00:00Bonjour Agnès Evren, merci de nous avoir rejoint ici au micro de Public Sénat.
00:03Vous êtes sénatrice LR de Paris, grosse zone de turbulence pour la vie politique française.
00:08Si vous voulez bien raconter nous la journée d'hier,
00:10qui restera sans doute dans l'histoire de la droite française.
00:13Comment ça s'est passé ? Vous vouliez un bureau politique.
00:15Il n'a pas pu se tenir car le siège d'ILR a été fermé par Éric Schotty.
00:19C'est tragique, comique ?
00:21C'est un spectacle affligeant parce que ce spectacle,
00:25il intervient dans un contexte qui est assez dramatique.
00:28La France connaît une crise sociale, budgétaire, une crise politique et institutionnelle
00:35dans laquelle Emmanuel Macron nous a plongé avec cette dissolution.
00:38Et qu'est-ce qu'on constate aujourd'hui ?
00:40Un spectacle affligeant donné par la classe politique
00:43où on se rend compte que finalement les postes comptent beaucoup plus que les convictions et les valeurs.
00:47Et il y a une phrase qui dit, vous savez, quand on se regarde, on se désole,
00:50mais quand on se compare, on se console.
00:52Moi, je suis fière que la droite, dans son unanimité, a condamné la position d'Éric Schotty.
01:00Parce que regardez ce que fait la gauche aujourd'hui.
01:02La gauche, elle se fourvoie avec la France insoumise
01:04qui accepte de défendre un islam radical, qui caillasse des véhicules de policiers.
01:12Mais c'est important aussi de redire la situation en France
01:15et de constater aujourd'hui que la droite avec Éric Schotty nous fait honte
01:19et que, comme vous le disiez hier, la journée a été à la fois triste et clownesque presque.
01:25On a vu un président de parti qui en catimini a conclu des accords avec le Rassemblement national
01:34et qui a fermé tout simplement les portes du bureau du siège des Républicains
01:39pour empêcher qu'un bureau politique qu'il considérait illégal ne puisse se tenir.
01:44Il le considère toujours illégal, ce bureau.
01:46Il rejette la décision et dénonce une démarche illégale.
01:49Est-ce que vous avez pu vous assurer de la rigueur de la procédure intentée à Éric Schotty ?
01:54Écoutez, on n'en est plus là.
01:55Vous savez, lui, il est dans des manœuvres politiciennes
01:59parce qu'il est évidemment humilié hier au bureau politique.
02:03Et ça a été assez impressionnant de voir l'unanimité de tous nos ténors de droite,
02:08Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Jean-François Copé.
02:10Et comment on explique qu'il leur tourne le dos ?
02:12À Gérard Larcher, comment est-ce qu'on explique qu'il puisse leur tourner le dos ?
02:16Et les balayer, Laurent ?
02:17Mais c'est ça qui est gravissime.
02:19Pourquoi ? Parce qu'en fait, on a des statuts.
02:21Comme dans tout parti politique, il y a des statuts, il y a des règles.
02:23Il y a une charte des valeurs qui disait qu'aucun accord avec le RN ne serait acceptable.
02:27Et qu'est-ce qu'a fait Éric Schotty ?
02:28Comme il savait qu'en fait, sa position était minoritaire,
02:31il a tout simplement fait ça, comment dire,
02:34en escamotant la réalité, en fait.
02:37Parce que visiblement, dans la nuit de dimanche,
02:39à deux heures du mat', visiblement, il avait d'ores et déjà conclu des accords.
02:43Alors que le lendemain, il avait rendez-vous dans le bureau de Gérard Larcher et Bruno Retailleau.
02:47Donc est-ce que vous vous rendez compte qu'on modifie, qu'on transforme une ligne politique d'un parti
02:52sans même consulter les responsables politiques ?
02:55Donc cette situation, elle est ubuesque, elle est dramatique.
02:57Elle fait même presque pitié, en fait, à regarder.
03:00Moi, ça me rend triste de voir que ce parti politique,
03:03qui a dominé la Vème République, qui a donné cinq présidents à la France,
03:06soit aujourd'hui comme une espèce de paillasson au service d'une ambition personnelle,
03:10celle de la mairie de Nice et d'Éric Schotty,
03:12qui a une obsession, c'est de devenir ministre, il faut le dire.
03:15Oui, hier, la CNI, la Commission nationale d'investiture,
03:18a été réunie à 17h par votre parti.
03:21Elle a reconduit, enfin votre parti, du coup, elle a été reconduite par les cadres qui étaient là.
03:25Elle a reconduit les 59 députés sortants, sauf Éric Schotty
03:29et une proche du député des Appes-Maritimes.
03:31Alors, si Éric Schotty investit ses propres candidats,
03:34peut-il y avoir des candidats LR Schotty et des candidats LR parti ?
03:38Non, absolument pas.
03:39Il y aura, s'il y a des candidats estampillés RN,
03:42ils auront de fait et impérativement un candidat LR face à eux.
03:47Ça, il est hors de question.
03:48Et la marque LR, vous êtes sûre d'en être propriétaire ?
03:50Oui, oui, complètement.
03:51De toute façon, aujourd'hui, Éric Schotty a été exclu du parti.
03:54Il ne peut plus parler au nom des LR.
03:56Mais vous savez, c'est une énorme escroquerie, ce qu'a fait Éric Schotty,
03:59parce qu'en fait, c'est une coquille vide.
04:01Il n'y a qu'un seul député.
04:03Il y a 48 heures, il nous disait qu'il y aurait des dizaines de députés.
04:06Finalement, il n'y en a qu'une seule, c'est sa voisine Denise.
04:09Non, mais attendez, c'est important de le dire.
04:11En fait, le RN s'est fait totalement enfumer par Éric Schotty.
04:14Aujourd'hui, il arrive sans troupe.
04:16C'est une coquille vide.
04:17Je sais qu'il a passé son temps à appeler des anciens collègues députés
04:21pour les supplier presque d'accepter d'avoir, en fait, l'étiquette RN.
04:26Et beaucoup d'entre eux ont refusé.
04:27Donc, encore une fois, je le redis, c'est une énorme arnaque.
04:29C'est un énorme coup de bluff.
04:30Et je pense que Jordan Bardella et Marine Le Pen ont dû réaliser
04:33à quel point ils s'étaient fait avoir.
04:34Il y a une question de fond aussi, Agnès Séverine.
04:36C'est celle de l'opportunité d'une alliance avec le Rassemblement national
04:38que vous rejetez, vous, en brèche.
04:40Mais est-ce que vous êtes sûre qu'une majorité de militants LR
04:43rejette un tel accord ?
04:44Écoutez, les militants, sans doute, pour la plupart, peut-être beaucoup même,
04:49sont d'accord avec Éric Schotty.
04:50Mais j'ai envie de leur redire une chose.
04:52C'est que tout nous oppose, en dehors peut-être du régalien, sur le fond.
04:56Est-ce que nous, on a défendu un jour la Russie de Poutine ?
04:59Est-ce que nous, on a défendu un jour la sortie de l'Union européenne ?
05:02Est-ce que nous, on a défendu un jour la réforme des retraites à 60 ans ?
05:06Regardez ce qui se passe aujourd'hui sur le plan économique.
05:09La France est dans une crise budgétaire énorme
05:11et c'est les économistes eux-mêmes qui disent qu'il y aurait 100 milliards
05:14de dépenses supplémentaires avec zéro recette en face.
05:17Et donc, comment voulez-vous que nous, on puisse s'allier avec un parti
05:19qui, encore une fois, tient un programme qui est très, très différent du nôtre ?
05:23J'ai une dernière question, si vous le voulez bien.
05:25Si le RN devient la première force à l'Assemblée nationale,
05:28quel pourrait être le rôle du Sénat, où il y a seulement trois sénateurs RN ?
05:33Est-ce que vous commencez à vous pencher sérieusement sur cette possibilité ?
05:36La possibilité de quoi, pardon ?
05:37Du RN qui serait majoritaire à l'Assemblée nationale
05:40et de deux chambres qui seraient, comme ça, complètement opposées ?
05:42Oui, mais vous savez, moi, pour avoir fait beaucoup de terrain,
05:44je me rends compte qu'en fait, il y a une telle, malheureusement,
05:47détestation d'Emmanuel Macron qu'aujourd'hui, beaucoup votent,
05:49justement, Marine Le Pen et Bardella parce qu'ils en ont ras-le-bol
05:51et que c'est tous les angles morts du macronisme qui n'ont pas été gérés,
05:55que ce soit la sécurité, le régalien, les impôts, le pouvoir d'achat.
05:59Et oui, je pense qu'aujourd'hui, Marine Le Pen est difficilement battable.
06:02Je vous le dis très honnêtement et c'est là où je me dis que,
06:04sans doute, le président a été déconnecté de ne pas réaliser
06:06le rejet puissant dont il fait l'objet dans notre pays.
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