00:00 J'ai la chance de recevoir ce matin un très grand acteur que j'ai eu la chance surtout d'aller voir sur scène dans l'adaptation
00:05 théâtrale du cercle des poètes disparus et il a réussi c'est un exploit à me faire oublier Robin Williams dans le rôle du professeur
00:11 bonjour Stéphane Fresse
00:13 et merci beaucoup d'être là ce matin alors avant de parler de ce cercle des poètes disparus
00:18 on va dresser votre portrait sonore c'est la tradition ici des petits sons pour mieux vous connaître voici le premier
00:23 *musique*
00:32 la tradition c'est aussi de chanter
00:34 je vous présente Anissa et Thomas
00:36 ah oui d'accord
00:38 j'essaye de comprendre ce qui me rapprochait de la chanson pour l'instant à part le fait que j'ai eu 18 ans il y a très longtemps
00:43 vous allez comprendre
00:44 et alors qu'est ce que vous faisiez à vos 18 ans ?
00:46 c'est marrant parce que c'est une époque que j'ai assez oublié
00:49 il paraît que vous avez pris votre courage à deux mains pour passer la porte du cours Florent vers 18 ans
00:54 on vous en avait parlé enfin c'est deux jeunes patients de votre père qui étaient dentistes
00:57 c'est le grand virage de ma vie en fait souvent je dis rapidement et un peu trop
01:01 schématiquement que j'ai que je suis né ce jour là quand je suis rentré dans ce cours d'art dramatique
01:06 parce que c'était un effort considérable vous étiez très timide c'est ça ?
01:10 très timide pathologiquement timide et
01:12 et surtout j'avais eu une adolescence que j'avais pas aimé du tout que j'avais été
01:17 baladé d'un bahut à l'autre d'une pension à l'autre
01:21 une séparation de mes parents qui avait été très dure
01:24 enfin je retenais pas grand chose de position tout ça
01:27 à part peut-être un John Keating que j'avais rencontré en terminale
01:32 un professeur formidable
01:33 un professeur qui a changé ma vie on en parlera peut-être
01:35 qui était génial mais sorti de ça voilà
01:38 donc en fait quand je rencontre ces deux jeunes acteurs dans le cabinet de mon père
01:41 qui était lui chef de dentiste et qui me disent
01:44 mais qu'est-ce que tu veux faire en scénographie mais pourquoi t'aimes la mer ?
01:47 j'ai dit non pas du tout j'ai mal de mer
01:49 pourquoi tu veux aller en mer ?
01:51 mon meilleur pote veut rentrer dans la soucoupe de Cousteau
01:56 il veut descendre sous l'eau et je lui dis ton meilleur pote il aime ça ?
01:58 oui mais il a un peu peur parce qu'il fait 2m02 et il est pas sûr d'entrer
02:02 je dis mais c'est quoi cette histoire ? pourquoi tu fais pas un truc plus simple ?
02:04 et t'essayes pas le théâtre ?
02:06 pour moi le théâtre...
02:07 vous y aviez pensé avant ?
02:08 mais non j'étais jamais allé au théâtre
02:10 c'est une fois à 14 ans avec une école où je m'étais franchement emmerdé
02:13 ce qui m'arrive encore quand j'y vais
02:15 ça peut arriver
02:17 mais voilà et donc ça a été un moment...
02:19 donc ça a été une révélation
02:21 ensuite vous avez passé 3 fois le concours pour entrer au conservatoire d'art dramatique
02:24 mais vous y trouvez pas trop votre place
02:26 non mais j'y suis quand même entré
02:28 oui vous avez fini par y rentrer
02:29 oui évidemment quand même
02:31 mais j'y suis entré et pas du tout en fait
02:33 parce qu'en fait j'avais été habitué
02:35 en fait c'est l'histoire de ma vie je suis habitué à
02:37 je ne peux bien vivre que si je suis entouré de gens que j'aime
02:40 et je sais pas faire semblant
02:42 donc j'ai vu que c'était pas pour moi
02:44 que je ferais...
02:46 et eux ont vu que j'étais pas pour eux non plus
02:48 je crois que c'est Michel Bouquet qui vous l'a dit non ?
02:50 oui oui c'est vrai ça ?
02:52 oui oui j'avais quand même
02:54 j'avais 23 ans et il m'a dit
02:56 "Stéphane
02:58 tu...
03:00 tu vas commencer à travailler
03:02 à 40 ans"
03:04 alors quand vous en avez la moitié vous vous dites c'est mal barré quoi
03:06 donc le lendemain je suis parti
03:08 pourquoi il pensait ça ?
03:10 probablement parce que j'avais pas encore
03:12 je pense que la matière
03:14 c'est une alchimie étrange l'acteur
03:16 ça commence à
03:18 devenir intéressant quand
03:20 ce qui se passe à l'intérieur et ce qu'on voit à l'extérieur
03:22 comment dire
03:24 l'alchimie se fait c'est un truc mystérieux
03:26 là visiblement
03:28 il le sentait pas en tout cas
03:30 et pourtant l'année suivante je me retrouve
03:32 dans une aventure de dingue
03:34 donc ils sont tous trompés quoi
03:36 il s'est trompé visiblement puisque vous avez fini par
03:38 tourner au cinéma
03:40 notamment ce film "Sans toi ni loi"
03:42 d'Agnès Varda
03:44 "J'ai tout de suite pensé à toi
03:46 devant cette furie échevelée je ne pensais
03:48 qu'à toi, toute lisse, douce, exquise
03:50 comme dans les contes il y a des princesses et des souillons"
03:54 "Sans toi ni loi"
03:56 donc vous jouez aux côtés de Masha Merrill
03:58 de Sandrine Bonner c'est votre 3ème film
04:00 "Ma voix a changé énormément quand même"
04:02 "Votre voix a beaucoup changé effectivement
04:04 et puis quelques années après vous jouez Aurel de
04:06 Fadek dans "Chouant" de Philippe Broca
04:08 ça a beaucoup marqué évidemment ça vous a
04:10 valu le César du meilleur espoir masculin en
04:12 89 et alors c'est pas vraiment
04:14 vous Stéphane Fresse qui êtes allé le chercher
04:16 ce César mais votre personnage Aurel
04:18 dans son uniforme qui s'élance
04:20 au bout d'une corde pour venir
04:22 récupérer son prix sur scène
04:24 "Je ne m'y attendais pas
04:26 et j'entends du ciel
04:30 et cette récompense me donne
04:32 un plaisir tel
04:34 que je me fais une joie
04:36 d'aller le partager
04:38 avec
04:40 Sieur de Broca
04:42 roi du Cap et d'épée
04:44 au César
04:46 au espoir
04:48 au revoir"
04:50 Alors c'était particulièrement original
04:52 mais ça n'a pas été très bien perçu je crois par le monde du cinéma
04:54 "Ah non ça n'a pas été très bien perçu parce qu'ils avaient"
04:56 "Ah très très mal, très mal vécu"
04:58 "Ah bon?" "Oui oui à tel point que le soir quand je me suis retrouvé avec mon César
05:00 parce que les Césaristes se retrouvent
05:02 au Fouquet's et chacun a sa table
05:04 avec son César posé dessus et il y reçoit
05:06 qui veut mais il n'y avait personne à la mienne"
05:08 "Mais qu'est-ce qu'on vous a reproché?"
05:10 "C'était prémonitieux c'est ça?"
05:12 "C'était jugé comme tel?" "Je vais vous dire pourquoi je l'ai fait
05:14 parce que d'abord c'était un pari
05:16 qu'on avait eu avec Noiret
05:18 et je ne sais plus qui, peut-être Jean-Pierre Cassel
05:20 de se dire que
05:22 si quelqu'un a un César
05:24 et bien il le remettra comme son personnage
05:26 on était sapés, c'était tellement
05:28 extraordinaire qu'on voulait rendre
05:30 hommage à ce film et que quand on arrive au César
05:32 en smoking, ceux qui ne l'ont pas vu
05:34 n'en servent pas plus. Donc on s'était dit
05:36 on va rendre hommage à certaines corpos
05:38 de l'équipe de ce film
05:40 et j'ai été le seul avec
05:42 la costumière d'ailleurs à être... donc j'ai
05:44 joué le jeu. Ce qui est terrible c'est que
05:46 comme j'étais à la comédie française en même temps
05:48 j'ai voulu remercier aussi le français donc au lieu
05:50 de faire simple et d'arriver avec un langage
05:52 normal, je l'ai dit en
05:54 alexandrin, je pense
05:56 que j'ai un peu chargé la mule et du coup..."
05:58 - Au Molière ça serait passé nickel !
06:00 - Justement j'ai eu le Molière après et là
06:02 je me suis moqué de moi-même et là ils se sont
06:04 dit "en fait peut-être que l'humour
06:06 va savoir". - En fait ça faisait un peu d'animation au César
06:08 c'était pas mal quand même !
06:10 - L'année d'avant, le Galal Lugnon
06:12 avait été annulé et
06:14 je me suis dit "bon ben on va le poursuivre sur scène".
06:16 - Et puis ça vous a permis aussi d'avoir une magnifique
06:18 carrière justement sur scène
06:20 et on va en parler de cette carrière avec le cercle des
06:22 poètes disparus au Théâtre Antoine
06:24 on en parle dans un instant sur Reparrain tout de suite.