00:00Et c'est un honneur de recevoir ce matin l'un de nos plus grands comédiens, bonjour Jacques Vébert, merci beaucoup d'être là.
00:07Ça commence très fort.
00:09C'est vrai que c'est un honneur, vous allez nous présenter une pièce.
00:11Je dis ça à tous les comédiens qui viennent.
00:13Tous les grands comédiens qui viennent, et il n'y en a pas tant que ça.
00:16Une pièce formidable signée Pascal Rambert, ça s'appelle Ranger, on va en parler dans un instant.
00:21Mais d'abord on va dresser votre portrait sonore, quelques petits sons pour mieux vous connaître. Jacques Vébert, voici le premier.
00:27Ne serais-tu pas un homme à aller faire courir le bruit que j'ai chez moi de l'argent caché ?
00:32Vous avez de l'argent caché ?
00:33Non, coquin ! Dites-moi ça !
00:37Je demande si malicieusement tu n'irais pas faire courir le bruit que j'en ai.
00:41Que nous importe que vous en ayez ou que vous n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose.
00:44Tu fais le raisonneur ? Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles.
00:47Sors d'ici encore une fois.
00:49Eh ben je sors.
00:51Extrait de Lavar, joué à la comédie française avec Laurent Stoker.
00:56C'est lui.
00:57C'est pas moi.
00:59Dans le rôle d'Arpagon.
01:00Merveilleux acteur, Laurent.
01:01Excellent.
01:02Extraordinaire.
01:03Et c'est vrai que c'est la première pièce, Lavar, que vous voyez quand vos grands-parents vous emmènent enfant à la comédie française.
01:09Oui, c'est la fin, le seigneur en scène, le Deus Ex Machina de la fin de Lavar,
01:14comme toutes les fins de Molière généralement,
01:16et qui n'a qu'une phrase,
01:18qu'est ce seigneur Arpagon ?
01:20Qu'avez-vous ? Je vous vois tout ému.
01:22Et là il y avait des grands mouvements de chapeau.
01:24J'étais gamin, j'étais tout enfant.
01:26Et là j'ai dit je fais du théâtre.
01:28Claudel derrière son pilier quoi, tu vois, un truc comme ça.
01:32Et vous vous êtes dit surtout je veux faire ça à la sortie.
01:34Vous l'avez dit à votre frère, je veux faire ça.
01:36Je veux faire ça et c'était terminé.
01:38Renvoyer tous les lycées,
01:40le classique Larousse sous le bouquin de mathématiques, enfin tout ça.
01:44Et vous avez fini par monter Lavar.
01:46Alors vous l'avez mis en scène dès vos dix ans, au scout, c'est ça ?
01:48Absolument.
01:50Bravo, vous êtes très très renseigné.
01:52J'achetais le tissu, je me souviens, c'est Bouchara,
01:56qui était un magasin de tissu de l'époque.
01:58Pour faire les costumes,
02:00avec ma grand-mère,
02:02moi-même pour poudre, c'était compliqué.
02:04Et puis après je l'ai joué, le rôle d'Arpagon,
02:06dans une mise en scène de Martinelli.
02:10Mais beaucoup plus tard.
02:12Je me souviens très bien, c'était effrayant,
02:14puisque nous étions à 150 mètres du Bataclan,
02:16et on était en train de jouer,
02:18on était au théâtre qui est juste à côté,
02:20au DejaZé.
02:22Et ça c'est un souvenir,
02:24un terrible moment.
02:26Et pourquoi avoir attendu aussi longtemps,
02:28pour le jouer vraiment sur une scène ?
02:30Parce qu'on avait joué d'autres !
02:32Ils jouaient beaucoup de Molière,
02:34et puis je pense qu'il faut quand même
02:36avoir de la bouteille,
02:38comme on dit, pour jouer ce rôle.
02:40Et je vous vois avec le livre,
02:42le mise en trope, en livre de poche.
02:44Je crois que ça fait partie de ces espèces d'oeuvres
02:46un peu éternelles,
02:48quoi qu'on peut relire mille fois,
02:50ça s'ouvre de plus en plus.
02:52J'ai peut-être un vague projet
02:54qui me turlupine, mais je ne peux pas en parler trop.
02:56On verra ça.
02:58Autre extrait.
03:00C'était ça.
03:06Les yeux écarquillés de Jacques Weber.
03:08Qu'est-ce que c'est que cette musique ?
03:10C'est une musique de film.
03:12Un film de 1972, Jacques Weber.
03:14Oh là !
03:16État de siège.
03:18C'est un immense souvenir,
03:20parce que figurez-vous
03:22que nous étions là
03:24un an avant que
03:26Pinochet renverse Aliende.
03:28Nous avons vécu
03:30le tournage au Chili
03:32de quelque chose qui se passait en Uruguay,
03:34mais on ne pouvait pas y aller,
03:36puisque c'était un gouvernement
03:38qui était mis en accusation dans le film.
03:40Et c'était
03:42très émouvant
03:44d'être dans
03:46ce pays
03:48qui était en train de se réveiller.
03:50Il y avait des manifestations spontanées.
03:52C'était magnifique.
03:54On pouvait voir Aliende comme ça.
03:56Je me souviens que j'avais dit que je voulais voir le ministre de la Culture.
03:58On passe un coup de fil, salut, comment vas-tu camarade ?
04:00C'était magnifique.
04:02Et de voir après
04:04la Gabgi, mais on le savait,
04:06on était déjà au courant
04:08là-bas, qu'il y avait
04:10plusieurs solutions
04:12mises en place par la CIA,
04:14par M. Kissinger, qui entre parenthèses
04:16avait eu le prix Nobel de la paix,
04:18pour foutre l'air
04:20à Aliende.
04:22Et très émouvant aussi, j'imagine, de vous retrouver
04:24face à Yves Montand.
04:26Ah ben ça c'est énorme, parce que
04:28Yves Montand, d'abord c'était
04:30un monument, et puis
04:32j'ai eu la chance
04:34inouïe par leur fille,
04:36de connaître assez bien
04:38Simone Signoret.
04:40C'est pour moi une des rencontres
04:42les plus belles que j'ai vues.
04:44C'est une des plus grandes dames que j'ai vues
04:46dans mon métier et dans la vie, tout simplement.
04:48C'était des personnages absolument incroyables.
04:50Et à la même époque, vous avez refusé
04:52de jouer dans ce film.
04:58Une comédienne,
05:00une femme qui était très célèbre
05:02dans son métier, qui était Margot Capelier.
05:04Vous savez, c'était un casting woman.
05:06C'est une vieille dame qui a une cigarette
05:08comme ça.
05:10C'était la grande prêtresse
05:12de Dominique Besnéard.
05:14Et je me souviens, elle m'avait
05:16donc proposé le rôle du président,
05:18le rôle que jouait Claude Chirot
05:20aux côtés de De Funès.
05:22Jouer avec De Funès,
05:24et puis Gérard Roury.
05:26Vous refusiez ça de la comédie ?
05:28Parce que j'étais très
05:30engagé politiquement à l'époque.
05:32J'étais un enfant de 68.
05:34Et comme un con,
05:36je dis, non, non, je n'aime pas
05:38ce cinéma. C'est vraiment
05:40tout ce qu'il y a de plus odieux, cinéma bourgeois,
05:42capitalisme, etc.
05:44Toutes les choses légèrement excessives
05:46qu'on pouvait dire à l'époque.
05:48Et elle me dit, je ne sais pas si c'est un film bourgeois,
05:50mais en tout cas, toi t'es un vrai con.
05:54Franchement, François l'avait pas tort.
05:56C'était une erreur considérable.
05:58J'aurais eu la chance de jouer avec ce
06:00monstre absolu.
06:02C'est un film qui est rigoureusement drôle.
06:06Marché ou pas, à la limite,
06:08c'est tant mieux.
06:10Mais quand même, La Grande Vadrouille,
06:12Le Rabi Jacob, tout ça, c'est quand même des
06:14chefs-d'oeuvre dans un style de film
06:16donné.
06:18On va se retrouver dans un instant, Jacques Weber,
06:20pour parler de votre seul en scène rangé.
06:22C'est au Théâtre des Bouffes parisien jusqu'au
06:2429 juin. On en parle dans deux minutes.
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