00:0080% des femmes à l'hôpital se sentent discriminées du fait de leur genre
00:03et 75% sont victimes de comportements sexistes et sexuels.
00:07C'est encore valable en 2024.
00:16Une reconnaissance et une belle visibilité pour l'association.
00:19Ce grade de chevalier, je l'ai au titre de mes activités associatives
00:22et donc c'est surtout une fierté pour ce que l'association a pu développer
00:25depuis cinq ans, depuis sa création.
00:31C'est une association qui a été créée en 2020
00:33qui a pour but de promouvoir l'égalité professionnelle
00:36femmes-hommes dans le milieu de la santé et notamment à l'hôpital.
00:40Également de lutter contre les discriminations
00:42et les comportements sexistes encore présents à l'hôpital.
00:44Et vraiment dès le départ, l'idée c'était de pouvoir faire travailler ensemble
00:48des médecins avec leur vision pratique aux pratiques du terrain
00:51et puis les directeurs d'hôpitaux ou les membres de direction hospitalière
00:54pour pouvoir justement voir quels sont, à l'échelon de l'établissement,
00:58les actions qui sont possibles de mettre en place.
01:03Tout ce qui est lutte contre les violences sexistes et sexuelles,
01:05on en a beaucoup entendu parler récemment
01:07parce qu'il y a eu le hashtag MeToo à l'hôpital
01:09avec Karine Lacombe effectivement qui a beaucoup fait parler.
01:11Et on a été sollicité par les ministères
01:13pour les aider à travailler sur des actions concrètes.
01:15On a effectivement toute une feuille de route et des actions
01:17qui vont permettre une libération de la parole
01:19mais surtout derrière des sanctions qui vont venir en face
01:22et qui vont permettre effectivement d'éviter l'impunité
01:24et l'omerta qui régnait encore à l'hôpital.
01:26Dans les actions qu'on mène, on a aussi une action de mentorat
01:28qui va être développée cette année.
01:29L'idée c'est justement d'aider les femmes à accéder au poste à responsabilité,
01:32les guider dans leur parcours, dans leur carrière
01:34pour essayer d'identifier les freins et de lever les obstacles éventuels.
01:41C'est de dire on ne va pas s'en tenir simplement à
01:44on dénonce derrière il faut des actions.
01:45Aujourd'hui les signalements sont trop peu nombreux
01:47mais ce qui est surtout très embêtant c'est que quand il y a un signalement
01:50il y a très peu de chances que derrière il y ait une sanction
01:52et que cette sanction survienne dans des délais convenables.
01:55Donc ce qu'on veut vraiment mettre en place, c'est une transparence du process,
01:58qu'il soit indépendant avec l'affaire judiciaire qui peut parfois être en cours
02:03mais pour qu'il y ait des sanctions qui soient disciplinaires et ordinales,
02:05totalement indépendantes.
02:10Dans ma carrière de chirurgienne urologue,
02:12j'avais un petit peu occulté les freins qui étaient présents
02:15au cours de l'évolution de ma carrière
02:16puis finalement j'ai réussi à avancer.
02:18Mais je me rends compte, peut-être un petit peu tard,
02:20que cette change-là que moi j'ai eue, d'autres ne l'ont pas eue
02:23et ça vaut le coup effectivement de changer un peu les choses,
02:25de changer les règles du jeu et de regarder un peu en arrière
02:28pour se dire finalement comment est-ce qu'on peut aider maintenant les jeunes générations.
02:34Ce qui a beaucoup changé, c'est la prise de conscience
02:36puisque depuis 2021, l'association Donnez des ailes à la santé
02:39communique via un baromètre qu'on fait avec Ipsos
02:42et ce baromètre permet justement de chiffrer les choses.
02:4580% des femmes à l'hôpital se sentent discriminées du fait de leur genre
02:48et 75% sont victimes de comportements sexistes et sexuels.
02:52C'est encore valable en 2024 puisque ce baromètre est réalisé de manière annuelle.
02:56Donc depuis 2021, ce qui a changé, c'est vraiment cette prise de conscience.
02:59Les gens savent maintenant, ce qui reste à faire, c'est les actions concrètes
03:02et c'est ce qu'on continue à porter aujourd'hui.
03:07Pour faire avancer les choses, il faut des volontés institutionnelles et politiques.
03:11Alors les volontés institutionnelles, elles commencent à être là
03:13puisqu'on échange beaucoup avec le CNG,
03:15qui est le Centre National de Gestion, qui nomme les PH.
03:18On échange beaucoup aussi avec la conférence des DG de CHU
03:21et les conférences de DG de CH.
03:22Également avec les ministères et avec les associations d'étudiants.
03:29C'est à peu près 60% des effectifs à l'hôpital qui sont des femmes.
03:32Et quand on voit la féminisation des professions et dans toutes les spécialités,
03:36on voit que les étudiantes en médecine sont à peu près,
03:38en deuxième année de médecine, 80% des effectifs.
03:40L'erreur, c'est de se dire que logiquement, comme il y a cette féminisation,
03:44les postes à responsabilité vont également se féminiser.
03:46C'est faux et ça, on le constate depuis 20 ans,
03:48même dans les spécialités les plus féminisées.
03:51On est entre 20% à 30% de chefs de service
03:54et seulement 24% de PU-PH femmes.
03:57Et donc, on voit qu'il y a un énorme décalage.
03:58Probablement qu'une des raisons, c'est beaucoup d'autocensure de la part des femmes.
04:02Alors, on peut bien imaginer que quand on a vécu des violences sexistes et sexuelles,
04:06on est peut-être moins à même de se sentir légitime pour aller demander un poste.
04:10Et puis, il y a tout le poids culturel.
04:12Les femmes ont été élevées avec ce qu'on appelle le syndrome de la tiare,
04:15c'est-à-dire l'impression qu'il faut attendre qu'elles vont faire la bonne élève,
04:19qu'elles vont faire le job et puis qu'un jour, on va venir leur placer la couronne sur la tête.
04:22Mais ce n'est pas comme ça que ça marche en milieu professionnel.
04:24Il faut parfois savoir réclamer.
04:26Et donc, il y a tout un enseignement à faire et c'est là que le mentorat peut avoir un intérêt.
04:33Aujourd'hui, c'est 50% des internes en neurologie qui sont des femmes.
04:36Donc, les choses vont peut-être changer.
04:38En neurologie, s'il n'y a pas de rôle modèle féminin,
04:40eh bien, il n'y a pas de femmes qui montent.
04:42On voit que les choses bougent.
04:43On voit qu'il y a des femmes qui commencent depuis deux ans à être nommées sur des postes de professeurs.
04:47Également, des femmes qui arrivent au comité d'administration de la spécialité.
04:54Jamais rien lâcher parce qu'effectivement, la facilité, c'est de se dire qu'on baisse les bras,
04:57que les choses n'avancent pas assez vite.
04:59C'est vrai que les choses avancent lentement, mais elles avancent.
05:01C'est ça qui compte.
05:01Comme le disait Simone de Beauvoir, il suffit d'une crise politique, économique ou religieuse
05:06pour que les droits des femmes reculent.
05:08Donc, ne lâchons rien.
05:09Il faut rester vigilante et il faut continuer à avancer.
05:12Même si la route est longue, les choses se font et c'est le principal.
05:17C'est ça, c'est ça, c'est ça.
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