle beaucoup. Les bailleurs commencent à savoir
08:37qu'il va falloir rénover de façon progressive. Et il faut effectivement continuer à les aider, à les accompagner.
08:42– L'aiguillon réglementaire accélère le mouvement. Vous voyez l'effet, il est réel. Ça, vous l'avez ressenti ?
08:49– Absolument. On voit un nombre de propriétaires bailleurs qui vont s'adresser aux services de la rénovation énergétique,
08:55qui est de plus en plus important. Donc on voit qu'il va y avoir un mouvement. Il faut continuer à rappeler les obligations
09:01qui passent sur les bailleurs et aussi informer les locataires de leurs droits, parce qu'ils ne sont pas forcément au courant,
09:06par exemple, qu'on ne peut pas augmenter leur loyer s'ils vivent dans une passoire thermique, ce genre de choses.
09:10Donc ça, il faut continuer à le faire. Et sur la question de l'adaptation, effectivement, faire évoluer le DPE
09:15pour que le critère de la chaleur soit mieux pris en compte et que ce soit un vrai cap pour faire une politique publique
09:21d'adaptation qui soit à la hauteur.
09:22– On parle de politique publique, c'est une question de santé publique. C'est-à-dire qu'il y a un impact de ces...
09:29Alors, restons sur les boulevards thermiques, sur la santé des occupants qui ensuite, évidemment, vont coûter de l'argent
09:35au régime de sécurité sociale. Enfin, c'est basique, mais il faut le rappeler.
09:40– Absolument. On estime qu'on a 50 millions d'euros par an de dépenses de santé publique à cause des canicules,
09:51à cause de la chaleur. L'année dernière, c'est 5 000 personnes qui sont encore décédées à cause de la chaleur.
09:55C'est aussi 20 000 recours au centre d'urgence. Donc on voit que ça pèse vraiment sur notre système de soins.
09:59Et c'est souvent les plus fragiles, donc les personnes âgées, les enfants. Et puis au-delà de ça, ce sont souvent
10:04les plus modestes qui vivent dans des boulevards thermiques, dans des quartiers qui sont mal adaptés.
10:10Et donc c'est souvent eux aussi qui en pâtissent le plus. Et c'est pourquoi c'est vraiment une facette du mal-logement
10:15et une vraie source d'inégalité.
10:18– Philippe Serras, la clim, c'est une solution ? Une fausse bonne solution ?
10:21– C'est une solution auquel on ne peut pas déroger. Déjà, on le comprend bien dans des hôpitaux et choses comme ça.
10:29Et puis ça dépend aussi de la région dans laquelle on se trouve. Donc la climatisation, oui.
10:33Mais avant d'utiliser la climatisation, utilisons tout ce qui est en nos pouvoirs pour réduire la consommation
10:39de ces climatisations. Et surtout qu'en plus, le problème de la climatisation, surtout les petites climatisations
10:45qu'on trouve dans les grandes surfaces de bricolage, etc., ce sont des achats d'impulsion.
10:49Au moment où il fait une chaleur folle, tout le monde s'achète sa petite climatisation.
10:54Donc de qualité discutable, d'efficacité également discutable, et puis un apport d'énergie qui est incroyable.
11:05En plus, vous créez des compresseurs extérieurs qui font des îlots de chaleur.
11:09Là où on a déjà chaud, on recrée de la chaleur, on consomme de l'énergie.
11:14C'est-à-dire que, sans être contre la clim, parce que bien évidemment, il y en a besoin,
11:18il faut, avant la clim, faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que l'on puisse réduire au maximum
11:23son utilisation.
11:26Merci beaucoup. Merci à tous les deux et à bientôt sur Bsmart4Chain.
11:29On passe tout de suite à notre rubrique Start-up.