00:00Il est 18h18, bonsoir Maître Antoine Veil, merci beaucoup d'être avec nous, vous êtes
00:08avec votre consoeur Céline Astoff, l'un des deux avocats d'Hugo Auradou et d'Oscar
00:12Gégou.
00:13Il s'agit des deux joueurs de l'équipe de France de Rugby accusés de viols aggravés
00:16en réunion lors de la tournée du 15 de France cet été en Argentine.
00:19Ils peuvent désormais officiellement rentrer en France, on l'a appris il y a quelques
00:23instants.
00:24Mais avant de vous donner la parole, on se tourne vers Thomas Proutot, notre chef du
00:27service Police-Justice.
00:28Rappelez-nous Thomas, ce que l'on sait de cette affaire ?
00:30Alors, les faits remontent au 6 juillet dernier, après un test match remporté par les Bleus,
00:35victoire fêtée dans une boîte de nuit de Mendoza, ça se trouve à l'ouest du pays.
00:39Vers 5h du matin, le deuxième ligne, Hugo Auradou rencontre une femme, une Argentine
00:44qui passe la soirée avec des amis.
00:46Tous deux sont alcoolisés, ils flirtent, s'embrassent, les deux rentrent ensemble
00:50à l'hôtel des Bleus.
00:52Dans la chambre d'Auradou, ils débutent une relation sexuelle.
00:55Oscar Gégou, qui partage la chambre, arrive 6 minutes plus tard, il entre à son tour.
00:59Une relation atroce instaure, dont les détails vont faire l'objet de versions extrêmement
01:04contradictoires.
01:05La femme reste un peu plus de 3h, rentre chez elle et le soir même décide de porter plainte
01:10pour viol en réunion.
01:12Selon la plaignanté française, elles l'ont frappée à plusieurs reprises, forcée à
01:15de multiples rapports et empêchée de sortir de la chambre.
01:17Elle affirme aussi que dans la boîte de nuit, Hugo Auradou a tenté de l'emmener de force
01:22dans les toilettes.
01:23Tout cela est formellement démenti par les deux joueurs qui plaident une relation consentie.
01:27Que s'est-il passé ensuite ?
01:28Dès le lendemain, les deux Français sont placés sous bracelet électronique et de
01:30très nombreuses expertises sont ordonnées.
01:33Mais début août, de très nombreuses contradictions dans les affirmations de la plaignante vont
01:37se faire jour.
01:38Aucune vidéo notamment ne vient démontrer les contraintes décrites au magistrat.
01:42Des questions également se posent sur les équimaux sur son corps qu'elle attribue
01:45à des coups et que les experts médicaux mettent en doute car la plaignante souffre
01:49d'un problème de coagulation sanguine.
01:51Petit à petit, l'étau judiciaire va donc se desserrer jusqu'à cette décision ce
01:56soir sur leur retour en France.
01:57Merci beaucoup Thomas Bretaud.
01:58Maître Antoine Veil, avocat des rugbymans de France et jeune ralpel, expliquez-nous
02:02ce qui a motivé cette décision selon vous.
02:04C'est qu'ils sont innocents et que par opposition à certaines affaires, ici la
02:09justice a pu fonctionner très vite, recueillir des éléments objectifs et que petit à petit
02:14a émergé non pas un doute sur leur culpabilité mais la démonstration qu'ils n'ont pas
02:19violé cette femme et qu'ils ne l'ont pas violentée.
02:21Je corrige juste un point parce que je pense que c'est important, ce n'est pas six
02:25minutes plus tard qu'Oscar arrive dans la chambre, c'est une heure plus tard donc
02:29pendant une heure et pendant en fait trois heures cette personne est restée dans la
02:32chambre.
02:33Quand je dis que c'est des éléments objectifs c'est qu'on a eu les vidéos qui sont
02:36rentrées puis après les experts, les experts médicaux ont attesté que le récit qui était
02:41donné par la plaignante n'était pas possible tel qu'elle l'avait donné parce que par
02:44exemple elle dit qu'elle a été strangulée, tirée au sol, un expert médical très vite
02:49dans le dossier est arrivé en disant non, si elle avait subi ces violences-là elle
02:52aurait des marques, elle aurait des coups qu'elle n'a pas.
02:54Il y aurait une contre-expertise ? Il y a eu une demande de contre-expertise
02:57et d'ailleurs en fait il n'y a aucun élément qui est venu et qui était à charge contre
03:02les joueurs.
03:03Donc on peut se dire que c'est long un mois pour mener ces enquêtes, ça a été finalement
03:08très rapide mais à partir du moment où vous avez la certitude que ces gens sont innocents,
03:12à chaque minute est un supplice pour eux et il est temps maintenant qu'ils rentrent
03:16dans notre pays.
03:17Mais surtout la question que cette affaire va poser c'est comment on va maintenant réparer
03:21les dommages de la campagne médiatique qu'ils ont subi parce que non seulement ils ont été
03:24accusés à tort mais ils ont été aussi présentés comme des coupables.
03:27On va y venir.
03:28Sauf prolongement du délai légal, votre demande de non-lieu sera donc examinée d'ici
03:31le 10 septembre par la justice argentine.
03:33Oui.
03:34Comment on fait pour travailler des milliers de kilomètres même si vous avez une consoeur
03:38ou un confrère là-bas qui est votre relais ?
03:40D'abord on a effectivement des avocats argentins, ils en ont eu deux qui ont été très compétents,
03:45qui ont beaucoup travaillé, je veux dire le mois d'août a été intégralement consacré
03:49à ça, collecter les éléments, se rendre à Mendoza, enfin voilà on a eu des professionnels
03:54avec nous qui étaient très compétents et deuxièmement ils ont été extrêmement soutenus
03:58par leur club, par leur famille, par la fédération parce que dès le jour numéro un, personne
04:03n'a jamais douté de leur innocence.
04:04Que s'est-il vraiment passé lors de cette soirée du 6 juillet selon vos clients Antoine
04:10Raconte-t-il.
04:11Il s'est passé d'abord quelque chose qui se passe je veux dire dans chaque soirée,
04:16quand vous avez des gens qui ont 20 ans, qui ont connu une grande réussite, c'est d'être
04:22sélectionné en équipe de France, un très bon match, ils sont sortis ensemble, ils ont
04:25fait la fête, ils ont rencontré cette femme, ils ont eu des relations sexuelles consenties
04:30et ils sont repartis avec leurs camarades et ils avaient l'impression d'être...
04:33Sans aucune violence ?
04:34Mais non, parce que ce ne sont déjà pas des gens violents, ce ne sont pas des gens
04:38qui ont des précédentes violentes.
04:39Pourquoi voulez-vous que deux jeunes de 20 ans qui sont en équipe de France, qui sont
04:42des sportifs de haut niveau, qui n'ont jamais eu de problème, tout à coup se mettent à
04:45violenter une femme ?
04:47Et donc c'est ça toute la difficulté, c'est qu'on a renversé dans notre société, mais
04:52c'est acceptable si on veut combattre les violences faites aux femmes, ce n'est pas
04:55acceptable quand on défend des innocents, parce qu'on se dit, mais alors qu'est-ce
04:58qui s'est passé ?
04:59Et bien la vérité, c'est que ces gens-là n'ont commis aucun crime et qu'aujourd'hui
05:04on doit se battre et on devra continuer à se battre pour restaurer juste la vérité
05:08des choses.
05:09A contrario, pourquoi cette femme mentirait-elle ?
05:10Et ça, c'est la question s'empiternelle de tous les dossiers dans lesquels...
05:13Je vous remercie, si une photo vous dérange, si une question vous dérange, ça devient
05:16une question s'empiternelle.
05:17Non, mais ce n'est pas qu'elle me dérange, c'est que bien évidemment qu'il n'y a pas
05:20de réponse à ces questions, la vérité psychologique de quelqu'un, c'est quelque chose de complexe.
05:24Alors après, je peux vous dire que peut-être cette plaignante, puisqu'on dit toujours
05:28la victime, c'est une plaignante, peut-être que cette femme qui accuse, elle a des difficultés,
05:32peut-être qu'elle a raconté quelque chose dans laquelle elle a été conditionnée,
05:35peut-être qu'il y a un mensonge qui a été fait et dont elle ne s'est plus tirée.
05:39Mais si vous voulez, les vérités psychologiques de pourquoi une personne décrit des faits
05:43qu'elle peut même penser comme vrais mais qui ne correspondent pas à la réalité,
05:47c'est une question qu'on voit tous les jours devant la cour d'assises et à mon avis, c'est
05:51la mauvaise façon de prendre les choses parce que c'est comme ça qu'on commet des injustices.
05:54En revanche, vous continuez d'affirmer ce soir sur RTL qu'elle avait accepté de les
05:58rejoindre dans leur chambre.
05:59Bien sûr, mais ce n'est pas que je l'affirme, c'est que les éléments des vidéos, les
06:02témoignages le montrent et le démontrent.
06:04Heureusement qu'on a des vidéos qui montrent comment elle a regagné la chambre.
06:09Un élément que vos auditeurs vont comprendre, Hugo Auradou avait oublié sa clé.
06:14Il a donc laissé cette plaignante devant la porte de sa chambre.
06:18Pendant plusieurs minutes, il est redescendu chercher sa clé et il lui a donné son téléphone
06:22portable à lui.
06:23Donc forcément, elle n'a pas été contrainte de rentrer dans la chambre, elle aurait pu
06:26partir à ce moment-là.
06:28Finalement, si on détricote tout ce qu'elle a raconté, ce qu'a fait la justice, ce
06:32qu'a fait le parquet de Mendeça, on arrive à un récit, c'est les procureurs qui le
06:36disent, qui est incohérent et qui ne correspond pas à la réalité.
06:39Donc ces gens sont innocents et on va le marteler parce qu'aujourd'hui, notre priorité
06:44c'est plus qu'ils rentrent.
06:45J'espère qu'ils vont rentrer dans les prochaines heures.
06:47C'est comment on répare l'atteinte qui a été faite à leur image ? Est-ce que demain,
06:51Hugo Auradou, il va être sélectionné en équipe de France ? Et est-ce que ça sera
06:54un problème ? La présentation qu'on a faite de lui était fausse.
06:57Comment expliquez-vous les blessures effectives subies par cette femme ?
07:00Je ne l'explique pas, je ne suis pas expert, mais il y a un expert qui les a expliquées
07:04et qui a dit d'abord, la première chose, c'est qu'il y a des allégations qui sont
07:08faites qui ne sont pas attestées médicalement.
07:11Et ça, ça pose un problème.
07:12Elle dit, si elle avait été tirée par le sol, si elle avait été strangulée, asphyxiée,
07:17il y aurait des marques, il n'y en a pas.
07:18Deuxièmement, elle dit, sur les marques qu'il y a, on me pose la question, moi, expert,
07:22est-ce que c'est des blessures intentionnelles ? La réponse est non.
07:25Ça peut être dû à des traitements esthétiques, c'est ce qu'elle dit, etc.
07:28Et quand l'expertise a été rendue, dernier point, l'expert a tout de suite dit, elle
07:32est étrange cette plaignante parce qu'elle a la peau qui marque beaucoup.
07:35Et on a découvert trois semaines plus tard qu'elle avait une maladie qu'elle n'avait
07:38pas déclarée à la justice argentine et qui l'empêche de collaguler.
07:42Donc n'importe quel choc a pu causer ces marques.
07:45Peut-être je peux vous poser la question autrement, c'est, vous contestez les blessures
07:47ou vous contestez le fait que vos clients soient les auteurs, ce qui n'est pas la même
07:50chose ? Ça dépend d'abord qu'est-ce qu'on entend
07:52par blessure.
07:53Il y a environ trois semaines qu'on ergote sur des marques, des lésions, des échymoses,
07:57des blessures.
07:58Pour moi, une blessure, c'est quelque chose qui est de l'ordre intentionnel et ça veut
08:03dire que ça a été causé par des coups.
08:04Donc ça, je le réfute.
08:05Il n'y a aucune blessure parce qu'il n'y a jamais eu l'intentionnalité de causer du
08:09mal à cette personne.
08:10Ils ont souhaité avoir un rapport sexuel consenti, donc il n'y avait aucune raison
08:14de lui faire du mal.
08:15Si la justice argentine leur demande de revenir sur place, ils assumeront ? Ils ont pris un
08:18engagement ? Non mais ils l'ont pris depuis le jour numéro
08:21un.
08:22Tout le monde a collaboré.
08:23Et je vais vous dire une chose.
08:24Quand vous défendez des innocents...
08:25Ma question, c'est est-ce qu'ils retournent là-bas s'ils sont sollicités par la justice
08:29argentine ? D'abord, la justice argentine ne leur demandera
08:31pas parce qu'aujourd'hui, elle a la preuve de leur innocence, donc ça ne se produira
08:35pas.
08:36Mais deuxièmement, quand vous êtes avec des innocents, vous ne cherchez pas les juges
08:39comme des gens qui vont vous réprimer.
08:41Vous cherchez des juges comme les gens qui vont vous redonner votre liberté.
08:45Et nous, c'est le rapport qu'on a eu tout le temps.
08:46Heureusement qu'il y a des juges parce que s'il n'y avait pas de juges, ils auraient
08:49déjà été condamnés.
08:50En fait, il y a des juges qui ont travaillé et ces juges vont dire ce qu'est la justice,
08:55c'est-à-dire, objectivement, ces gens sont innocents.
08:58Ils vont reprendre leur carrière normalement ?
09:00Je l'espère de tout cœur.
09:02D'abord, ils vont rentrer dans leur famille, ils vont rentrer dans leur club.
09:05Je sais que leur famille les attend, je sais que les clubs les ont beaucoup soutenus.
09:08La fédération a fait ce qu'elle devait faire en termes de protection des droits.
09:12Quand au début de cette affaire, ils ont été violentés par l'institution judiciaire
09:16parce que c'est dur d'être mis en cause.
09:18Maintenant, ils vont rentrer en France, il va y avoir forcément un moment où ils vont
09:22devoir gérer cette espèce de vague médiatique et ils vont avoir une première apparition.
09:26Est-ce que les gens vont penser qu'ils sont innocents ?
09:29Ce qu'ils sont.
09:30Ou est-ce qu'on va tomber dans ce qui est quand même très critiquable ?
09:34Il n'y a pas de fumée sans feu.
09:35S'ils ont fait ça, c'est ça.
09:36Et c'est ça qu'on va s'attacher à essayer de corriger pendant les prochaines semaines.
09:40Merci beaucoup Antoine.
09:41Vous êtes l'un des deux avocats avec Céline Asseloff, des rugbymans français inculpés
09:45par la justice argentine jusqu'ici.
09:47Ils reviennent ce soir, Hugo Auradou et Oscar Gégou.
09:50Vous nous avez dit notamment que s'il le fallait, ils retourneraient en Argentine pour
09:53s'expliquer.
09:54Merci beaucoup.
09:55Bonne soirée à vous.
09:56Dans un instant, l'essentiel de l'actualité avec Agnès Bonfion.
09:58Nous serons au cœur d'une première mondiale, l'audio-description à la télévision.
10:02Autrement dit, comment chuchoter à l'oreille de nos non-voyants pour qu'ils profitent eux
10:05aussi de nos Jeux Paralympiques.
10:07A tout de suite sur RTL.
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